12.05.2008
LE CONTRAT – DONALD WESTLAKE
Imaginez un écrivain célèbre, riche, dont les livres caracolent en tête des ventes depuis plusieurs années. Mais là, il sèche. Inspiration zéro, son éditeur s’impatiente. C’est Brice Proctorr.
Imaginez un autre écrivain, sur la pente descendante. Les ventes de ses livres baissent, du coup son éditeur l’a lâché. Il a un roman, mais personne ne veut le publier. Pas assez bankable. C’est Wayne Prentice.
Alors Brice a une idée. Il publiera le roman de Wayne, sous son nom à lui et ils partageront les bénéfices. Wayne accepte.
Mais Brice pose une condition : Wayne doit tuer la femme de Brice, Lucie. Parce que leur divorce va lui coûter cher, beaucoup trop cher…
Voici une histoire plutôt sombre dont je me suis délectée. C’est noir, c’est gris, c’est captivant. Outre le meurtre, car meurtre il y aura, le portrait de ces deux écrivains, de leurs difficultés à écrire ou se faire publier, leur rapport à la création, à l’inspiration, aux intrigues qu’ils imaginent est décrit d’excellente manière.
Et puis il y a leur meurtre et ses répercussions qui seront tout sauf celles auxquelles ils s'attendaient. La capacité de l’un à oublier, faire avec, dépasser l’acte commis, irrémédiable en endossant une autre vie, et l’impossibilité pour l’autre d’oublier, de faire face à ce qu’il a fait, de se défaire d'un souvenir.
Des personnages troubles, délicieusement perturbés, ou surprenants (la femme de Wayne, Suzan, notamment est truculente de noirceur placide), un monde où le paraître est primordial, un auteur qui s’enfonce peu à peu dans un abîme de folie dont il ne pourra sortir. Mmm, délicieux donc, même si la fin traîne un peu, même si elle se devine aisément, on dit chapeau, parce que c’est du bon boulot.
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29.04.2008
NE TE RETOURNE PAS – JAMES W. NICHOL
Walker Devereaux a dix-neuf ans quand il décide de retrouver ses parents biologiques. D’eux, il ne se rappelle rien, à peine une silhouette, celle de sa mère qui l’a abandonné. Elle l’a déposé en plein jour au bord d'une route, lui a demandé de serrer très très fort le fil de fer de la barrière, l'a supplié de ne pas se retourner, surtout ne pas se retourner. Et elle est partie. Il avait trois ans. Malgré les recherches, on n'a pas pu retrouver la trace de cette femme. Et personne n'a réclamé un petit garçon. Personne.
Dès qu’il a l’âge légal, il demande donc son dossier aux services sociaux et quitte sa famille adoptive sur les traces de sa mère. Il n’y a rien dans son dossier. Juste la photo de deux fillettes et une vague lettre, qui donnent peu d’explications, peu d’indices.
Walker arrive à Toronto et rencontre Krista, une jeune handicapée qui l’aidera dans ses recherches, malgré les embûches, malgré le cambriolage où la lettre et la photo disparaissent, malgré cet homme qui semble les suivre et tout faire pour que leurs recherches n’aboutissent pas.
Ce roman policier est adapté d’une pièce radiophonique écrite par James W. Nichol. Nous allons y suivre, en parallèle, les recherches de Walker et la vie de Bobby, un garçon perturbé, violent, inquiétant. Un garçon écrasé par son père, dont la toute puissance broie sans le savoir la volonté et la raison de son enfant.
Tandis que l'on accompagne les tâtonnements de Walker et Krista, on suit avec répulsion l'évolution de Bobby qui, à force de faire taire cette violence sourde qui est en lui, à force d'étouffer ses désirs, devient de plus en plus renfermé et laisse ses démons l’envahir, jusqu’à ce qu’il finisse par passer à l’acte.
On s’interroge sur ces deux personnages, on cherche le point commun, le moment où leurs existences se croiseront.
Petit à petit, les pièces du puzzle s’assemblent et l’on découvrira comment la folie d’un garçon a conduit au pire.
La construction en parallèle de ces deux parcours laisse beaucoup de questions s’installer dans l’esprit du lecteur. Je regrette néanmoins que certains éléments soient éclaircis trop rapidement.
