14.04.2011

Je ne suis pas un serial killer – Dan Wells

dwells.JPGJohn Wayne Cleaver, du haut de ses quinze ans, est persuadé qu'un jour il sera Serial Killer. Faut dire que son environnement familial n'est pas pour le distraire de ses idées morbides. Non pas que ses parents soient des assassins, non, mais tous deux sont thanatopracteurs. Son père est parti sans laisser d'adresse mais sa mère travaille dans la morgue du petit village, avec sa tante et sa fille. John, depuis tout petit, aide sa mère à embaumer les corps. John voue depuis longtemps une véritable fascination pour les meurtres en séries, il est incollable sur la plupart d'entre eux et pourrait citer les noms et modus operandi de quasiment tous les plus grands meurtriers du siècle et des précédents. Pas très sociable, replié sur lui-même et considéré par ses copains du collège comme un psychopathe, John essaie de lutter contre ses aspirations et se refuse à engager une relation sérieuse avec qui que ce soit, persuadé qu'il finira par tuer quiconque s'approchera trop de lui, et consulte régulièrement son psychiatre. 

Mais soudain, dans sa petite ville, des hommes sont assassinés, vidés de leurs entrailles ou débarrassés d'un membre ou d'un organe. John commence à se poser des questions. A étudier les possibilités, à se demander s'il ne serait pas, par hasard, le seul psychopathe du coin.

 

Longue introduction, oui, mais il faut présenter ce tableau étonnant que forme « Je ne suis pas un serial killer ». Loin des thrillers classiques du genre, le premier roman de Dan Wells propose un mélange étonnant de candeur (notre jeune sociopathe reste toujours un jeune candide très attachant), de sanguinolant ( ceci dit très surmontable), de surnaturel et de suspens.

John, notre narrateur donc, va mener l'enquête et tenter de mettre fin à ces meurtres qui terrorisent la population de cette petite ville tout en tentant de lutter contre ses propre démons. Qui mieux que lui peut se mettre à la place d'un serial killer, qui peut imaginer les motivations, raisons, modes de fonctionnement d'un psychopathe ?

Le tout forme un roman sympathique non dénué d'humour. Il y a une part de surnaturel, un part de roman d'initiation, un part de relations garçons-filles, une part de sentiments parentaux et le tout forme justement un roman au final assez sympathique, auquel on s'attache forcément.

Et quand on apprend que John Wayne Cleaver va bientôt revenir dans deux autres romans qui viendront compléter cette trilogie débutante, eh bien, on se ravit et on attend la suite avec curiosité. Un petit truc, quand même, si Dan Wells pouvait revenir avec une intrigue moins surnaturelle, ça serait encore mieux.

Et on se demande, d'ailleurs, si on ne va pas offrir ce premier opus à quelque jeune gars parce qu'il est tout aussi lisible par des ados.

 

 

Je ne suis pas un serial killer, Dan Wells

Sonatine, avril 2011, 270 pages

08.09.2010

Apocalypse bébé - Virginie Despentes

despentes.jpgElle avait pourtant tout pour elle, la petite Valentine Galtan. Un père romancier, une famille à fric, un physique pas trop moche, beaux quartiers, etc. Le hic, c'est que sa mère s'est volatilisée quand elle avait un an, que les romans de son père ne se vendent plus, que sa grand-mère la déteste et qu'elle ne sait plus où elle en est si ce n'est qu'elle s'oublie dans le sexe, les drogues et la haine de la société toute entière. Valentine se tire, disparait sous les yeux de Lucie, une détective qui a été engagée par la grand-mère et le père de Valentine pour leur reporter ses moindres faits et gestes. Valentine disparue, les Galtan engagent Lucie pour la retrouver, et Lucie engage la Hyène, une détective indépendante pour l'aider.

On m’avait dit trash pour Depentes, je le trouve pas si trash que ça. Question d’habitude au bout de quelques chapitres, sans doute, même si j’ai failli le poser au premier détail cru, mais l’ai finalement poursuivi jusqu’au bout sans rougir ni râler. Une première scène trash, oui, ou plutôt « pleine de réalisme sexuel », mais dans l’ensemble, un roman bien moins hard ou trash que je ne le pensais.

