25.08.2010
Les derniers flamants de Bombay -Siddhart Dhavant Shandhvi
Le cinéma bollywoodien est souvent magnifique : des couleurs, des chansons, de la gaîté, de la légèreté. Le roman indien, lui, est souvent rempli de couleurs, aussi, d'odeurs et plonge le lecteur dans un pays délicieux.
Les derniers flamants de Bombay, malheureusement, devient aussi insipide d'un film raté.
Karan est un jeune photographe, incroyablement doué qui s'échine à photographier les scènes la rue. Il rencontre un pianiste extrêmement doué, lui aussi, et Zaïra, une star de Bollywood. Karan découvre la vie de Samar, le pianiste, et Zaira, cette star inaccessible dotée d'une beauté à couper le souffle. Nous ne sommes pas dans l'Inde pauvre et misérable : ici tout est clinquant, superficiel, vain et vaniteux. Fasciné par Zaira et la vie de ces nantis, Karan se laisse séduire...
Alors que la quatrième de couverture vante un meurtre et de multiples rebondissements, le style est creux et indigeste. Rempli de poncifs (la star, le pianiste homosexuel, l'amant,...), de scènes aussi outrageusement ridicules que mal racontées, ce roman me laisse complètement sur la bas-coté.
Mais, par dessus tout, le style... le style, damned...inexistant, fade, bourré de clichés, souvent brinquebalant entre deux métaphores aussi piètres que malhabiles...
Au bout d'une centaine de pages, je lis la chose suivante « Saisissant ses hanches, elle l'attira à lui, puis le repoussa, arrêtant son gland à l'orée de sa chose cachée ».
Saisissant mon exemplaire, je l'attirai à moi pour vérifier que j'avais bien lu, puis le repoussai immédiatement, arrêtant les frais à l'orée de ma consternation.
Les derniers flamants de Bombay -Siddhart Dhavant Shandhvi
Editions des Deux Terres, août 2010, 469 pages
Merci néanmoins à l'équipe de Babelio, et à l'opération "Masse critique". Mauvaise pioche, pour moi...


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| Tags : inde, bollywood, rentrée littéraire 2010 |
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06.06.2010
Traces de santal – Anna Soler-Pont & Asha Miro
Inde 1974. Agées de 6 et 3 ans, Mouna et Sita sont sœurs. Orphelines, elles sont séparées : Mouna est vendue à un fabricant de tapis, Sati est conduite dans un orphelinat.
Ethiopie, 1974 : à 7 ans Solomon vit avec sa famille avant de pouvoir embarquer pour Cuba et commencer une nouvelle vie dans la cadre d’un programme aidant les jeunes éthiopiens à émigrer.
C’est le destin de ces trois enfants que racontent Anna Soler-Pont et Asha Miro. Ces trois enfants, que nous suivons en Inde ou Ethiopie. Chacun d’entre eux connaît les affres de l’exil, de la séparation, de la quête de son identité. Plus de trente ans après, leurs traces communes les conduiront à Barcelone.
Le thème du roman se veut touchant, bien sûr, on pourrait compatir à ces séparations et douleurs ressenties : Mouna grandit en espérant avoir des nouvelles de sa sœur (qui était trop jeune pour avoir des souvenirs de sa famille), en espérant apprendre à lire et compter et pouvoir ainsi s’affranchir)). De son coté, Sita rêve d’avoir des parents, une famille, et elle sera adoptée par un couple de Barcelone.
Néanmoins, j’ai trouvé le style trop simple, les descriptions de l’Inde et de l’Ethiopie plutôt réduites, on ne « voit » qu’un orphelinat, plutôt bien entretenu par des religieuses catholiques ou une famille plutôt aisée (celle qui accueillera Mouna quand elle atteint onze ans et lui permettra d’apprendre à lire et écrire). Du coté de l’Ethiopie, le récit est plus imagé, j’ai davantage apprécié ces passages, malheureusement trop brefs.
