24.01.2010

VIENS PLUS PRES – SARA GRAN

« Et si soudain vos désirs les plus secrets se réalisaient ? » Telle est l’accroche du dernier roman de Sara Gran,  qualifié par Bret gran.jpgEaston Ellis de « Intime. Effrayant. Magnifique ». Tentant, donc.  Intrigant tout au moins.

 

L’histoire, c’est celle d’Amanda, jeune architecte plutôt heureuse et dans son job et dans son couple. Heureuse, et pourtant des trucs bizarres commencent à se produire, des incidents parfois troublants : une lettre d’insultes adressée à son patron sous son nom, un chien errant qui s’attache à elle, des bruits entendus dans son appartement… Mes ces faits sont anecdotiques et Amanda y attache une importance toute relative. Jusqu’à ce que l’évidence surgisse : Amanda est possédée. Possédée par Naama, démon diabolique. La vie d’Amanda bascule.

 

 

Il est particulier, ce roman. Les premières pages révèlent un humour décalé que j'ai assez savouré (« C’est ce que j’ai découvert cet automne là, lorsqu’un soir, un berger allemand bâtard m’a suivie jusque chez moi depuis la gare. Je me suis dit que le mettre à courir ne ferait que le provoquer, aussi ai-je continué  à marcher à pas réguliers en feignant la nonchalance. Le berger allemand traînait derrière moi en feignant la nonchalance, lui aussi. A l’entrée de mon immeuble – une porte métallique en haut de deux larges marches – j’ai mis la clef dans la serrure pensant être tirée d’affaires car le chien restait dans la rue. Jusqu’à ce qu’il saute sur les marches d’un bond pour m’attaquer. Avec ses pattes avant, aussi puissantes que des bras humains, il m’a plaquée contre le mur, ignorant mes cris horrifiés, m’a léchée sur la bouche et a tenté de me séduire. Lorsque j’ai fini par le convaincre que je n’étais pas intéressée, il s’est assis à mes pieds, haletant. ») Sara Gran s'amuse et j'aime en général cette forme d’humour noir et absurde : j’ai pensé avoir entre les mains un roman qui me ferait oublier Dope, le premier roman traduit de Sara Gran, que je n’avais pas aimé l’an dernier.

 

Mais au fil des pages et de l’histoire (Amanda va découvrir qu’elle est possédée par un démon, et, malgré ses tentatives (plus ou moins convaincues) d’exorciser cette Naama qui est en elle, se laisser peu à peu dévorer et laisser libre court à ses instincts les plus sanglants…), l’humour se fait plus rare au profit d’un récit qui malheureusement reste très terne. Le style est plat, les péripéties de notre jeune architecte sont moyennement convaincantes. Que ce soit dans ses tentatives de noyer des enfants, sa nouvelle exubérance sexuelle, sa transformation physique, ses recherches sur la démonologie et la possession, le tout est narré de façon très détachée, mais l’humour ayant peu à peu disparu ou se faisant très sporadique, il manque d’entrain, de vigueur, de flamme.

 

Bref, l’humour décalé des premières pages m’a fait sourire, mais mon intérêt s’est rapidement émoussé. Deuxième tentative avec cet auteur, et toujours pas séduite.

 

 

 

 

 

Viens plus près, Sara Gran

Sonatines, Novembre 2009, 184 pages

 

L’avis de Nicolas Gary sur Actuallite.com, ceux d'Emeraude et de Bookomaton

30.11.2009

UN PETIT BOULOT – IAIN LEVINSON

Pas facile, de trouver de quoi payer ses factures, ses dettes, ses bières et son abonnement au câble quant on vit dans une levinson.jpgpetite ville du Wisconsin où le principal employeur a plié bagages et est allé s'installer là où la main d'oeuvre est moins chère, moins exigeante et moins regardante sur les conditions d'emploi. Quand tout ce qui ressemble de près ou de loin à une possibilité de travail rémunéré a peu à peu disparu. Dans cette petite ville, Jake Scowran est au chômage depuis des mois. Ses indemnités fondent petit à petit. Aussi quand Ken Gardocki, le bookmaker local et trafiquant de drogue à l'occasion lui propose de tuer sa femme contre 5000 dollars, Jake n'hésite pas tant que ça. Après tout, c'est un boulot comme un autre. Suffit juste de le prendre comme ça, un boulot, rien d'autre (« Je sors du bureau et remonte dans ma voiture, pas le coeur lourd comme un homme qui vient de renoncer à toutes ses valeurs, mais euphorique comme un type qui vient de décrocher un boulot ».) Et finalement... les bons employés se voient toujours confier des tâches additionnelles, non ?

