11.02.2011

Série grise – Claire Huynen

 

huynen.jpgCe n'est pas parce qu'on est vieux qu'on n'a plus le droit de vivre, non ? Notre narrateur décide de rentrer dans une maison de retraite. Pas d'enfants, des amis à qui il ne veut pas confier sa future décrépitude, notre bonhomme organise la veille de son départ une grande bouffe directement inspirée du Festin de Babette et va s'installer à Mathusalem, « maison de retraite pour adultes valides ».

Un court récit délicieusement écrit, où le quotidien d'une maison de retraite est raconté avec un humour caustique. Il est cynique, notre vieil homme, et observe ses contemporains avec irrespect et lucidité, qu'ils soient gros, maigres, édentés, bavards ou mutiques. Ses contemporains ou ceux qui les entourent, de la directrice de Mathusalem ou le personnel soignant, le narrateur brosse un portrait narquois qui passe au crible de ses observations corrosives les journées qui s'étirent et se ressemblent.

Claire Huynen s'amuse dans ce roman tout en finesse. Parce que derrière l'humour acerbe et les provocations de notre narrateur (qui va fumer des joints avec un camarade d'infortune ou même, insulte suprême, picoler un peu), c'est l'univers aseptisé des maisons de retraite qui est passé au crible : la vieillesse n'est pas synonyme d'enfermement, on a le droit au plaisir, aux joies, et même au sexe. Si si, et tant pis si les âmes pudiques et conformes en sont choquées.

Un roman à l'humour caustique et attendrissant, servi qui plus est par un style délicieux.

 

 

Série grise, Claire Huynen

Le Cherche-Midi, janvier 2011, 109 pages

Lu pour les Chroniques de la rentrée littéraire

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« Sa pose semblait la même. Pourtant les livres, serrés entre ses doigt, différaient. Et cet objet, à géométrie infinie, déterminait mille femmes. Dès le premier soir, j'avais aimé sa manière de lire. Avec une concentration pudique, une empathie attentive, elle semblait d'abstraire en une troublante danse avec les mots auxquels elle se mêlait. Parfois, aux langueurs de son regard, l'on devinait un tango. Ses yeux s'éclairaient et cheminaient, vite, de mots en mots, de ligne en ligne, s'alanguissaient un instant et, en une manière de pas arrière, reprenaient quelques lignes plus haut, remontaient le cours de la page. En d'autres moments, c'était une valse qu'elle abordait. Elle se laissait, captive, porter au rythme régulier des mots qui l'entreprenaient en danseur exercé. Elle fléchissait avec concentration et offrait à ses pages une reddition sans combat. J'aimais lorsqu'elle s'invitait à de fougueux cha-cha-cha. Souvent, elle souriait alors. Son regard furetait de mot en mot, facétieux et complice. Elle gambadait entre les pages, légère et insouciante. Ses doigts même s'agitaient imperceptiblement sur la reliure. »

 

 

 

08.11.2010

Petits suicides entre amis – Arto Paasilinna

Il est pourtant éculé, le thème du suicide, et beaucoup l’ont traitépaasilinna.jpg avec humour de façon réussie, ou pas. Je me souviens du Magasin des suicides de Jean Teulé où l’on trouvait tout, absolument tout, pour pouvoir se suicider en paix et sans risque d’erreur. Satisfait ou remboursé, vantait le propriétaire. Je me souviens de « Vous descendez ? » où grâce à Nick Hornby  quatre énergumènes au bout du rouleau se rencontraient un beau soir en haut de la tour de Londres. Chacun venait de son coté, mais la place étant prise, pas question de sauter en groupe, les désespérés décidaient de se donner un délai.

 

Ici, c’est la rencontre entre le Président Onni Rellonen, capitaine d’industrie en faillite et le Colonel Hermanni Kemppainen, militaire sans garnison, qui va déclencher, par une suite d’événements loufoques, une épopée truculente entre futurs suicidés. Mais commençons par le commencement. Car avant la mort, il y a bien une vie, n’est-ce pas ?

