31.10.2008
ZULU - CARYL FEREY
L’Afrique du Sud. Ses paysages, ses plages somptueuses et sauvages, son gigantisme, ses plaines arides et ses racines multi-ethniques et multi-culturelles. Ses parcs, ses gratte-ciels, ses déserts, le sable blanc léché par l’océan.
L’Afrique du Sud et ses guerres, ces cicatrices encore béantes, ses déchirements raciaux, son lent et fragile réveil à la tolérance et à la dignité.
Nous y sommes, donc, en Afrique du Sud. A Capte Town plu précisément. Le corps d’une jeune femme – blanche – est retrouvé. Lacéré, déchiqueté, écorché. Une bouillie, une boucherie. L’assassin a voulu l’effacer, la rayer de la carte des mémoires. Dans le sang de la victime, une substance inconnue. Nouvelle drogue ?
L’inspecteur Ali Neuman prend l’enquête en charge, aidé de ses deux collègues, Fletcher et Reddken. Neuman est un noir qui a déjà ses propres démons à combattre, les deux autres, blancs, ne sont pas si blancs que ça, tout dedans.
Les trois hommes cherchent à savoir qui est ce meurtrier qui tue au-delà de l’entendement, au-delà de la folie. Et cette substance, cette nouvelle drogue, cette nouvelle donne-la-mort, les entraîne aux confins du monde normal, à la lisière de la folie humaine.
On y est, dans ce polar. On y est jusqu’au cou, englué, enlisé, enchaîné dans ces 393 pages. Impossible d’en sortir « comme de rien n’était ». Des townships suant la misère humaine, des gamins promis à un avenir aussi bref que poisseux, des dealers de came et de mort latente, des puissants corrompus et viciés par leur haine du nègre, Cary Ferey agrippe le lecteur, le fouette sans ménagement dans une enquête crue et oppressante.
Plus d’une fois le cœur marque l’arrêt, la gorge est sèche et l’air vient à manquer. On est hypnotisé, camé aux mots. Sensation de manque et besoin d’y retourner. Avidité de douleur et de brûlure. Ce n’est plus un livre, c’est un marquage au fer rouge.
Des personnages puissants, forts : Neuman, Epkeen, Fletcher, les flics droits et justes ; Zina la danseuse militante, Claire, Ruby, David et les autres, sans compter les autres, les pourris, les salauds, les plus que vermine, ceux qu’on voudrait écraser comme des insectes nuisibles, là, tout de suite, en fermant le livre d’un coup. Ceux qu’on voudrait détruire comme ils détruisent les autres.
Une Afrique du Sud vérolée par la haine, des brûlures de l’Appartheid, des journées sans espoir d’une population vouée à la simple survie, des meurtres et de la drogue, des expériences médicales et des tortures, brr…
Haletant, étouffant.
Quelle noirceur.
Impressionant.
Zulu, Caryl Ferey. Gallimard Série Noire, 393 pages
Lu dans le cadre du Prix des lectrices ELLE 2009
Les avis de Emeraude, Dominique
06:05 Publié dans Litterature Française, Prix des lectrices ELLE 2009, Romans Noirs, Polars, thrillers... | Lien permanent | Commentaires (20) | Envoyer cette note | Tags : caryl ferey, afrique du sud, appartheid





