29.07.2010

Sept farces pour écoliers – Pierre Gripari

Ce n'est pas toujours évident, de trouver des pièces de théâtre adaptées auxgripari.jpg enfants. Des dialogues pas trop longs, adaptés à l'âge des petits comédiens, des saynètes courtes, certes, mais il faut aussi, si possible, du texte qui ait du sens, qui soit drôle et, cerise sur le gâteau, si elles sont bien écrites, si derrière l'humour ou la tendresse se cachent d'autres choses que le simple exercice de style, et bien c'est gagné, réussi et il y a fort à parier que les jeunes soient comblés.

Ici, ce sont sept farces drôles, qui font tour à tour parler un patron et sa secrétaire (La fausse gourde, excellente, que je verrais même jouée en saynète par des adultes d'atelier), un chien et un bébé (Chien et bébé, tordante, bien trouvée), un dialogue de sourds au téléphone (Deux téléphones, digne de Devos, par certain cotés).

Et puis le diable est là aussi, il a besoin de l'âme d'un pêcheur mais l'Ange jouera un bien mauvais tour, une télé parle aux enfants, on assiste à la Belle au Bois Dormant coté cuisines (sacrés cuistots !), et pour finir, un marchand de fessées cherche à vendre...des fessées...(peut-être celle que j'ai le moins aimé, d'ailleurs).

Faciles à jouer, drôles, simples sans être niaises, bref des petites saynètes bien sympathiques, qui se jouent autant qu'elles se lisent (ma fille les a lues avec grand plaisir). L'auteur des Contes de la rue Broca ou des Contes de la folie Méricourt réussit aussi le théâtre enfant.

 

 

Sept farces pour écoliers – Pierre Gripari

Grasset Jeunesse, mai 2009, 166 pages

 

Et hop, ça rentre dans le challenge de Leiloona, Tous au Théâtre !... Parce que le théâtre, oui, il faut AUSSI le lire.

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03.06.2010

L'échelle de Glasgow – Marcus Malte

malte.jpgUn roman jeunesse sur fond de Jimmy Hendrixs, au son d'une guitare acoustique et de nombreuses mélodies, voilà ce que nous propose Marcus Malte dans ce petit roman diablement attachant.

 

Tout commence dans un hopîtal : un père vient voir son fils dans le coma. Pour le faire revenir à lui, le père parle, parle, et raconte l'histoire de deux jeunes garçons qui ne vivaient que pour la musique. L'un normalement doué, l'autre qui sortait du lot, l'autre qui semblait né pour jouer, né pour devenir un génie. Catfish et Astro Man, l'un et l'autre comme les deux doigts de la main, soudés par une amitié indéfectible. Le don d'Astro Man finirait par tuer cette amitié, le succès de l'un étiolant l'autre.

 

C'est un petit roman jeunesse d'un auteur que j'apprécie beaucoup et que je n'avais pas lu depuis quelque temps. Un bon prétexte donc pour découvrir cette autre facette de Marcus Malte, qui me réjouit, encore une fois.

 

Le ton est tendre, on s'attache à ces deux garçons, à ce père désespéré devant le coma de son fils, désespéré mais qui reste gai, qui s'attache à lui raconter cette histoire en plusieurs fois, afin que son fils, Mika, ait envie d'en connaître la suite.

 

Tous les jours, le père vient raconter les aventures de Catfish et Astro Man, en suivant sur l'échelle de Glasgow (qui permet de mesurer les progrès des comateux) l'état de Mika. Le ton est drôle, tendre, propose une histoire faite d'amitié, de serments faits pendant l'enfance qui se voient brisés quand on grandit, de rêves fracassés ou d'autres au contraire consacrés, de jalousies et de peines, de frustrations et de sacrifices.

 

Excellent, ce roman, il plaira sans aucun doute aux adolescents, comme aux parents.