 

Le Président Onni Rellonen, donc, a décidé de mourir en se tirant une balle dans la tête. Alors qu’il se rend dans une grange pour mettre enfin fin à ses mornes jours, il découvre que les lieux sont occupés par un homme qui - sacrebleu ! - semble lui aussi décidé à en finir, vu que le bonhomme est occupé à tendre une corde à une poutre.

 

« Dire qu’il se trouvait en même temps deux Finlandais dans la même grange, et dans le même but cruel. Le Président Rellonen se rua à la porte et cria : Arrêtez, malheureux ! Mon colonel ! » L’officier manqua de mourir de peur. Il perdit l’équilibre, le nœud lui serra la gorge, il se débattit un instant au bout de la corde et aurait sûrement fini pendu si l’homme d’affaires n’était pas arrivé à temps…. Il n’était plus seul au monde. »

 

Ces deux là vont immédiatement le lier d’amitié et organisent rapidement un symposium sur le suicide en publiant une petite annonce dans la presse spécialisée, ie les annonces nécrologiques. Car oui, figurez vous qu'en Finlande on se suicide beaucoup. Rapidement rejoints par une foule de désespérés, et notamment par la belle Directrice Adjointe Helena Puusaari, nos deux compères vont très vite se retrouver entourés et, tous décident que quitte à en finir, autant le faire entre amis. L’équipée va pouvoir commencer, le fol itinéraire d’une vingtaine de cas perdus se déroule sous nos yeux ravis.

 

Un roman sympathique, où nous croisons tour à tour toute une foule de personnages tous aussi rocambolesques les uns que les autres. Que ce soit par amour, désespoir, peines d’argent, de couple, de santé, tous les joyeux déprimés vont se lancer dans une aventure de grande envergure : mourir ensemble, mourir entourés, mourir en beauté.

 

C’est drôle, Arto Paasilinna s’en donne à cœur joie et, tout en croquant ses aspirants macchabées avec malice, n’en oublie pas de taquiner avec une pointe de sarcasme moqueur la société finlandaise et ses petits travers bien masqués sous le glacis des rollmops et du progrès social. Le tout est férocement gentil ou gentiment féroce selon les pages ; y passent aussi, tant qu’on y est, les Helvètes et leur pieuse fierté (par question, pour ces habitants du Valais, qu’une bande de joyeux moribonds viennent y salir leur réputation par un suicide collectif), les hooligans allemands, les fonctionnaires finlandais qui voient d’un sale œil cette histoire qui masque sûrement une affaire d’espionnage ou pire encore…

 

 

Bref, c’est plutôt burlesque,  même si très convenu au final (notamment la fin, que l’on voit arriver bien longtemps à l’avance), mais le tout est bien fait, les digressions et nouveaux personnages viennent sauver une épopée qui aurait pu rapidement tourner en rond et nous faire périr d’ennui si Arto Paasilina n’avait pas maîtrisé son récit en l’agrémentant sans arrêt de nouvelles aventures vaudevillesques et en y glissant ses petites piques et sa truculente vision de la société finlandaise. Une meilleure lecture pour moi que "Les dix femmes de l'industriel Rauno Ramekorpi".

 

A lire pour se dérider un peu…

 

 

Petits suicides entres amis – Arto Paasilinna

Folio, 292 pages, février 2009

 

 

Merci Stéphanie !

 

Les avis de Karine et Bladelor, plutôt mitigées, et celui de Yohan, qui a bien aimé, comme moi.

 

 

 

 

25.10.2010

La France et les Français – The New Yorker

Si New York fascine encore et toujours beaucoup de Français, Paris attire encore plus lesnew yorker.jpg New-Yorkais et ce depuis toujours.

 

A coup de « Je t’aime moi non plus », les cartoonistes du New York s’en donnent à cœur joie : au fil des années et de l’évolution des relations franco-américaines, ils traquent, croquent, raillent et s’amusent des travers so frenchy de leurs meilleurs ennemis d’outre-manche.

 

 

Mais ne pensez pas que ces 200 dessins réunis par les éditions Points vont se préoccuper uniquement de ridiculiser avec humour Paris et ses français. Non, ce serait trop facile et si peu subtil. Ici, les français sont croqués certes avec malice, mais les concitoyens américains passent eux aussi à la moulinette pleine d’acuité de ces dessinateurs de talent.

