Paperblog : Les meilleurs actualités issues des blogs

25.06.2008

L’ANGE SUR LE TOIT - RUSSELL BANKS

ange.jpgAvec Russell Banks, nous sommes loin de l’Amérique clinquante et scintillante. Nous sommes loin des grandes villes et des fortunes, loin des nantis, loin des banlieues bourgeoises et calibrées, loin des analystes surpayés et des écoles privées hors de prix.

 

Les personnages de Russell Banks sont des gens simples, des Américains moyens, "de base". Les femmes essayent de s’en sortir, les enfants observent leurs parents sans illusions, les hommes boivent pour adoucir des journées sans espoir. On communique peu, ou plus, ou mal. On essaye de s'en sortir. Le quotidien a effiloché les vies, les relations.

 

Dans l’Ange sur le toit, nous suivons ces Américains là. Des personnages blessés, usés,  las, des hommes et des femmes qui vivent simplement. Avec leurs regrets, leurs blessures, leurs usures. Des personnages dont la vie peut prendre des chemins surprenants, inattendus.

 

Dans chaque nouvelle, c’est un moment qui dérape, un moment M où la fissure, la fêlure qui étaient présentes, lancinantes, souterraines, vont brusquement céder. Un événement anodin, et la vie prend un chemin inattendu. Une rencontre accidentelle, et le passé ressurgit, vous envahit. Un accident, un dérapage et un couple se défait, une enfant part sans se retourner, et ne reviendra pas. Le passé, les regrets, l’amertume, la nostalgie sont le fil conducteur de ces nouvelles, comme un constat amer, désabusé.

Comme toujours, le style de Russell Banks vous étreint le cœur. J’ai néanmoins été un peu moins touchée qu’avec l’autre recueil de nouvelles « Histoires de réussir ». (Dont l’une des nouvelles est reprise dans ce recueil, en guise de préambule).

 

Les avis de Cuné et Laurence.

13.06.2008

OUVRE TOI ! Recueil d’anthologie dirigé par Magali Duez

ouvre-toi.jpgQuand on dit « Ouvre toi », on peut s’adresser à n’importe quoi.

 

Une fichue boite de conserve qui refuse de céder à vos assauts affamés, une porte récalcitrante, une trousse à crayons indocile, une fermeture éclair réfractaire ; on rage, on râle, on rate, on rame, bref, l’injonction est là, sur le bord des lèvres, prête à sortir d’abord dignement, fermement puis rageusement.

 

Mais « Ouvre-toi » peut signifier plein d’autres choses, et ce recueil de nouvelles nous en donne des exemples tantôt édifiants, tantôt touchants, tantôt drolissimes.

Ouvre-toi, c’est le cri d’une enfant qui veut lire, et qui interpelle son livre. Son livre qui décide de faire grève, parce que la petite ne lit que par obligation, par obéissance, parce que sa maîtresse et ses parents l'y forcent. Le livre ne s’ouvrira que sur injonction du plaisir.

Ouvre-toi c’est le cri de ce soldat désespéré à son parachute, avant qu’il ne découvre que des gremlins facétieux ont décidé de se mêler d’une guerre absurde menée par les humains (cette nouvelle est excellente !)

Ouvre-toi, c’est le cri de cette enfant autiste, qui ne peut sortir de son enfermement, cloîtrée en elle-même, blindée, sécurisée, cadenassée.

Ouvre-toi, c’est le cri de ce paysan, fermé aux autres, asocial, frustré, méfiant, c’est le cri de cette autre enfant dont la vie est contrôlée, réglée, minutée par ses appareils domestiques robotisés robotisants dans une société futuriste, c’est le cri de rage de Jassim Ibn Menollh, le chef des 40 voleurs, qui découvrira peu à peu une autre voie, plus sage, plus solitaire (quel plaisir !) ou celui, hilarant, désopilant, de Dieu, qui discute avec une de ses plus fidèles… fidèles !

Ouvre-toi, c’est le cri par lequel commencent toutes ces nouvelles. La solitude, la maladie, la mort, la drogue, l’oubli, tous ses personnages se heurtent à leurs propres cloisons, leurs propres peurs et tous supplient leurs portes de s’ouvrir. On y parle de haine, de quête, de peur, on sourit, on s’interroge… Il y a dans ce recueil des petites perles qui sont ma foi très prometteuses. D’autres m’ont moins touchée, d’autres m’ont amusée, certaines m’ont transportée.

A lire au compte goutte, en prenant son temps, nouvelle par nouvelle, pour faire durer le plaisir.

 

 

 

Les avis de Flo, de Chimère, de Chiffonette

19.05.2008

LA CHAMBRE D’ALBERT CAMUS ET AUTRES NOUVELLES – RON L’INFIRMIER

1763588436.jpgBon. Allons droit au but et ne mâchons pas nos mots.

J’ai adoré ce livre.

Vraiment.

Pourquoi étais-je passé à côté ? Est-ce le titre, la couverture, le pseudo qui m’avaient tenue éloignée de ce bijou, de ce condensé d’humanité ? Je ne sais, et ne chercherai pas à savoir, ignorante que j'étais. L’essentiel est que je l’ai –enfin – lu.