 

 

 

L'échelle de Glasgow, Marcus Malte

Editions Syros, Collection Tempo +, janvier 2009, 123 pages

à partir de 13 ans

 

 

 

Un grand merci à Stéphanie qui m'a offert ce charmant roman!

06:00 Publié dans *Littérature Jeunesse* | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note | Tags : amitié, sacrifice, maladie, musique | |  Facebook

21.05.2010

Le ciel est partout – Jandy Nelson

Quand une jeune fille de 17 ans perd sa sœur, c’est l’univers tout entier qui s’écroule et se dilapide. Lennon (Lennie) retourne nelson.jpgau collège quatre semaines après la mort de Bailey dont le cœur a subitement cessé de battre à 19 ans, quatre semaines sans parler à sa grand-mère, Manou, qui a élevé ses petites filles après le départ de leur mère, quatre semaine à écrire des poèmes, des odes, quatre semaines sans jouer de la clarinette, quatre semaine en serrant contre elle le roman qu’elle ne quitte jamais, quatre semaines presque sans respirer, dans l’apesanteur de l’absence. Lennie retourne au collège et rencontre Joe Fontaine, lui aussi musicien.

 

 

Lennie, jeune musicienne férue de musique et de littérature victorienne, va réapprendre à vivre lentement. Réapprendre à vivre mais aussi et surtout apprendre qui elle est, elle qui vivait une relation exclusive avec sa sœur, dans ce cocon qu’elle et Bailey avaient érigé pour se protéger et survivre à l’absence de leur mère.

 

« Je me mets à penser à toutes ces choses que je n’ai pas dites depuis la mort de Bailey, tous ces mots enfermés au fond de moi, dans notre chambre orange, ces mots qu’on ne prononce jamais quand quelqu’un meurt parce qu’ils sont trop tristes, trop enragés, trop dévastés, trop coupables pour être prononcés à voix haute – et ces mots commencent à fourmiller partout en moi comme un torrent incontrôlable. »

 

Petit à petit, entouré des êtes qui aimaient Bailey, Lennie découvre peu à peu que cette sœur qu’elle pensait elle aussi enfermée dans une relation exclusive, avait des projets, des envies, des faiblesses et des peurs. Et que vivre dans la douleur n’est pas ce que sa sœur aurait espéré d’elle.

 

Les affres du deuil font la place aux affres de l’amour, du premier amour, quand Lennie comprend qu’elle est amoureuse de Joe, mais qu’elle s’interdit d’être heureuse. Elle va donc se remettre lentement à vivre, doucement, puis de plus en plus ardemment, tout en se sentant coupable d’aimer, de se sentir grandir et évoluer.

 

Autour d’elle, sa grand-mère, Manou, peintre bohème qui a inventé pour ses petites filles une mère voyageuse, aventurière, pour leur éviter la réalité d’une mère tout simplement partie, un jour, sans ses enfants ; Big, le fils de Manou, oncle tout aussi artiste qui multiplie les mariages et les plantes, Sarah, sa meilleure amie, qui voudrait aider Lennie mais accepte douloureusement que celle-ci soit incapable de parler, de se confier.

 

Tous ces personnages, autour de Lennie, constituent un socle sur lequel elle va s’appuyer pour réapprendre à vivre et grandir.

 

Un premier roman et une réussite pour Jandy Nelson, qui signe là une très belle histoire, sur le deuil, la peine, l’absence mais aussi les joies et espoirs de l’adolescence.

 

Jamais larmoyant, évitant le piège du sentimentalisme et du pathos, le roman, dans lequel sont insérés des petits bouts de poèmes, de pensées, que Lennie écrit sur des emballages de bonbons, des gobelets et sème ici et là, est un vrai plaisir de lecture, tantôt drôle, tantôt émouvant, plein de gravité et de  tendresse familiale, sororale, amoureuse et amicale.