Ce qui est davantage intéressant, ce sont, sous couvert d’un faux polar (où est la petite ? ) tous les milieux que Virginie Despentes claque et flagelle au passage : la bourgeoisie où les femmes épousent des hommes riches pour se mettre à l’abri, la beurette qui change de prénom pour faire oublier ses origines et se faire passer pour une française pure souche, les petits snobismes germanopratins et les hypocrites qui lèchent ce qu’il faut pour avancer ; y passent aussi les petites frappes, les prétendants au rock, l’église, les capitales noircies de pollution et d’humanité salace, etc…

Il y a du sexe, des amours saphiques, une ado paumée, des toquards, des friqués veules et couards, une détective mystérieuse (la Hyène, personnage énigmatique, dont la violence laissera entrapercevoir à la fin une pointe d’humanité), les personnages sont bien dessinés malgrè quelques clichés (on pourrait dire ouais, ok, et alors ?, tout ça, on le sait déjà, non ?), le déroulement tient la route même si Valentine prendra parfois des chemins improbables (ce qu’elle fait et pour qui elle le fait, je n’y ai pas cru tout comme ce qui s’ensuit). Pas mal de choses, donc, pour un roman au final bien fichu qui accroche le lecteur et se lit sans déplaisir.

Certes, mais… so what ? Les thèmes n'ont rien de neuf et ... tout ça, on le sait déjà, non, ? En fait je l'ai lu avec intérêt mais je l'ai déjà quasiment oublié.

 

 

Apocalypse bébé, Virginie Despentes

Grasset, août 2010, 343 pages

 

 

L’avis de Cuné (merci pour le prêt !) 

 

21.05.2010

Le ciel est partout – Jandy Nelson

Quand une jeune fille de 17 ans perd sa sœur, c’est l’univers tout entier qui s’écroule et se dilapide. Lennon (Lennie) retourne nelson.jpgau collège quatre semaines après la mort de Bailey dont le cœur a subitement cessé de battre à 19 ans, quatre semaines sans parler à sa grand-mère, Manou, qui a élevé ses petites filles après le départ de leur mère, quatre semaine à écrire des poèmes, des odes, quatre semaines sans jouer de la clarinette, quatre semaine en serrant contre elle le roman qu’elle ne quitte jamais, quatre semaines presque sans respirer, dans l’apesanteur de l’absence. Lennie retourne au collège et rencontre Joe Fontaine, lui aussi musicien.

 

 

Lennie, jeune musicienne férue de musique et de littérature victorienne, va réapprendre à vivre lentement. Réapprendre à vivre mais aussi et surtout apprendre qui elle est, elle qui vivait une relation exclusive avec sa sœur, dans ce cocon qu’elle et Bailey avaient érigé pour se protéger et survivre à l’absence de leur mère.

 

« Je me mets à penser à toutes ces choses que je n’ai pas dites depuis la mort de Bailey, tous ces mots enfermés au fond de moi, dans notre chambre orange, ces mots qu’on ne prononce jamais quand quelqu’un meurt parce qu’ils sont trop tristes, trop enragés, trop dévastés, trop coupables pour être prononcés à voix haute – et ces mots commencent à fourmiller partout en moi comme un torrent incontrôlable. »

 

Petit à petit, entouré des êtes qui aimaient Bailey, Lennie découvre peu à peu que cette sœur qu’elle pensait elle aussi enfermée dans une relation exclusive, avait des projets, des envies, des faiblesses et des peurs. Et que vivre dans la douleur n’est pas ce que sa sœur aurait espéré d’elle.

 

Les affres du deuil font la place aux affres de l’amour, du premier amour, quand Lennie comprend qu’elle est amoureuse de Joe, mais qu’elle s’interdit d’être heureuse. Elle va donc se remettre lentement à vivre, doucement, puis de plus en plus ardemment, tout en se sentant coupable d’aimer, de se sentir grandir et évoluer.