 

 

Des petits snobismes new-yorkais où parler, manger et s’habiller français est du dernier chic, de l’ignorance et du comportement si peu classe des touristes américains en goguette parisienne, de l’hospitalité hostile des français vis-à-vis des touristes américains, de la baguette, du coût de la vie, des grévistes…. Les relations parisianno-new-yorkaises sont croquées en trois parties (1925-1939 « French Kiss », 1940-1966 « La Fayette nous revoilà ! » et 1967-2006 « Je t’aime moi non plus ») qui résument avec un humour un peu narquois, un peu coquin, presque 100 ans de relations d’amour et de haine entre les deux capitales.

 

 

A consommer sans modération et beaucoup d’humour.

 

 

 

 

La France et les Français – The New Yorker

200 dessins traduits et adaptés par Jean-Loup Chiflet

Editions Points, 217 pages, Octobre 2010

 

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Dessin © Christopher Weyant / Les Arènes / New Yorker (source : L'internaute)

  

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Dessin © Barney Tobey / Les Arènes / New Yorker (Source : L'internaute)

 

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24.09.2010

Le Cher Disparu – Evelyn Waugh

waugh.jpgCe que j’aime dans la blogo, c’est que l’on pioche à droite et à gauche des idées de lecture, des titres, des auteurs… on découvre ce qu’aiment les autres, on note, on hésite, on se lance…

 

Et parfois, une autre bloggueuse vous envoie un mail dans lequel elle vous dit qu’elle a lu quelque part dans un avion un article sur un livre dont elle a oublié le titre et l’auteur, mais qu’elle a pensé à vous en lisant ledit article dans elle ne sait plus quel journal.

 

Maigres indices, mais en cherchant (vive le net, ça a marché), vous trouvez assez rapidement le titre en question.

 

Touchée par l’attention de votre amie, vous commandez le roman car cette bloggueuse vous connaît suffisamment pour que vous ayez un minimum confiance en son jugement…

 

 

Et quelques jours plus tard, vous finissez par ouvrir le roman en question…

 

 

Au fait, c’est qui, ce Cher Disparu (notez bien les majuscules, elles sont importantes) ?

 

Ce Cher Disparu, donc, c’est un vieil Anglais (majuscule toujours aussi importante) qui se suicide lorsqu’il apprend que le studio de cinéma qui l’employait a décidé de se passer de ses services. Studio de cinéma hollywoodien, bien nommé Films Megalopolitan, où un vieux scénariste ne fait plus le poids face à un petit jeune (attention, le roman se passe quelques années après guerre, toute ressemblance avec des personnes existant maintenant serait purement fortuite). Son jeune ami  Dennis Barlow, tout aussi britannique que lui et apprenti poète, décide d’organiser ses obsèques avec l’aide ô combien essentielle des Célestes Pourpris, entreprise de pompes funèbres éminemment haut de gamme dans la cité des Anges. Dennis en profitera pour observer les rituels, dans la mesure où il est lui-même employé des Bienheureux Halliers, entreprise de pompes funèbres pour … animaux… Tout ne se passant pas comme prévu dans le meilleur des mondes, Dennis va y rencontrer l’amour…

 

 

Ah mes amis, quel savoureux petit roman… Evelyn Waugh s’en donne à cœur joie : le prétexte des rites funéraires américains devient un terrain de jeu où son humour va décaper une jolie petite ribambelle d’énergumènes tous aussi drôles que pathétiques.

 

Les défunts deviennent objets de tractations commerciales hallucinantes (faites moi penser à exiger d’être maquillée, coiffée, bijoutée, et surtout.. souriante.. mais avec mon vrai sourire, par un ersatz…) :

 

« -Les cheveux, la peau, les ongles, et c’est moi qui donne les consignes aux embaumeurs pour l’expression et la pause. Avez-vous apporté des photographies de votre Cher Disparu ? Cela aide énormément à redonner la personnalité. Etait-ce un vieux monsieur très gai ?

-         Non, plutôt le contraire.

