06.10.2011
Jusqu'à la folie – Jesse Kellerman
Comment peut on mener un homme à la folie, le faire sombrer dans des abîmes insondables où lui-même n'imaginerait jamais aller ? Comment mener un homme, un futur médecin, à devenir un autre, un homme violent, un homme méprisable ? Jonah Stem est pourtant un homme bien, un homme en devenir, un futur médecin donc, étudiant en chirurgie. Stressé, oui, usé, oui, éreinté par les nombreuses heures de garde et l'absence de sommeil. Epuisé mais quand il croise sur son chemin un autre homme qui bat une jeune femme, Jonah ne réfléchit pas : il se lance au secours de l'agressée. Le combat tourne court : Jonah tue accidentellement l'agresseur. Une bonne action qui pourtant mènera Jonah aux portes de la folie.
Appétissant, ce pitch et ce début pour ce roman de Jesse Kellerman (qui est en fait le second roman de l'auteur, écrit avant "Les visages"). On retrouve le jeune auteur avec un roman très différent, au rythme rapide et aux sensations bien plus violentes. Bien, donc, pour l'adrénaline et le stress, à condition d'aimer ce type de sensations prémachées. En revanche, il manque, toujours en comparaison après la lecture de Les visages, ce qui faisait à mes yeux le sel et l'intérêt du précédent roman : l'intrigue n'est pas plongée dans un contexte historique et familial, elle repose essentiellement voire uniquement sur des faits, des actions. Les personnages n'ont pas la profondeur, l'épaisseur des personnages de Les visages. On les suit, on tremble (ou pas, voire pas du tout) avec eux, mais sans cette empathie ou cette sympathie que l'on avait précédemment ressenties.
Une intrigue qui attirera sans aucun doute les amateurs de romans d'angoisse fortement addictifs, mais qui, à mon goût, manque de consistance et d'épaisseur.
Déçue.
Jusqu'à la folie, Jesse Kellerman
Ed. Les deux terres, 376 pages, octobre 2011
21.09.2011
Les oreilles de Buster - Maria Ernestam
« J'avais sept ans quand j'ai décidé de tuer ma mère. Et dix-sept ans quand j'ai finalement mis mon projet à exécution ».
Aucune surprise ne sera gâchée en citant cette phrase qui ouvre quasiment le roman de Maria Ernestam. On le sait donc dès le début, Eva, la narratrice, a décidé de tuer sa propre mère et l'a fait. C'est que qu'elle confie à ce journal, ce carnet, que lui offre sa petite-fille pour ses cinquante six ans.
A cinquante-six ans, Eva vit dans une petite fille suédoise, apparemment en paix avec elle même et avec les siens, son compagnon Sven et ses amies, Gudrun ou Petra. Une presque vieille dame paisible qui va, petit à petit, raconter cette vie qu'elle a vécue et ses relations avec sa mère, tyrannique et despote.
Et on y plonge avec délices, dans ces mémoires tantôt amères tantôt tendres, on se révolte devant le comportement ignoble de la mère d'Eva, on se propose de fournir l'arsenic ou le couteau ou le pistolet, on s'émeut, on s'attendrit, on rit, aussi, souvent, ou plutôt on sourit car Maria Ernestam n'oublie pas d'être drôle et de saupoudrer son intrigue de petites touches d'humour distancié et serein. Et, au delà de l'aspect tragi-comique du roman on se régale à lire ces pages et ces pages sur la construction de soi, sur les chemins que nous prenons ou ne prenons pas, les erreurs, les choix de vie, les bifurcations, les hésitations, et surtout les forces extérieures qui nous poussent et nous font avancer, agir, regretter aussi, parfois.
Un roman teinté de nostalgie, d'humour parfois noir (le sort réservé à Bjorn ne pourra que vous donner la chair de poule, tout comme celui réservé à ce fameux Buster et ses oreilles), dans lequel Maria Ernestam ouvre une petite fenêtre sur la société suédoise : les relations humaines, qu'elles soient amicales, familiales, amoureuses, sont dépeintes avec autant de tendresse que de lucidité, autant d'humour que de sérénité.
Maria Ernestam, Les oreilles de Buster
Gaia, 413 pages, août 2011
Lu pour les Chroniques de la Rentrée Littéraire
L'avis de Emeraude.
12:20 Publié dans *Litterature Scandinave*, Rentrée littéraire 2011 | Lien permanent | Commentaires (17) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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