 

Autour d’elle, sa grand-mère, Manou, peintre bohème qui a inventé pour ses petites filles une mère voyageuse, aventurière, pour leur éviter la réalité d’une mère tout simplement partie, un jour, sans ses enfants ; Big, le fils de Manou, oncle tout aussi artiste qui multiplie les mariages et les plantes, Sarah, sa meilleure amie, qui voudrait aider Lennie mais accepte douloureusement que celle-ci soit incapable de parler, de se confier.

 

Tous ces personnages, autour de Lennie, constituent un socle sur lequel elle va s’appuyer pour réapprendre à vivre et grandir.

 

Un premier roman et une réussite pour Jandy Nelson, qui signe là une très belle histoire, sur le deuil, la peine, l’absence mais aussi les joies et espoirs de l’adolescence.

 

Jamais larmoyant, évitant le piège du sentimentalisme et du pathos, le roman, dans lequel sont insérés des petits bouts de poèmes, de pensées, que Lennie écrit sur des emballages de bonbons, des gobelets et sème ici et là, est un vrai plaisir de lecture, tantôt drôle, tantôt émouvant, plein de gravité et de  tendresse familiale, sororale, amoureuse et amicale.

 

Il plaira sans aucun doute aux jeunes filles, aux lectrices des Hauts de Hurlevent ou d’Orgueil et Préjugés, qui sont (entre autres, et notamment Dickens ou DH Lawrence) régulièrement cités, Lennie pensant souvent à leurs personnages. C’est d’ailleurs un bel hommage à la littérature qui nourrit la jeunesse, à ces romans qui emplissent les cœurs et l’imaginaire des jeunes filles, ces romans où l’on puise son réconfort et son désir de grandir. Ces romans dont les héros deviennent des références et qui continuent de hanter leurs lectrices, très longtemps après, parce qu'un livre peut modeler à jamais sa jeune lectrice.

 

« C’est donc ça ce truc dont tout le monde parle, ce truc qui habite chacune des pages des Hauts de Hurlevent – cette sensation qui m’électrise de l’intérieur tandis que nos lèvres refusent de se séparer. Qui aurait pu deviner que je n’attendais qu’un baiser pour me transformer en Cathy et en Juliette et en Elizabeth Bennet et en Lady Chatterley réunies ? ».

 

«-  Minable n’est pas un terme assez minable pour décrire ce poème, Sarah, j’ai dit à ce type que je lui appartenais !

- C’est ce qui arrive quand on lit Les Hauts de Hurlevents dix-huit fois.

- Vingt-trois ».

 

"Je transperce Heathcliff, ce pauvre Heathcliff au coeur brisé et amer, et cette iodiote de Cathy, reine des mauvaise décisions et des compromis impardonnables".

 

 

Il plaira, parce qu’il parle si bien de cette relation si particulière, si intime, qui peut exister entre deux sœurs, ces mots qui n’ont pas besoin d’être prononcés pour que l’autre les entende.

 

Il plaira parce qu’il évoque évidemment très bien les premiers émois amoureux, les craintes, les bourdes, les désespoirs qui laminent toute adolescente.

 

Bref, il plaira, sans aucun doute. Aux adolescentes, aux amoureuses des livres, à leurs mères, aussi, puisque bon nombre sauront sans doute se reconnaître dans la lectrice qu’est Lennie. Une belle réussite, vraiment !

 

 

 

 

Le ciel est partout ; Jandy Nelson

Gallimard / Scripto, mai 2010,  330 pages

18.09.2009

JE NE SAIS PLUS POURQUOI JE T'AIME – GABRIELLE ZEVIN

Naomi est une adolescente tout ce qu'il y a de plus normale, co-rédactrice en chef du journal du lycée, elle a un petit ami, des amis, bref, une jeune fille dans la norme dans une petite ville de l'Etat de New York. Il suffit d'une chute dans un escalier pour que s'effacent de sa mémoire les 4 dernières années de sa vie. Naomi se réveille avec un trou béant dans ses souvenirs, un jeune ZEVIN.jpggarçon du lycée, James, auprès d’elle. Tout ce qui remonte à moins de 4 ans s'est envolé : le divorce de ses parents, la naissance de sa demi-soeur, la petite amie de son père, et son propre petit ami, Ace, qu'elle regarde aujourd’hui comme un parfait inconnu. Mais Naomi est une gentille fille, alors elle tente de colmater les brèches comme elle peut, retourne au lycée, se demande pourquoi elle aime (aimait ?) Ace, pourquoi James l'attire alors qu'il est considéré comme « fou », pourquoi ce gentil garçon qui se prétend son meilleur ami, Will, semble lui battre froid.

