11.10.2010

Les anonymes - RJ Ellory

ellory.jpgWashington. Quatre femmes assassinées, battues à mort : l’inspecteur Miller se charge du dossier et ses investigations le mènent petit à petit à poursuivre John Robey, qui semble connaître bien des choses sur les quatre meurtres.

 

Ce n’est plus la confession d’un tueur à gages de la mafia que nous rencontrons dans Les anonymes, mais celle d’un ancien agent de la CIA. Pourquoi cette confession ? Est-il toujours en activité ? Comme dans Vendetta, la construction du roman est faite d’une alternance de récits : l’enquête de Robert Miller, d’une part, racontée à la troisième personne du singulier et le récit de John Robey, raconté à la première personne.

Ces deux hommes vont s’affronter ; affrontement / fascination donc entre un flic et son « ennemi » qui sème sans arrêt le doute : Robey manipule Miller, mais pourquoi ? Que veut-il réellement ? Est-il l’assassin ?

 

Le lecteur l’apprendra petit à petit tout au long des 688 pages que compte le roman. La mafia n’est plus le cadre du roman : la CIA, ses agissements, ses zones d’ombres, ses guerres secrètes et financement occultes sont le cadre dans lequel Ellory enferme le lecteur jusqu’au final très page turner.  

Un final très page turner et une narration habile, qui visse le lecteur à l’histoire : Ellory peint ses personnages avec justesse et embarque le lecteur dans son roman sans difficulté. Pour autant, un gros bémol apparaît rapidement : le thème manque cruellement d’originalité (la CIA est totalement corrompue, les guerres en Amérique du Sud couvrent le trafic de drogue, Kennedy assassiné par la CIA, l’attentat raté contre Reagan était une mise en scène, ce n’est pas le Président qui gouverne mais la CIA …). Tout cela a déjà été largement exploité et ne surprend personne. De même, le récit de Robey, s’il est bien écrit, tombe parfois dans le cliché attendu et inutile (pourquoi l’affubler d’une histoire parentale lourde qui n’apporte rien tout comme le cancer de Catherine Sheridan ?). 

Au final, Les anonymes, s’il ne m’a pas déplu, loin de là, me laisse quand même légèrement frustrée et désapointée. Un cru correct qui plaira sans aucun doute aux amateurs de thriller politique, mais qui est en deça de Seul le silence et surtout de Vendetta.

 

Les anonymes, RJ Ellory

Sonatine, Octobre 2010, 688 pages

30.11.2009

UN PETIT BOULOT – IAIN LEVINSON

Pas facile, de trouver de quoi payer ses factures, ses dettes, ses bières et son abonnement au câble quant on vit dans une levinson.jpgpetite ville du Wisconsin où le principal employeur a plié bagages et est allé s'installer là où la main d'oeuvre est moins chère, moins exigeante et moins regardante sur les conditions d'emploi. Quand tout ce qui ressemble de près ou de loin à une possibilité de travail rémunéré a peu à peu disparu. Dans cette petite ville, Jake Scowran est au chômage depuis des mois. Ses indemnités fondent petit à petit. Aussi quand Ken Gardocki, le bookmaker local et trafiquant de drogue à l'occasion lui propose de tuer sa femme contre 5000 dollars, Jake n'hésite pas tant que ça. Après tout, c'est un boulot comme un autre. Suffit juste de le prendre comme ça, un boulot, rien d'autre (« Je sors du bureau et remonte dans ma voiture, pas le coeur lourd comme un homme qui vient de renoncer à toutes ses valeurs, mais euphorique comme un type qui vient de décrocher un boulot ».) Et finalement... les bons employés se voient toujours confier des tâches additionnelles, non ?

 

 

Ce court roman est savoureux, truffé d'humour noir et de petites piques acerbes qui picotent là où ça fait mal ; une petite fable grinçante à souhait, qui nous lance sur les traces d'un apprenti tueur doué sans le faire exprès, et d'une petite clique tout aussi bien croquée : du bookmaker véreux mais pas trop méchant quand même (« Dans une ville où les trois quart des hommes ont été licenciés au cours des neuf derniers mois, les affaires qui profitent du désespoir sont florissantes ») qui ne fait finalement que fournir un job à Jake, puis un autre, et encore un autre, en passant par Tommy le pompiste qui propose un vrai boulot à Jake par amitié ou Brecht, le cadre ambitieux de la world compagnie venu inspecter cette station service qui ne rapporte pas assez (« Le registre des émotions dont il dispose est limité parce que ce type est obsédé par la cupidité et la conviction qu'elle est récompensée. Je suppose qu'il réussissait plutôt bien au collège, et qu'à un certain stade de son développement personnel il a appris qu'un caractère impitoyable rapporte gros. Il a peut-être une fois eu un boulot d'été auprès d'un homme qui ne s'intéressait qu'à l'argent et en gagnait énormément, et il a écouté cet homme, il se le répétait peut-être même dans sa voiture ».).

 

Jake le tueur prend son nouveau job très au sérieux, s'applique à réussir ses missions, tout en puisant dans sa culture cinématographique les bases et la formation qui lui manquent. Un autodidacte du crime qui s'en sort finalement pas trop mal, tout en restant un brave type quand même, faut pas charrier.

 

Le tout est raconté avec cet humour détaché, très second degré qui fait toujours mouche l'air de rien, et forme avec brio un récit caustique où les modèles économiques qui piétinent les laissés pour compte et ne veillent qu'au résultat et aux actionnaires sont insolemment pointés du doigt, avec humour et beaucoup de dérision. Ce roman a beaucoup été comparé au « Couperet » de Westlake. Pour ma part, dans le ton et l'humour distillés avec une délicieuse et piquante perfidie, il me rappelle quelque part le film « The full monty »... Après tout, il faut bien vivre, non ? Et quitte à perdre ses valeurs, autant tuer ceux qui ont déjà vendu les leurs au plus offrant. Les personnages de The full monty se débarassent de leur pudeur, Jake, lui, vend son âme au diable. Du moment que ça rapporte.

 

Un petit boulot, Iain Levinson

Ed. Liana Levi, 210 pages, 2004

 

 

L'avis de Delphine que je remercie pour le prêt (yep, you made my day :) !

 

Les avis de Fashion, Polar Noir, Choco et Goelen et Dasola.