06.09.2010

Les assoiffées – Bernard Quiriny

Imaginez un monde sans hommes. Un monde où enfin les femmes ont pris le pouvoir, seassoiffees.jpg sont libérées du joug de la domination masculine et vivent enfin libres et heureuses.

 

Ce monde idéal n’est pas bien loin. A quelques pas d’ici, même, puisque ce si beau pays est la Belgique.

 

Encore faut-il y rentrer. Car depuis la Révolution en 1970 la Belgique est le pays le plus fermé du monde. Séparé de ses voisins par une zone franche infranchissable, le pays vit en totale autarcie sous la domination de sa Bergère, Judith, elle-même fille d’Ingrid, qui a mené la Révolution de 1970. Mais quelques français réussissent à obtenir l’autorisation de visiter le pays, quelques germanopratins (critiques, journalistes, leader du PFF (Parti Féministe Français) désignés pour découvrir par eux-mêmes qu’on peut vivre heureux au pays des amazones.

 

Les assoiffées est un roman qui ne m’a pas entièrement convaincue. Le postulat de départ est plutôt drôle et les premières pages donnent envie de découvrir ce drôle d’Etat totalitaire. La réaction des visiteurs français qui ont le privilège de pénétrer dans l’Empire des Femmes (Pays-bas, Benelux ont été annexés), attise la curiosité (l’un pense déjà à l’article sensationnel qu’il en tirera, l’autre fantasme déjà sur ce qu’elle va y découvrir). Malheureusement, dès que nos compères arrivent sur le sol belge et que nous découvrons cette dictature féministe (par le biais du journal d’Astrid, une native du pays qui y raconte sa vie et son ascension dans les hautes sphères de l’Empire), le tout tourne davantage à la farce caricaturale.

 

Il est évident que Bernard Quiriny ne pouvait se contenter d’un tiède satire reprenant le mythe de l’amazone et l’appliquant à une société actuelle. Mais cette uchronie m’a semblé par bien des cotés lourde et trop peu crédible pour me passionner. Ici, je veux dire en Belgique, donc, les hommes sont stérilisés, leur sperme traité de façon à ne produire que des femmes par insémination artificielle. Les garçons qui naissent pas erreur (pour le cas où la mère a refusé un avortement "thérapeutique" (le système a parfois quelques failles), sont conduits dans des élevages en commun et pourront plus tard travailler comme hommes de maison (larbins, en fait) en attendant de prononcer leur offrande et leur reniement (ceci consistant évidemment à offrir leur masculinité à la Bergère, ie à être castrés). Les femmes vivent dans des appartements sororaux, l’orthographe officielle a été revue et le genre des noms modifié (un gynécée devient une gynécée par exemple). L’homosexualité est devenue nouvelle norme, on promène parfois ses larbins en laisse. Quant au Palais Impérial, il nous est servi comme une cour où les prétendantes rivalisent et complotent, où Judith, la Bergère, donc n’est en réalité qu’une folle dépravée et droguée. Evidemment, sous les dehors « libérés » du pays se cachent la misère et la soumission d’un pays, la domination et la manipulation des masses (biographies tronquées, livres interdits, patrimoine artistique contrôlé : le Manneken-Pis a été remplacé par une statue de Judith enfant mais l’on peut quand même en acheter des reproductions dotées d’un petit sexe en plâtre que l’on peut réduire en bouillie à l’aide d’un petit marteau vendu avec).

 

Pas convaincue, donc. J’aurais sans doute aimé un conte plus vraisemblable. Le traitement en farce ubuesque et le voyage des français manipulés ne sont ni crédibles ni convaincants (même si l’on sent que BQ pointe aussi le snobisme de ces germanopratins du doigt en montrant ces faux intellectuels bêler avec le troupeau et se pâmer officiellement l’Empire par faiblesse et mimétisme).

 

Mais les nombreuses exagérations rendent le tout avant tout grossier et beaucoup trop caricatural pour m’avoir arraché ne serait-ce qu’un sourire.

 

 

Les assoiffées, Bernard Quiriny

Seuil, août 2010 397 pages