-         Faut-il que j’inscrive serein et philosophe ou critique et résolu ?

-         La première chose, je crois.

-         C’est l’expression la plus difficile à obtenir. »

 

 

 

Les Anglais y passent aussi, sinon ce ne serait pas drôle, et rien de tel qu’une bonne part d’autodérision pour assurer le tout :

 

« On a eu un cas très malheureux, il y a quelques années. Un jeune type très convenable qui était venu ici faire du décor. Très intelligent, mais il s’était complètement américanisé : il portait de chaussures de série, une ceinture au lieu de bretelles, il se baladait sans cravate et dinait dans les drugstores. Et puis, vous me croirez si vous voulez, il a quitté les studios pour ouvrir un restaurant avec un associé italien. Il s’est fait rouler, naturellement, et après on l’a retrouvé qui faisait des cocktails dans derrière un bar. Une histoire horrible. On a fait une souscription au Cricket Club pour le rapatrier, mais l’animal n’a rien voulu savoir, déclarant qu’il aimait le pays. Je vous demande un peu. C’et quelqu’un, Barlow, qui a fait un mal irrécupérable. C’était un déserteur, ni plus ni moins. Heureusement la guerre est arrivée. Là il est bel et bien rentré pour aller se faire tuer en Norvège. Il a réparé, mais je me dis toujours qu’il vaut mieux ne rien avoir à réparer, non ? ».

 

 

Evelyn Waugh a un style impeccablement irrésistible, et délicieusement british. L’air de rien, en passant, en racontant une petite histoire un peu loufoque, il sème des piques ici et là, n’épargne rien et ne laisse rien passer : du chauvinisme britton au cynisme américain face à la mort en passant par les états d’âme d’une jeune oie blanche très niaise qui rêve d’un mariage convenable ou le cynisme d'un prétendant à la réussite sociale, il nous régale d’une façon typically british : pas de grands éclats de rires, mais un contentement et une vrai plaisir qui nous arrache un haussement de sourcils et, de temps en temps parce qu’il le mérite quand même, un gloussement sincère, réjouit, qui fait que l’on en redemande encore

 

 

Merci Caro !

 

 

 

Le Cher Disparu – Evelyn Waugh

Robert Laffont Pavillon poche, avril 2010, 176 pages

 

 

 

Tiens, je constate que c’est avec ce roman que Lou a ouvert son blog. Bon choix !

 

14.09.2010

Plan social - François Marchand

La petite entreprise d’Emile Delcourt va mal : deux années de résultat négatif et aucun moyen pourplansocial.jpg mettre en place un plan social. Emile Delcourt a pourtant très envie de sauver sa petite entreprise et continuer à fabriquer des ancres marines françaises faites en France avec des salariés français et des matériaux français dans le beau département du Nord. 396 salariés, il faudrait en liquider un quart pour éviter la liquidation du tout. La solution lui apparaît bientôt, aussi limpide qu’une climatisation infestée de légionellose. Emile Delcourt s’assure de la complicité de Brunier, le délégué syndical CGT de la société, lequel comprend vite qu’il vaut mieux sauver les trois quarts des emplois. Tous deux vont mettre en place ce nouveau plan de sauvegarde de l’emploi, pour que la petite entreprise de Delcourt se refasse une santé sans passer par la case Santé.

 

Voilà un tout petit roman qui fleure bon l’impolitiquement correct et vitriole avec humour tout sur son passage.

 

Le consultant, cadre parisien parachuté par Ernst & Laverdure, à moins que ce ne soit Cap Horn (!) qui ânonne ses discours à coup de  teambuilding mâtiné de MPP (Management of Process & Performances), en prend son grade sous l’humour féroce de François Marchand (« Il faut dire qu’il était furax de s’être fait refiler une mission aussi pourrie dans un coin tout aussi pourri pour une boîte dont personne n’entendrait jamais parler. « janvier-juillet 20.. : expertise pour la société Delcourt ». Grotesque. Impossible à caser dans son CV. »).