J’aurais sans doute préféré que James W. Nichol prenne plus de temps pour laisser la vérité germer. Son jeune héros Walker a finalement beaucoup de chance dans son malheur et trouve un peu trop vite à mon goût la trace de sa mère. Un peu plus de lenteur, un peu plus de doutes savamment distillés, une angoisse mieux entretenue m'auraient certainement davantage tenue en haleine.
C'est le personnage de Bobby que j’ai préféré. La lente érosion de son raisonnement, la montée de folie, la succession d’événements qui le pousseront à refuser d’être ce qu’il est et devenir par là même un monstre écoeurant, rongé de frustrations. Les pulsions violemment contenues, la rage de se savoir différent, qui laissent peu à peu le pas à la mégalomanie, à la folie, à l'abstraction de tout sens commun.
Le personnage de Krista, la jeune handicapée qui aide Walker malgré sa hanche brisée, est aussi intéressant, quoique traité de façon trop fleur bleue. Elle et Walker sont fades à coté de Bobby. Comme quoi la gentillesse ne paie plus !
Bon, même si l’intrigue aurait supporté un peu plus de complications, aurait dû être traitée moins superficiellement, plus perversement, ça reste un polar, disons, divertissant, à lire avec curiosité à défaut d’enthousiasme débordant. Et oublier rapidement.
Dommage, il y avait de quoi faire un bon truc, quand même.
Lettre N du challenge ABC.
06:46 Publié dans Challenge ABC 2008, J'ai moyennement aimé, Litterature Canadienne, Polars, thrillers... | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note
09.04.2008
PERSONNE N’EST PARFAIT – DONALD WESTLAKE
Volera bien qui volera le dernier….
C’est l’histoire d’un tableau de maître. Ce tableau, « La folie conduisant l’homme à la ruine » du peintre Veenbes vaut… pas mal de fric, dirons nous. Et justement, son propriétaire, Chauncey, en a besoin, de fric. Parce que c’est un flambeur, Chauncey, qui vit largement au dessus de ses moyens. Et comme Chauncey n’est pas à proprement parler un saint, et que les principes et lui, ben ça fait deux, il imagine un coup très simple : il organise un faux cambriolage, empoche l’argent de l’assurance, récupère son tableau et hop ! L’affaire est dans le sac. Et pour le cambrioleur, à qui fait-il appel, d’après vous ?
A Dortmunder, bien sûr !
Et, bien sûr, tout ne se passe pas aussi facilement que prévu…
Encore une fois, Donald Westlake nous entraîne dans une aventure rocambolesque et bidonnante. De déraillement en cafouillage, d’imprévus en truandages, tout part en vrille. Le tableau est bien volé, mais perdu. Dortmunder et son fidèle copain Kelt doivent trouver une solution pour se sortir de ce guêpier….
Et voilà un faussaire, un écossais mal embouché, un tueur à gages, un comédien en mal de sueurs froides, qui entraînent Dortmunder et son équipe dans une course poursuite à la recherche du tableau volé, retrouvé, revolé et de sa copie. Où est le vrai Veenbes, où est la copie ? Ca s’embrouille un peu, le voleur se fait voler et le voleur du voleur se fait voler à son tour par le premier voleur…
Rira bien qui rira le dernier… beaucoup d’humour, de retournements donc, et au final un nouveau volet des aventures de Dortmunder toujours aussi attendrissant dans son rôle de looser de première classe. Et des scènes à se tordre de rire, comme ce dîner organisé par Chauncey, pour que les voleurs puissent voler à leur guise, et cette bagarre d'écossais, et la découverte de la conduite à gauche par ces new-yorkais pas futés...
On l’aime toujours autant, ce brave cambrioleur abonné aux coups foireux !
A lire, donc, pour rire tout simplement, encore plus un jour de pluie, un jour de misère morale, pour retrouver le sourire !