 

Il plaira sans aucun doute aux jeunes filles, aux lectrices des Hauts de Hurlevent ou d’Orgueil et Préjugés, qui sont (entre autres, et notamment Dickens ou DH Lawrence) régulièrement cités, Lennie pensant souvent à leurs personnages. C’est d’ailleurs un bel hommage à la littérature qui nourrit la jeunesse, à ces romans qui emplissent les cœurs et l’imaginaire des jeunes filles, ces romans où l’on puise son réconfort et son désir de grandir. Ces romans dont les héros deviennent des références et qui continuent de hanter leurs lectrices, très longtemps après, parce qu'un livre peut modeler à jamais sa jeune lectrice.

 

« C’est donc ça ce truc dont tout le monde parle, ce truc qui habite chacune des pages des Hauts de Hurlevent – cette sensation qui m’électrise de l’intérieur tandis que nos lèvres refusent de se séparer. Qui aurait pu deviner que je n’attendais qu’un baiser pour me transformer en Cathy et en Juliette et en Elizabeth Bennet et en Lady Chatterley réunies ? ».

 

«-  Minable n’est pas un terme assez minable pour décrire ce poème, Sarah, j’ai dit à ce type que je lui appartenais !

- C’est ce qui arrive quand on lit Les Hauts de Hurlevents dix-huit fois.

- Vingt-trois ».

 

"Je transperce Heathcliff, ce pauvre Heathcliff au coeur brisé et amer, et cette iodiote de Cathy, reine des mauvaise décisions et des compromis impardonnables".

 

 

Il plaira, parce qu’il parle si bien de cette relation si particulière, si intime, qui peut exister entre deux sœurs, ces mots qui n’ont pas besoin d’être prononcés pour que l’autre les entende.

 

Il plaira parce qu’il évoque évidemment très bien les premiers émois amoureux, les craintes, les bourdes, les désespoirs qui laminent toute adolescente.

 

Bref, il plaira, sans aucun doute. Aux adolescentes, aux amoureuses des livres, à leurs mères, aussi, puisque bon nombre sauront sans doute se reconnaître dans la lectrice qu’est Lennie. Une belle réussite, vraiment !

 

 

 

 

Le ciel est partout ; Jandy Nelson

Gallimard / Scripto, mai 2010,  330 pages

10.03.2010

À QUOI SERVENT LES CLOWNS ? ANNE PERCIN

Ça sert à quoi un clown ? A faire rire ? A détendre les spectateurs entre deux numéros de cirque ? Et pourquoi il y a des clowns percin.jpgtristes ? Parce qu’il y a des gens tristes et qu’il faut les faire rire ?

 

Les gens tristes, ils sont dans le roman de Anne Percin. Pas tout à fait tristes, mais qui auraient des raisons de l’être : le HLM dans lequel vivait Melinda, 7 ans, avec sa sœur Cindy (16 ans) et sa mère a brûlé. Du coup elles retournent vivre dans une caravane, la maman de Melinda vend des frites dans une baraque à frites et emmènera Melinda à l’école... quand elle pourra le faire, un jour. Mais demain est un autre jour, et aujourd'hui un cirque s’installe dans le terrain vague à coté de la caravane : Pablo, un petit garçon, laisse échapper un jeune tigre de quelques mois. Ce petit tigre, c’est Melinda qui va le recueillir…

 

C’est un très joli roman jeunesse, que j’ai dévoré avec beaucoup de plaisir et, parfois, le cœur un peu serré. Anne Percin manie une plume tendre, toute en simplicité et justesse. Avec elle, le quotidien de la petite Melinda, ballottée de HLM en caravane, sans père, chahutée par sa grande sœur, est auréolé de lumière, on perçoit sous la grande précarité la douceur de l’amour maternel, souvent impuissant ou dépassé, ou la tendresse bourrue de la grande sœur. Et face à ce cocon familial pour le moins incertain et fragile, Pablo, le petit garçon du cirque, lui, se pose plein de questions, il n’est doué ni pour la voltige, ni pour le dressage, ni pour la gymnastique et se demande ce qu’il va bien pouvoir faire comme métier de cirque, plus tard. Surtout quand on commet des bourdes épouvantables comme laisser un bébé tigre s’échapper…

