05.05.2008

LA DECLARATION – GEMMA MALLEY

758848454.jpgLa vie éternelle ; la Longévité ; finies la mort, la maladie, les handicaps, la vieillesse avachie : en 2140, on vit éternellement. On prend ses petites pilules quotidiennes conçues à base de cellules souches humaines toutes fraîches et adieu la mort.

 

Mais qui dit vie éternelle dit surpopulation. Surconsommation d’oxygène, d’eau… Du coup les naissances sont interdites. Seuls peuvent mettre au monde un enfant ceux qui se sont Affranchis de la Déclaration de Longévité. Ceux qui ont l’affront ou l’inconscience de penser qu’une vie doit durer ce qu’elle doit durer, et que la jeunesse et les idées neuves sont essentielles. Ceux là mourront. Une vie contre une autre. Simple comme bonjour.

Alors, ceux qui naissent illégalement de parents non Affranchis sont des Surplus. On ne les tue pas, non. On n’est pas si inhumain que ça, non. Quelle idée ! On ne les tue pas, on les dresse, on les éduque, on les enferme dans des foyers où ils apprennent à devenir de bons serviteurs. Comme ça ils pourront être au service des Légaux, ceux qui ont le droit d’être ici. Et bien évidemment, ils ne peuvent pas prendre le traitement de Longévité. On les tolère le temps de leur courte vie, et c’est tout.

Voici un roman jeunesse fort passionnant. A travers l’histoire d’Anna, du Surplus Anna, devrais-je dire, et celle de Peter, jeune Surplus nouvellement arrêté et envoyé dans le foyer de Grange Hall, Gemma Malley nous transporte dans un futur proche où la recherche de la vie éternelle a remplacé toute éthique.

Et il y a plein de choses dans ce roman : endoctrinement des masses (que ce soit les Légaux qui refusent de céder leur place et considèrent la jeunesse et la nouveauté comme néfastes, ou l’endoctrinement d’Anna qui finit par croire qu’elle mérite d’être réduite en esclavage, pour laver l’affront que ses parents ont commis en la mettant au monde), impuissance et hypocrisie des gouvernements qui ne peuvent lutter contre l’épuisement des ressources naturelles (pétrole, énergies naturelles, eau) mais qui finissent par s’en préoccuper parce que ce ne sont plus leurs enfants qui en pâtiront, mais eux par la force des choses.

Il y a aussi la toute puissance des grandes firmes pharmaceutiques, trop heureuses d’avoir trouvé là un filon en or, la résistance qui s’organise en réseaux souterrains, animée par quelques fous qui préfèrent laisser leur place à des enfants, quelques idiots qui supposent que le monde est fait pour être renouvelé, que la jeunesse a plus que tout autre sa place sur cette Terre.

Et il y a la la fraîcheur de ces deux adolescent qui vont tenter de vivre, d'échapper au diktat, parce qu'ils sont convaincus que la jeunesse doit exister et prendre la place de la vieillesse. Que c'est Ça, l'ordre naturel des choses. Pas la vie éternelle de ces vieux qui s'accroche avidement à leur éternité.

Anna et Peter vont essayer de fuir, de VIVRE. Ils sont jeunes, ils sont à la fois innocents, plein d’espoir, et en même temps conscients qu’il leur faudra arracher de force leur droit d’exister.

Un roman jeunesse, donc, qui se lit avec beaucoup d’intérêt, pour les ados, oui, mais aussi pour les parents !

Les avis de : Cuné, Stéphanie (que je remercie pour le prêt), Fashion, Clarabel, Clochette, Olga

 

 

13.03.2008

JE SUIS TA NUIT – LOIC LE BORGNE

1047248201.jpgPierre est veuf et élève seul son fils Tristan qui a 17 ans. Un jour, Tristan rentre de cours et lui annonce qu’une amie vient de se donner la mort. Suicide. Et voilà Pierre qui replonge dans son passé. Il doit, il veut, raconter à son fils un part de sa propre enfance, des événements qui ont bouleversé sa vie, bouleversé ou plutôt pulvérisé, broyé, fracassé son enfance.

Ce récit va nous plonger des années auparavant. Pierre a onze ans. Lui et ses amis, sa bande, son clan, sa troupe vivent et savourent leur enfance. Rires, joies, goûters, éclats et malices rythment le quotidien de ce petit groupe d’amis liés pour la vie. Instantannés de bonheurs, quand l'enfance est encore aux portes de l'innocence... et n'a pas encore franchi le pas de l'âge adulte, n'a pas encore ouvert les yeux et ignore encore que le monde peut être sordide.

Et on se rappelle. On se remémore à cette lecture sa propre enfance. Les années 80. Les héros qui illuminaient nos journées. Goldorak, Dark Vador, Candy…. Retour dans le passé. Impression étonnante d’oublier qu’on est devenu adulte et d’observer ces gamins, devenir eux, de faire partie de la bande.

On vit avec eux donc. Et on plonge dans l’horreur. Parce que ces gamins vont découvrir un corps. Affreusement mutilé. Et cette découverte est le point de départ d’une immersion totale, absolue, dans une suite d’événements tragiques, inexplicables, un récit stupéfiant (« Je ne savais pas, en me levant ce jour de Pâques 1980, que d’ici peu j’aurais à combattre des forces aussi néfastes et effrayantes que celles du grand Stratéguerre, ennemi juré d’Actarus, ou du sinistre empire de Dark Vador, dont la haine pour le Jedi n’avait d’équivalent que celle d’une enfant torturé par son bourreau. »).

C’est sombre, horrifiant, on lit avec passion, répulsion, avidité. Impossible de fermer le livre avant de l’avoir terminé. C’est à la fois fantastique et allégorique. Au-delà de l’histoire de ce « Bonhomme Nuit » qui vient ravager ce village, et faire fondre sur ces enfants un monde de noirceur absolue, il y a nos propres fantômes, nos passés, nos parts d’ombre et de colère. L’innocence doit disparaître et faire place à l’âge adulte. Ces enfants franchiront la limite au bord d’un abîme de noirceur. Certains tomberont, d’autres survivront, mais resteront marqués à jamais. Avec leur propre part d'ombre, tapie au fond, terrée ne demandant qu'à resurgir.

Il faut le lire, il faut s’y plonger. C’est un envoûtement, une spirale qui nous aspire et nous happe.

Ou bien offrez le à vos ados… et lisez le avant.

Les avis de Lily, qui le fait voyager, de Clarabel et de Rose.

Prochaine étape : Fashion, puis Emmyne.