 

Les banques (Crotale & Chacal) y passent aussi, tout comme les grands patrons parisiens du Cac 40, payés à ne rien faire si ce n’est regarder le bateau couler en attendant leurs stock options ou parachutes dorés (tiens, il faut que je réécoute la chanson de Souchon, by the way) ; sans oublier les leaders syndicaux vendus au syndicalisme corrompu et vérolé par le salariat.  Y passeront aussi la réaction des pouvoirs locaux, puis nationaux, quand cette épidémie donnera le jour à une campagne de vaccination d’ampleur nationale qui aura le mérite d’alimenter les conversations dans les dîners, de meubler les titres des journaux et, par la même occasion, d’enrichir considérablement une société pharmaceutique.

 

C’est savoureux, pimenté, délicieusement caustique : une farce piquante dans laquelle François Marchand croque tour à tour les patrons des petites entreprises et leurs difficultés face à un Etat perché dans sa tour d’ivoire, les idéaux balayés de quelques syndicats par opportunisme électoral, les consultants et leurs salaires proportionnellement inverses à leurs compétences, les pouvoirs publics…

 

Une caricature parfois acide à lire au second degré et glousser à chaque page, qui me rappelle, dans d’autres styles et thèmes tout aussi délicieux Emmanuel Pons et « Je viens de tuer ma femme » ou « Un petit boulot », de Iain Levinson.

 

Miam.

 

 

Plan social – François Marchand

Cherche Midi, 2010, 120 pages

 

 

 

26.08.2010

Une bien étrange attraction – Tom Robbins

« Songez un peu à la nonchalance paisible de la saucisse, comparée à l’agressivité et à la violence du bacon ».

 

 

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Y’a des auteurs, comme ça, qui vous agacent prodigieusement lors de votre première rencontre. Ce fut le cas de Tom Robbins, l’an dernier, avec « Comme la grenouille sur son nénuphar ». Lui et moi, on était partis bon copains, voire franchement complices dans les premiers kilomètres, puis peu à peu il m’avait épuisé avec des blagues scatologiques et son humour trop en dessous de la ceinture. Rupture d’un consentement mutuel, on se sépare tout en restant bons amis, parce qu’il est quand même sacrément culotté, et j’aime ça, moi, les gens culottés.

 

 

Du coup, cette année, je me suis dit que Tommy et moi (oui, je donne des surnoms à mes amis, tous) Tommy et moi, donc, on pourrait peut-être tenter de refaire un bout de chemin ensemble, vu que « Une bien étrange attraction » est arrivé entre mes mains.

 

Et beh, au début, il s’en est fallu de peu pour que je demande à nouveau le divorce. Parce que l’histoire d’Amanda (ce qui prouve bien qu’il ne m’en voulait pas, hein !), de John Paul, Marx, Mon Cul, Plucky m’a totalement échappé dès les premières pages.

 

Je précise dès à présent que Mon Cul est un babouin de compagnie. Et que Le Corps fera aussi son apparition. Le Corps, c’est le corps du Christ, évidemment.

 

Amanda, donc, est une jeune femme un peu gitane, un peu voyante, un peu dresseuse de puces, un peu tcharbée selon nos « critères sociaux », qui partage sa vie avec John Paul Ziller, magicien, artiste, cuisinier es hot-dogs, tout aussi fêlé du ciboulot, toujours selon nos pauvre petits critères sociaux. Ces deux là vivent presque d’amour et d’eau fraîche, célèbrent l’amour libre et ouvrent un zoo pour puces et autres petites bestioles.

 

On y annonce la venue du Corps dans la quatrième de couverture, sachez qu’il n’arrivera qu’après la deuxième moitié du roman. Aussi, il est difficile de comprendre les délires psychédéliques de Tom Robbins au début. Mais, à la différence de l’histoire des batraciens, on se laisse prendre au jeu et on part dans ce délire qui semble avoir été écrit sous influence de champignons hallucinatoires. Ça met un peu la tête à l’envers, comme dirait l’autre, mais c’est tellement hallucinant qu’on s’y attache.

