12.06.2009

LES INSUPPORTABLES - S. Ortoli, M. Eltchaninoff

Voilà bien un livre dont la quatrième de couverture n’est pas représentative du contenu. A la lire, je m’attendais à une série de portraits vitriolés, drôles, caustiques dressés à partir de personnages que l’on aimerait moquer en se disant que oui, on leur ressemble parfois.

 

Eh bien non. Contrairement à ce que la couverture et l’accroche laissent à supposer, ces portraits ne sont pas drôles.

 

Ils ne sont pas drôles, non ; ceci dit, pas forcément mauvais (si l’on exclut quelques chroniques qui dégomment les bourgeoises avec leur super poussette à burberrrybaby ou le pseudo pote qui analyse tout ce qui a le malheur de lui parler, et manquent d’originalité).

 

Ces portraits, je les ai trouvés acides et affûtés. Et ce qu’ils montrent, ce ne sont pas des petits travers et des gros égoïsmes, mais des solitudes, des gens pétris de certitudes acerbes et de solitudes mal digérées. Parce que les cons sont souvent ortoli.jpgmalheureux.

 

Tous ces mal dégrossis, ces esseulés, ces râleurs, ces tartuffes ne m’ont pas fait rire et m’ont plutôt apitoyée. La pauvre cégétiste qui se démène pour défendre toutes les causes qui passent par là, histoire de s'occuper et de ne plus être seule, le yuppie qui se fait lourder et tente de faire croire qu’il est toujours de la course ou le faux humanitaire qui n’a rien d’humain composent un inventaire de petitesses et de mesquineries salaces que l’on peut trouver partout, certes, mais qui sont finalement tristes et pitoyables. Pour lier le tout, on retrouve régulièrement des personnages croisés dans une chronique précédente. Ca s’enchaîne, ça se lit sans déplaisir, mais je n’ai pas trouvé ça drôle. Au contraire : amer, lucide et triste.

 

 

La quatrième de couverture, ici : Vous avez croisé leur chemin. Si, si. Souvenez-vous: la reine du monde qui prend sa poussette pour un panzer, le névrose free que douze ans (déjà) de psy ont (enfin) rendu libre..., l'autosexuel, vrai narcisse de la galipette, le petit inquisiteur spécialisé dans le biologiquement correct, le dieu du sperme au secours des couples en mal d'enfant... Et bien d'autres caractères de notre drôle de monde, entre enterrement de vie de jeune fille trash et dîner raté, club de vacances et rencontres en TGV: narcissiques, frustrés, infantiles ou pathétiques, ils sont comme ils sont: nos semblables, nos frères. Et ta sœur? Elle aussi.

 

 

Et ma sœur, donc ? Pas du tout.

 

 

 

Les insupportables, Sven Ortoli, Michel Eltchaninoff

Seuil, 236 pages, mars 2009

 

Lu dans le cadre de l'opération Babeliobabelio.gif

 

02.05.2009

LA PARTITA – ALBERTO ONGARO

Francesco Sacredo revient à Venise après quelques mois d’exil à Corfou. En ce dix-huitième siècle, le jeune Francesco se fait fort de rentrer à la Sérénissime en seigneur. Or, il apprend que son père a dilapidé son immense fortune au jeu contre Mathilde von la partita.jpgWallenstein. Ivre de rage et de rancœur, le jeune arrogant accepte le marché que lui propose la comtesse : ils joueront tous deux une dernière partie. S’il gagne, il récupère la totalité des biens perdus par son père ; s’il perd, il appartiendra lui-même, corps et âme, à la comtesse. Le jeune coq perd et prend la fuite.

 

La langue est surannée, agréable, elle respire le dix-huitième siècle et entraîne le lecteur à Venise, Padoue, Parme. Le libertinage est roi, le plaisir et le jeu sont les principales occupations de l’aristocratie.

