18.05.2010

La seule certitude que j’ai, c’est d’être dans le doute. Desproges

_Spectacle_Desproges_s.jpgPoint de doute, ceci dit, Desproges était et restera un auteur talentueux, qui épinglait avec sa verve cynique et caustique les méchants, les radins, les cons, les esprits petits et les ceux qui se croyaient grands. Des textes qui révélaient aussi une grande sensibilité, parfois cachée mais vraiment présente, une poésie à la fois évidente et maquillée derrière le sarcasme, l’ironie, la dérision.

 

Entendre ses textes à la Comédie Française, dits par Christian Gonon, est un vrai plaisir.

 

Plaisir des mots, dits évidemment avec l’efficacité et la précision d’un comédien qui épouse les nuances avec élégance, manie les silences judicieusement et restitue ces textes ciselés à la perfection.

 

Plaisir du texte, plaisir d’une mise en scène dépouillée (trois chaises, quelques accessoires dont un verre de Saint Emilion, une ampoule, une paire de souliers mis ou enlevés sur scène, une lumière distillée avec parcimonie et toujours très justement) qui n’existent que pour souligner le texte ; des intertextes (« Etonnant, non ? » mélopée presque monacale chantée par des voix off entre les textes) qui rappellent la Minute de Monsieur Cyclopède.

 

Peut-être un léger manque d’aspérité, une interprétation un poil trop lisse dans les premiers textes, une absence de mordant, essentiellement au début. Mais, en dehors de ce détail, le moment fut excellent, réentendre Desproges est, de toute façon, toujours un vrai bonheur.

 

Du bel hommage, donc.

 

 

 

La seule certitude que j’ai, c’est d’être dans le doute. Pierre Desproges.

Textes interprétés par Christian Gonon, Sociétaire de la Comédie Française.

Théâtre du Vieux Colombier, Paris 6

Jusqu’au 19 mai.

 

 

 

« J’en vois d’ici qui sourient. C’est qu’ils ne savent pas reconnaître l’authentique désespérance qui se cache sous les pirouettes le-doute-mhabite.jpgverbales. Vous connaissez de vraies bonnes raisons de rire, vous ? Vous ne voyez donc pas ce qui se passe autour de vous ? Si encore la plus petite lueur d’espoir nous était offerte ! ».

 

« Peut-on rire de tout ? Peut-on rire avec tout le monde ? S’il est vrai que l’humour est la politesse du désespoir, s’il est vrai que le rire sacrilège blasphématoire que les bigots de toutes les chapelles taxent de vulgarité et de mauvais goût, s’i est vrai que ce rire là peut parfois désacraliser la bêtise, exorciser les chagrins véritables et fustiger les angoisses mortelles, alors oui, on peut rire de tout, on doit rire de tout. De la guerre, de la misère, de la mort. Au reste, est ce qu’elle se gêne, la mort, pour se rire de nous ? Est-ce qu’elle ne pratique pas l’humour noir, elle, la mort ?... Alors : quelle autre échappatoire que le rire, sinon le suicide, poil aux rides ? ».

 

14.10.2009

L’HOMME QUI M’AIMAIT TOUT BAS – ERIC FOTTORINO

L’homme qui m’aimait tout bas est un livre hommage, un livre mémoire, un livre confession, la confession d’un amour inaltérable fottorino.jpgd’un fils pour son père, amour inaltérable et pourtant disloqué le jour où le père d’Eric Fottorino s’est donné la mort.

 

Eric Fottorino s’efforce de retracer, en tirant un par un les fils des souvenirs, en évoquant des anecdotes, des bribes de moments partagés. Eric Fottorino écrit donc, écrit pour que cet homme qui l’a adopté, lui a redonné la vie, en même temps que son nom. Cet homme qui l’aimait silencieusement, sans mots et sans paroles, d’un amour qui se passait de preuves (« Tu m’aimais tout bas, sans effusion, comme on murmure pour ne pas troubler l’ordre des choses. Tu m’aimais tout bas, sans le dire, sans éprouver le besoin d’élever la voix. C’était si fort – la force de l’évidence – que tu ne l’aurais pas crié sur les toit. Il fallait une indiscrétion de voisin, de cousin, pour que j’apprenne combien tu étais fier, heureux, de ce rejeton épais comme un arbalète qui disputait aux plus costauds des titres de champion à la gomme. Je me console ainsi : tu est parti tôt mais tu as eu le temps d’être fier de moi, de nous tes fils. » ).

 

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06:06 Publié dans *Litterature Française* | Lien permanent | Commentaires (21) | Envoyer cette note | Tags : deuil, filiation, suicide, hommage, père | |  Facebook