 

Quand Plumcky, le faux espion, arrive du Vatican où il a dérobé le Corps du Christ qu’il a trouvé par hasard au fin fond d’une crypte après un séisme,  qu’il l’a déguisé en bonne sœur et lui a fait traverser l’Atlantique, le roman prend une autre saveur. Robins s’amuse comme un fou : le christianisme, l’église, les bien-pensants, la morale… tout y passe, ça pourrait choquer mais c’est écrit avec un humour tordant et bien piquant comme on aime. Irrévérencieux, certes, mais au final plutôt délicieux, et sacrément intelligent, quand on y pense.

 

Ajoutez y des interventions directes de l’auteur (Robbins ? le croyez-vous ?) qui vient expliquer comment il écrit, des pastèques bavardes, des papillons (beaucoup de papillons). Secouez le tout en sautant tout nu dans votre jardin. Si vous n'avez pas de jardin, le restaurant d'entreprise à l'heure du déjeûner suffira. N’oubliez pas de vous munir d’une bonne dose d’humour et d’un peu de cynisme. Jetez évidemment votre pragmatisme, vos a priori et votre bon sens par la fenêtre ou encore mieux à la figure du premier trouble fête venu et savourez.

  

« Pas plus qu’un plombier amateur peut nier l’eau qui monte sur le sol de la salle de bains,  je ne peux nier le rythme chaotique de ce manuscrit, ses contradictions, sa confusion, ses digressions (oh là là) ses mille et un changements de style. En ce qui concerne ces incohérences stylistiques, Amanda m’a dit un jour que c’est la tendance naturelle des Cancer d’être facilement et efficacement influencés, de laisser le style des autres déteindre sur eux à volonté, et donc, si le lecteur est plutôt sensible au zodiaque (et je maintiens que je ne le suis pas), peut-être que je pourrai me tirer d’affaire en révélant mon appartenance au signe du Cancer. Bien sur, un excuse astrologique ne suffira pas aux yeux des critiques littéraires ou des professeurs de littérature, mais ils n’ont aucune raison de venir fourrer leur nez dans un document de ce genre, de toute façon. »

 

 

Une bien étrange attraction – Tom Robbins

Gallmeister, août 2010, 388 pages

 

 

L’interview qu’il a accordé à Chronic’art en 2009

 

29.07.2010

Sept farces pour écoliers – Pierre Gripari

Ce n'est pas toujours évident, de trouver des pièces de théâtre adaptées auxgripari.jpg enfants. Des dialogues pas trop longs, adaptés à l'âge des petits comédiens, des saynètes courtes, certes, mais il faut aussi, si possible, du texte qui ait du sens, qui soit drôle et, cerise sur le gâteau, si elles sont bien écrites, si derrière l'humour ou la tendresse se cachent d'autres choses que le simple exercice de style, et bien c'est gagné, réussi et il y a fort à parier que les jeunes soient comblés.

Ici, ce sont sept farces drôles, qui font tour à tour parler un patron et sa secrétaire (La fausse gourde, excellente, que je verrais même jouée en saynète par des adultes d'atelier), un chien et un bébé (Chien et bébé, tordante, bien trouvée), un dialogue de sourds au téléphone (Deux téléphones, digne de Devos, par certain cotés).

Et puis le diable est là aussi, il a besoin de l'âme d'un pêcheur mais l'Ange jouera un bien mauvais tour, une télé parle aux enfants, on assiste à la Belle au Bois Dormant coté cuisines (sacrés cuistots !), et pour finir, un marchand de fessées cherche à vendre...des fessées...(peut-être celle que j'ai le moins aimé, d'ailleurs).

Faciles à jouer, drôles, simples sans être niaises, bref des petites saynètes bien sympathiques, qui se jouent autant qu'elles se lisent (ma fille les a lues avec grand plaisir). L'auteur des Contes de la rue Broca ou des Contes de la folie Méricourt réussit aussi le théâtre enfant.

 

 

Sept farces pour écoliers – Pierre Gripari

Grasset Jeunesse, mai 2009, 166 pages

 

Et hop, ça rentre dans le challenge de Leiloona, Tous au Théâtre !... Parce que le théâtre, oui, il faut AUSSI le lire.