Et, si vous ne l’avez pas encore découvert, je vous conseille vivement de vous jeter dessus. Pour un peu, je dirais presque « satisfait ou remboursé ».

Ceci étant dit, essayons un peu d’étayer le propos.

Ron est infirmier. Il a exercé en libéral, en salarié de grosses entreprises ou dans des maisons de repos, de retraite, en hôpital. De ses expériences et souvenirs, il a composé un recueil de nouvelles, très courtes et plutôt nombreuses (il y en a 43).

Tout con ? Facile ? Pas neuf, me direz vous ? Ouais. On pourrait dire ça. Sauf que Ron, d’abord, écrit fichtrement bien. Bien dans le sens où il va droit au but, il ne se perd pas dans des déambulations ampoulées pleines de pathos, de condescendance et dégoulinant de compassion. C’est du langage « j’écris comme je te parle » et parfois ça fait pointer une larme, parfois ça vous saute à la gorge et vous en prenez plein la tronche.

Parce que ce qu’il raconte, Ron,  c’est le quotidien, fait de petits riens et de grands beaucoup d’un infirmier. Ce qu’il voit, ce qu’il entend, ce qu’il constate.

Que ce soit la douleur, la dépendance d’une fin de vie, la souffrance physique qui fait mal et la souffrance morale qui ricane et qui dit à l’autre, la physique, « eh eh, t’es foutu, mon coco !! », que ce soit l’absurdité, la connerie monumentale que Ron a croisé chez certains médecins / patrons / collègues, que ce soit la mégalomanie, le cynisme des valeurs « CAC40mg de Xanax pour tenir le coup des cadres stressés », ou celles de notre société « chacun pour soi et que le meilleur gagne », toutes ces nouvelles vous saisissent, vous émeuvent, vous révulsent parfois, mais vous lisez, vous lisez, vous respirez un peu pour digérer et vous revenez, parce que la moelle de ces vies qu'il raconte, vous en voulez encore, et encore.

Et vous vous dites que ça, c’est un témoignage, un vrai. Rassurez vous, il y a de l’humour aussi, parce que Ron, il sait prendre la distance nécessaire pour affronter la maladie, la mort, la déchéance et aussi la crasse morale qu’on peut croiser dans ce métier. Il sait que l'humour peut, si ce n’est sauver, au moins adoucir la souffrance, atténuer le sordide.

Ouais, c’est bien, donc. Franchement bien. Vraiment bien.

D’ailleurs, et parce que vous le valez bien, j’ai pris la peine d’aller vérifier sur Amazon. Il y a en 6 neufs ou d'occasion (ou plutôt 5 car j'en ai commandé un pour l'offrir).

Voici le lien : ici ! Et ne me remerciez pas, je le fais pour vous.

 

Les avis de Laure, Cuné (merci pour le prêt !) et Tamara.

15.05.2008

HISTOIRE DE REUSSIR – RUSSELL BANKS

1985041505.2.jpgVous ai-je déjà dit que j’aime Russell Banks ? Oui, quand j’ai parlé de « De beaux lendemains » ? De façon plus mitigée avec « La réserve » ?

 

 

OK. J’avoue, son dernier roman m’a laissée sur ma faim. Mais je sentais bien qu’entre lui et moi, il y a avait quelque chose. Ce petit truc qui fait que vous sentez, que vous devinez, qu’un auteur va vous embarquer dans ses mots, dans ses histoires, dans ses récits, et que vous n’aurez cesse d’en lire davantage.

 

 

Troisième essai, donc et avantage Banks.

 

 

"Histoire de réussir" est un recueil de neuf nouvelles. Dans la plupart d’entre elles nous retrouvons les mêmes personnages, à quelques années d’écart.

 

 

Tout commence par le récit de Earl, 12 ans. Son père est parti, abandonnant femme et enfants et les laissant de débrouiller avec leur misère et leurs problèmes. Earl, devenu l’homme de la famille, inscrit sa mère à Reine d’un jour, une émission de télévision où des femmes viennent plaider leur cause, leur détresse, leur dénuement et les soumettre à l’applaudimètre du public. La malheureuse la plus applaudie gagnera un lave-vaisselle, ou un réfrigérateur…

 

 

Voilà le rêve américain, le rêve d’une Amérique profonde, pauvre et les chimères auxquelles elle s’accroche et qui sont ses seuls repères.

 

 

Au fil des nouvelles, nous suivrons Earl, qui tente d’échapper à l’échec social promis par son milieu, sa famille et sa culture.

 

Il y a les mensonges, que l’on se raconte et raconte à ses enfants pour embellir le quotidien et remodeler inconsciemment son passé, en édulcorer le sordide. Il y a les ambitions déçues, les illusions perdues d’un gamin admis à l’Ivy League mais qui ne peut se fondre dans le moule trop lisse et rutilant pour qu’il y  trouve sa place. Il y a le renoncement d’une population à croire en la justice et qui érige en héros quelques justiciers qui deviendront bourreaux à leur tour, en toute impunité. Il y a des mariages ratés, rongés par le quotidien, des échecs involontaires, des innocences qui cèdent la place au fatalisme et la résignation.

