19.08.2009
LA NUIT DESCEND SUR MANHATTAN – COLIN HARRISON
Pincez-vous le nez, retenez votre respiration, n’inspirez surtout pas lors du premier chapitre de ce thriller haletant, impeccablement réalisé par Colin Harrison. Retenez votre respiration, donc, et poursuivez votre lecture. Vous rencontrerez Jin Li, jeune chinoise responsable d’une entreprise de nettoyage de bureaux new-yorkaise, qui assiste au meurtre nauséabond de deux de ses jeunes employées mexicaines. Pourquoi ?
Jin Li, donc, dirige une entreprise de ménage. Ménage, nettoyage de bureaux, y compris récolte et destruction de documents hautement confidentiels. Il semblerait que Jin Li ne détruise pas tous les documents sensibles, qu’elle les filtre et les transmette, là-bas, en Chine, à certains amateurs d’informations susceptibles d’influer les marchés boursiers. Jin Li disparaît après le meurtre, son frère Chen se lance à sa poursuite, de même que Ray Grant, son dernier amant, qui semble rescapé d’une catastrophe, avoir bourlingué depuis de par le monde, et se retrouve plongé dans une affaire sordide qui va l’immerger dans le
bas fonds de Brooklyn (d’où il est originaire), les avenues scintillantes de l’Upper East Side, poursuivi par les malfrats de Brooklyn qui se rêvent plus puissants qu’ils ne sont, une organisation financière aussi illégale que folle de rage, assisté par son père mourrant et ex-flic de la NYPD.
Nous sommes à Brooklyn, NY, donc, et allons plonger irrémédiablement, sans même le vouloir ni le voir venir, dans un thriller exemplaire qui nous promène dans un New York fascinant, de South Brooklyn à l’Upper East Side, en passant par Broadway et le Lower Manhattan. Mafias financières, organisations chinoises revanchardes et prêtes à tout pour rouler la bourse américaine, jeunes cadres sous méta-bloquants pour supporter le stress et oublier leur morale fluctuante en fonction de leurs intérêts financiers, le tout se mêle, s’imbrique sans relâche et promet une belle, très belle nuit blanche.
Qui plus est, Ray Grant (j’ai regretté d’avoir lu la quatrième de couverture) est un très bon personnage, troublant, dur à cuir, ravagé par une souffrance intérieure qui a laminé sa vie ; il va se lancer à la recherche de Li Jin, se poser régulièrement près de son père en phase terminale et découvrir des vérités insoupçonnées qui vont le traîner aussi bien dans les petites luttes intestines des petits truands de Brooklyn que des grandes batailles des marchés financiers internationaux.
Impeccable, donc, et parfaitement réalisé. Même si les puristes trouveront que tous les ingrédients d’un beau thriller sont un peu trop balancés, là, comme ça, histoire d’appâter le lecteur (ma foi, oui, peut-être, un peu), le style direct, sans fioriture mais très bien écrit, l’immersion dans un New York formidablement décrit, avec les hauts et les bas de cette ville, l’histoire hypnotique et l’intrigue magistralement orchestrée en font un très bon roman, qui m’a happée sans relâche. J’avais aimé Havanna Room, du même auteur, me reste à lire Manhattan Nocturne qui semble être son meilleur.
La nuit descend sur Manhattan, Colin Harrison
Belfond Noir, 382 pages, janvier 2009
(Titre original The finder, rien à voir donc avec le titre français que je trouve totalement raté).
04.06.2009
LITTLE BIRD – CRAIG JOHNSON
Après la série William G. Tapply, son personnage récurrent Stoney Calhoun et ses paysages somptueux du Maine, voici chez Gallmeister un nouveau Nature Writing Polar. 
Ici, ce n’est pas un pêcheur énigmatique et charismatique que nous accompagnons dans les magnifiques paysages du Maine mais Walter Longmire, le shérif du comté de Absakora, dans le Wyoming. Un jeune homme est assassiné alors qu’il terminait une peine de prison avec sursis après le viol collectif de Melissa Little Bird, une jeune Indienne. Walter, assisté de Vic, son adjointe, de son ami Henry Little Bird, patron du bar local et oncle de Melissa, songent à une vengeance et partent à la recherche des trois comparses de Cody Pritchard, le jeune homme assassiné. Pour les sauver. Ou pour les arrêter ?
Je suis décidément admirative de ces auteurs qui manient avec brio une intrigue particulièrement bien ficelée (Johnson est très habile pour distiller tout au long des 400 pages différents indices ou chausse-trappes qui feront soupçonner au lecteur plusieurs coupables possibles) et situent leur roman dans une nature exceptionnelle, décrite dans un style élégant mais jamais surchargé. Outre ces qualités là, nous avons ici un personnage principal (que l’on retrouvera dans d’autres enquêtes, l’auteur en a écrit quatre), un veuf un peu bourru, un peu inbibé par la bière mais bougrement sympathique. Les dialogues sont percutants, avec cet humour distancié qui l’air de rien, paf, fait souvent rire au détour d’une phrase ou d’une réplique ; ajoutez une culture et quelques croyances amérindiennes savamment décrites, des personnages tous bien croqués, les montagnes du Wyoming en plein blizzard, quelques canettes de bière, un grand thermos de café chaud pour compenser le froid glacial, une intrigue très bien ficelée, toujours crédible et jamais lassante, le tout fait un polar très bien réussi.
Amateurs de Tapply ou de Nature Writing, Little Bird ne devrait pas vous déplaire !
Little Bird, Craig Johnson
Gallmeister Collection Noire, 416 pages, mai 2009
L’avis de Moisson Noire
06:18 Publié dans *Litterature Anglo-saxonne*, *Romans Noirs, Polars, thrillers...* | Lien permanent | Commentaires (27) | Envoyer cette note
| Tags : wyoming, indiens, nature writing, sherif, vengeance, intrigue, gallmeister, je veux vivre au fin fond de l'amérique, (quoique) |
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