(j'avoue ceci dit garder ma préférence pour Jimmy the Kid : effet découverte, sans doute)
06:46 Publié dans J'ai bien aimé, Litterature Anglo-saxonne, Polars, thrillers... | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note
11.03.2008
DANS LES BOIS – HARLAN COBEN
Paul Copeland est procureur. Un homme est retrouvé assassiné, plusieurs coupures de presse dans sa poche attestent qu’il connaissait Copeland. Quand Copeland identifie le corps, il reconnaît Gil Perez.
Mais Gil Perez est considéré comme mort depuis vingt ans. Comme la sœur de Paul. Ils ont disparu même temps que Margot et Doug, dont les corps ont été retrouvés peu après dans les bois. Ils avaient été égorgés, alors qu’ils étaient en colonie de vacances. Alors que Paul était chargé de veiller sur le camp. Mais il avait déserté son poste pour retrouver sa petite amie Lucie. Un tueur en série a été arrêté, mais sa culpabilité n'a jamais été formellement démontrée.
Le dernier roman d’Harlan Coben ne déroge pas à la règle. Véritable whodunitqui ne se lâche pas, chaque chapitre se termine en entrouvrant la porte d’un nouveau rebondissement. Le passé enterré resurgit et Paul Copeland, déjà empêtré dans une affaire de viol qu’il doit instruire, va se lancer dans une course après des fantômes. Fantôme de sa sœur, fantôme de sa propre culpabilité, fantôme de toutes les personnes dont les vie ont été laminées par ces meurtres : sa mère qui les a quittés, lui et son père, peu après cette histoire, la famille Perez, sa petite amie Lucie, qu'il n'a plus revue depuis, le père de Lucie, propriétaire de la colonie et apôtre des drogues douces. Tous ont tenté de rebâtir leur vie malgré leur culpabilité, leurs questions, leurs douleurs.
Autant de cicatrices grossièrement refermées qui vont s’ouvrir brutalement.
Encore une fois, c’est haletant, c’est rapide. Harlan Coben maîtrise brillamment les codes du suspens et l'on retrouve ses thèmes favoris : le passé, son poids, les non-dits soigneusement ensevelis qui vous sautent au visage alors que vous essayez de balayer ce passé qui vous ronge.
Néanmoins, j’ai aimé le tout sans réellement m’attacher aux personnages. Comme si la sauce manquait de liant. Ce petit truc en plus que j’avais aimé dans les autres romans d’Harlan Coben, comme "Une chance de trop", "Innocent" ou surtout, mon préféré « Disparu à jamais ».
Dans les bois – Harlan Coben. Belfond noir, 423 pages
06:24 Publié dans J'ai bien aimé, Litterature Anglo-saxonne, Polars, thrillers... | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note
06.03.2008
DANS LES BOIS ETERNELS – FRED VARGAS
Deux hommes ont été retrouvés égorgés. Des tombes ouvertes, des cadavres intacts (le sont-ils vraiment ?). Des reliques disparues. Des cerfs tués, le cœur arraché, un chat castré… Une femme serait à l’origine de ces crimes, une ombre, une revenante. Une quête d’immortalité.
Cette enquête du commissaire d’Adamsberg est un mélange. Mélange de crimes, de sang, de fantômes, et mélange de personnages névrosés, perdus, dont les esprits vagabondent au gré de l’avancement de l’enquête.
On y retrouve l’équipe de policiers rattachés à Adamsberg. Leurs malaises, leurs personnalités troublées. Fred Vargas campe chaque personnage, prenant le temps de redessiner chacun des membres de l’équipe d’Adamsberg. Ils sont intéressants, peu orthodoxes, bizarres, attachants autant qu’insupportables parfois.
Un nouveau venu, qui parle en vers, fait revivre le passé d’Adamsberg. Le chat La Boule deviendra part intégrante de l’enquête. Adamsberg veille son fils et lui raconte des histoires de bouquetins.
La première partie est plutôt ennuyeuse. On pourrait lâcher le bouquin pour courir vers un vrai whodunnit. Mais on y reste. Et on a raison. L’intrigue se corse, tout devient flou puis plus clair. Rebondissement. Eclaircissement. Visions du commissaire. Epilogue.
