11.01.2010

LE BON LARRON – HANNAH TINTI

Le bon larron, c’est Ren, petit orphelin élevé par des religieux dans un monastère de la Nouvelle Angeleterre. Nous sommes au tinti.jpg19ème siècle et, quand on est orphelin, on a peu de chance de quitter l’orphelinat autrement que vendu à l’armée. Aussi, quand un jeune homme se présente à l’orphelinat et réclame Ren, ce dernier se pose peu de questions, d’autant que, manchot, ses chances d’être adopté sont minces, terriblement minces. Il suit donc Benjamin, qui prétend être son grand frère.

 

Certains romans se lisent au coin du feu, un breuvage chaud à portée de main (là, un grog m’aurait parfaitement convenu), une couverture sur les jambes et vous emportent loin de tout en quelques heures. Avec Ren, c’est un voyage dans un univers dickensien que nous partons. Dickensien ou gothique, où les voleurs frayent avec les cadavres, les nains avec les malformés, les pilleurs de tombes avec les vendeurs de breuvages magiques.  De l‘aventure rocambolesque parfois, des situations à la fois glauques (on va déterrer des cadavres qui vont ressusciter. Ressusciter ? Si si. A moins qu’on enterre les vivants dans ce monde là…) et drôles parfois, la nouvelle vie de Ren, l’enfant devenu voleur mais qui ne perdra jamais son âme d’enfant, nous entraîne dans un savoureux roman aux rebondissements parfois étonnants, aux personnages follement truculents. Ce sont ces personnages qui font la force de ce beau dépaysement : un nain qui vit sur les toits dans une petite maisonnette à ses dimensions, un assassin revenu d’entre les limbes, un voleur au grand cœur de pierre, des orphelins frappés par le sort, qu’ils soient manchot comme Ren ou tout simplement jumeaux comme Brom et Ichy, des médecins disséqueurs de cadavres, une logeuse sourde et bienveillante…

 

Oui, il y a tout un univers fait de brumes et de ruelles sombres, de grisaille et de misère, de gouaille et de hardes, de maisons branlantes, d’usines où on fabrique des souricières, un univers frénétiquement romanesque, souvent comparé d’ailleurs à celui de Tim Burton. Je ne peux que confirmer cette « filiation », et d’ailleurs je verrai bien une adaptation à la Burton, avec Johnny Depp dans le rôle de Benjamin, Helena Bonham Carter, vieillie, dans celui de Mrs Sands ou de Bec de Lièvre, Alan Rickman dans celui de McGinty…

 

Un univers très visuel souligné par une narration à la fois dense pour les aventures de notre bande de voleurs et romanesque pour le style rythmé et pictural : un bon livre pour l’hiver donc, pour Noël aussi, et pour se faire plaisir.

 

 

 

 

Le bon larron, Hannah Tinti

Gallimard, 373 pages, Octobre 2009

 

 

Cuné m’avait donné envie de le lire. Chez Hubert Artus, Hannah Tinti parle de son travail, on en parle aussi chez Mollat, comme chez Chronicart.