05.08.2009

LE RETOUR DU GANG DE LA CLEF A MOLETTE – EDWARD ABBEY

Un vieux, très vieux, très très vieux bonhomme (145 ans, tout de même !) marche tranquillement dans le désert de l’Arizona. Sous le soleilabbey.jpg écrasant, dans la fournaise étouffante, laminante, épouvantablement éreintante, lessivante, il avance lentement, centimètre par centimètre. Une odeur inhabituelle lui fait tendre le cou, une odeur qui ne ressemble en rien à celles que ses narines savent reconnaître. Une odeur pestilentielle doublée d'un bruit sourd, régulier, de plus en plus fort, rugissant, hurlant, vagissant. Le vieux bonhomme se hâte, continue son chemin mais, en bonne tortue plus que centenaire qu’il est (ben oui, à 145 ans, il ne peut s'agir que d'un vieux bonhomme tortue, qu'alliez vous imaginer ?), ne peut échapper au monstre de fer qui ne le voit pas et l’écrabouille misérablement. Schrulmp. Schlop. Le vieux bonhomme tortue, vieil habitant de l’Arizona, est enterré six pieds sous terre par le plus énorme, le plus gigantesque, le plus effroyable excavateur jamais construit, j’ai nommé GOLIATH, le bulldozer-excavateur-tracteuse-pelleteuse le plus puissant du monde.

 

Edward Abbey, farouche défenseur de l’Ouest sauvage, amoureux passionné de la nature, débute magistralement ce « Retour du gang de la clef à molette ». Ce gang de la clef à molette, qui a déjà conspiré dans le premier volet « Le gang de la clef à molette », paru aux Etats-Unis en 1975 (je ne l'ai pas lu, mais So en a parlé). Nos quatre compères reprennent du service pour anéantir Goliath, farouchement commis et défendu par une armée d’industriels véreux et un évêque-homme d’affaires délicieusement abîmé par l’auteur, l’évêque Love.

 

Farouche déclaration d’amour à son pays, à ses canyons et ses à-pics, ode déjantée aux paysages désertiques et arides, le roman est bourré d’un humour ravageur, aussi détonnant que ses éco-terroristes prêts à replonger après une mise au repos forcée. Jeux de mots, énumérations, clins d’oeils (au passage bravo au traducteur pour son travail), voilà un écolo-western où tout le monde en prend pour son grade, des écologistes-pacifistes-idéologistes-caricaturaux (hilanrants mais si attachants), aux industriels galvanisés par l’appât du gain (détestables mais hilarants aussi (mais pas attachants, eux)), aux mormons (poly)multigames. C’est hallucinant de drôlerie, mais, avouons le, parfois moins drôle, notamment au fil des nombreuses énumérations qui m’ont lassée à plusieurs moments : on s'y perd, on perd le fil, c'est parfois décourageant.

 

Au final, un roman saccadé, véritable hymne à l’Arizona, qui ne manque pas de piquant (et vive les bonhommes tortue J ), même si il vaut peut-être mieux avoir lu le premier volet pour saisir toutes les nuances de l'histoire et des personnages.

 

 

 

Le retour du gang de la clef à molette, Edward Abbey

Gallmeister, 398 pages, Décembre 2006

 

04.06.2009

LITTLE BIRD – CRAIG JOHNSON

Après la série William G. Tapply, son personnage récurrent Stoney Calhoun et ses paysages somptueux du Maine, voici chez Gallmeister un nouveau Nature Writing Polar. littlebird.jpg

 

Ici, ce n’est pas un pêcheur énigmatique et charismatique que nous accompagnons dans les magnifiques paysages du Maine mais Walter Longmire, le shérif du comté de Absakora, dans le Wyoming. Un jeune homme est assassiné alors qu’il terminait une peine de prison avec sursis après le viol collectif de Melissa Little Bird, une jeune Indienne. Walter, assisté de Vic, son adjointe, de son ami Henry Little Bird, patron du bar local et oncle de Melissa, songent à une vengeance et partent à la recherche des trois comparses de Cody Pritchard, le jeune homme assassiné. Pour les sauver. Ou pour les arrêter ?

 

 

Je suis décidément admirative de ces auteurs qui manient avec brio une intrigue particulièrement bien ficelée (Johnson est très habile pour distiller tout au long des 400 pages différents indices ou chausse-trappes qui feront soupçonner au lecteur plusieurs coupables possibles) et situent leur roman dans une nature exceptionnelle, décrite dans un style élégant mais jamais surchargé. Outre ces qualités là, nous avons ici un personnage principal (que l’on retrouvera dans d’autres enquêtes, l’auteur en a écrit quatre), un veuf un peu bourru, un peu inbibé par la bière mais bougrement sympathique. Les dialogues sont percutants, avec cet humour distancié qui l’air de rien, paf, fait souvent rire au détour d’une phrase ou d’une réplique ; ajoutez une culture et quelques croyances  amérindiennes savamment décrites, des personnages tous bien croqués, les montagnes du Wyoming en plein blizzard, quelques canettes de bière, un grand thermos de café chaud pour compenser le froid glacial, une intrigue très bien ficelée, toujours crédible et jamais lassante, le tout fait un polar très bien réussi.

 

Amateurs de Tapply ou de Nature Writing, Little Bird ne devrait pas vous déplaire !

 

 

Little Bird, Craig Johnson

Gallmeister Collection Noire, 416 pages, mai 2009

 

 

 

L’avis de Moisson Noire