16.09.2008
LE TIGRE BLANC – ARAVIND ADIGA
A l’occasion de la visite du Premier Ministre Chinois en Inde, un entrepreneur se présentant comme le Tigre Blanc lui écrit une longue missive dans laquelle il raconte son parcours d’entrepreneur hors normes. Issu d’une caste mineure, celle des cuisiniers, Balram, puisqu’il s’agit de son nom, réussit à s’élever de sa condition en devenant chauffeur. Employé dans une famille riche, il observe la société indienne, ses perversions, ses inégalités, sa corruption. Balram parviendra à devenir Entrepreneur, dans un pays qui se veut libre et moderne, qui se proclame ouvert et liberal… en devenant meurtrier…
Aravind Adiga nous offre ici un portrait acide et mordant de la société indienne. Nous plongeons dans l’univers moite des rives du Gange où Balram Halwai, promis par sa caste et sa pauvreté à rester inférieur, à abandonner l’école faute de moyens financiers. Mais le Tigre Blanc, comme l'a surnommé son instituteur, est une espère rare : une fois tous les cent ans, il naît un de ces animaux : libre, ambitieux, différent. Balram est un de ceux là. Employé comme chauffeur auprès de riches entrepreneurs, il quitte son village natal pour New Delhi.
Le roman, sous la forme de huit missives envoyées au premier ministre chinois, relate le parcours de ce jeune homme. A la fois mordant et édifiant, le ton nous entraîne dans une Inde multiple, où l’argent côtoie la misère, où la liberté tutoie l’asservissement. Une Inde où les classes sociales se frôlent sans jamais se toucher, où les nantis vivent dans la Lumière tandis que les pauvres se noient dans les Ténèbres, au milieu des cafards, des taudis, des immondices. Le jeune et honnête Balram finira par franchir la limite, enverra valser ses principes et sa morale, vaincu par une colère froide et la volonté de grandir, lui aussi.
La plume d’Aravind Adiga est d’une acuité sans concession, il dénonce calmement, sans acrimonie, comme on énonce une vérité qui n’a pas lieu d’être cachée, les inégalités, le mépris, la soumission. Voyage au cœur de l’hypocrisie, de la corruption, de la pourriture d’un système économique et politique, servi par une plume percutante et une ironie mordante, le roman démontre la logique implacable d’un parcours hors normes, celui d’un jeune homme devenu tueur, puis entrepreneur. Celui d’un modèle de réussite qui a su se défaire de ses scrupules, se libérer des chaînes imposées par des traditions ancestrales. La fin veut les moyens : ceux qu'à utilisés Balram sont nécessairement amoraux, cruels. Mais quand on nait pauvre, quand on n'a rien, il n'est point de limites pour celui qui veut sortir de sa condition.
Le roman se lit d’une traite, il est quasiment impossible de le lâcher une fois commencé. Aravind Adiga signe ici un premier roman envoûtant, puissant de précision.
A lire donc.
Tamara est elle aussi très enthousiaste.
Le tigre blanc, Aravind ADIGA - Ed. Buchet Castel, 330 pages.
A l’occasion de la sortie du livre, les éditions Buchet Castel proposent un court film d’animation pour illustrer le livre. Initiative originale pour accompagner la parution. Je dois dire que je le trouve certes bien fait, mais il donne une image peut-être trop "polar" à ce roman. Certes il y a un crime, une police à la recherche d'un assassin, mais la ressemblance s'arrête là. Il s'agit avant tout d'un excellement roman sur l'Inde d'aujourd'hui, d'un héros pour lequel on éprouvera de l'empathie, d'un destin passionnant.
En revanche, j’apprécie je trouve la couverture du livre particulièrement réussie.
06:10 Publié dans *Litterature Indienne* | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note
| Tags : aravind adiga, buchet castel, inde, rentrée littéraire 2008 |
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