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AU BON ROMAN – LAURENCE COSSÉ

« Au bon roman », c’est un projet utopique, une librairie idéale rêvée par deux fous de littérature, Yvan et Francesca. Yvan le au bon roman.jpglibraire et Francesca la mécène vont tout faire pour voir naître leur bébé : réunir un comité (secret) d’auteurs contemporains qui établiront chacun une liste de 600 romans indispensables (les romans de la rentrée ? Point d’affaire. Les romans « grand public » ? Surtout pas.), trouver le local (à Paris), faire une campagne publicitaire ad hoc et voilà, le succès est rapide, les lecteurs enthousiastes, les ventes décollent. Or, une librairie où ne sont proposés que des « bons » romans attise vite les jalousies, les rancoeurs, l’hostilité de ce petit monde de l’édition. Trois des membres du comité de sélection sont agressés.

Au bon roman, c’est la librairie rêvée que beaucoup d’entre nous rêvent de connaître. On ne peut qu'apprécier cette histoire où l’on reconnaîtra au fil des pages une multitude de pulsions, de penchants, de désirs que l’on partage en tant que lecteur. On se prend à rêver en même temps que Yvan et Francesca que ce bonbon de librairie soit adoubé, reconnu, voire multiplié dans d’autres villes.

 

On s’identifie, forcément (« eux qui n’aimaient rien comme lire de tout leur soûl le soir en silence, délivrés de la conscience du temps, qui se rappelaient leur fracture de la cheville et les deux mois d’immobilité comme un trait d’or dans leur passé, eux que le roman consolait de tout.. » « un rapport à l’achat très secondairement économique, car la dépense n’en était pas une et ressemblait à s’y tromper à un gain, comme à ses ventes militantes où l’on ne va pas dépenser le moins possible mais au contraire se délester de la part la plus lourde de soi-même et y gagner une joie pure ».

 

L’intrigue, quant à elle, est séduisante et sait doser ici et là quelques beaux moments ironiques : éditeurs, critiques et libraires voient leur légitimité offusquée, la répartie est cinglante (« cette entreprise est.. totalitaire… Des individus… s’arrogent el droit de décider pour les autres, pis, de décider pour tous quels sont les grands romans, et d’écarter les livres, beaucoup plus nombreux, qui ne leur agréent pas. Qu’est ce que ça veut dire, bon roman ? Qui sont ces kapos qui ont le culot d’apposer ou non sur les livres leur certificat de qualité ? … Les listes, on sait où cela mène. Le stade suivant, c’est l’épuration. Le bûcher des livres proscrits n’est pas loin. ». Le roman débute par l’agression des trois membres du comité, on s’interroge, on se demande qui ils sont et la raison de ces attaques. Leurs appels à Yvan et Francesca nous apprendront à quelle entreprise ils participent et nous amènera à l’histoire proprement dite de « Au bon roman » : la naissance de ce rêve dans l’imagination de ces deux là, personnages attachants, aux facettes multiples, chacun chargé d’une histoire et d’un passé lourd, d’un besoin instinctif de se plonger dans les livres. L’enquête, ensuite, quand Yvan et Francesca se résignent à demander de l’aide à un inspecteur féru de littérature, déroule peu à peu les fils de l’intrigue. La résignation, le doute, la peur viennent émousser l’enthousiasme des débuts. Ils se battront quand même, chacun avec leurs forces et leurs faiblesses.

 

Est-ce que « Au bon roman » figurerait dans une librairie telle que celle de Yvan et Francesca ? Je n'en suis pas sure ou, peut-être, en « invité provisoire ? », parce qu’il s’adresse aux amoureux des livres, parce qu’y sont vénérés la littérature, les romans, et surtout cette nécessité profonde, viscérale, essentielle qu’ont les lecteurs : vivre avec un, deux, trois, cent livres, s’y plonger, s’y fondre pour ressortir plus armé, plus vivant.

 

Cuné a noté une multitude de titres (et je la remercie pour le prêt), Clarabel a beaucoup aimé, Ys aussi.

 

 Au bon roman, Laurence Cossé - Ed. Gallimard 497 p.

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