04.03.2010
La vengeance du wombat et autres histoires du bush – Kenneth Cook
Les obsédés des rides d’expression en seront tout déconfits, ce n’est pas en lisant les nouvelles de Kenneth Cook que l’on pourra les
éviter. Bien au contraire, et tant pis pour ces affreuses petites ridules qui pourraient venir nous balafrer, les quatorze histoires que nous narre cet écrivain en goguette dans le bush australien sont souvent désopilantes, un brin invraisemblables parfois, vous mettent le sourire aux lèvres, et plus souvent qu’à leur tour.
Notre écrivain, donc, est en goguette dans le bush australien : légèrement enrobé, plus poltron qu’il ne l’admet devant les chercheurs d’opales, les chasseurs de crocodiles ou de requin, pas intrépide pour deux sous, il a l’art de décrocher la timbale au fil de ses rencontres improbables. Des wombats vindicatifs et pas contents d’être dérangés dans leurs pierres tombales (on le serait à moins, ceci dit, non ? franchement...) un quokka intoxiqué au gorgonzola, un koala pour le moins explosif, voilà notre bonhomme agrippé au ventre d’un kangourou bondissant ou écoutant l’histoire de l’homme qui voulait castrer un cochon… (évitez de le faire, croyez moi, ça pourrait mettre la bête en colère et se retourner contre vous).
De l’humour, du n’importe quoi parfois, un style détaché, comme si ces aventures étaient somme toute normales, Kenneth Cook m’a parfois fait penser à Bill Bryson : avec son air de ne pas y toucher, ses anecdotes aussi étonnantes qu’hilarantes, il arrache quelques gloussements, des éclats de rires aussi, et vous met de bonne humeur pour quelques heures.
Rien que ça, ça mérite le détour.
« Nous installâmes notre camps au crépuscule dans un coin de forêt morte, en lisière des marais, et nous préparâmes un repas typique du bush : huîtres (en conserve), filet de steak cuit à point, salade, fromage et caviar, accompagnés par une ou deux bouteilles de Jacob’s Creek. »
La vengeance du wombat et autres histoires du bush – Kenneth Cook
Littératures autrement, février 2010, 158 pages
Les avis de Cathulu, Cathe et Dasola, LVE, des libraires de Mollat, Michel, Dominique, tous sous le charme.
21.02.2010
LES AMOURS DE LOLA – AMANDA EYRE WARD
« J’ai presque oublié qui je voulais devenir. »
Ce sont des jeunes femmes qui sont au centre des douze nouvelles du recueil* d’Amanda Eyre Ward : des jeunes femmes américaines, plus ou moins trentenaires, blanches, toutes au seuil de la maternité : l’une refuse de procréer par peur d’une
attaque chimique sur les Etats Unis (« Dois-je avoir peur ? »), l’autre vient de perdre son bébé (« Les étoiles brillent au Texas), une autre tente désespérément d’être enceinte (« Shakespeare.com »). Le ton d’Amanda Eyre Ward est juste, elle raconte simplement le quotidien de ces jeunes américaines en proie au doute, qui ont peur de s’engager, que ce soit dans l’amour ou la maternité. J'ai trouvé les six premières nouvelles moins réussies que les six dernières, elles m’ont moins touchée (avec une exception pour la nouvelle « Sur le lac Messalonksee », où Lizzy, jeune ballerine, renonce à sa carrière pour se consacrer à son enfant : rêves brisés volontairement mais frustration certaine et impuissance de son mari à la rendre heureuse).
L’histoire de Lola, elle, nous est racontée à travers six autres nouvelles, toutes saisissant une brève période de sa vie : du mariage de son petit ami avec Miss Montana, d’un aparté sur les parents de Lola (« Nan et Claude », émouvante et très juste), au mariage de Lola, sa vie d’expatriée en Arabie Saoudite, sa maternité, enfin, et son retour aux Etats-Unis. C’est à travers ces nouvelles là, ces instantannés esquissés avec finesse, que je retrouve avec plaisir la plume sincère et toujours juste d’Amanda Eyre Ward. En capturant des brefs moments d’intimité, en soulevant quelques pans de vie, Amanda Eyre Ward réussit à livrer tous les doutes, les interrogations lancinantes ou les regrets qui hantent l’esprit de ces jeunes femmes.