Elle est agaçante, Fred Vargas. J'aime ses personnages, j'aime leur coté hors normes. J'aime Adamsberg qui conduit ses enquètes à l'intuition (un peu Dr House, sans le sourire), et pourtant je n'arrive pas à plonger, je n'arrive pas à ne pas lâcher. Au contraire. Je prends, je lâche, je reviens, vais faire un tour, reprends...
Au final, un livre pas forcément extraordinaire, parfois pesant, mais du bon boulot. Sérieux. Bien fait. A réserver aux fans d’Adamsberg.
Lu dans le cadre du challenge ABC 2008, lettre V
06:07 Publié dans Challenge ABC 2008, J'ai moyennement aimé, Litterature Française, Polars, thrillers... | Lien permanent | Commentaires (31) | Envoyer cette note
25.02.2008
QUAND LES BROCHETS FONT COURIR LES CARPES – JEAN-LOUIS DEBRE
« Dans les jardins du Palais-Royal, une jeune femme oublie un document sur une chaise. Le narrateur l'aurait bien suivie pour le lui remettre, trouvant là un prétexte idéal pour entamer la conversation : Mais un homme s'en empare et disparaît. Rien d'extraordinaire sauf que, quelques jours plus tard, la mystérieuse inconnue entre au gouvernement et fait parler d'elle… » Jean-Louis Debré écrit ici son deuxième roman après « Les pièges » paru en 1998.
L’intrigue se passe dans les couloirs du gouvernement. Point de révélations tonitruantes, point d’insinuations équivoques dans ce roman. Certes, le paysage politique (un Président qui entretient des rapports plus qu’étroits avec la presse, qui pratique une ouverture calculée avec le camps adverse laminé après la défaite de son « héroïne »…) rappellent évidemment un autre contexte..
Mais ici les personnages principaux sont tous des « second couteaux » moins connus du grand public , le reste n’est qu’ombre furtivement évoquée de temps en temps.
Ici, les chefs de cabinet rêvent de devenir directeurs de cabinet, les parlementaires s’allient pour mieux se trahir ensuite, on se jauge à la voiture de fonction, à la surface de son bureau, à son revêtement de sol (moquette ou pas moquette, là est toute la question !), on rêve d’avoir « l’interministériel » sur son poste de téléphone…
C’est cet univers là que dessine Jean-Louis Debré. Avec lucidité, intelligence et distance, mais jamais d’amertume ni de réquisitoire. Et c’est ce que j’ai apprécié dans ce livre.
La description d’un milieu régi par les ambitions personnelles, les délations calculatrices, les ragots, les cancans qui se colportent cupidement, les complots qui se fomentent. On n’est plus à l’Assemblée, on est à la Cour du Roi.
Quant à l’intrigue, elle se laisse lire. J’avoue ne pas m’y être beaucoup laissée prendre. J’ai préféré m’intéresser au parcours de cette jeune Secrétaire d’Etat qui va se laisser véroler par un système dont on s’extirpe trop difficilement pour rester en paix avec sa conscience («… faire de la politique, cela veut surtout dire exister, attirer l’attention des commentateurs. S’imposer dans le monde politique, c’est être cité ou répondre aux questions des journalistes dans les émissions du matin, à RTL, par exemple ; c’est bénéficier d’un accès facile à la télévision, avoir sa marionnette aux Guignols de Canal +… Je dois m’imposer dès maintenant dans le nouveau paysage politique, demain il sera trop tard : une nouvelle génération aura pris la place. » « J’ai un projet immédiat : publier un livre d’entretien avec un journaliste… J’ai tout préparé, les questions, les réponses… Marie nous dénichera un journaliste pour coller son nom à la couverture. »), et surtout à celui d’Olivier, professeur de français devenu rédacteur de discours puis chef de cabinet, qui se laissera bien malgré lui entraîner dans un milieu inique et sans morale
06:30 Publié dans J'ai moyennement aimé, Polars, thrillers... | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
19.02.2008
SWAP – ANTHONY MOORE
Harvey Briscow a toujours vécu dans une bande dessinée. D’ailleurs, il est directement passé de l’âge enfant à l’âge enfant-qui-n’a-pas-voulu-grandir. La preuve, au lieu d’évoluer normalement, c'est-à-dire de choisir un vrai métier comme dit sa maman, de se marier et d’avoir des enfants comme dit son papa, il a ouvert une boutique de bandes dessinées à Londres. Où il végète depuis… soyons sympa, disons….depuis pas mal de temps.
