22.04.2010
Quand souffle le vent du nord - Daniel Glattauer
Il est des romans harmonieux, des romans charmants, des romans qui vous entraînent dans une spirale à la fois gaie et mélancolique, légère et profonde. Quand souffle le vent du nord est l’un de ces romans. Tout commence par un simple échange
de mails entre Emma et Leo. Emma s’est trompée de destinataire, Leo a poliment répondu. Emma se trompe à nouveau, Leo répond toujours poliment, Emma envoie une pique, comme à un étranger que l’on croise dans une foule et à qui on lance une réplique spirituelle, ou drôle, qui sort de votre bouche avant même que vous n’y ayez réfléchi. Et l’autre réplique, aussi incisif, aussi amusant. De réplique en répartie le dialogue s’installe, s’instaure Leo et Emma y prennent goût et nul ne veut y mettre fin.
Au fil des mails échangés, Leo et Emma (qui devient Emmi pour Leo) échangent, discutent, se révèlent à peine l’un à l’autre et instaurent peu à peu un rituel fait d’échanges, de confidences à mots couverts, de rêves échangés et dévoilés à personne d’autre. Leo et Emmi ne se rencontrent pas, se devinent à travers leurs mots sans vouloir déflorer l’image qu’ils ont l’un de l’autre par une rencontre. Ne pas mettre un visage sur des mots permet à ceux-ci de se libérer, de s’envoler vers l’autre sans pudeur, sans timidité, sans le maquillage de la réalité, en toute liberté et en toute confiance.
Les mails s’enchaînent, la fréquence de l’échange s’accroît et ces conversations virtuelles deviennent pour l’un comme pour l’autre d’abord un rituel sympathique qui se transforme en flirt, enfin un besoin viscéral et partagé.
Le ton est drôle, nostalgique, sarcastique, l’échange est ciselé, les sentiments qui naissent, les états d’âme de Leo et Emmi se devinent à travers leurs courriers, tantôt drôles, tantôt cyniques, qu’ils aient été écrits un soir de mélancolie, un soir d’ivresse ou un soir de joie. Le tout est finement suggéré, jamais imposé, seuls les échanges viennent dessiner les personnages sans surcharge inutile de descriptions.
Et, à travers ces mails, ou courriels, Daniel Glattauer déroule une histoire toute en finesse, une histoire d’amour qui se tisse peu à peu, s’étale et devient omniprésente et vitale pour Leo et Emmi.
La relation qui prend peu à peu sa place et ces deux êtres pourtant entourés, qui ne sont pas socialement inadaptés (comme on pourrait peut-être imaginer, à tort, deux personnes qui ne se confient qu’à un autre virtuel, à une représentation fantasmée de l’autre sans jamais franchir le cap décisif de la rencontre réelle), mais qui ont au contraire une vie « normale » (Leo travaille, a des aventures, Emmi est mariée, la une vie sociale remplie), ce deux êtres, donc, deviennent dépendants l’un de l’autre.
C’est une histoire faite de mots offerts et de baisers jamais échangés, des mots que Leo et Emmi se donnent, s’offrent, qui les délivrent et les enchaînent en même temps.
Un joli roman, oui, qui ne tombe pas dans le piège mièvre et bêtement sentimental, qui se lit avec délectation (autant pour Leo que pour Emmi, Cuné !) et beaucoup de plaisir. Pas un roman profond, non, (ou plutôt oui, pour la relation qu’il dessine), mais un roman qui se lit comme on lirait une correspondance secrète entre deux amants, avec tendresse et complicité.
Quand souffle le vent du nord, Daniel Glattauer
Grasset, mars 2010, 348 pages
Nombreux sont les avis déjà publiés sur la blogosphère :
Cuné (merci pour le prêt), Cathulu, Fashion, Keisha, Leiloona, Celsmoon, Tamara, Antigone, Brize, Stephie, Mango, Emeraude,
Et sans doute plein d’autres…
06:00 Publié dans *Littérature Allemande & Autrichienne* | Lien permanent | Commentaires (42) | Envoyer cette note
| Tags : roman épistolaire, amour à distance, flirt |
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