Quelle est l’importance des rêves d’enfances, comment se réaliser, comment ne pas devenir ce dont on a peur, comment ne pas renoncer à ses rêves ou à soi-même ? Avec des nouvelles elliptiques qui éclairent quelques tranches de vie pour les replonger dans l'anonymat d'une vie qui s'écoule, Amanda Eyre Ward trace le portrait de femmes ordinaires et universelles, des femmes qui doutent, qui hésitent, renoncent pour mieux revenir, plus tard, à leurs désirs. Ou pas.
* Je trouve que les titres tant français qu'originaux (Love stories in this little town) sont peu évocateurs de l'intérieur du recueil. L'éditeur français aurait hésité, d'après mon libraire, avec "Les incertitudes de Lola". Pas mieux, à mon avis.
Les amours de Loloa, Amanda Eyre Ward
Buchet Chastel, février 2010, 178 pages
06:05 Publié dans Litterature Anglo-saxonne, Nouvelles, Rentrée littéraire janvier 2010 | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note | Tags : nouvelles, amanda eyre ward, choix de vie, maternité
11.02.2010
LA DIAGONALE DU TRAITRE – HERVE HAMON
Traître : dangereux, déloyal, déserteur, espion, félon, fourbe, infidèle, judas, lâche, mouchard, parjure, perfide, renégat,
sournois, transfuge, trompeur, vendu. (source l’internaute)
Il y a plusieurs sortes de traîtrise, donc, au vu des synonymes que l’on trouve au mot traître. Plusieurs sortes, plusieurs façons, plus ou moins délibérées, plus ou moins malintentionnées, de trahir. La jeune interne qui tient tête au Grand Professeur, l’espion qui joue l’agent double devant un autre agent double (doublera bien qui doublera le dernier), le scénariste qui refuse de concéder quoique ce soit, l’amie qui vole la vedette sans l’avoir voulu, le politique (bien sûr, le politique, tellement vrai) et tant d’autres.
Des petites trahisons, des espérances déçues, des trajectoires déchues, il y a dans les douze nouvelles de Hervé Hamon des petites tranches de vies et des instants fugaces, des trahisons éphémères comme des plus violentes, plus latentes, plus vicelardes, celles qui abîment, qui vous bouffent et vous salissent, et puis celles qui sauvent, aussi. Il est talentueux, ce Hervé Hamon, talentueux parce qu’en racontant ces douze petites histoires, presque anecdotiques pour certaines, il maîtrise parfaitement l’art de faire frissonner (la dernière nouvelle « Un Judas pareil » est tout bonnement formidable) et de brosser l’âme humaine avec une sacrée finesse. Et puis, face aux traîtres, il y a les faux amis, ceux qui campent sur leurs positions, leurs acquis, leurs convictions. Ceux qui ne dérogent pas à la règle et n’en trahissent pas moins les autres. Ceux qui confondent fidélité et lâcheté, ceux qui mélangent conviction et compromission, ceux qui ne trahissent pas, soit disant. Tu parles…
La diagonale du traître, Hervé Hamon
Editions Diagonales, janvier 2010, 172 pages
Merci à Cuné pour le prêt J
06:11 Publié dans Litterature Française, Nouvelles, Rentrée littéraire janvier 2010 | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : nouvelles, trahison, lâchetés, faiblesses
29.10.2009
BREVES ENFANCES – SYLVIE BOURGEOIS
Voilà trente-quatre nouvelles qui nous sont racontées par des enfants. Des enfants grandis trop tôt, des enfants abîmés,
étonnés, qui observent les adultes et ce monde si bizarre où maman est en prison, papa embrasse la voisine ou la boulangère est morte d’avoir voulu tuer son bébé dans son ventre.
Effet mitigé, pour l’ensemble du recueil : si les premières nouvelles recèlent de vrais moments d’innocence et reflètent ces moments fragiles où la candeur commence à céder face à la réalité (Mon papa est curé, Prison, Daniel), l’ensemble est touchant, certes, par moment, mais m’a paru un peu redondant et répétitif. Est-ce dû au fait que certains personnages reviennent dans plusieurs nouvelles, mais avec finalement très peu d’évolution ? (Je pense notamment à « Sylvette » qui revient plusieurs fois, où une petite fille est déchirée depuis le divorce de ses parents : dans les trois histoires, nous avons à faire à une mère détestant la nouvelle femme de son père et essayant d’influencer sa fille).
Un recueil pas désagréable, mais qui ne m’aura pas suffisamment touchée.
Vous pourrez lire une des nouvelles (« Basquiat ») sur le blog de Sylvie Bourgeois.
