11.07.2011

Monsieur Madone - Maïté Bernard

madone.jpg149 pages. 149 pages qui se lisent très vite, mais qu'il faut déguster lentement, ou en tous cas doucement, le temps de ressentir, de sourire, d'être troublé ou touché ou ému ou.. ou pas mal de choses encore, tant ce petit roman se lit avec plaisir. Une histoire toute simple pourtant, qui pourrait faire sourire tant l'intrigue repose sur un petit bout de papier : Clémentine, reporter photographe, retourne cinq ans après le suicide de Hugo, son amant, dans leur ancien appartement. Elle qui a fui pendant cinq ans, ignorant son deuil pour mieux ne pas souffrir, elle qui a enfoui la douleur sous des couches épaisses de déni et de fuites, retrouve la famille de Hugo, cette ancienne famille qu'elle aimait tant, qui l'aimait tant. Clémentine passe quelques heures avec Nicolas, le frère d'Hugo. Ils vont enfin parler, enfin dire, enfin se confier, pour mieux, enfin, apaiser leurs peines, ou en tous cas apprendre à vivre avec.

 

Voilà, c'est tout simple, c'est un roman d'après midi, un roman qui pourrait se lire dans le parc de Versailles (où l'action se déroule), et on le lirait assis prés de L'orangeraie sans orangers, on chercherait des yeux Clémentine, Nicolas et le chien Chocolat, on chercherait aussi l'ombre de Hugo derrière eux, on sourirait de les voir, enfin, être en paix avec eux mêmes et leur mémoire. Tout simple, donc, mais chaleureux, intimiste, tendre, et généreux.

 

 

 

Monsieur Madone, Maïté Bernard

Pocket, 149 pages, juillet 2011

16.01.2009

DES VENTS CONTRAIRES – OLIVIER ADAM

 

Des vents contraires, c’est l’histoire de Paul Anderen qui tente de survivre depuis que sa femme est partie sans un mot. adam.jpgPourquoi ? Comment ? Où ? Paul n’en sait rien et depuis son départ il flotte, ballotté sur les vagues d’une existence qui part à vau l’eau : enfants, boulot. Alors il quitte la région parisienne et s’installe à Saint Malo, où son frère qui gère l’auto-école familiale lui propose un emploi de moniteur.

 

Des vents contraires est un roman lumineux. Parce qu’à travers la tristesse insondable qui plombe les pages perce une lueur vacillante mais bien présente : l’amour désespéré de Paul pour ses enfants. Le ton oscille entre souffrance et joies. La souffrance devant l’absence, l’incompréhension, la douleur, et quelques moments de joie, de partage, des corps qui se serrent et s’étreignent pour s’insuffler un peu de chaleur ou d’amour.

 

On y croisera des personnages recalés par la vie : la férocité de la vie les unit, ils se reconnaissent et ne se jugent pas : un autre père dévasté par un divorce, une vieille dame solitaire, un commissaire groggy qui regarde grandir sa fille sans oser l’approcher… Des écorchés qui tentent de s’accrocher au quotidien, en s’imbibant un peu et souvent beaucoup de gin ou de vodka, pour se réchauffer le cœur, en contournant les règles pour grappiller quelques minutes de bonheur.

 

Il y a aussi ces deux enfants ravagés par l’absence de leur mère, qui s’accrochent à leur père comme à une bouée, mais qui sont eux même la bouée de leur père. Unis, soudés, désespérés, roc ô combien fragile qui tente de survivre au désespoir.

 

Des existences fracassées, brisées, une météo tempétueuse, une ville sublimée par le récit, il y a dans ce roman une force incroyable, celle qui pousse à avancer, malgré les tempêtes, les vents, la douleur qui vrille le cœur et le broie toujours plus fort. Et puis, à travers les nuages, là-bas loin dans le brouillard, on aperçoit une toute petite lueur qui annonce l’apaisement, qui scintille tant bien que mal et promet qu’un jour, peut-être, la vie réussira à s’adoucir.

 

 

 

 

Des vents contraires, Olivier Adam - Editions de l'Olivier, 255 pages

 

 

Les avis de Cuné et Clarabel