12.11.2008

CARNAGE CONSTELLATION – MARCUS MALTE

Cesaria n’a rien, si ce n’est la gueule d’un ange, l’âme et les fesses qui vont avec.

Clovis, lui, sort de taule. Il n’a rien mis à part la soif de vengeance, l’urgence vitale de descendre le type qui l’a vendu aux flics dix ans plus tôt.

 

Sur une aire d’autoroute, Clovis va croiser la route de Cesaria. Cesaria va plonger son regard dans celui de Clovis et ces deux là ne seront plus qu’un. A la vie à la mort.constellation.gif

 

J’ai oublié de vous dire que Cesaria est un travesti.

 

Stupéfiante, cette façon qu’a Marcus Malte de nous emmener là où on n’irait sans doute jamais, ou avec méfiance, ou réticence. Enivrant, ce chemin où il nous emmène, où il nous perd, où il nous promène. Cesaria, celui que Dieu a un peu raté, celle que Dieu a mal façonnée. Cesaria la femme dans la peau d’un garçon mais qui n’en a rien de plus. Cesaria et son âme pure et blanche, Cesaria la belle qui se vend. Que voulez vous qu’elle fasse d’autre ?

 

Et Clovis, le dur, le cœur de fer, de plomb de bronze, qui ne peut que s’oublier, se fondre, se dissoudre dans le regard et la bouche de Cesaria. Oui la bouche.

 

Ces deux là se retrouvent comme deux aimants, la soif de vengeance de l’un devient la brûlure de l’autre. Unis pour la vie et dans la mort à donner. L’union de la fragilité et de la force, de la pureté et de la noirceur.

 

Jamais vulgaire, jamais odieux, jamais sale. Une scène incroyable, quand Cesaria et Clovis sont dans la voiture, quand Clovis a ramassé Cesaria sur l’autoroute, une scène d'un érotisme stupéfiant de… non pas poésie, mais … d’émotion. Oui, voilà, d’émotion. Difficile de décrire la précision de mots et la force des phrases qui en ressortent. Troublant, sans aucun doute.

 

Oubliez les a priori puritains et les réactions préjugées. Allez faire leur connaissance et un bout de chemin avec eux. Et dites moi si vous ne les aimez pas, ces deux là.

 

 

Un immense merci à Caro[line] qui m'a offert ce livre après avoir rencontré Marcus Malte.

 

 

Carnage, constellation, Marcus Malte – Folio Policier, 265 pages

 

 

Le site de l’auteur 

20.10.2008

INTERIEUR NORD – MARCUS MALTE

interieur nord.jpgMusher vit dans les montagnes. Ses compagnons, ses amis : ses chiens de traîneau. Sa vie se résume à la neige, au froid, à la solitude, quelques touristes qui viennent découvrir son univers. Des gens de passage, des rencontres fugaces. Jusqu’à l’arrivée de Lauren.

 

Un père passe tous les jours devant le carrefour où son fils a été assassiné. Où son fils a croisé un destin inattendu, brutal, hasardeux et mortel. Il ne peut s’en empêcher. Passer là et se souvenir. Ne pas oublier. Surtout ne pas oublier.

 

Patrick observe sa mère boire. Il sait qui elle est, elle ne le sait pas. Il s’abreuve de sa présence, elle s’abreuve pour faire taire sa mémoire.

 

Quant à Lucien, le dernier narrateur, au crépuscule de sa vie, il se souvient. Il se souvient de sa vie de représentant, la route, les routes, les gens, les départs et les longs kilomètres avalés, seul au volant, jusqu’à ce jour où il a sonné chez Jeanne. Ces semaines extraordinaires qui ont suivi, et qui ont brutalement cessé…

 

Il y a des rencontres dans le recueil de Marcus Malte, des rencontres qui surgissent et viennent lacérer les lendemains, bouleverser des vies et déchiqueter leur monotonie. Il y a des solitudes, des hommes seuls qui, un jour, croisent un éclat de vie, un éclat de mort, et ne seront plus jamais les mêmes. La mort sera devenu part intégrante d’eux-mêmes, ils continueront à vivre en équilibre sur un fil ténu, fragile, comme des funambules avancent en se balançant sans cesse entre vie et mort.

 

La grisaille de ces vies est illuminée par la plume à la fois superbe et simple, (jamais un mot de trop), de Marcus Malte : il entoure ses personnages, hommes perdus, hommes seuls, d’un halo lumineux, serein, halo qui ne les quittera plus. Qui continuera à scintiller dans leur mémoire, comme un souvenir que l’on chéri et conserve précieusement, que l’on caresse doucement, en silence.

 

Ce recueil a reçu le prix Rotary Club de Paris.

 

Intérieur nord, Marcus Malte. Ed. Zulma, 140 pages

 

 

14.10.2008

TOUTE LA NUIT DEVANT NOUS – MARCUS MALTE

Un enfant qui s'enlise dans l’irréel pendant une colonie de vacances. D’autres enfants désespérés par la marche du monde, une bande de gamins qui vivent au travers une équipe de foot ; l’univers du petit recueil de nouvelles de Marcus Malte est rempli d’un charme à la fois vénéneux et troublant.malte.jpg

 

Mestrel, le narrateur de la première nouvelle (Le fils de l’étoile) découvre le monde impitoyable des colonies de vacances et la muflerie des adolescents. Sa rencontre avec le taciturne François l’entraînera dans une spirale trouble, sombre, torsade d’événements qui bouleversera sa vie à tout jamais.

 

Iris, Lys, Rose et Chardon Ardent, les enfants de la deuxième nouvelle (Des noms de fleurs) veulent se persuader que seul un « coup de grâce » peut changer la marche d’un monde qui les dégoûte :  seul un sacrifice influera le déclin de leur planète. Prêts à tout, même au sacrifice ultime.

 

Le dernier narrateur (Le père à Francis) raconte la cité, l’OM, le foot comme seule riposte à une vie sans avenir, seule échappatoire dans un univers désenchanté, désoeuvré.

 

Trois nouvelles donc, et trois univers très différents, avec pour point commun et fil conducteur les désillusions, l’espoir, les rêves évanouis, avalés par un avenir obscur.

 

Que l’on s’oublie dans les rêves, que l’on se réfugie dans un univers parallèle et protecteur, que l’on aille jusqu’au bout par conviction ou désespoir, que l’on voie ses rêve brisés net par un quotidien trop livide, rattrapés par la perspective de lendemains sans espoir, les personnages de Marcus Malte sont touchants, parfois grinçants mais toujours justement dessinés. Le style, différent dans les trois nouvelles, est toujours juste et prenant.

 

Un petit recueil qui sait laisser son empreinte.

 

Belle lecture, donc.

 

 

 

Toute la nuit devant nous, Marcus Malte – Ed. Zulma, 126 pages