01.06.2010

Origine – Diane Abu-Jaber

Lena est spécialiste des empreintes digitales au sein de la police de Syracuse. Elle reçoit un jour la visite d'une mère effondrée : origine.jpgson enfant est mort de MSN (Mort subite du nourrisson) quelques semaines plus tôt, mais elle affirme avoir entendu des pas dans la chambre du bébé peu auparavant. Police et médecine ont tranché sur la mort naturelle du bébé, mais la jeune mère insiste auprès de Lena. D'autres enfants seraient décédés eux aussi de MSN dans les semaines précédentes, un taux anormalement élevé. Lena, enfant adoptée, comprend rapidement qu'elle est liée à cette affaire.

 

Diane Abu-Jaber utilise une intrigue à suspens (un sérial killer s'en prendrait-il aux nourissons ? Pourquoi ? ) pour dévoiler le portrait d'une femme en quête d'identité avant tout. Lena a été adoptée à l'âge de trois ans et n'a aucun souvenir de sa vie précédente ni de ses parents biologiques. Elle ne sait rien de ses origines, et ses maigres souvenirs se résument à l'image d'un bébé pleurant dans les bras d'un singe.

 

En utilisant une trame basée sur des crimes que Diane Abu-Jaber construit un roman basé essentiellement sur les errances, souvenirs flous et visions de Lena, dotée d'un sixième sens aigu : placée en observation sur une scène de crime, Lena est capable de ressentir avec précision ce qui échappe aux enquêteurs, de sentir les motivations des meurtriers, de se projeter au-delà de ce qui est seulement visible. Lena  part à la recherche du meurtrier mais aussi de ses propres origines.

 

Cette quête identitaire pourrait être émouvante si le ton utilisé (récit de Lena, à la première personne donc) n'était pas parfois lénifiant : le récit est  raconté par une Lena en proie à de sérieuses remises en questions (elle est sur le point de divorcer, n'est pas socialement à l'aise, décrit ses peurs et ses craintes, parfois ses hallucinations). Le sujet est intéressant, mais le tout est mêlé à une intrigue policière ni palpitante ni vraiment cohérente, qui plus est parsemée de détails qui entravent sa crédibilité. De plus, l'entourage de Lena, ses collègues directes, est essentiellement féminin, elle ne travaille qu'avec des femmes, ce qui donne lieu à des scènes et dialogues parfois intéressants, parfois téléphonés (la collègue jalouse de ses intuitions, la collègue copine...). Ses relations avec les hommes (mari, amant) ne sont tout aussi confuses, et l'on ne réussit pas à s'attacher au personnage. La fin ne m'a pas non plus convaincue.

 

 

Une note un peu brouillonne, donc, pour un roman qui, pour moi, n'est pas du tout abouti et  mélange  les genres de façon maladroite, les aspects poignants de la personnalité de Léna étant trop appuyés, et la résolution des crimes (la découverte du serial killer, donc) peu crédible.

 

 

Origine, Diane Abu-Jaber

Sonatine, 501 pages, avril 2010

 

 

L'avis de Pimprenelle, et celui, bien plus vitriolé, de La ruelle bleue, que je rejoins.

 

 

 

26.01.2010

LES SAISONS DE LA SOLITUDE – JOSEPH BOYDEN

Joseph Boyden nous avait régalés il y a trois ans avec son premier roman « Le chemin des âmes ». Très beau roman qui nous boyden.jpgemportait au nord du Canada auprès de Xavier et Niska, ainsi que dans les tranchées de la première guerre mondiale et nous laissait un souvenir lumineux. « Les saisons de la solitude » est une suite à ce premier roman puisque nous retrouvons le fils de Xavier, Will, dans le coma après une agression. Sa nièce Annie vient régulièrement lui rendre visite et lui parle, espérant faire réagir son oncle. En écho aux confidences d’Annie, les pensées de Will découvrent au fil des pages l’histoire des dernières communautés indiennes du Canada.

 

Un roman à deux voix donc, qui se répondent sans jamais s'entendre réellement, et nous entraînent, avec Will sur les rivages de la Baie James, dans les pas de ce pilote d'avion auprès des dernières communautés indiennes du Grand Nord canadien. Alcool, chômage, isolement, fierté de transmettre les vestiges d'un mode de vie sur le point de disparaître, le ton est à la fois poétique, triste, amer et désabusé.

 

De son coté, Annie se confie : depuis la disparition de sa soeur Suzanne, mannequin à succès disparue depuis quelques semaines, Annie n'a de cesse de retrouver cette soeur qu'elle a toujours secrètement enviée, cette soeur dotée de beauté quand elle, Anne, n'a que le don d'entendre les voix de ses ancêtres. Annie suit les traces de sa soeur, découvre elle aussi ce monde perverti où l'on se noie dans l'alcool et les drogues : Montréal, New-York, la jeune femme se perd elle-même là où sa soeur s'est perdue. Elle racontera cette expérience à son oncle, dans l'espoir de le faire réagir.

 

Joseph Boyden a le don de transporter son lecteur avec ses histoires, que ce soient celle d’Annie ou de Will, de nous entraîner sur les traces de ces derniers Indiens, décimés par des blancs décidés à les convertir à leur mode de vie et surtout à les déposséder. Et ce sont ces histoires là qui font la beauté du roman, ces histoires de survie, de solitude et de nature, même si, dans le fond, on ne trouvera rien de réellement nouveau : valeurs ancestrales qui se délitent peu à peu face à la modernité, paradis artificiels et paradis naturels,... Mais l’effet de miroir donne de l’intensité au roman et les passages consacrés à Will renvoient la lumière qui manque peut-être à ceux d’Annie.

 

Si le roman dans son ensemble est moins fort que « Le chemin des âmes »,il reste quand même un bon roman, écrit avec une plume toujours aussi forte, un rythme jamais lassant et des personnages toujours justes.

 

 

Merci à Papillon pour le prêt !

 

L’avis de Dominique, de Joelle, de Chronicart et de Culturecie, de Flora

 

 

Les saison de la solitude, Joseph Boyden

Albin Michel Septembre 20009, 507 pages