 

C’est un roman qui plonge dans le quotidien d’une famille en danger, celle de l’écartèlement et de la mise en foyer (tout est signifié dans un passage où Melinda et Cindy sont interrogées par un travailleur social, sans que les mots « travailleur social » ou DDAS ne soient prononcés), dans les difficultés des familles immigrées (d’autres familles qui habitaient le HLM qui a brûlé : reconduites à la frontière, extrême précarité), le tout avec un art de l’ellipse prononcé, rien n’est dit, tout est suggéré, mais jamais de façon pesante.

 

Car n’oublions pas que nous sommes dans un roman jeunesse, et, au final, Anne Percin propose une fin généreuse sans sombrer dans la guimauve, lumineuse sans être mièvre. C’est un roman grave et optimiste, tout simple et pourtant plein d’innocence et de fraîcheur. Un exercice difficile très justement réalisé. J’ai beaucoup aimé.

 

 

A quoi servent les clowns, Anne Percin

Editions du Rouergue, Dacodac, Janvier 2010, 157 pages

 

 

 

 

« - Dis donc, pinéguette, je suis ta mère, quand même ! J’ai pas envie que tu fasses les mêmes conneries que moi.

-         Sympa. Méli et moi, on n’est pas des conneries, tu sais.

 Sa mère en a le souffle coupé. Elle entrouve la bouche, mais rien ne sort. Soudain elle se détourne. On l’entend renifler. »

 

L'avis de Clarabel

 

 

 

08.12.2009

GENESIS - BERNARD BECKETT

Anaximandre se prépare depuis plusieurs mois à l'examen d'entrée à l'Académie. Nous sommes dans un futur lointain, le monde genesis.jpgest régi depuis longtemps par une académie toute puissante. La population de la Terre a été décimée par les guerres et les épidémies, et les quelques survivants ont érigé une société nouvelle. La jeune Anaximandre a choisi pour son examen de présenter le sujet « Adam Forde », l'homme qui, longtemps avant, a failli mettre en péril la nouvelle République de Platon.

 

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25.11.2009

LE GARCON AU PYJAMA RAYE – JOH N BOYNE

Bruno a neuf ans quand son père est transféré à Auschwitz pour prendre le commandement du camp. Bruno quitte donc sa 786906896.jpggrande maison berlinoise pour une nouvelle maison, à l’orée du camp où il n’y a « pas une rue, personne qui marchait ou se hâtait… quand Bruno fermait les yeux, tout ce qu’il sentit, ce fut le froid, comme s’il se troublait dans l’endroit le plus reculé du monde. Au milieu de nulle part. ».

 

Quelque temps plus tard, Bruno rencontre Schmuel, un autre garçon de neuf ans, qui vit de l’autre coté de la barrière, celle qui  sépare la nouvelle maison de Bruno de cet endroit sinistre où les gens portent tous le même pyjama rayé. Le mauvais coté. Une amitié improbable va se nouer entre les deux enfants.

 

 

S’il faut juger ce livre, il faut sans doute se mettre dans la peau d’un jeune lecteur. Ce « conte » (bien que je répugne à associer le mot conte à ce récit là) est sans doute une histoire touchante qui permettra au jeune lecteur d’aborder un sujet ardu. En revanche, en tant qu’adulte, je ne peux m’empêcher de m’interroger sur certains points qui m’ont perturbée : un enfant allemand de neuf ans, qui plus est fils de commandant SS ne devait-il pas, à son age et vu son statut, être déjà largement embrigadé par la propagande et surtout ses parents ?  Aurait-il le droit de lire le roman de Stevenson l’anglais quand les lectures imposées étaient celles qui glorifiaient le nationalisme ? (si un professeur d’histoire peut m’éclairer sur le sujet…).