De toute façon, il n’aime que ça, les comics. Et son fantasme, ce serait d’ouvrir un coffee shop à New York sur le thème des super héros : les 4 fantastiques, Superman, Wonder Woman. Ses idoles, quoi.
Mais, pour ouvrir ce coffee shop, il aurait fallu qu’il garde ce fichu « Superman numéro un », quand il était encore un gamin, au lieu de l’échanger contre vulgaire bout de plastique à Charles Odd, dit Bleeder. Voilà ce qui hante ses jours et ses nuits, à Harvey : cette saleté de BD qui aujourd’hui vaut près de deux cent mille livres et qu’il a stupidement donnée à un camarade persécuté, un pauv’type martyrisé par les gars du collège de son enfance. Harvey en rêve, Harvey en bouffe, du remords et des regrets : il construit sa vie autour du souvenir de cette relique. Alors il se rend à une réunion des anciens du collège afin de demander à Charles Odd de lui rendre cette BD. Qu’il la lui rende, ou qu’il lui avoue l’avoir brûlée, peu importe. En tout cas il faut qu’il en finisse avec les regrets et les « si ».
Le lendemain, il décide de cambrioler la maison de Charles Odd. Et tombe sur le cadavre la vieille Mrs Odd. Affolé il prend ses jambes à son cou…. Mais qui avait le meilleur mobile pour tuer une vieille femme chez qui se trouvait encore LA BD ? Qui ressassait sans arrêt qu’il aurait mieux valu qu’il la garde, sa BD ? Qui a laissé ses empreintes partout ? Harvey, bien sûr. Il est mal barré, c’est certain. Vraiment mal barré.
Ce roman est assez divertissant. Les situations sont souvent amusantes, les personnages à la fois attachants et navrants par certains cotés. Des pauvres types qui n’ont pas réussi à bâtir leur vie, ou plutôt ont bâti un simulacre de vie.
Certes, on a très envie de savoir qui est réellement le (ou la) meurtrier(e). Parce que les coupables possibles, il y en a plusieurs : Charles Odd, le fils étouffé par une mère plus ou moins folle ? Jeff Cooper, la brute épaisse ? Maisie Cooper, le démon aux yeux d'ange ? La dessus, rien à dire, on est rivé au roman pour connaître la fin.
En revanche, le style ou plutôt l’absence de style gâchent un peu le plaisir. Il y a de l’humour, certes, mais il n’est pas aussi subtil que chez Nick Hornby. Il y a quelques perles (les parents d’Harvey sont hilarants) mais quelques réflexions plus « lourdaudes » qu’élégantes abiment le tout.
Ce sera mon bémol. Celui qui a suffit à ne pas m’emballer.
Quant à Cuné et Bellesahi, elles ont réussi à passer outre et vraiment apprécié, les chanceuses !
Ps : Cuné évoquait John Cusak pour le rôle de Harvey. Je penche plutôt pour Kevin Spacey, même s’il est plus âgé que le personnage!!
Swap - Anthony Moore - Editions Liana Levi, 350 pages
06:20 Publié dans J'ai failli lâcher..., Litterature Anglo-saxonne, Polars, thrillers... | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note
15.02.2008
JIMMY THE KID – DONALD WESTLAKE
Dortmunder est un truand à la p’tite semaine. Les coups foireux, c’est sa spécialité. Oh, c’est pas qu’il prépare mal ses coups, non, c’est plutôt qu’à chaque fois, y’a un truc qui cloche : un doberman qui surgit là où il devait y avoir un caniche nain, une cargaison qui est au troisième étage alors qu’on lui avait dit deuxième... Alors, quand son copain Kelt vient lui parler d’un roman de Richard Stark dans lequel le parfait kidnapping est décrit point par point et qu'il n'y a qu'à faire pareil, il se dit que, peut-être, cette fois la chance a tourné et qu’il va enfin pouvoir se faire un bon p’tit magot. Et profiter de la vie, bien pépère à l'abri du besoin.
