17.12.2009

MANHATTAN – ANNE REVAH

De Manhattan, on ne verra rien dans le premier roman de Anne Revah. Manhattan est seulement ce à quoi pense la narratrice manhattan.jpg quand elle considère le rectangle de peau de son avant bras, rectangle de peau insensible, ou plutôt démangeant, « mélange de brûlure et d’anesthésie ». La narratrice consulte, sur les conseils de son mari anesthésiste. Le verdict du neurologue est implacable : des tâches blanches au niveau du cerveau, il faut faire des examens complémentaires, vérifier, être sûr, mais « c’est peut-être une maladie démyélinisante… ». La narratrice préfère fuir, fuir tout.

 

 

Bon. Comment dire.

J’ai lu plusieurs avis positifs sur ce roman.

Le mien ne le sera pas.

Voilà, c’est fait.

 

Je n’ai pas du tout été sensible au style, que beaucoup ont aimé (et tant mieux, d’ailleurs), mais que pour ma part j'ai trouvé parfois lourd, parfois cherchant l'effet de formule ("Toute ma vie tenait dans ce café d'aéroport. Ca ne me ressemblait pas de fuir comme ça. La peau de mon avant-bras et les tâches blanches étaient des signes forts, j'étais la seule à pouvoir les penser. Ma vie venait de de dissoudre dans des trous de lumière blanche. Je n'allais pas prendre l'avion, je ne voulais aller nulle part, j'avais besoin de rester encore. Le visage de ma mère me traversait les yeux, je savais que j'avais des choses à lui dire avant de changer de décor. Une certitude nouvelle se hissait jusqu'à moi : je devais rester encore.").

 

Quant à l’histoire, c’est pareil. Cette pauvre femme (oui, c’est vrai, là) apprend qu’elle va –peut-être – mourir (et encore, elle préfère balancer ses radios à la poubelle plutôt que savoir), prend ses cliques et ses claques, quitte mari, enfants (enfants ???, là, la mère qui est en moi bondit, pourtant que je sais bien qu’il faut lire en se libérant de son propre vécu, de son propre « moi », sinon on n’avance pas et on reste sur place. Fin de l’aparté.) sans un mot d’explications. Tant pis pour le mari qui ne saura jamais pourquoi elle est partie (désolée, encore un aparté : le mari est médecin, il devrait vite comprendre, hein, s’il n’est pas idiot). En revanche la narratrice emporte son chien. Ben oui, le chien, c’est important. Enfin, pas tant que ça parce que, au moment d’embarquer pour Madras, elle change d’avis et s’en va. Tant pis pour le chien qui est déjà dans la soute. Lui aussi ne devrait jamais savoir pourquoi elle est partie (là, je veux bien le croire, le pauvre).

 

Je ne vais pas tout dévoiler, parce que, ma foi, ce n’est pas à moi de dicter s’il faut ou non lire ce livre. Donc je n’en dirais pas trop sur la suite des événements. On en apprendra davantage sur le passé de cette femme, sur son enfance, au cours d’une lettre qu’elle commence à écrire (là, changement brutal de narration,  on comprend qu’elle s’adresse à quelqu’un, qu’elle va régler un compte ou se libérer d’une charge trop lourde – beaucoup plus lourde que celle des tâches blanches).  Cette suite, ces révélations, tous les personnages qui vont apparaître (la logeuse, l'Allemande, et même la mère en filigrane), j’ai eu grand mal à y croire, tout m’a paru cousu de fil blanc, les actes comme leurs conséquences, du moins décrites telles qu'elles le sont.

 

Et, pour finir ce billet, seul le petit nombre de pages (90) m’a encouragé à terminer l’ouvrage. Et je me dis que, peut-être, une telle histoire aurait mérité d'être plus longuement racontée, moins brutale.

 

 

Pour terminer sur une note plus positive, je vous encourage à lire les nombreux avis de lectrices beaucoup plus sensibles que moi, qui ai un gardé un cœur de pierre sur ce coup là :

 

Antigone, Leiloona, Karine,Laure, Audrey, Sylire, Lily, Cathulu.

 

 

Manhattan - Anne Revah

Arlea 1er Mille, 90 pages, mai 2009