 

 

Quelques nouvelles sont sans rapport avec Earl et sa famille. Mais n’en sont pas moins riches de contenu, brillantes. « Le poisson » est une nouvelle étonnante, truculente, sur la capacité qu’ont les hommes à détruire eux même leurs propres ressources, briser eux-mêmes leurs propres rêves. « Histoires d’enfants » est un récit acerbe sur les rapports parents-enfants, constat amer et lucide de la déchéance et la chute des valeurs morales et familiales.

 

 

Alcool, adultère, échecs, misère, solitude. Peut-on s’en sortir ? A quel prix ? Il me serait difficile de dire quel constat en tirer. Oui, on peut essayer de se construire une vie, un avenir, un futur différent. Mais les séquelles sont trop importantes pour en être à jamais libéré.

 

 

J’en redemande, donc.

 

Cuné l'a lu.

17.01.2008

EXISTE EN CIEL – CHRISTINE SPADACCINI

885f9c373f11cc7626e98da868ac4157.jpgChristine Spadaccini est passée ici la semaine dernière, suite à ma conversation avec Clarabel. Intriguée, curieuse je me suis rendue sur son blog.

 

Belle lecture, beaux billets ; Existe en ciel ? Aussitôt aperçu, aussitôt recherché, je trouve son livre chez l’ami amazon et le commande illico, en me disant que, bloggueuse ou pas, talent ou pas, ma critique serait de toute façon objective. Et elle le sera.

 

Nous voilà donc plongés dans un petit recueil de nouvelles. 13 nouvelles exactement.

 

Au tout début, c’est joli, mignon, pas mal.

Ouais, elle écrit bien, la Kiki , mais est-ce assez pour terminer le recueil sans se lasser ? Elle a l’air bien gentil, la Mémé Noska de la première nouvelle, mais bon, les bons-sentiments-la-jolie-nostalgie-la-photo-qui-me-rappelle-ma-mémé et tout et tout, pas de quoi en faire un roman, quand même ! Va peut-être falloir passer à la vitesse supérieure, si elle veut pas que je classe le bouquin dans les « à terminer un jour ou l’autre ».

 

Et puis vlan. Voilà t-y pas qu’elle te fiche une claque, la Kiki  ? Qu’elle t’envoie bouler dans une purée de sale histoire qui te retourne le cœur, qui te chamboule les tripes et t’arrache presque des larmes !

 

Me serais-je trompée ? Les phrases qui se marrent, les jeux de jolis mots, les sourires coquins cacheraient ils un truc bien plus profond ? Pas besoin de gratter pour trouver la noirceur des personnages, les douleurs, les blessures, les successions d’événements banals qui transforment des pans de vie en pannes de vie, pas besoin de gratter, non.

 

La Kiki , au détour d’une phrase, elle te file un putain de revers à chaque fois, la vache, que t’en reviens pas !

 

V’là-t-y pas qu’elle te dégoute de la crème catalane ad vitam aeternam tout en te ligotant d’un ton badin, tout en t’emberlificotant dans un melting pot d’humour, de tendresse, avec ses mots espiègles, ses mots-mélange, ses mots-couteaux !

 

V’là-t-y pas qu’elle te balance une « élection pestilentielle » où la « star is borgne », qu’elle te fait croire que les ânes du village ont bu la lune, ouais, t'as bien lu, à ta santé, va ! Même que tu feras plus l’amour devant un miroir sans penser à Ruth, même qu’avant de foutre le feu au paillasson t’y réfléchiras à deux fois !

 

On s'y perd un peu, on s'y retrouve, on fait un pause pour souffler parce que ça arrache, puis on y retourne, encore tout retourné.

 

Parce qu’en dessous des mots se cachent des trésors de réflexions, des extraits d’humanité salement inhumaine, et qu'en dessous de ces extraits d'humanité salement inhumaine il y a justement une grande humanité. Celle de Kiki.

 

D'ailleurs Kiki, tu m’énerves ! J’ai des choses à faire, moi, cet après-midi ! Pourquoi je l’ai commencé ton bouquin ? Pourquoi tu m’as chopée-même-que-je-veux-plus-m’arrêter-maintenant ? Ras le bol des écrivains kidnappeurs !

 

Bon, pour te faire pardonner, je veux bien que tu m’offres « Aïe love you », ton premier roman. Oh et puis non, ne me l’offre pas, j’irai l’acheter, ça te fera des droits d’auteurs ! Parce que tu le vaux bien !

 

Existe en ciel, Christine Spadaccini – Editions [MiC-MaC], 170 p

Clarabel est aussi maso que moi (mais bien plus polie quand elle écrit) !

Le blog de Christine Spadaccini (Kiki)

ps : en plus elle me rend vulgaire, la Kiki, j'avais jamais dit autant de gros mots !!! Désolée (en fait, non, mais bon...)