15.10.2008

REDAC DU MOIS - Tête à tête avec une personne connue

 Comme tous les mois, des rédac-bloggueurs rédigent un billet sur un même thème. Ce mois ci, Un diner en tête à tête
(Si vous pouviez dîner quelques heures avec une personne (de préférence vivante) connue, du monde des arts, du sport, de la politique, ... Qui serait cette personne ? Et surtout... quels sujets aimeriez-vous aborder ?)

 

Les autres participants :

1/ Laurent, 2/ Noelia, 3/ Bergere, 4/ Bertrand, 5/ JvH, 6/ Hibiscus, 7/ Anne, 8/ Julien, 9/ Chantal, 10/ Looange, 11/ Jo Ann v, 12/ Cecfrombelgium, 13/ Julie70, 14/ Gazou, 15/ BlogBalso, 16/ Lydie, 17/ Lucile, 18/ Optensia, 19/ Joël, 20/ Linda, 21/ Denis, 22/ Julie, 23/ Le chat qui, 24/ Ckankonvaou, 25/ Asibella, 26/ Mariuccia, 27/ Brigetoun, 28/ Renée, 29/ Mouton, 30/ Agnes, 31/ Laetitia, 32/ MissBrownie, 33/ Karmichette, 34/ Rikard, 35/ Pivoine Merlin, 36/ Sandrine, 37/ Adelaide, 38/ Andree, 39/ Orchidee, 40/ Laure, 41/ Virginie, 42/ A-So,

 

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15.06.2008

REDAC DU MOIS - Les superstitions

Chaque mois, le même jour, à la même heure, des rédac' blogueurs écrivent un billet sur un sujet commun. Ce mois-ci,  LaurentOlivier, BergereBertrand, JvH, Bluelulie, HibiscusAnne, Julien,  Chantal,  Looange,  V à l'ouest,  Jo Ann v, William,  Catie, Nanou,  Cecfrombelgium, Gally, Julie70, Gazou, BlogBalso, Vladyk, Lydie, Lucile, Guy CardinalOptensia, Joël, Linda, Denis, Julie, Le chat qui, Ckankonvaou, Lodi, Mahie,  Asibella, Mariuccia, Brigetoun, Renée, Mouton, et Agnes,  planchent sur Les supersitions. Allez aussi lire leur point de vue, et n'hésitez pas à laisser vos commentaires!

 

Plus d'info sur le site de la rédac'du mois.

Ce mois-ci, j'ai eu envie de tenter l'aventure, alors on y va (et merci à celle qui a bien voulu lire avant les autres, et me donner son avis !).

  *****

 

5 :55. Le réveil sonne. J’émerge à peine d’un sommeil de plomb. Je m’étire, pose un pied à terre. Sans réfléchir. Flûte. Pied Gauche. Ça commence mal. « Les signes ne veulent rien dire. Les signes ne veulent rien dire, les signes ne veulent rien dire ». Je me répète le mantra, encore et encore.

6 :06. Sous la douche, je compte. Si mes cheveux sont rincés quand j’arrive à  un nombre pair, la journée sera belle. Si c’est un nombre impair… 44 ! Je souris fièrement à mon reflet.

 

6 :26. Je m’habille. Ma garde-robe s’étale dans la penderie. Pantalons pliés sur cintres orange, pliure à 57 centimètres du bas. Jupes accrochées deux par deux sur cintres rouges. Chemises pendues aux cintres bleus. Pulls pliés sur l’étagère de gauche, tous parfaitement alignés.

 

6 :56. Le café coule. 2 doses de café, eau bouillie pendant 37 secondes, un sucre et demi. Une pomme. Je retire la tige en tournant et comptant. Si elle se détache quand j’arrive à un nombre pair, Paul me sourira ce matin. Si c’est un nombre impair, ce sera comme toujours une journée sans. Sept. De toute façon, personne ne me sourit jamais, alors...

 

7 :07. Je me brosse les dents en rêvant que Paul s’aperçoive un jour de mon existence.