Le souci, c’est que Kelt, il ne vaut pas mieux que lui, mais bon, après tout, si les ravisseurs du bouquin ont réussi leur coup, pourquoi pas eux, puisque tous les détails sont donnés et qu'il suffit de les suivre à la lettre ?
Avec leurs complices Murch, M’man Murch et May ils réfléchissent aussi intensément que leurs petits neurones le leur permettent et décident d’enlever Jimmy Harrington, le fils d’un très riche avocat new-yorkais.
On suit le bouquin à la ligne et hop ! On se tire avec 30 sacs chacun…
Ah si tout pouvait être aussi simple que dans les bouquins….
C’est qu’il est délicieux, ce petit polar qui n’a de polar que le nom ! Voilà une bande de Pieds Nickelés bien bêtes et bien naïfs qui se piquent de jouer les Clint Eastwood !
C’est bourré d’humour, ce scénario à la Groucho Marx ! Une bande de gros bêtas imagine monter le coup du siècle et se tirer comme ça, la gloire en plus ?! Le problème c’est que les gosses de riches, à New York, ils sont plutôt malins ! Surtout après 4 ans d’analyse pendant lesquels ils ont roulé leur psychiatre dans la farine ! Rira bien qui rira le dernier !
Et puis, il y a plein d’autres personnages tout aussi truculents : du père qui ne peut s’empêcher de négocier la rançon parce qu’après tout, un gosse ou un procès, ça se négocie pareil, réflexe pavlovien. Les flics du FBI prêts à tout pour jouer les gros bras, le psychiatre éminemment perspicace qui voit tout sauf que son patient se fout de lui, et ces truands… ah, ce qu’on aimerait qu’ils s’en sortent, ces gentils méchants qui n’ont pas inventé la poudre !
Il y a des passages mémorables. Celui du rapt en premier lieu, parce que dans les livres il semblerait que les limousines pèsent moins lourd que dans la vraie vie ; celui par exemple où la conversation entre truands et flics se mue en discussion enflammée sur les soucis des chauffeurs de taxi exploités par les méchants syndicats new-yorkais ; la demande de rançon (je vous l’ai déjà dit, je sais, mais elle est vraiment comique !) ; l’intervention des policiers de la route qui ne supportent pas les grosse berlines de luxe, question de principe, les richards, y'a pas d'raison qu'ils échappent aux PV… bref,… c’est un roman drôle et croustillant comme un bon p’tit film de Bourvil.
Pour la petite histoire, Donald Westlake écrit également des romans sous le pseudonyme de Richard Stark… l’idée est excellente, de s’auto-plagier tout en l’avouant…et vous verrez à la fin que plagier n’est pas plagier, si on plagie la vraie vie…
Merci Kali, pour ce savoureux roman que tu m’as envoyé avec mon colis du Swap Noir c’est noir ! Je me suis régalée!
06:25 Publié dans J'ai adoré, Litterature Anglo-saxonne, Polars, thrillers... | Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note
03.02.2008
LE LEZARD LUBRIQUE DE MELANCHOLY COVE – CHRISTOPHER MOORE
Steve se réveille après un long sommeil.
Steve a les yeux verts.
Steve est très grand.
Steve est un coquin.
Steve est amoureux.
Steve a une libido… disons... développée.
D’ailleurs Steve sait faire des choses avec sa langue... rien que d'y penser...mmm…
On dit de lui qu’il est lubrique.
Steve est un lézard. Un très très gros lézard, vieux d’au moins 40 000 ans.
Il me fallait d’urgence une lecture légère et gaie pour contrebalancer les livres sombres quoique magnifiques que j’ai lus ces derniers jours. Christopher Moore était donc tout indiqué pour insuffler un peu de gaîté dans ce monde de brutes.
Parce que de la gaîté, il y en a à la pelle, dans ce livre là ! De l’humour noir, de l’humour second degré, de l’humour bête, de l'humour tout court, voilà de quoi rire, sourire, éclater de rire, s’esclaffer pendant un petit moment.
L’histoire est loufoque, tellement loufoque qu’on se demande où Christopher Moore est allé chercher tout ça. Ca part un peu dans tous les sens : il y a des chiens qui pensent (et qui pensent bien), une propriétaire de bar bionique, un flic paresseux marijuané la plupart de temps.