 

Pour autant, j’ai suivi cette fuite à travers l’Italie avec peu d’entrain. Totalement paranoïaque, le jeune homme frappe à toutes les portes, persuadé que les sbires de la comtesse sont tapis dans l’ombre. Une succession de femmes succomberont à son charme, les maladies sexuellement transmissibles deviendront des armes de vengeance ; malgré tout, les personnages ne m’ont pas touchée et n’ont pas réussi à égayer mon ennui.

 

Une jolie langue, une Italie vénéneuse, qui ne réussissent pas à me convaincre, je lâche l'affaire page 200.

 

 

La partita, Alberto Ongaro – Anacharsis, 299 pages

 

15.04.2009

L’ARBRE D’EBENE – FADELA HEBBADJ

Nasser a six ans quand lui et sa mère quittent le Mali pour entrer clandestinement en France. Le voyage en pirogue, les squats, hebbadj.jpgles traques de la police, les expulsions, Nasser raconte, avec ses mots d’enfant qui apprend à lire, à écrire, à s’émanciper, se libérer et grandir, quelques années de sa vie.

 

Voilà un roman dont le fond est profond, sincère, juste, mais auquel je suis restée hermétique. Le style est un parler naïf, souvent parsemé de réflexions d’adulte (même si Nasser ne peut que mûrir beaucoup plus vite dans des conditions difficiles, elles m’ont semblé sonner faux). L’histoire sensible, touche un sujet épineux et particulièrement révoltant, mais son traitement à travers la voix d’un enfant ne m’a pas touchée.

 

Nasser s’émancipera en lisant beaucoup (il rencontrera une jeune bouquiniste qui lui fournira des lectures) : cet aspect là m’a davantage intéressée, l’enfant parvenant à s’ouvrir, grandir, s’affranchir, grâce à la lecture, c'est bien dessiné.

 

Je ne conteste en rien les dénonciations faites dans le roman (expulsions aléatoires, conditions d’immigration) mais le roman est pour moi raconté sur un style trop naïf et j’y suis restée insensible.

 

Laurence a un avis totalement divergent du mien. Bab’s, Cuné et Papillon aussi.  

 

A priori, je suis la seule à être restée de glace.

06.02.2009

LE PROSCRIT – SADIE JONES

Angleterre, 1945 : Lewis a seulement une dizaine d’années quand sa mère se noie sous ses yeux. Incapable de partager sa souffrance ni d’exprimer sa culpabilité, Lewis s’enferme dans le silence. Et ce n’est pas Gilbert, son père qui va l’aider à vivre proscrit.jpgavec cette douleur qui lui vrille le cœur et l’esprit. Gilbert se remarie peu de temps après, mais Alice, sa seconde épouse n’arrive pas à briser la glace : en quelques années Lewis sombre dans la violence : alcoolisme, automutilation, fugues, délinquance et prison. Après deux années passées sous les verrous, il revient à Waterford où personne ne semble heureux de le revoir.

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02.02.2009

ECRIVAIN EN DIX LECONS – PHILIPPE SEGUR

 

Phil Dechine est un auteur. Après moult mois et années passées à gonfler tout le monde avec son ŒUVRE en cours, il finit enfin par être publié. Publié, vendu, critiqué (même si les premières critiques sont mitigées voire vitriolées pour certaines), il se voit segur.jpgmême attribuer le Prix Mirabeau des Vétérinaires pour son premier roman « Métaphysique du dog »…. Son parcours d’écrivain débutant au sein de la sacro sainte famille de l’édition nous est révélé, à coups de situations et événement rocambolesques.

 

Si l’humour des situations, les répliques et pensées tordantes du début font sourire à maintes reprises, peu à peu le tout devient ennuyeux. C’est drôle à plusieurs reprises, la vanité boursouflée de Phil Dechine fait largement sourire et cette autodérision de la part de Philippe Segur est finalement, quelque part, touchante. En revanche, l’humour devient répétitif, on devine presque les chutes des phrases avant même de les avoir terminées. Amusant, donc, mais sans plus. J’en retiens quand même quelques perles d’humour, et c’est déjà pas mal.