De plus, et c’est là ce qui pêche le plus à mon sens, l’histoire de ces trois enfants fait brutalement un saut de 1974 à 2004, dans la deuxième partie du roman : trente ans après, on découvre la vie de Mouna, Sita et Solomon devenus adultes. Que sont-ils devenus ? On le sait, bien sur, mais cette ellipse totale de leurs apprentissages, de leurs vies de jeunes adultes rend le roman bancal. On devine des souffrances qui sont vaguement évoquées, leurs destins sont résumés brièvement, trop pour que l’on cerne leurs personnalités et qu’on parvienne à les trouver attachants ou intéressants.
Les petits orphelins sont devenus des adultes instruits et civilisés (l'un des destins par ailleurs est peu crédible et outrancier), mais ces trois histoires qui vont se relier ne suffisent pas à rendre le roman intéressant à mes yeux. J’y ai vu une petite historiette sans grand intérêt.
Dommage.
Traces de santal – Anna Soler-Pont & Asha Miro
Buchet Chastel, avril 2010, 351 pages,
Traduit du catalan par François-Michel Durazzo
06:00 Publié dans *Littérature Espagnole* | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note
| Tags : adoption, inde, ethiopie, séparation quête identitaire.. |
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15.03.2010
LES 3 ERREURS DE MA VIE – CHETAN BHAGAT
28 décembre 2005 : l’écrivain Chetan Bhagat reçoit un e-mail d’un lecteur, jeune entrepreneur, qui lui annonce, tout de go, qu’il avalera un somnifère à chaque fin de phrase de son courrier. Pourquoi ? Parce que 3 erreurs ont ravagé sa vie. Trois erreurs qu’il ne peut se pardonner. Et sa lettre d’adieu sera destinée à cet écrivain donc.
19 phrases. 19 somnifères. L’écrivain parvient à retrouver l’identité du jeune homme et se rend à son chevet à l’hôpital. Il écoute l’histoire du jeune homme.
Pour commencer, surtout ne lisez pas la 4èmede couverture de ce sympathique roman. On y dit beaucoup trop de choses sur ces trois erreurs. Laissez l’histoire vous entraîner, laissez Govind, le jeune homme, vous emmener à Ahmedabad, province du Gurajat, dans le sud de l’Inde. Etudiant brillant, Govind rêve de devenir homme d’affaires. Il décide d’ouvrir un magasin de sport, plus particulièrement dédié au cricket, sport national en Inde, avec ses deux amis d’enfance, Omi, dont le père est prêtre dans un temple, et Ish, sportif émérite et joueur de cricket passionné.
L’histoire est enlevée, les aventures, qu’elles soient gaies ou tristes, de Govind se lisent avec plaisir, et, même si le style est très simple, elles nous entraînent dans l’Inde d’aujourd’hui, où traditions et modernités s’affrontent (l’histoire d’amour entre Govind et Diviah, la jeune sœur de Ish est touchante, les deux jeunes n’ont pas le droit de s’aimer) et où les rivalités religieuses peuvent dégénérer rapidement en affrontements sanglants (les 3 jeunes hommes décident d’entraîner un jeune musulman, Ali, et ce malgré sa religion et la colère de l’oncle d’Omi, religieux fondamentaliste aux ambitions électorales).
Le roman de Chetan Bhagat a été vendu à plus d’un million d’exemplaires en Inde. Un roman populaire, que je ne qualifierai pas de grand roman, sans doute, mais qui, le temps de sa lecture, reste un excellent divertissement, parce que dépaysant, plein de sensibilité, d’humour et de fraîcheur.
Et de temps en temps, ça fait du bien.
Les 3 erreurs de ma vie, Chetan Bhagat
Le Cherche-Midi, 322 pages, mars 2010.