 

7 :17. Je claque la porte, verrouille les deux serrures de sécurité après avoir tapé le code de l’alarme. 010181. Ma date de naissance.

 

J’évite le métro. Je ne supporte pas la foule matinale et les regards lourds qui se posent sur moi. Je marche en comptant mes pas. Il n’y a que 3,68 kilomètres à parcourir jusqu’au bureau.

Le papetier papote avec une jolie fille. Le boucher me regarde. Sa bouche est comme une grosse limace qui s’étire. Je passe en hâtant le pas, tête basse. Quand je suis suffisamment loin, je ralentis.

Je fais un détour pour éviter l’échelle devant l’immeuble où habite Paul. Je hâte le pas, sinon le compte n’y sera pas.

7 :47.J’arrive au bureau. Je pose mon sac à gauche, sur la deuxième étagère. Je remets le téléphone à sa place (les femmes de ménages se marrent, j’en suis sûre, quand elles époussettent mon bureau). J’allume l’ordinateur et tape le code d’accès 010181. Le logiciel met 18 secondes à télécharger les journaux d’écriture. Je sors du tiroir de droite le dossier violet. Ligne 37, page 17, il me reste 53 pages, 3197 lignes à saisir.

J’apprécie mon travail. Les chiffres s’alignent, je les tape, ils s’engouffrent ensuite dans la comptabilité générale de l’entreprise. Je me sens utile, à mon niveau.

J’aime les chiffres. Un chiffre, c’est une valeur sûre. Ça peut pas vous sauter à la figure et vous envoyer une vacherie à la tête. Un chiffre, ça compte, ça s’additionne, ça se multiplie, mais ça vous laisse en paix. J’aime cette sécurité.

12 :11. Dernière ligne, dernier chiffre. 2984,12. Chiffre pair, génial. Un chiffre pair c’est rond comme une journée sans peur.

 

12 :12 : Je descends au restaurant d’entreprise. Sur mon plateau je pose un petit pain, une assiette de crudités, une assiette de viande froide (je déteste le préposé aux plats chauds, à chaque fois, il se croit obligé de rigoler, mais son regard, j’en suis sûre, est moqueur), une pomme, une bouteille d’eau.

Je sens les regards pendant que je fais la queue à la caisse. J’entends presque leurs rires. Je m’installe à la table le plus isolée, toujours la même, toujours seule.

J’aperçois Paul qui descend avec la brune du marketing et le directeur des ressources humaines. Ils ne me voient pas. Ils rient.

Il me faut 23 minutes pour tout avaler. La tige de la pomme s’est cassée à 5.

J’ai 7 minutes devant moi. Je les consacre à rêvasser. Ma mère me disait toujours que les rêves donnent envie de grandir, d’avancer. Ils aident à se constituer un but, un avenir. Elle me disait aussi que je devais ignorer les regards posés sur moi, ne pas écouter les silences, tellement lourds. Que j’étais belle, que j'étais la plus belle.

Elle s’est tuée le 13 mars 1993. Un accident. Ce jour-là, la tige de la pomme s’est arrachée à 7.

L’après midi passe vite. A 17 heures, j’éteins l’ordinateur et quitte le bureau. Je balbutie, j’essaye de prendre sur moi et je murmure un au revoir à la ronde. Personne ne me répond.

17 :37, J’arrive à la maison.

 

18 :37 : Soupe, fromage, yaourt.

 

20 :50 : Je regarde la télévision. Un téléfilm où les gens vivent normalement. Ils aiment, ils parlent, ils rient, ils pleurent parfois.

 

23:00 : Je me couche en pensant à ma mère. Elle me disait que mes cheveux sont aussi fins que ceux des anges, aussi blancs que la neige éternelle. Ma peau transparente et pure comme un ruisseau de montage. Elle me disait que mes yeux sont brûlants comme le soleil et ont la couleur du feu. Et qu’il ne faut pas écouter les mauvaises langues.

 

Depuis qu’elle est partie, je me sens si seule.

23:23 : Je m'endors.