 

Bruno me semble bien ignorant de ce qui se passe de l’autre coté, tout comme sa sœur Gretel, 12 ans, quand ils arrivent à Auschwitz. Quant à la fin, j’ai l’ai vue arriver rapidement, en me disant « noon, allons, préparons nos mouchoirs…. ».

Je pinaille, je rechigne, c’est sûr, mais c’est ainsi. Pour le reste, il n’en reste pas moins que c’est une intention touchante de mettre des mots accessibles aux enfants sur cette période de l’histoire.

 

Avec ça, on est bien avancés hein ? En tant qu’adulte, je n’ai pas particulièrement été touchée. Mais je l’envoie à mon filleul de 13 ans pour connaître son avis. Je verrai bien ce qu’il en pense.

 

Le garçon au pyjama rayé, John Boyne

Gallimard Jeunesse, septembre 2009, 188 pages

 

 

Les avis de Clochette, Enna, Celsmoon,  Theoma, Tamara, Ys, Laure, Karine, Fashion, Canel et sans doute plein d’autres…

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13.11.2009

HUNGER GAMES – SUZANNE COLLINS

Vous vous souvenez du film « Le prix du danger » de Yves Boisset, il y a quelques longues années, où des candidats pouvaient participer à un jeu hungergames.jpgtélévisé de type téléréalité dans lequel les candidats devaient tout simplement s’entretuer et le vainqueur gagnait une somme très substantielle ? Ici, nous sommes un peu dans ce jeu là, sauf que nous sommes en Amérique du Nord dans un futur plus ou moins lointain, que les candidats sont tirés au sort, ne peuvent se soustraire au jeu et qu’ils sont âgés de 12 à 18 ans.

 

Katniss a seize ans quand le nom de sa petite sœur Prim est tiré au sort. Prim a 12 ans, c’est sa première Moisson (tirage au sort donc, et participation potentielle). Katniss est habituée au braconnage (le pouvoir du Capitole, ou gouvernement, affame volontairement ses citoyens pour mieux les soumettre à son régime totalitaire), elle a l’habitude d’aller chasser en forêt, est plutôt futée et débrouillarde avec un arc et des flèches. Comme la loi l’y autorise, elle se porte volontaire en remplacement de Prim et prend la route pour l’Arène, où sa prestation face à vingt trois autres Tributs (deux candidats garçon / fille pour chacun des douze districts du pays) sera filmée vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

 

Vingt-quatre candidats, un seul survivant. A coté de ça, Koh Lanta ressemble à une animation à l’orgue de barbarie pour maison de retraite…

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18.09.2009

JE NE SAIS PLUS POURQUOI JE T'AIME – GABRIELLE ZEVIN

Naomi est une adolescente tout ce qu'il y a de plus normale, co-rédactrice en chef du journal du lycée, elle a un petit ami, des amis, bref, une jeune fille dans la norme dans une petite ville de l'Etat de New York. Il suffit d'une chute dans un escalier pour que s'effacent de sa mémoire les 4 dernières années de sa vie. Naomi se réveille avec un trou béant dans ses souvenirs, un jeune ZEVIN.jpggarçon du lycée, James, auprès d’elle. Tout ce qui remonte à moins de 4 ans s'est envolé : le divorce de ses parents, la naissance de sa demi-soeur, la petite amie de son père, et son propre petit ami, Ace, qu'elle regarde aujourd’hui comme un parfait inconnu. Mais Naomi est une gentille fille, alors elle tente de colmater les brèches comme elle peut, retourne au lycée, se demande pourquoi elle aime (aimait ?) Ace, pourquoi James l'attire alors qu'il est considéré comme « fou », pourquoi ce gentil garçon qui se prétend son meilleur ami, Will, semble lui battre froid.

