17.03.2010
La saison des mangues introuvables, Daniyal Mueenuddin
Maîtres et valets au Pakistan, ou histoires de pouvoir et de survie dans le Pakistan féodal et rural, tel pourrait être le second titre du recueil de nouvelles de Daniyal Mueenuddin.
KK. Harouni est un riche propriétaire terrien de Lahore. L’homme est placide, distant, se préoccupe peu de ses affaires ni de sa famille qu’il entretient néanmoins avec la sérénité de celui pour qui payer suffit et remplace largement l’étalage de sentiments. Autour de lui gravite une galerie de régisseurs, chauffeurs, cuisiniers, enfants, qui sont les principaux acteurs des huit nouvelles du recueil (huit nouvelles assez longues pour être presque des petits romans).
Que ce soit avec Saleema ou Husna, jeunes femmes pour qui la séduction est la seule arme possible pour tenter de subsister (Saleema séduit les cuisiniers des maisons pour lesquelles elle travaille pour obtenir un lit où dormir, et surtout fuir un mari héroïnomane ; Husna, jeune servante, devient la maîtresse de KK Harouni et tente de s’élever au dessus de sa condition, sans succès), ou bien avec Zainab, deuxième épouse d’un régisseur, ces nouvelles nous content les désirs enfouis et secrets de ces femmes qui n’ont rien pour sortir de leur condition.
Les hommes aussi sont part intégrante des nouvelles : employés corrompus (Nawabdin l’électricien), juges à qui l’on graisse la patte (Les femmes brûlées), hommes détruits par l'usage des drogues, d’autres qui règnent en petits despotes sur leurs domaines respectifs.
Hommes, femmes, pauvres ou riches (Lily est une jeune fille de la bonne société de Karachi, les enfants de Harouni, aisés et vivent à New York ou Karachi), ce sont des rêves, des rêves enfouis ou qui commencent à poindre, et des échecs stridents que nous raconte ce recueil. Une série de portraits touchants, dans un style à la fois coloré comme ce pays et langoureux comme le temps qui s’écoule avec engourdissement à l’ombre d’un manguier.
Un bien joli recueil, qui propose une vision du Pakistan qui pourrait nous sembler archaïque, à nous Occidentaux, mais n’en révèle pas moins une vision étonnante et, au final, pleine de tendresse, pour ce pays. Un dépaysement culturel, en quelque sorte.
La saison des mangues introuvables, Daniyal Mueenuddin
Buchet-Chastel, mars 2010, 307 pages
Les avis de Ajia et Joël (Biblioblog)
13:10 Publié dans *Littérature Iranienne, Afghanne, Pakistannaise* | Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note
| Tags : nouvelles, pakistan |
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