 

 

Un joli roman, tout simple, qui, avec une jolie histoire d'identité, se lit avec plaisir. Gabrielle Zevin dissèque avec finesse les doutes et les interrogations typiques de l'adolescence (rapport à l'identité, émois amoureux, rapports aux études, comportements sociaux entres jeunes). Personnage central et attachant, Naomi poursuit son petit chemin en tâtonnant dans le labyrinthe de sa mémoire,   en arrive à s'interroger sur ses anciennes motivations et aspirations. Son accident lui permettra de remettre un ordre tout neuf dans ses pensées et de, pourquoi pas, bifurquer vers de nouveaux horizons.

 

Un petit truc qui me titille quand même (je cherche la petite bête ?), Naomi est une adolescente normale donc. Enfin, normale, oui et non. Nous apprenons au début que Naomi est une enfant adoptée. Chose qu'elle sait et dont ses parents n'ont jamais fait mystère. Il me semble cependant qu'une adolescente, en pleine crise identitaire, et peut-être surtout après une amnésie, s'interrogerait davantage sur ses origines. Ici, le sujet est très peu abordé après la présentation de Naomi. Mais peut-être me trompe-je et cela n'a-t-il aucune importance ?...

 

Ce n'est pas une restriction, ceci dit, parce que ce roman jeunesse, plutôt délicat, est bien fait, et fera le bonheur de ma nièce, je n'en doute pas une seule seconde.

 

 

 

Je ne sais plus pourquoi je t'aime, Gabrielle Zevin

Albin Michel Collection Wiz, 350 pages, septembre 2009

 

 

 

Les avis de Cuné (merci pour l'envoi !), Esmeraldae et Clarabel.

22.05.2009

MONTEDIDIO - ERRI DE LUCA

Montedidio (la Montagne de Dieu) est un quartier de Naples où grouillent les enfants, crient les vendeurs de pizza, de poulpe et deluca.jpgles pêcheurs fraîchement revenus de mer. C’est le quartier où vit le narrateur, un jeune garçon de treize ans, qui va devenir un homme.

L’enfant a quitté l’école pour travailler chez un ébéniste et couche sur papier ses journées (« J’écris en italien parce qu’il est muet, et que je peux y mettre les choses de la journée, reposées du vacarme du napolitain ».) C’est ce récit que nous suivons, parsemé d’expressions napolitaines, la langue des gens simples et du quotidien. Le jeune garçon a reçu un boumerang pour son anniversaire, et s’entraîne à le lancer, entraîne ses muscles, son corps pour maîtriser l’objet. Ce lancer auquel il s’entraîne, et qui symbolisera l’envol final vers l’âge adulte. Autour de lui, Mast’Erico, l’ébéniste plein de sagesse, son père plein de tristesse depuis que sa femme est malade, Don Rafaniello le cordonnier, un juif rescapé des camps qui veut rejoindre Jerusalem, plein de bonté et de douceur. Don Rafaniello  fabrique gratuitement des chaussures pour tous les pauvres du quartier et dit au garçon que sa bosse sur son dos abrite les ailes qui lui permettront de s’envoler pour Jerusalem.

 

Il y a aussi, Don Ciccio, le propriétaire de l’immeuble, vil, véreux, vicieux. Et surtout Maria, celle auprès de qui l’adolescent découvre l’amour, sent son corps se transformer, sa voix muer, ses sens s’éveiller.

