07.09.2009

COMME LA GRENOUILLE SUR SON NENUPHAR – TOM ROBBINS

Moi, quand je serais grande, je serai trader. Je ferais du fric, du pognon, j’écraserai tous les autres et j’aurai le plus bel robbins.jpgappartement dans le plus beau des buildings. J’aurai une Porsche et je montrerai à tout le monde qu’une petite nana des Philippines peut, elle aussi, se faire sa place au soleil, surtout à Seattle.

 

Gwendolyn sacrifie donc au rêve américain de pouvoir, d’argent et de réussite les quelques réticences morales qu’elle pouvait garder de ses origines modestes. (« L’argent. Le bel argent. Q-Jo soutient que c’est ton avidité de richesses matérielles qui est à l’origine de l’apparition des vingt-trois cheveux gris (elle les a comptés) dans ta crinière brune de  Philippine, mais tu sais que ce n‘est pas vrai : c’est le sang gallois du coté de ta mère qui est en cause. Et de toute façon il n’y a pas d’avidité en toi, pas de vulgaire cupidité IL s’agit plutôt d’un besoin biologique. C’est cela. A l’approche de la trentaine, tu entends le tic-tac de l’horloge. Seulement, toi, ce n’est pas des bébés que tu veux faire, c’est du fric. Tu ressens l’envie d’enfler, de devenir grosse de pognon et d’expulser des dollars en argent comme une machine à sous. »)

 

Quelques arrangements avec l’éthique ne vont pas l’empêcher de grimper les marches de la réussite, sauf que cette veille de Vendredi Saint la bourse s’effondre et les marchés s’écroulent. La voilà bien dans la mouise, la petite. Il faudra qu’elle rencontre un ancien trader exilé à Tombouctou, que le singe régénéré et kleptomane de son petit ami s’enfuie, que sa meilleure amie disparaisse pour que l’univers de Gwendolyn change subitement de perspective.

 

Métaphorique, rempli d’une imagination aussi débordante qu’abracadabrante, le style de Tom Robbins est un vrai détonateur : ça pulse, ça bondit et rebondit, le tout a l’air complètement barré mais recèle une vraie et implacable critique de notre bonne vieille société de consommation, Gwendolyn représentant à elle seule tout ce que le Nouveau Monde peut contenir de jeunes loups prêts à tout pour réussir. Ambition quand tu nous tiens…

 

Farfelu, donc, et drôlissime.

 

Sauf que.

 

Sauf que au bout d’un moment, l’humour parfois scatologique et souvent en dessous de la ceinture m’a quand même bien agacée.

 

Sauf que la façon dont Larry, le trader repenti, soigne son cancer m’a…. enfin, c’est cette scène qui m’a donné envie de tout arrêter. J’ai continué, parce qu’il y a quand même beaucoup d’humour et une sacrée bonne dose de cynisme derrière cette histoire ahurissante, mais bon… au final, ce n’est pas pour moi. Pas le moment peut-être, parce qu’en général ce genre d’humour ne me fait pas peur, mais là, ça n’a pas marché.

 

 

Comme la grenouille sur son nénuphar, Tom Robbins

Gallmeister, Août 2009, 424 pages

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Un grand merci à Brize pour le prêt !

Cathulu et Papillon, comme Brize, ont beaucoup aimé.