« - Je vais essayer d’être claire. Je déteste carrément les maths. Pour moi, c’est du même acabit que les cafards et les lézards. Les maths me dégoûtent, me donnent la nausée, me dépriment. Entre un électrochoc et un devoir de maths, je choisis l’électrochoc. J’ai entendu dire qu’au Rajasthan, les gens faisaient trois kilomètres de marche à pied pour atteindre un point d’eau. Je serais prête à échanger mes problèmes de maths contre ces kilomètres, tous les jours. Les mathématiques sont la pire invention de l’homme. Mais qu’est ce qu’il avait donc dans la tête ? La langue c’est trop facile, inventons les symboles bizarroïdes et manipulons-les pour qu’ils hantent les générations suivantes de gamins. Qu’est ce qu’on peut avoir à en faire, que sinus soit différent de cosinus ? Qui se préoccupe du développement d’une somme de cubes ? … Amusantes, les maths ? Si les maths sont amusantes, se faire extraire une dent, c‘est amusant, avoir une infection virale, c’est amusant, les vaccins contre la rage, c’est amusant.
- Je crois que ton approche n’est pas la bonne.
- Oh non, pas la peine d’essayer. Il n’est pas question que j’approche quoi que ce soit. J’ai vécu avec les maths, je m’en suis accommodée, j’ai lutté. C’est une relation orageuse que je subis depuis des années. Du CP à la terminale, cette matière m’a poursuivie. Les gens font des cauchemars avec les monstres. Moi, je fais des cauchemars avec des interro surprises de maths. Je sais que tu as fais un sans-faute et que tu les adores. Mais, rappelle-toi, dans la plupart des régions du monde, les maths ne signifient qu’une chose pour les élèves.
..
- Quoi ?
- La chair de poule. »
Ça me rappelle quelqu'un !
06:00 Publié dans *Litterature Indienne* | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note
| Tags : inde, cricket, gurajat |
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28.08.2009
LE ROI DU CINEMA MUET - INDRAJIT HAZRA
Nous sommes à Calcutta au début du vingtième siècle. Le jeune Abani Chetterjee voit la carrière de son père, fonctionnaire des
Chemins de Fer Indiens, brutalement interrompue après un stupide incident. L’arrivée de son oncle au sein du foyer familial va lui ouvrir les portes du bioscope indien, encore frémissant, tout juste né et prenant peu à peu la place du théâtre auprès des spectateurs.
Le jeune Abani deviendra technicien, souffleur, puis enfin acteur de ce nouvel art tout juste balbutiant quoique encore muet : le cinéma (bioscope, donc).
De la carrière d’un jeune candide devenu étoile montante du cinéma, la vie pleine d’entrain de Calcutta, la montée du nationalisme en Inde, à travers la carrière ascendante d’Abani, nous voici plongés dans une fable agréable nous racontant la naissance puis la chute d’un acteur adulé.
C’est amusant, notamment les nombreux passages sur le métier de comédien, souvent tourné en dérision (non pas le métier lui-même, mais dans l’approche que Abani en a, totalement dépassé par son succès, ou celle des producteurs), c’est intéressant du point de vue historique (naissance du cinéma muet, approche des industriels et des spectateurs vis-à-vis de ce nouvel art vis-à-vis du théâtre, montée du nationalisme). Les chapitres sont entrecoupés d’ « Entractes » qui nous plongent dans des scenarii souvent édifiants (le récit du tournage du « Trou noir de Calcutta est assez drôle et nous montre bien comment un cinéaste peut assaisonner l’histoire pour la rendre vendable, donc bankable), l’histoire de ce jeune homme est touchante, mais, en lisant certains critiques sur des sites anglo-saxons, évoquant nombreux jeux de mots et allusions historiques précises, je ne saurais dire si la traduction ne reflète pas les jeux de mots ou si je manque de connaissance en histoire de l’Inde : j’ai passé un assez bon moment, ai apprécié la caricature d’un nouveau bioscope se voulant commercial, quitte à vendre du sein pour faire venir le public, mais je ne crierais pas au chef d’oeuvre non plus.
Leiloona en parle aussi aujourdhui.