 

Un très joli récit, servi par une langue à la fois dépouillée et très visuelle, très simple et pourtant très poétique, dans une atmosphère douillette mais pleine de vie, celle des années après guerre, où se mêlent espoirs et pauvreté, rudesse et entraide. C’est le passage à l’âge adulte, l’apprentissage de l’amour, de la force, de la sagesse, de la colère aussi, et tout en douceur, en clarté et en simplicité. Ravissant.

 

Montedidio, Erri De Luca

Folio, 230 pages – août 2007

 

L’avis de Papillon 

Extrait :

« Sur la promenade du bord de mer e long de la villa communale, nous passions à l’heure où les pêcheurs tiraient à terre le deux bouts de câble du grand filet. Il y avait six hommes à chaque bout, ils tiraient d’un coup tous ensemble, le plus vieux leur donnait le signal. Le câble tournait sur leurs épaules, les pieds croisés, ils poussaient de tout leurs corps, ils traînaient la mer à terre. Le filet s’approchait, large, avec lenteur, tandis que les deux câbles s’entassaient en anneaux sur la route. Quand il arrivait en bas, les poissons lançaient des étincelles, tout le blanc de leurs corps éclatait, ils tapaient de la queue par centaines, le sac renversait au sec tout le tas de vie volée aux vagues, papa disait : « voici le feu de la mer ». L’odeur de la mer était notre parfum, la paix d’un jour d’été une fois le soleil couché. Nous restions silencieux, serrés les uns contre les autres, ça a duré jusqu’à l’année dernière, jusqu’à l’année dernière j’étais encore un enfant. »

 

Géraldine, qui a gagné le jeu Blondel il y a quelques mois,  a eu la gentillesse de m’offrir ce livre. Un très bon choix, puisque je me promettais depuis longtemps de découvrir cet auteur. Un grand, très grand merci à vous, Géraldine.

18.05.2009

LA VOIX DU COUTEAU – PATRICK NESS

Dans un mois, Todd aura treize ans. Il deviendra un homme, conformément aux lois de Prentissville, Nouveau Monde, une planète colonisée par les humains. Sur Nouveau Monde, les humains peuvent entendre le Bruit, les pensées des autres : elles se superposent, se chevauchent. Et ce Bruit est devenu un vacarme incessant avec lequel les hommes ont appris à vivre. Les femmes, elles, ont disparu de Prentisville, décimées par un virus à l'arrivée sur Nouveau Monde. Alors que couteau.jpgTodd se promène dans les Marais, il découvre un lieu où le Bruit s’estompe jusqu’à disparaître totalement. Cette découverte sera à l’origine de sa fuite : son père adoptif lui confie quelques affaires, un couteau, le journal de sa mère et lui ordonne de fuir Prentisville, le plus vite possible, le plus loin possible. Todd s’échappe, avec son fidèle chien Manchee (les animaux parlent sur Nouveau Monde) et découvre, avec stupéfaction, une jeune fille, Viola. Une fille ? Sur Nouveau Monde ?

 

Fichtre, quelle agréable trouvaille ce roman jeunesse ! Quelle trouvaille pour moi qui ne suis pas une habituée du genre et encore moins fan de science fiction ! Mais ici, la science fiction est de toute façon très légèrement présente, jamais pesante. On n’est pas sur Terre, d’accord, nous croiserons quelques créatures non humaines (les Spackles, anciens habitants de Nouveau Monde), mais tout reste parfaitement accessible et lisible pour une réfractaire comme moi, même s’il m’a fallu quelques pages pour m’habituer à la syntaxe grammaticale parfois défaillissante et aux fautes d’otorgrafes de Todd : il est le narrateur de l’histoire.