 

 

Un joli roman, tout simple, qui, avec une jolie histoire d'identité, se lit avec plaisir. Gabrielle Zevin dissèque avec finesse les doutes et les interrogations typiques de l'adolescence (rapport à l'identité, émois amoureux, rapports aux études, comportements sociaux entres jeunes). Personnage central et attachant, Naomi poursuit son petit chemin en tâtonnant dans le labyrinthe de sa mémoire,   en arrive à s'interroger sur ses anciennes motivations et aspirations. Son accident lui permettra de remettre un ordre tout neuf dans ses pensées et de, pourquoi pas, bifurquer vers de nouveaux horizons.

 

Un petit truc qui me titille quand même (je cherche la petite bête ?), Naomi est une adolescente normale donc. Enfin, normale, oui et non. Nous apprenons au début que Naomi est une enfant adoptée. Chose qu'elle sait et dont ses parents n'ont jamais fait mystère. Il me semble cependant qu'une adolescente, en pleine crise identitaire, et peut-être surtout après une amnésie, s'interrogerait davantage sur ses origines. Ici, le sujet est très peu abordé après la présentation de Naomi. Mais peut-être me trompe-je et cela n'a-t-il aucune importance ?...

 

Ce n'est pas une restriction, ceci dit, parce que ce roman jeunesse, plutôt délicat, est bien fait, et fera le bonheur de ma nièce, je n'en doute pas une seule seconde.

 

 

 

Je ne sais plus pourquoi je t'aime, Gabrielle Zevin

Albin Michel Collection Wiz, 350 pages, septembre 2009

 

 

 

Les avis de Cuné (merci pour l'envoi !), Esmeraldae et Clarabel.

18.05.2009

LA VOIX DU COUTEAU – PATRICK NESS

Dans un mois, Todd aura treize ans. Il deviendra un homme, conformément aux lois de Prentissville, Nouveau Monde, une planète colonisée par les humains. Sur Nouveau Monde, les humains peuvent entendre le Bruit, les pensées des autres : elles se superposent, se chevauchent. Et ce Bruit est devenu un vacarme incessant avec lequel les hommes ont appris à vivre. Les femmes, elles, ont disparu de Prentisville, décimées par un virus à l'arrivée sur Nouveau Monde. Alors que couteau.jpgTodd se promène dans les Marais, il découvre un lieu où le Bruit s’estompe jusqu’à disparaître totalement. Cette découverte sera à l’origine de sa fuite : son père adoptif lui confie quelques affaires, un couteau, le journal de sa mère et lui ordonne de fuir Prentisville, le plus vite possible, le plus loin possible. Todd s’échappe, avec son fidèle chien Manchee (les animaux parlent sur Nouveau Monde) et découvre, avec stupéfaction, une jeune fille, Viola. Une fille ? Sur Nouveau Monde ?

 

Fichtre, quelle agréable trouvaille ce roman jeunesse ! Quelle trouvaille pour moi qui ne suis pas une habituée du genre et encore moins fan de science fiction ! Mais ici, la science fiction est de toute façon très légèrement présente, jamais pesante. On n’est pas sur Terre, d’accord, nous croiserons quelques créatures non humaines (les Spackles, anciens habitants de Nouveau Monde), mais tout reste parfaitement accessible et lisible pour une réfractaire comme moi, même s’il m’a fallu quelques pages pour m’habituer à la syntaxe grammaticale parfois défaillissante et aux fautes d’otorgrafes de Todd : il est le narrateur de l’histoire.

 

Nous allons donc suivre ce jeune garçon dans sa fuite affolée, comprendre peu à peu, avec lui, comment les hommes ont colonisé cette planète, leur volonté initiale de créer un Nouveau Monde sur de nouvelles bases Quand cherche-t-on un nouvel endroit pour vivre ? Quand l’endroit où tu vis, c’est plus la peine d’y rester. Vieux Monde c’est dégoûtant, violent et surpeuplé. Ca se déchiraille en plein de morceaux avec des gens qui se détestent et s’entreptripent, et personne n’est heureux tant que tout le monde n’est pas malheureux à  mourir. En tout cas, c’était comme ça avant. »). Mais les hommes sont ce qu’ils sont et ne restent pas toujours bienveillants…