Il y a Kendra, l’Amazone des Terres Inconnues toujours accompagnée de sa voix-off (quoi ? Vous ne vous souvenez pas de Kendra, l’Amazone des Terres Inconnues ??? révisez vos classiques enfin!), il y a l’homme araignée qui ne mange que des imitations de Bounty, un chanteur de blues qui ne veut surtout, mais alors surtout pas, être heureux, une psychiatre frustrée débordée, un pharmacien qui a des drôles de fantasmes… et j’en passe!
C’est décalé, c’est ahurissant, c’est jouissif, ce qu'il se passe dans cette paisible station balnéaire de la Cote Ouest !
Un bel endormi se réveille et tout part en vrille ! L’intrigue tient la route et le rythme, on se laisse aller à ne plus penser au reste ; on se prend d’amitié pour Steve, ce brave lézard qui n’a rien demandé, après tout ! On l'adopterait presque, l'animal !
Faut-il trouver un bémol ? Bon, je dirais que, les plaisanteries les plus courtes étant les meilleures, on finit peut-être par se lasser : sur 434 pages, on aurait pu réduire un peu. Une blague notamment ne m’a pas du tout fait rire («Winston jetait un œil sur l’arrière boutique où se cachaient ses employées qui, aussi mortes de trouille qu’Anne Frank et ses parents, zieutaient la scène dans l’entrebaillement de la porte »).
Mais je chipote, là, parce que j’ai ri, ri, et que, tout simplement, ça fait du bien.
Les avis de Clarabel, Cathulu, Karine, Stéphanie (j'en oublie surement...)
10:49 Publié dans J'ai aimé, Litterature Anglo-saxonne, Polars, thrillers... | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
24.01.2008
PETITS ARRANGEMENTS AVEC L’INFAME – PATRICIA PARRY
Prenez :
- - un psychiatre divorcé, plein de charme, roulant en Porche
- - une ex-femme très belle, psychiatre également,
- - une députée extrémiste et médiatique
- - un jeune homme hanté par des rêves aussi incompréhensibles qu’effroyables
- - une jeune fille égorgée dans l’appartement familial
Ajoutez y trois morts mystérieuses survenues 250 ans auparavant, une histoire d’amour en ayant découlé, un philosophe du siècle des Lumières.
Saupoudrez le tout d’une pincée d’extrémisme religieux, arrosez de déchaînement médiatique, portez lentement à ébullition et vous obtiendrez un polar corsé, bien serré qui vous tiendra en haleine et vous ôtera toute velléité de dormir pendant quelques heures.
Après les Brûleurs de temps dans « L’ombre de Monfort », Patricia Parry revient ici avec un deuxième roman particulièrement réussi qui, je n’en doute pas, la fera entrer dans la cour des grandes auteures de romans policiers.
Dans « Petits arrangements avec l’infâme », elle utilise une affaire qui a mis en émoi le XVIIIème siècle : l’Affaire Callas, encore enseignée aux collégiens toulousains, dont Voltaire s'inspira pour écrire le Traité sur la Tolérance.
En la faisant habilement et contre toute attente resurgir au XXIème siècle, Patricia Parry imbrique judicieusement passé et présent qui se rejoignent dans un polar extrêmement bien ficelé, une intrigue captivante dont les fils se dénouent lentement et laissent leur poison se distiller au fil des pages jusqu’à un dénouement totalement inattendu.
Ce deuxième roman est encore plus abouti que le précédent, plus maîtrisé, plus pénétrant encore. Le style s’est affiné, aiguisé pour mieux maintenir le lecteur en haleine, lui offrir un héros plein de charme, un suspens obsédant et une intrigue moderne et palpitante.
Je ne doute pas que nous retrouverons bientôt le professeur Le Tellier, dont je vais attendre les prochaines aventures avec fébrilité et impatience!
L'avis de Stéphanie, qui, les grands esprits se rencontrant, fait son billet aujourd'hui-même!
L’avis de Fashion
Le blog de Patricia Parry
07:00 Publié dans J'ai aimé, Litterature Française, Polars, thrillers... | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note