 

Nous allons donc suivre ce jeune garçon dans sa fuite affolée, comprendre peu à peu, avec lui, comment les hommes ont colonisé cette planète, leur volonté initiale de créer un Nouveau Monde sur de nouvelles bases Quand cherche-t-on un nouvel endroit pour vivre ? Quand l’endroit où tu vis, c’est plus la peine d’y rester. Vieux Monde c’est dégoûtant, violent et surpeuplé. Ca se déchiraille en plein de morceaux avec des gens qui se détestent et s’entreptripent, et personne n’est heureux tant que tout le monde n’est pas malheureux à  mourir. En tout cas, c’était comme ça avant. »). Mais les hommes sont ce qu’ils sont et ne restent pas toujours bienveillants…

 

Todd et Viola tentent d’échapper à des hommes (re)devenus barbares : ils ont sombré dans un obscurantisme primaire. Les fugitifs rencontrent d’autres colonies bâties selon des préceptes différents de Prentisville, et, tout au long de cette fuite, nous voilà plongés dans un très bon roman jeunesse, roman d’initiation (Todd doit devenir un homme et  nous comprendrons ce que Homme veut dire dans la bouche des habitants de Prentisville), un roman porteur de valeurs de tolérance et respect entre individus (nous croiserons quelques Spakles et comprendrons comment ils ont été colonisés et souvent décimés), des valeurs d’amitié, de fidélité, de liberté de choix et d’affranchissement de l’individu de toute sorte de fanatisme. Le tout se lisant avec avidité, le suspens est entier et terriblement bien ficelé, et la fin ne donne qu’une envie, que la suite paraisse bientôt, « La voix du couteau » étant le premier volet d’une trilogie « Chaos en marche ».

 

Prix Guardian 2008, Booktrust Teenage Prize 2008.

 

 

La voix du couteau, Patrick Ness

Gallimard Jeunesse, 440 pages, avril 2009

 

Les avis de Lily, Cathulu, Fashion, Lael, Hambre,

 

13.10.2008

Une jolie fille rien que pour moi - Aurélie Antolini

Je n’ai plus 32 ans, je n’ai plus 36 ans, je n’ai plus 28 ans, j’en ai onze.

 

J’en ai onze et je suis le narrateur de ce joli petit livre qui se déguste en vitesse, en souriant, en s’émouvant parfois.antolini.jpg

 

Le narrateur, donc, a onze ans. Il vit avec sa mère. Son père, il ne sait pas où il est. Il est parti. Du moins c’est ce que sa mère lui a dit. Alors le narrateur vit avec elle, observe le va et vient des hommes qui traversent la vie de sa mère, jusqu’à ce que l’un d’eux finisse par rester. Puis c’est Minoucha qui surgit dans sa vie. Minoucha et ses onze ans, Minoucha qui transforme le gosse en amoureux transi, en éponge à sentiments…

 

J’avoue qu’en lisant la quatrième de couverture j’ai eu peur :

 

« Notre prof principale nous a demandé de remplir une petite fiche qui racontait notre vie. Comme si tout ce bordel pouvait rentrer dans un bristol.

« Père : vendeur de slips chez Eminence

Père intérimaire : pêcheur de mérous

Mère : représentante en gros nichons

Moi : amoureux de Minouche

Rêve : déménager dans la maison du Sud

Ambitions : avoir des plumes au cul… »

 

Et bien finalement, non, il suffit de se laisser aller à cette plume naïve, gaie et souvent mordante. Aurélie Antolini manie avec finesse et précision le style d’un enfant de onze ans, dessine un joli tableau sur l’enfance, ses désirs, ses peurs, ses rêves secrets, saupoudre ça et là quelques pincées de sucre ou de sel.

 

C’est le roman d’un enfant qui découvre l’amour, l’amitié avec ses yeux encore innocents et tellement lucides.

 

C’est le constat d’un enfant qui grandit et découvre que les adultes peuvent si bien mentir à leurs enfants. Par bêtise, par humeur, par colère ou par ignorance. Un enfant qui hésite entre candeur et maturité.

 

On y découvre une famille et ses petits travers, les premières amours, leurs premières douleurs, avec des yeux tout neufs, encore innocents et tellement lucides.

 

Un bien joli roman, donc, à lire par nos ados et aussi par nous !

 

Une jolie fille rien que pour moi, Aurélie Antolini

Editions Intervista : Les mues.

Pour les 12 ans et +, 174 pages

Les avis de Laurence du Biblioblog, et Joëlle