 

Todd et Viola tentent d’échapper à des hommes (re)devenus barbares : ils ont sombré dans un obscurantisme primaire. Les fugitifs rencontrent d’autres colonies bâties selon des préceptes différents de Prentisville, et, tout au long de cette fuite, nous voilà plongés dans un très bon roman jeunesse, roman d’initiation (Todd doit devenir un homme et  nous comprendrons ce que Homme veut dire dans la bouche des habitants de Prentisville), un roman porteur de valeurs de tolérance et respect entre individus (nous croiserons quelques Spakles et comprendrons comment ils ont été colonisés et souvent décimés), des valeurs d’amitié, de fidélité, de liberté de choix et d’affranchissement de l’individu de toute sorte de fanatisme. Le tout se lisant avec avidité, le suspens est entier et terriblement bien ficelé, et la fin ne donne qu’une envie, que la suite paraisse bientôt, « La voix du couteau » étant le premier volet d’une trilogie « Chaos en marche ».

 

Prix Guardian 2008, Booktrust Teenage Prize 2008.

 

 

La voix du couteau, Patrick Ness

Gallimard Jeunesse, 440 pages, avril 2009

 

Les avis de Lily, Cathulu, Fashion, Lael, Hambre,

 

13.10.2008

Une jolie fille rien que pour moi - Aurélie Antolini

Je n’ai plus 32 ans, je n’ai plus 36 ans, je n’ai plus 28 ans, j’en ai onze.

 

J’en ai onze et je suis le narrateur de ce joli petit livre qui se déguste en vitesse, en souriant, en s’émouvant parfois.antolini.jpg

 

Le narrateur, donc, a onze ans. Il vit avec sa mère. Son père, il ne sait pas où il est. Il est parti. Du moins c’est ce que sa mère lui a dit. Alors le narrateur vit avec elle, observe le va et vient des hommes qui traversent la vie de sa mère, jusqu’à ce que l’un d’eux finisse par rester. Puis c’est Minoucha qui surgit dans sa vie. Minoucha et ses onze ans, Minoucha qui transforme le gosse en amoureux transi, en éponge à sentiments…

 

J’avoue qu’en lisant la quatrième de couverture j’ai eu peur :

 

« Notre prof principale nous a demandé de remplir une petite fiche qui racontait notre vie. Comme si tout ce bordel pouvait rentrer dans un bristol.

« Père : vendeur de slips chez Eminence

Père intérimaire : pêcheur de mérous

Mère : représentante en gros nichons

Moi : amoureux de Minouche

Rêve : déménager dans la maison du Sud

Ambitions : avoir des plumes au cul… »

 

Et bien finalement, non, il suffit de se laisser aller à cette plume naïve, gaie et souvent mordante. Aurélie Antolini manie avec finesse et précision le style d’un enfant de onze ans, dessine un joli tableau sur l’enfance, ses désirs, ses peurs, ses rêves secrets, saupoudre ça et là quelques pincées de sucre ou de sel.

 

C’est le roman d’un enfant qui découvre l’amour, l’amitié avec ses yeux encore innocents et tellement lucides.

 

C’est le constat d’un enfant qui grandit et découvre que les adultes peuvent si bien mentir à leurs enfants. Par bêtise, par humeur, par colère ou par ignorance. Un enfant qui hésite entre candeur et maturité.

 

On y découvre une famille et ses petits travers, les premières amours, leurs premières douleurs, avec des yeux tout neufs, encore innocents et tellement lucides.

 

Un bien joli roman, donc, à lire par nos ados et aussi par nous !

 

Une jolie fille rien que pour moi, Aurélie Antolini

Editions Intervista : Les mues.

Pour les 12 ans et +, 174 pages

Les avis de Laurence du Biblioblog, et Joëlle

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