04.12.2009

LA SANCTION – TREVANIAN

trevanian.jpgQuand les grands espaces se marient à une intrigue ficelée serrée bien comme il faut, quand les pages nature grignotent sans lasser un écheveau corsé mêlant espionnage, tueur à gage et suspens, quand on se plonge dans un livre sans voir les heures passer, même s’il est deux heures du matin, que l’on rentre d’une soirée et que l’on y retourne quand même, parce que c’est ainsi, il le faut, on est en présence d’un bon, très bon roman.

 

J’ai découvert Jonathan Hemlock, alpiniste / amateur d’art / tueur à gages avec « L’expert », tout en regrettant de ne pas avoir lu d’abord le premier volume de ses aventures. C’est chose faite et autant dire tout de suite que l’expérience fut à la hauteur de mes attentes.

 

Jonathan, ancien alpiniste, sportif émérite et grand amateur d’art, travaille donc occasionnellement pour la section contre assassinat du CII, organisation qui ressemble plus ou moins à la CIA. Non que l’homme soit un tueur dans l’âme, mais il faut bien qu’il financer les toiles pour assouvir sa passion. Sa prochaine mission : assassiner un homme au cours de l’escalade du Mont Eiger, le mont infranchissable des Alpes Suisses. Le seul souci, c’est que le CII est incapable de désigner qui des trois hommes qui accompagneront Jonathan est l’agent à éliminer. A lui donc de découvrir lequel des trois est lui aussi un tueur à gages. Lequel des trois est l’homme à sanctionner.

 

Grands espaces, donc, avec de très belles pages sur les montagnes alpines qui ne sont jamais lourdes ni trop emphatiques, un personnage principal particulièrement piquant (l’homme est rempli de paradoxes, sans aucune morale, sans conscience, tout en ayant des principes bien arrêtés sur l’amitié, la fidélité et la vengeance, cultivé, raffiné et sportif, séducteur impénitent au cœur de glace), un style précis qui ne néglige jamais un humour à la fois détaché et corrosif (« La vague sensation de tension et d’impatience qu’éprouvait Jonathan se trouva exacerbée par le sentiment de dépression que lui inspirait toujours la Suisse. Il considérait la localisation géographique des Alpes dans ce pays sans âme comme un des caprices malveillants de la nature. En déambulant sans but autour de l’hôtel,  il tomba sur un groupe d’oiseaux de l’Eiger de bas étage, occupés à jouer au jeu de la fondue, du kirsch et du baiser en ricanant bêtement. Il regagna sa chambre, écoeuré. Personne n’aime vraiment la Suisse, sauf ceux qui préfèrent l’hygiène à la vie, songea-t-il. D’ailleurs quiconque voudrait vivre en Suisse voudrait vivre en Scandinavie »), c’est avec brio que Trevanian marie ces ingrédients dans une intrigue bien corsée.

 

L’humour rivalise avec la nature, les personnages sont bien croqués (que ce soient les agents du CII, souvent écorchés par des petites piques bien senties sur leur amateurisme, ou les curieux qui affluent au bas de l’Eiger pour assouvir leur voyeurisme et leur goût du sensationnel (tomberont ? tomberont pas ? réussiront ? mourront ?)), l’intrigue elle-même n’est pas le centre du roman et pourtant les pages finales ont été pour moi une surprise de taille.

 

Une réussite donc, qui me donne plus envie encore de découvrir Shibumi, un autre roman de l’auteur.

 

 

 

 

La sanction, Trevanian

Gallmeister, 342 pages

 

 

Les avis de Moisson Noire, Choco, et Jean-Marc Laherrère.