18.12.2009
EXIT LE FANTÔME – PHILIP ROTH
Nathan Zuckerman vit reclus dans le Massachussetts depuis onze ans. Ecrivain à succès, il s’est réfugié loin de New York et vit
protégé du monde et de ses aléas, loin de tout, il vit libéré du monde, vit dans les livres, dans l’écriture et pour l’écriture. Des problèmes de prostate vont le conduire à New York où il va rencontrer un couple d’écrivains, une vieille dame mourante et un journaliste amateur de scoops et de biographies à scandale…
Comment parler de ce roman quand c’est celui qui nous a ouvert l’univers de cet auteur et que l’on est « vierge » de tous les autres ? Quand ce dernier opus semble être une suite logique dans la construction d’une œuvre à part entière ? Mais être "vierge" d’un auteur permet, peut-être, aussi, de le lire et le ressentir sans arrière pensée, en toute innocence. Allons y donc gaiement…
La première chose qui saute aux yeux, c’est la fluidité de lecture, le style impeccable, à la fois mordant et limpide, qui accompagne une histoire a priori simple (un écrivain impuissant va tomber amoureux d’une jeune femme, sera abordé par un journaliste désireux de révéler des secrets sur son ancien mentor, l’écrivain s’interroge sur son désir mort, sur la nécessité de révéler ces secrets). Mais derrière ces situations vont surgir des réflexions sur l’écriture, sur l’évolution du monde, sur la « santé » des Etats-Unis (le roman se passe au moment de la réélection de George W. Bush) et sur... la vie, tout court.
Nathan Zuckerman revient au monde (à New York), redécouvre une ville qui grouille, une ville où l’on ne se parle plus qu’à travers des téléphone portables, où la communication est devenue virtuelle, volage, futile. Redécouvre un pays envahi par la bêtise et gouverné par un imbécile adulé des réactionnaires. Lui qui s’excluait de la petitesse du monde revient à celui-ci par nécessité physique… mais cette nécessité est-elle vraiment ... nécessaire ? Que recherche-t-il ? Un simple confort « prostatique » ? La rencontre avec Jamie, de trente ans sa cadette, va réveiller des désirs endormis et faire renaître des velléités sexuelles que la maladie avait éloignées… L’homme revient parmi les vivants mais que rapporte de vivre à nouveau dans un monde devenu encore plus vain ? Ne vaut-il pas mieux rêver et se plonger dans la fiction, protégé des autres et de soi-même ? Sans cesse, Nathan oscille entre fiction et vie réelle, il rencontre Jamie, Amy, Billy et réécrit des dialogues imaginaires qui comblent ses fantasmes et ses envies. Réécrit le réel pour plonger dans une fiction où la vacuité du monde serait comblée. Et faut-il vraiment révéler les secrets cachés d'un écrivain ? Son oeuvre ne prime-t-elle pas sur l'homme ?
Etait-il nécessaire que le fantôme sorte de l’ombre et retourne dans le monde ? Non, nous dit Philip Roth, mais pour la beauté du livre, oui…
Exit le fantôme, Philip Roth
Gallimard 327 pages, Octobre 2009
Bartllebooth a aimé aussi, tout comme Dominique et Cathe. Aussi lu par Lapinoursette et LVE.
Et en prime, un extrait (parmi de nombreux autres) que je livre à votre réflexion (à propos des critiques littéraires) :
« Si j’avais le pouvoir s’un Staline, je ne le gaspillerais pas à réduire au silence les romanciers. Je réduirais au silence ceux qui écrivent sur les romanciers. J’interdirais toute discussion publique sur la littérature dans les journaux, les magazines et les revues spécialisées. J’interdirais l’enseignement de la littérature dans tous les établissements scolaires, du primaire au supérieur en passant par le secondaire. Je prohiberais les groupes de lecture et les chats de discussion sur les livres sur Internet, et je mettrais sous surveillance les librairies pour vérifier qu’aucun vendeur ne parle de livres avec un client, et que les clients n’osent pas se parler entre eux. Je laisserais les lecteurs seuls avec les livres, pour qu’ils puissent en faire ce qu’ils veulent en toute liberté. »
06:00 Publié dans *Litterature Anglo-saxonne* | Lien permanent | Commentaires (20) | Envoyer cette note
| Tags : écriture, fiction, new york |
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