 

 

Ce court roman est savoureux, truffé d'humour noir et de petites piques acerbes qui picotent là où ça fait mal ; une petite fable grinçante à souhait, qui nous lance sur les traces d'un apprenti tueur doué sans le faire exprès, et d'une petite clique tout aussi bien croquée : du bookmaker véreux mais pas trop méchant quand même (« Dans une ville où les trois quart des hommes ont été licenciés au cours des neuf derniers mois, les affaires qui profitent du désespoir sont florissantes ») qui ne fait finalement que fournir un job à Jake, puis un autre, et encore un autre, en passant par Tommy le pompiste qui propose un vrai boulot à Jake par amitié ou Brecht, le cadre ambitieux de la world compagnie venu inspecter cette station service qui ne rapporte pas assez (« Le registre des émotions dont il dispose est limité parce que ce type est obsédé par la cupidité et la conviction qu'elle est récompensée. Je suppose qu'il réussissait plutôt bien au collège, et qu'à un certain stade de son développement personnel il a appris qu'un caractère impitoyable rapporte gros. Il a peut-être une fois eu un boulot d'été auprès d'un homme qui ne s'intéressait qu'à l'argent et en gagnait énormément, et il a écouté cet homme, il se le répétait peut-être même dans sa voiture ».).

 

Jake le tueur prend son nouveau job très au sérieux, s'applique à réussir ses missions, tout en puisant dans sa culture cinématographique les bases et la formation qui lui manquent. Un autodidacte du crime qui s'en sort finalement pas trop mal, tout en restant un brave type quand même, faut pas charrier.

 

Le tout est raconté avec cet humour détaché, très second degré qui fait toujours mouche l'air de rien, et forme avec brio un récit caustique où les modèles économiques qui piétinent les laissés pour compte et ne veillent qu'au résultat et aux actionnaires sont insolemment pointés du doigt, avec humour et beaucoup de dérision. Ce roman a beaucoup été comparé au « Couperet » de Westlake. Pour ma part, dans le ton et l'humour distillés avec une délicieuse et piquante perfidie, il me rappelle quelque part le film « The full monty »... Après tout, il faut bien vivre, non ? Et quitte à perdre ses valeurs, autant tuer ceux qui ont déjà vendu les leurs au plus offrant. Les personnages de The full monty se débarassent de leur pudeur, Jake, lui, vend son âme au diable. Du moment que ça rapporte.

 

Un petit boulot, Iain Levinson

Ed. Liana Levi, 210 pages, 2004

 

 

L'avis de Delphine que je remercie pour le prêt (yep, you made my day :) !

 

Les avis de Fashion, Polar Noir, Choco et Goelen et Dasola.

 

30.09.2009

LA BOUFFE EST CHOUETTE À FATCHAKULLA – NED CRABB

Fatchakulla Springs est un tout petit bled où les habitants coulent une vie paisible entre deux beuveries, entourés des chats à nedcrabb.jpgsix doigts (la fierté de tout un village) et peuplée d’une majorité de dégénérés congénitaux. Les gens se détestent cordialement, rivalisent de tares, mais la criminalité est quasi-nulle à Fatchakulla Springs, jusqu’au jour où la tête du vieil Orven Purvis (le plus détesté de tous) est retrouvée prés des marécages qui jouxtent la ville. Le shérif Beemis, aidé de Doc Bobo et du vieux Lindwoode, mène l’enquête, d’autres morts atroces surviennent, un monstrueux tueur en série semble roder dans le coin. A moins que ce ne soit Willie le Siffleur, l’effroyable revenant qui hante les marais et que tous les habitants craignent plus que la mort par ingestion de bourbon.

 

 

Joli mélange de loufoquerie (on se marre souvent, les situations et personnages sont extravagants à souhait) et de suspens (les meurtres surviennent un par un, touchant tous des personnages hauts en couleurs, certaines scènes sont haletantes), La bouffe est chouette à Fatchakulla est un petit livre réussi, amusant, qui allie le plaisir du barré (vous appelleriez votre fils Module Lunaire parce qu’il est né le jour où Apollo XI a aluni, vous ?) et de vrai suspens policier. Il ne restera pas dans les annales des grandes lectures, mais n'en meublera pas moins joyeusement quelques heures.

 

Le dénouement est à la hauteur du livre, on le referme en souriant.

 

Et on va nourrir son chat. Mais pas trop.

 

 

 

La bouffe est chouette à Fatchakulla – Ned Crabb

Folio Policier 267 pages, Mai 2008 (première parution 1978)

 

 

Un grand merci à Cathulu, son avis ici. Celui de Cuné aussi ;)