Brèves enfances, Sylvie Bourgeois
Au diable vauvert, 236 pages, octobre 2009

06:04 Publié dans Litterature Française, Nouvelles, Rentrée littéraire Automne 2009 | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : perte d'innoncence, enfance, nouvelles, sylvie bourgeois
12.06.2009
LES INSUPPORTABLES - S. Ortoli, M. Eltchaninoff
Voilà bien un livre dont la quatrième de couverture n’est pas représentative du contenu. A la lire, je m’attendais à une série de portraits vitriolés, drôles, caustiques dressés à partir de personnages que l’on aimerait moquer en se disant que oui, on leur ressemble parfois.
Eh bien non. Contrairement à ce que la couverture et l’accroche laissent à supposer, ces portraits ne sont pas drôles.
Ils ne sont pas drôles, non ; ceci dit, pas forcément mauvais (si l’on exclut quelques chroniques qui dégomment les bourgeoises avec leur super poussette à burberrrybaby ou le pseudo pote qui analyse tout ce qui a le malheur de lui parler, et manquent d’originalité).
Ces portraits, je les ai trouvés acides et affûtés. Et ce qu’ils montrent, ce ne sont pas des petits travers et des gros égoïsmes, mais des solitudes, des gens pétris de certitudes acerbes et de solitudes mal digérées. Parce que les cons sont souvent
malheureux.
Tous ces mal dégrossis, ces esseulés, ces râleurs, ces tartuffes ne m’ont pas fait rire et m’ont plutôt apitoyée. La pauvre cégétiste qui se démène pour défendre toutes les causes qui passent par là, histoire de s'occuper et de ne plus être seule, le yuppie qui se fait lourder et tente de faire croire qu’il est toujours de la course ou le faux humanitaire qui n’a rien d’humain composent un inventaire de petitesses et de mesquineries salaces que l’on peut trouver partout, certes, mais qui sont finalement tristes et pitoyables. Pour lier le tout, on retrouve régulièrement des personnages croisés dans une chronique précédente. Ca s’enchaîne, ça se lit sans déplaisir, mais je n’ai pas trouvé ça drôle. Au contraire : amer, lucide et triste.
La quatrième de couverture, ici : Vous avez croisé leur chemin. Si, si. Souvenez-vous: la reine du monde qui prend sa poussette pour un panzer, le névrose free que douze ans (déjà) de psy ont (enfin) rendu libre..., l'autosexuel, vrai narcisse de la galipette, le petit inquisiteur spécialisé dans le biologiquement correct, le dieu du sperme au secours des couples en mal d'enfant... Et bien d'autres caractères de notre drôle de monde, entre enterrement de vie de jeune fille trash et dîner raté, club de vacances et rencontres en TGV: narcissiques, frustrés, infantiles ou pathétiques, ils sont comme ils sont: nos semblables, nos frères. Et ta sœur? Elle aussi.
Et ma sœur, donc ? Pas du tout.
Les insupportables, Sven Ortoli, Michel Eltchaninoff
Seuil, 236 pages, mars 2009
Lu dans le cadre de l'opération Babelio
06:49 Publié dans Litterature Française, Nouvelles | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : frustrations, humour, noirceur
20.05.2009
LE GOÛT ÂPRE DES KAKIS – ZOYÂ PIRZÂD
Kaki n.m : Fruit du plaqueminier, jaune oranger, à pulpe molle et sucrée (Larousse).
La plume de Zoyâ Pirzâd est comme un kaki : colorée, toute en douceur et en saveur. Jamais molle, elle coule avec limpidité, sans effets de style superflus ni fadeur.
C’est une jolie découverte que cette auteure, dont j’avais entendu parler ici ou là, sans jamais avoir pris la peine d’ouvrir ses précédents ouvrages. C’est chose faite avec « Le goût âpre des kakis », recueil de cinq nouvelles dans lesquelles Zoyâ Pirzâd dresse quelques tableaux de vie, quelques portraits de femmes (mais aussi d'hommes) dans la société iranienne contemporaine.
