02.11.2010
American subversive – David Goodwillie
Lui, c’est Aidan Cole, bloggueur professionnel New-Yorkais, spécialisé dans la dénonciation des media traditionnels. Son métier : surfer sur le net, dénicher les infos et leur pseudo traitement,
mettre en ligne ses réquisitoires enflammés. Provoquer, fouiner, dénoncer. Faire de l’audience en tapant sur les autres plutôt que produire un vrai contenu.
Elle, c’est Paige Roderick, 29 ans, engagée dans un mouvement radical et écolo, paumée suite au décès de son frère en Irak. Elle participe à un attentat à New York visant un industriel peu écologique, s’en sort et prend la fuite avec ses complices.
Aidan va recevoir un mail anonyme, une photo de Paige, une phrase : « Voici Paige Roderick. C’est elle la responsable ».
Le blogueur ne met pas l’info en ligne, ne cède pas à la tentation de l’exclu, du billet facile et rentable mais décide au contraire de chercher Paige.
Un premier roman imparfait qui met en scène deux jeunes protagonistes désabusés qui s’engagent dans le radicalisme. L’un, Aidan, a cessé ses études de journalisme et est devenu un bloggueur branché, connu, qui rode dans les soirées branchées du milieu culturo-médiatique new-yorkais. Il est le compagnon d’une journaliste potins du New-York Times, elle-même réduite à traiter des pseudos infos dont même un journal comme le NY Times ne peut plus se passer pour vendre. Paige, elle, se cherche et trouve dans le terrorisme local une façon de lutter contre un pays qui ne tente même plus de retrouver des repaires perdus depuis longtemps. Endoctrinée par un mouvement radical, elle cherche là une voix à faire entendre.
Ces deux là, dont on suit le récit à tour de rôle – dès le début, on sait qu’ils sont en fuite et racontent, chacun de leur coté, les faits qui les ont amenés là. Les faits qui leur permettront de s’innocenter, pour peu que ce soit encore possible.
Le ton est différent selon les deux jeunes gens : milieux sociaux différents (lui, classe sociale aisée, études supérieures, même si abandonnées, plutôt passif), elle classe moyenne, un frère sacrifié sur l’autel de l’impérialisme américain, résolument décidée à agir). Les récits s’entrelacent pour former un roman qui balaie les désillusions des trentenaires devenu passifs, critique avec lucidité les media qui préfèrent courser l’info et ne prennent plus le temps de la traiter réellement, écorche également la rivalité presse professionnelle / blogs, ou l’endoctrinement et le radicalisme des mouvements protestataires qui, au fil des années, s’affadissent et s’embourgeoisent.
On peut reprocher à David Goodwillie ses personnages parfois trop stéréotypés ou manichéens, mais la narration tout en recul et en sagesse, évitant l’écueil d’un page turner trop commercial tout en maintenant l’intérêt du lecteur, compense certaines facilités ou faiblesses (notamment une révélation finale ou l’absence réelle de toute traque policière pendant une bonne partie du roman).
Sympathique, donc.

American subversive – David Goodwillie
Ed. Florent Masso, 490 pages, septembre 2010
« Nous étions trop méprisants et suffisants, trop occupés à nous moquer des gens sérieux, des gens à succès, de tous ceux que nous ne connaissions pas. Nous nous perdons tous dans des petits mondes, mais ils ont généralement un but, que ce soit l’argent ou l’amour. Les nôtres en étaient dépourvus. « Absolument rien » a été accompli avec un panache et une détermination rares au début du vingtième et unième siècle, dans un quartier de Williamsburg, à Brooklyn. »
« J’avais affiché huit posts, dont trois étaient paresseux, avec des liens vers d’autres sites. J’ai vérifié les statistiques : 53 723 visiteurs (depuis 9 heures du matin). Il fut un temps où des chiffres pareils m’auraient gonflé d’importance ; aujourd’hui c’était le contraire. Tous ces gens courrant derrière le temps dans leurs petits habitacles vides, en quête de rire facile et de ragots futiles, de n’importe quoi qu’ils puissent répéter plus tard autour d’un Martini et de bougies en train de se consumer. D’ailleurs, j’avais pour eux une fameuse histoire, un récit qui soufflerait ces bougies d’un seul coup ! Et pourtant, je n’en ai pas écrit un seul mot. » *
* tss, ok pour les stats, on s'en fiche et ça depuis longtemps, mais les rires faciles et les ragots (ragots ? non... anecdotes, échanges, confidences, couineries ou petits secrets qui se murmurent autour d'un verre ou d'un éclat de rire, ça oui), toutes ces petites choses et rencontres qui peu à peu étoffent la complicité, l'amitié, tous ces moments peut-être éphémères mais qui sont autant de petites bulles de plaisir partagées avec les amies, moi, je n'en suis pas encore lassée.
06:00 Publié dans *Litterature Anglo-saxonne*, *Romans Noirs, Polars, thrillers...*, Rentrée littéraire 2010 | Lien permanent | Commentaires (11) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : media, blogs, terrorisme écologiste, trentenaires, new york, belle gueule l'auteur, non ? |
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