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07.07.2010

Portrait d’un mari avec les cendres de sa femme – Pan Bouyoucas

cendres.jpgVous feriez quoi, vous, avec les cendres d’un être cher ? S’il a bien précisé ses désirs, la chose est simple, on suit ses dernières volontés et basta, en quelque sorte. Mais si la personne disparue a juste dit qu’elle voulait que ses cendres soient dispersées à l’endroit "où elle a été le plus heureuse », il vaut mieux connaître l’endroit en question.

C’est ce qui se passe avec le docteur Alexandre Marras : sa femme, la comédienne Alma Joncars, expire dans un soupir d’orgasme. Jolie façon de mourir, me direz vous. Jolie façon donc, mais Alma, soit par facétie, soit par sarcasme, a laissé à son cher époux le soin de choisir l’endroit. Lui qui voudrait simplement enterrer l’urne dans son jardin, puisque Alma aimait passionnément ce jardin, se heurte aux revendications de son entourage, sa famille, les amis d’Alma, sa propre fille, tous sachant évidemment mieux que lui où Alma a été la plus heureuse. Des anciens théatreux qui voient là l’occasion d’attirer les foules (vous imaginez, un théâtre recueillant les cendres d’une ancienne comédienne, ça attire les foules, donc les spectateurs), des illuminés d’une secte qui voudraient en profiter pour attirer les fidèles, des anciens amants (? le docteur n'en n'est pas sûr)… ce pauvre docteur Marras part en quête du passé de sa femme, qu’il connaissait bien mal, se rend-il compte, en tous cas bien moins que toutes ces personnes soit-disant bien intentionnées.

C’est charmant, parfois touchant, on suit le parcours d’un homme à la fois faible et obstiné, résolu à rendre un dernier hommage à sa femme, on sait dès le début que sa quête sera vaine, l’auteur le précise régulièrement (était-ce bien nécessaire ? j’aurais peut-être préféré le découvrir petit à petit) ; on voyage du Canada à Paris en passant par la Grèce, on compatit, le pauvre hère saura-t-il prendre enfin une décision et trancher ? Et cette quête l’éloigne petit à petit de sa propre fille, qui n’arrive pas à faire son deuil et le plonge dans le doute. Qui était réellement Alma ? Une diva qui l'utilisait ? Une femme adultère ? Ou bien simplement celle qu'il connaissait ? Le deuil est l'occasion pour lui de réfléchir enfin à son couple et surtout de découvrir qu'être marié pendant vingt-quatre ans ne veut pas forcément dire connaître l'autre sur le bout des doigts.

Au final un roman très court qui se lit sans déplaisir, avec un sourire indulgent parce l’histoire est charmante, touchante, souvent dotée d’un humour à froid que j’apprécie énormément, pas forcément extraordinaire, mais sympathique.

 

 Portrait d’un mari avec les cendres de sa femme – Pan Bouyoucas

Les allusifs, Mais 2010, 129 pages

 

L’avis de Lily

 

21.06.2010

La mise à nu des époux Ransome - Alan Bennett

Lorsque Mr et Mrs Ransome rentrent de l’opéra, ils retrouvent leur appartement vide. Entièrement vide. Tout a été cambriolé, benett.jpgdepuis l’équipement hifi de Monsieur jusqu’aux bijoux de Madame, en passant par le papier toilettes et la moquette. Il va falloir tout racheter. L’un en profitera pour se rééquiper en équipements dernier cri, l’autre découvrira les merveilles à trois sous de l’épicer du coin.

 

 

Loin d’être aussi amusant que La reine des lectrices, cette Mise à nu des époux Ransome se lit néanmoins sans déplaisir. Alan Bennett se plaît à croquer ce couple bien installé dans un confort bourgeois (Monsieur est associé dans un cabinet d’avocats, Madame a cessé de travailler), qui ne se parle pas ou peu depuis longtemps. L’homme, macho patenté, campé sur ses positions d’avoué respecté, refuse de se remettre en question tandis que Madame découvre avec une certaine naïveté que l’on peut vivre différemment, voire dialoguer avec son conjoint ou s'alimenter ailleurs que chez Mark & Spencer.