Que ce soit par la hantise des tâches chez une jeune femme qui s’acharne à effacer, nettoyer, laver, astiquer, frotter, lessiver, qui oublie dans son obsession son mariage malheureux ("Les tâches", au style très économique, presque télégraphique, où les scènes se succèdent sans superflu, comme la solitude que ressent la jeune femme), que ce soit dans un appartement, qu’une jeune femme vend et que l’autre achète (l’une est ne supporte pas le poids et l’assujettissement à un mari maniaque et traditionaliste, l’autre au contraire est une femme d’intérieur accomplie, mais toutes deux sont amères et désabusées par leurs vies ("L’appartement")), chacune de ces nouvelles propose un portrait bref mais saisissant d’une société iranienne moderne (les femmes travaillent, fument, divorcent) où les traditions sont encore omniprésentes, parfois lourdes, parfois pleines de grâce (hospitalité, politesse, respect). Une jeune femme dévouée mariée à un artiste insaisissable (« Le père Lachaise), un jeune employé humble qui observe son patron marié à une mégère (« L’harmonica ») ou la solitude d’une femme que le destin a privée d’enfant (Le goût âpre des kakis ») complètent ces petits tableaux et en font une mosaïque réaliste et pleine de tendresse pour ces pans de vies iraniennes.
Des hommes et des femmes, heureux ou malheureux, une culture exquise, de frustrations et des désirs, des solitudes et des familles unies, un très joli recueil, qui se lit avec plaisir.
Naina en parle aussi.
Le Goût âpre des kakis, Zoyâ Pirzâd
Zulma, 219 pages, mai 2009
L’avis de Pagesapages.
06:29 Publié dans Littérature Iranienne, Afghanne, Pakistannaise, Nouvelles | Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note | Tags : femme, mariage, traditions, iran, kakis, modernité, solitude
15.05.2009
ONZE HISTOIRES DE SOLITUDE – RICHARD YATES
Onze histoires de solitudes, onze histoires de tristesse ou d’isolement, onze façons d’être délaissé, sur la carreau d’une société ou de s’enfermer sur soi, Richard Yates promène dans ces nouvelles son regard attendri et lucide sur la middle-classe américaine des années 50-60.
Ce sont onze solitudes que nous propose ces petites histoires douces amères. Des histoires d’enfance : un petit garçon dans une nouvelle école, isolé par ses camarades parce que différent, qui souffre de la cruauté involontaire des autres enfants (« Docteur Jeu de Quilles », pleine de tendresse), des petites jalousies et envies dans une autre école, pour une maîtresse plus jolie, plus enviée, mâtinées de honte et de petites lâchetés enfantines (« Une petite fête pour Noël »).
Des histoires de femmes : la honte et la douleur d’une jeune femme, condamnée à rendre visite à son mari tuberculeux une fois par semaine, qui voit sa jeunesse lui filer entre les doigts et culpabilise de tromper ce mari devenu un poids (« Absolument sans douleur »)
Des histoires de couple : un jeune couple qui se marie par conformisme et tait cette petite voix moqueuse qui lui susurre de ne pas le faire (« Tout le bonheur du monde »).
Et puis il y a des hommes, jeunes ou vieux, prêts à bêler avec des idiots pour ne pas rester seuls, dépendants du regard d’autrui, empêtrés dans leurs illusions, qui laissent exploser leurs frustrations ou leurs colères (« Le mitrailleur » « Un pianiste de jazz formidable ») d’autres hommes enfermés dans leurs convictions, emplis de certitudes, sourds aux conseils des autres (« Contre le requins », « Les bâtisseurs » (certainement ma préférée)), des vieux malades qui unissent leurs solitudes dans un hôpital (« Fini l’an ‘ieux, ‘ive l’an neuf », très réussie).
Bref, des êtres maladroits, tristes, amers, des laissés pour compte ou des loosers, des personnages ordinaires, avec leurs failles et leurs désirs de réussir, de rentrer dans la norme. Ce recueil est différent de « la fenêtre panoramique », les sentiments et frustrations n’y sont pas finement distillées et décomposés. Ici, onze fenêtres s’entrouvrent et se referment sur des pans de vie américains.
Onze histoires de solitude, Richard Yates
Pavillon poche, 364 pages – Mai 2009
Pour les anglophones, les curieux, les patients (40 mn) Richard Yates lit ici la nouvelle « The best of everything » (tout le bonheur du monde) (cliquez sur Audio of Yates reading « the best of everything »).
07:05 Publié dans Litterature Anglo-saxonne, Nouvelles | Lien permanent | Commentaires (23) | Envoyer cette note | Tags : richard yates, solitude, conformisme, middle class américaine, mariage, enfance, envie, nouvelles
14.01.2009
VOLEURS A LA DOUZAINE – DONALD WESTLAKE
Un personnage de roman peut il devenir l’ami de l’écrivain qui l’a créé, inventé, fait naître et vivre sous sa plume ? En tous cas,
Donald Westlake aime John Dortmunder. Ils se sont connus en 1967, alors que Donald Westlake sévissait sous le pseudonyme de Richard Stark. Et frayait souvent en compagnie d’un dénommé Parker, héros récurrent de ses romans. Parker « refusa le rôle que [Stark/Westlake] lui avait trouvé »… Westlake lui trouva donc un remplaçant et ainsi naquit John Archibald Dortmunder.
