14.04.2009
COEUR COUSU – CAROLE MARTINEZ
Le cœur cousu, c’est le cœur que Frasquita Carasco a brodé pour la Vierge Marie lors d’une fête religieuse en Espagne. Frasquita
a reçu le don de coudre, le don de broder les couleurs et les vies. Du fil et de la soie, Frasquita fait des merveilles, des bonheurs et des rêves. C’est un don que se transmettent les femmes de sa famille, et elle-même transmettra à son tour un don à chacune de ses filles. Frasquita vit dans un petit village espagnol, où les langues se délient à la tombée du jour, où les superstitions gouvernent le jugement, où les regards crachent ce que les bouches ne veulent pas dire. Frasquita dont les gens ont peur, dont les gens se méfient, épouse José le charron, l’homme taciturne qui va laisser la folie grignoter son esprit. José le charron joue sa femme au combat de coq et la perd. Frasquita quitte alors le village et part dans le désert, suivie par une guirlande d’enfants, auréolée et portée par son amour pour eux.
Chacune des filles de Frasquita recevra elle aussi un don : Anita celui de conter, de dire les histoires et d’envoûter par ses récits, Angèla celui de transporter les âmes avec ses chants, ceux qui baiseront Martirio goûteront la mort, Clara sera la lumineuse, l’astre, le soleil. Pedro, le fils, dessinera, fera naître l’univers sous sa craie, et sera combattant pour obéir à son père. Quant à Soledad, la dernière, la solitaire, recevra les mots qui s’écrivent, se tissent pour laisser une trace. C’est la narratrice du roman.
Cœur cousu est un roman somptueux. D’une écriture poétique, sensuelle, superbement colorée et sensible, Carole Martinez nous emmène sur les pas de Frasquita, dans un voyage qui mêle conte et tristesse, amours et douleurs. L’histoire est mêlée de conte, auréolée de mysticisme et de croyances. Mêlant le rêve et le réel, le voyage de Frasquita est un récit superbe.
Le conte magnifique est aussi une peinture à la fois lumineuse et douloureuse, un tableau fascinant, celui d’un village étriqué, enfermé, où la femme est porteuse de mal, sorcière si elle est différente. Il y a des femmes qui souffrent en enfantant, d'autres qui les aident ou font naître les anges, il y a des croyances, des rêves, de la magie qui se transmet. L’absurdité des hommes et des révoltes aussi, l’idéalisme des guerriers et leur cruauté, parfois, tout est là, dans le voyage de Frasquita, tout est là et pourtant le roman porte haut les couleurs de l’amour, celui des mères, celui des filles, celui qui fait avancer et refuser de fléchir.
Il est difficile d’en parler, d’autres l’ont beaucoup mieux fait. Que dire, alors ? Juste que c’est superbe, incroyablement poétique et doux, renversant de beauté. Ce roman m'a fait frissonner, je l'ai refermé l'oeil humide et la gorge sèche. Il s’agit du premier roman de Carole Martinez. Une auteure à suivre, assurément.
Cœur cousu, Carole Marinez – Folio 440 pages
Les avis de Dda (Biblioblog), Chiffonette, Sylvie, du Buzz littéraire, Bellesahi, Aifelle, Karine, Fashion, Yohan et sans doute plein d’autres encore à trouver chez eux.
07:05 Publié dans *Litterature Française* | Lien permanent | Commentaires (30) | Envoyer cette note
| Tags : femmes, mères filles, andalousie, amour brodé, carole martinez |
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