 

Si les situations et les dialogues ne sont pas aussi truculents que dans la Reine des Lectrices, on y retrouve cet humour caustique et détaché, ce second degré distillé l’air de rien, au détour du phrase ou d’une scène, qui font de cette comédie british une sympathique satyre du couple respectable : les époux Ransome apprennent que l'on peut faire du bruit en faisant l'amour, que l'on peut rire aussi, communiquer et partager. Qui va le plus apprendre ? Ou pas ?

 

Le tout n'est peut-être pas assez corrosif pour moi (j'aurais préféré un peu plus de noirceur dans cette peinture du couple) mais n'est pas désagréable.

 

 

 

La mise à nu des époux Ransome - Alan Bennett

Denoël et d’ailleurs, mai 2010, 159 pages

 

 

Les avis de :

Cuné : "Une petite fable charmante réussie de bout en bout"

 

Ekwerkwe : "Alan Bennett s'intéresse moins au triste Mr Ransome qu'au joli chemin parcouru par son épouse, et nous balade avec talent dans un roman où la froideur conjugale côtoie des scènes à la limite du merveilleux."

 

Lou : "Une jolie bluette britannique mais, si vous cherchez une idée de lecture dans le même genre, vous trouverez beaucoup mieux ailleurs."

27.05.2010

Salty – Mark Haskell Smith

Bon, disons le tout de suite, Salty ne restera pas dans les annales. MAIS il restera dans ma liste des romans sympatoches, des salty.jpgromans qui m'ont fait sourire à plus d'une reprise.

 

Pas de prise de tête, pas de noirceur à outrance, mais une bonne tranche de rigolade avec Turk et ses comparses.

 

Turk, c'est un bassiste, ancien membre de Metal Assassin, le groupe de Hard Rock avec lequel il a déchiré la planète entière pendant de longues années avant une séparation. Depuis, Turk a fait sa rehab. Rehab sexe. Fini les parties fines avec groupies en chaleur, finies les pipes que toutes les groupies se pressaient de proposer, finies les partouzes dans les ascenseurs,Turk a épousé Sheila, un mannequin, rencontré quand elle faisait sa rehab coke. Pas facile de résister aux tentations mais Turk sait se tenir à distance des « environnements extrêmement catalytiques » que lui a décrit sa psy et savoure ses vacances en rêvant de hard rock, sans oublier d'entretenir sa bidoche de jeune retraité milionnaire à coup de bières.

 

Ils sont en vacances en Thaïlande quand Sheila se fait enlever par des pirates en quête de rançon. Un million de dollars, qui vont attiser bien des convoitises, que ce soient celle de Ben, l'agent de ICE qui rêve d'une nouvelle vie, ou celles de Jon, l'agent de Turk qui voit là l'opportunité de relancer la carrière de Turk en pleine décrépitude depuis la séparation de Metal Assassin, à coup de manchettes de pub autour du kidnapping.

 

 

Quand Sex drugs and rock'n roll se transforment en un sympathique scénario qui ferait baver les frères Cohen, le mélange forme un roman qui tient la route, où tous les personnages sont finement dessinés malgré leur coté caricatural, où l'intrigue se laisse lire sans ennui. On compatit aux efforts sincères de Turk de ne pas céder aux multiples tentations offertes par Phuket, on compatit aux affres du chef des pirates trop professionnel pour violer sa prisonnière, on a bien envie que Ben passe sous un éléphant qui aurait bouffé du champignon thaï, voire sniffé un peu (ceci dit, ce que le sort lui réserve n'est pas piqué des vers) et que les autres aient le destin qu'ils méritent.

 

Mark Haskell Smith égratigne malicieusement au passage le monde du rock'n roll, ses agents marketeux et avides, les touristes américains imbéciles : sympathique et heureusement pas trop long (je ne suis pas sûre que, sur une durée plus longue, le tout aurait tenu la route), à lire pour s'offrir une tranche de rire et puis voilà.

 

(en revanche, comparé à Green river, c'est très gentil, coté sexe :)

 

 

 

 

 

Salty, Mark Haskell Smith

Rivages/Thriller, avril 2010, 286 pages

 

Les avis de Cuné (merci pour le prêt) et Jean-Marc Laherrere

 

 

 

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