14.01.2010

MEURTRE EN LIBRAIRIE – CAROLYN G. HART

Une fois n'est pas coutume, commençons par un extrait :

 

« Elle ouvrit les deux yeux et éclata de rire. IL était toujours aussi superbe, de haut en bas de son mètre quatre-vingt-huit. Et elle aurait reconnu n’importe où le moindre centimètre carré de son corps à lui, mince et musclé….

 

Max déplia une serviette Ralph Lauren à rayures bleues et blanches et se laissa choir par terre dans un jaillissement de sable.

 

-          Pourquoi as-tu mis trois mois ? demanda Annie.

 

Il passa une main dans sa tignasse blonde, emmêlée, et roula sur un coude pour la fixer de ses yeux bleu nuit.

 

-          Ta mère ne t’a pas appris que ça ne se faisait pas de poser des questions directes ?

 

Elle se mit péniblement en position assise et pêcha dans son sac de plage un flacon de Hawaïan Tropic recouvert d’une fiche couche de sable. S’efforçant d’ignorer le corps et les cheveux de Max, elle entreprit d’étaler sur ses jambes l’huile parfumée à la noix de coco, sans prêter attention au « hum hum » appréciateur de Max.

 

De ce coté ci, Broward's Rock donnait sur l'Altantique. Un ciel d'un bleu limpide formait une voûte au dessus de leurs têtes. L'air était chargé d'odeurs : eau salée, goudron, algues, parfum  de noix de coco émanant de l'huile solaire d'Annie. L'océan, d'un vert aussi riche qu’une soupe aux pois, s'étirait à perte de vue à l'est. Les vagues clapotaient doucement le long des onze kilomètres de sable gris.... Cette bande de plage était toute à eux... Appuyé sur le coude,  il contempla d'horizon d'un air pensif. Annie réprima le troublant désir de toucher son torse velu, la toison dorée qui luisait au soleil.

 

Brusquement il se redressa et tapa de la main sur le sol, envoyant du sable sur les jambes huilées d'Annie.

 

-        J'ai trouvé ! Annie, m'aimerais tu si j'étais prêtre ?

-        Max !

Il sourit jusqu'aux oreilles.

-        Anglican, bien sûr !

-        Max..

 

 Elle le repoussa des deux mains, mais il l'attrapa dans sa chute et ils roulèrent ensemble sur le sable. »

 

 

meurtre_librairie.jpgAlors ? Meutre en librairie est un roman policier ? Un roman d'amour sauce harlequin saupoudré de cartlandislme épicé saveur nuit d'été ? Et bien les deux mon colonel. Et les deux sont hilarants. Oui, hilarants. Parce que j’ai bien ri devant tant d’inepties.

 

Pour commencer, prenons l'intrigue à la base : une jeune femme hérite de son oncle une librairie spécialisée dans les romans policiers. La librairie est située sur une île de Caroline du Sud, une île sur laquelle se sont installés des auteurs de romans policiers, des riches oisifs et des vedettes : luxe calme et volupté, on nage en plein soap de télé américain. Dans sa petite librairie « Crimes à la demande », la jeune et jolie libraire (non, elle n'aurait PAS pu être moche et vieille) organise tous les dimanches soir une réunion- conférence avec les auteurs de l’île. Or, un dimanche, l'un des auteurs, qui s'apprête à faire des révélations fracassantes sur le passé de ces collègues (car TOUS ont un passé caché, tous, tous, y compris la libraire, aussi, secret qui se révèlera être probablement une des meilleures blagues du roman tellement il est ridicule) est subitement assassiné. Une fléchette empoisonnée dans le cou. Alors que la pièce vient d'être plongée dans l'obscurité. Ta dam....

 

L’homme était imbuvable, évidemment, tous avaient une bonne raison de le faire taire, tous sont donc suspects, y compris la libraire (blonde, aussi, et bronzée, au fait). Surtout elle. Pour prouver son innocence, elle n'a qu'une solution : mener sa propre enquête et trouver seule le coupable. Assistée en cela par son ami, confident et fiancé, le bel et riche (très très riche. Mais vraiment très riche, hein) Max Darling (ça ne s'invente pas un nom pareil. D'un autre coté, Johnny Smith, ça sonnait moins bien, j'imagine), qui surgit tel le sauveur masqué au volant de sa Porsche, l’insolence et le charme dévastateur en bannière.

 

Des écrivains cachant de honteux secrets (très honteux, du style celui-là, là-bas, il bat sa femme, le méchant, du coup, comme il écrit des livres pour enfants, ça "la fiche mal"), des meurtres qui se multiplient, une enquête menée tambour battant et neurones en roue libre par une libraire passionnée (ça fait trois mois qu'elle a hérité du vieil oncle, hein, donc ne lui en voulons pas pour son manque d'expérience), une île de nantis, un soleil de plomb, le tout avec quelques moments hommages à Agatha Christie (scène du crime dans un espace clos, avec un petit groupe de personnes abritant un assassin, on se croirait parfois dans Le crime de l'Orient Express) : l'idée de départ est amusante, voire rafraîchissante. Néanmoins, le traitement niaisement harlequinesque nuit gravement au déroulé du roman qui sombre souvent dans la pastiche niaiseuse à souhait. Quant à l'enquête en elle-même, disons tout de suite qu'elle manque cruellement de nuances, que tout est cousu de fil blanc. Aucun suspens donc, et rien de vraiment palpitant.

 

Ceci dit j'ai bien ri. Mais bon, autant relire un Agatha Christie, pour le coup.

 

 

 

 

 

Meurtre en librairie, Carolyn G. Hart

Editions Liana Levi Piccolo, octobre 2009, 302 pages

 

 

 

Les avis de Emeraude et Laurence, moyennement convaincues elles aussi.