Le roi du cinéma muet – Hindrajit Hazra
Le cherche midi, Août 2009, 370 pages
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| Tags : cinéma muet, inde, indrajit hazra, comment vendre un film, rentrée littéraire 2009 |
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16.09.2008
LE TIGRE BLANC – ARAVIND ADIGA
A l’occasion de la visite du Premier Ministre Chinois en Inde, un entrepreneur se présentant comme le Tigre Blanc lui écrit une longue missive dans laquelle il raconte son parcours d’entrepreneur hors normes. Issu d’une caste mineure, celle des cuisiniers, Balram, puisqu’il s’agit de son nom, réussit à s’élever de sa condition en devenant chauffeur. Employé dans une famille riche, il observe la société indienne, ses perversions, ses inégalités, sa corruption. Balram parviendra à devenir Entrepreneur, dans un pays qui se veut libre et moderne, qui se proclame ouvert et liberal… en devenant meurtrier…
Aravind Adiga nous offre ici un portrait acide et mordant de la société indienne. Nous plongeons dans l’univers moite des rives du Gange où Balram Halwai, promis par sa caste et sa pauvreté à rester inférieur, à abandonner l’école faute de moyens financiers. Mais le Tigre Blanc, comme l'a surnommé son instituteur, est une espère rare : une fois tous les cent ans, il naît un de ces animaux : libre, ambitieux, différent. Balram est un de ceux là. Employé comme chauffeur auprès de riches entrepreneurs, il quitte son village natal pour New Delhi.
Le roman, sous la forme de huit missives envoyées au premier ministre chinois, relate le parcours de ce jeune homme. A la fois mordant et édifiant, le ton nous entraîne dans une Inde multiple, où l’argent côtoie la misère, où la liberté tutoie l’asservissement. Une Inde où les classes sociales se frôlent sans jamais se toucher, où les nantis vivent dans la Lumière tandis que les pauvres se noient dans les Ténèbres, au milieu des cafards, des taudis, des immondices. Le jeune et honnête Balram finira par franchir la limite, enverra valser ses principes et sa morale, vaincu par une colère froide et la volonté de grandir, lui aussi.
La plume d’Aravind Adiga est d’une acuité sans concession, il dénonce calmement, sans acrimonie, comme on énonce une vérité qui n’a pas lieu d’être cachée, les inégalités, le mépris, la soumission. Voyage au cœur de l’hypocrisie, de la corruption, de la pourriture d’un système économique et politique, servi par une plume percutante et une ironie mordante, le roman démontre la logique implacable d’un parcours hors normes, celui d’un jeune homme devenu tueur, puis entrepreneur. Celui d’un modèle de réussite qui a su se défaire de ses scrupules, se libérer des chaînes imposées par des traditions ancestrales. La fin veut les moyens : ceux qu'à utilisés Balram sont nécessairement amoraux, cruels. Mais quand on nait pauvre, quand on n'a rien, il n'est point de limites pour celui qui veut sortir de sa condition.
Le roman se lit d’une traite, il est quasiment impossible de le lâcher une fois commencé. Aravind Adiga signe ici un premier roman envoûtant, puissant de précision.
A lire donc.
Tamara est elle aussi très enthousiaste.
Le tigre blanc, Aravind ADIGA - Ed. Buchet Castel, 330 pages.
A l’occasion de la sortie du livre, les éditions Buchet Castel proposent un court film d’animation pour illustrer le livre. Initiative originale pour accompagner la parution. Je dois dire que je le trouve certes bien fait, mais il donne une image peut-être trop "polar" à ce roman. Certes il y a un crime, une police à la recherche d'un assassin, mais la ressemblance s'arrête là. Il s'agit avant tout d'un excellement roman sur l'Inde d'aujourd'hui, d'un héros pour lequel on éprouvera de l'empathie, d'un destin passionnant.
En revanche, j’apprécie je trouve la couverture du livre particulièrement réussie.
06:10 Publié dans *Litterature Indienne* | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note
| Tags : aravind adiga, buchet castel, inde, rentrée littéraire 2008 |
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