06:53 Publié dans Litterature Anglo-saxonne, Nouvelles, Romans Noirs, Polars, thrillers... | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note
21.12.2008
Si tu manges un citron sans faire de grimaces – Sergi Pàmies
Nous sommes tous les héros potentiels d’un recueil de nouvelles. Nous, et les autres. Les héros du quotidien, les héros des jours qui passent, qui se ressemblent ou pas. Ici, pas de super-héros, ou de super-aventure. 
On y croise un homme-sans-histoires qui meurt et s’aperçoit qu’au final sa famille est bien plus heureuse sans lui, des parents modèles qui découvrent que leur fille modèle veut tellement ressembler aux ados modèles qu’elle les supplie de divorcer (et ils le feront), un homme seul qui envoie des enveloppes vides à des inconnus.
On y croise un auteur qui s’interroge sur la mort, un auteur qui se demande pourquoi cette femme couche avec lui, un bonhomme qui n’aime pas ses voisins mais se demande pourquoi ils ne l’aiment pas…
Des héros du quotidien, donc, des gens banals, des personnes sans histoire, ou si peu, ou si peu intéressantes. Voilà que ce raconte Sergi Pàmies, avec un humour doux amer, avec le recul et la maturité de celui qui observe et ne juge pas, qui éclaire simplement le temps d’un instant des instantanés de vie, qui entrouvre des portes et les referme, le tout avec un joli talent de conteur.
Un tout petit livre, qui se déguste rapidement, s’oubliera peut-être aussi rapidement, mais nous fait passer un très agréable moment.
Si tu manges un citron sans faire de grimaces, Sergi Pàmies – Editions Jacqueline Chambon (ed.associés Actes Sud) 120 pages
06:45 Publié dans Littérature Espagnole, Nouvelles, Rentrée Littéraire automne 2008 | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note
13.11.2008
LA SEQUESTREE – CHARLOTTE PERKINS GILMAN
Une jeune femme, jeune maman dépressive, se voit cloîtrée dans une chambre par son médecin de mari. Seul remède préconisé : le repos, l’isolement, l’absence de toute activité créatrice susceptible de favoriser l’apparition d’idées nocives et de pensées destructrices. Dans une maison louée à la campagne, la jeune femme s’enferme dans sa chambre et se noie dans l’observation du papier peint…
Une très courte nouvelle (49) pages, absolument édifiante sur les conditions et les soins apportés aux femmes dites « hystériques » à la fin du 19ème siècle. L’isolement préconisé et chaudement recommandé par un médecin obtus (en l’occurrence son mari tout à fait incapable de gérer la dépression de sa femme) conduit la jeune femme à s’enfermer dans ses pensées, les laisser dériver et, peu à peu, s’enliser dans la contemplation du papier peint.
Papier peint dont les motifs la fascinent et la dérangent.
Elle y voit une autre femme qui rampe et semble vouloir s’échapper. Ce processus de miroir imaginaire est clairement l’image inconsciente que la jeune femme a d’elle-même : une victime, tentant d’échapper à ses bourreaux, enfermée dans un système de conventions rigides et hors d’âge. Condamnée à l’enfermement vivant, contrainte de subir une annihilation forcée et pourtant admise (elle accepte ce traitement, convaincue qu’obéir à son mari est une chose normale, saine, raisonnable), la jeune femme s’enfonce lentement dans une spirale nébuleuse, toute clairvoyance disparaît en elle et la folie, doucement, sûrement, s’installe et annihile toute capacité de jugement ou clairvoyance chez la jeune femme.
De liseré en entrelacement de motifs jaunes, le papier peint absorbe la jeune femme, l’attire, l’envoûte, l’ensorcelle et la fait définitivement sombrer. Edifiant.
La lecture post-face de Claire de Margerie est indissociable de la lecture du livre. Elle apporte un éclairage passionnant sur la vie de Charlotte Perkins Gilman (elle-même victime d’une dépression post-natale et contrainte à l’enfermement par un époux aveuglé par des principes de médecine obscurantiste).
La séquestrée, Charlotte Perkins Gilman - Phébus Libbretto, 98 pages
06:38 Publié dans Litterature Anglo-saxonne, Nouvelles | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : depression, enfermement, psychiatrie hors d'âge