 

 

 

Ecrivain en dix leçons, Philippe Segur – Points, 190 pages

 

 

Les avis de Laurent, Sylire, Papillon, Caro[line] , Clarabel

 

 

07.01.2009

JE T’AI VUE – JULIE PARSONS

Michael Loughlin vient de prendre sa retraite après de bons et loyaux services au sein de la police dublinoise. Il est encore hanté par le meurtre de Mary, sur lequel il a enquêté, dix ans auparavant. Et surtout par la mère de Mary, Margaret, qui a assassiné le meurtrier de sa fille. Quand un ami lui demande d’enquêter, en privé, sur le supposé suicide d’une jeune fille, Marina, il hésite, puis, devant l’insistance de la mère de Marina, il se plonge dans le passé de Marina.parsons.jpg

 

Même si tous les protagonistes de ce roman sont attachants, ou intéressants (un vieux flic désabusé meurtri, une mère vengeresse dévorée voulant en finir avec sa culpabilité, une jeunesse dorée hantée par un passé peu glorieux), le roman manque de rythme, de puissance, de frissons.

 

L’intrigue se laisse lire sans qu’à aucun moment le cœur ne palpite, la curiosité ne soit aiguisée (j’ai failli lâcher en me disant que je me contrefichais de connaître l’épilogue).

 

Et, quand survient la fin, les dernières pages, alors que l’intrigue est sur le point d’être résolue, on se dit que, mouais, tout ça pour ça.

 

Bof, bof, bof, au final. Au prochain.

 

 

Je t'ai vue, Julie Parsons - Calmann-Levy, 326 pages

 

 

Antigone a apprécié la lecture, Enna a moins aimé.

 

 

Lu dans le cadre du Prix des lectrices ELLE 2009, catégorie Policier

 

06.12.2008

Toutes les familles sont psychotiques - Douglas Coupland

copland.jpgVous êtes névrosé ? Avez le sida ? Une hépatite ? Un membre en moins ? Vous êtes un ancien taulard ? Enceinte ? Paumé ? Hippie ? Baba Cool ? Maniaque ? Forcené du ciboulot ?

Si vous faites partie de ces catégories là, vous avez une chance d’être issu de la génération Drummond.

Elle est sympa, cette famille Drummond. A la fois Pieds Nickelés et Dalton, Simpsons ou Pierrafeu, tous ses membres ont un pet de travers. Enfin, un truc quoi. La mère se demande que faire de sa vie, son ex-mari était violent et coureur, son fils est suicidaire, son autre fils séropositif, sa fille pilote des navettes spatiales, les brus sont totalement folles, l’une est quasiment hamish, l’autre hippie-révoltée-décidée-à-ne-pas-céder-à-la-modernité-pourrie-des-sociétés-modernes.

C’est déjanté, c’est loufoque. Toute la famille se retrouve en Floride pour assister au départ de Sarah la fille spationaute, et va se retrouver plongée dans des aventures abracadabrantesques. Ca fuse, ça gicle, on s’amuse.

Ceci dit, au bout d’un moment, même si on devine la satire des familles américaines, la noirceur de ces paumés qui cherchent à supporter la maladie, la souffrance, qui cherchent tout simplement un peu d’espoir (même si c’est au moyen d’une fausse lettre du Prince Willliam à sa mère, d’un bébé vendu à un millionnaire…) au bout d’un moment, le tout devient un peu lassant. On a hâte que ça se termine.

Bien aimé, donc, bien ri, mais voilà, sans plus, au final.

20.11.2008

TOUT PEUT ARRIVER – JONATHAN TROPPER

tropper.jpgZach est un trentenaire new-yorkais normal : un boulot stable à défaut d’être passionnant, une fiancée superbe qu’il n’aurait jamais parié pouvoir épouser, une collocation dans une belle maison de ville. Zach est aussi le meilleur ami de Tamara, la veuve de son ami d’enfance.  

 

Après ‘Le livre de Joe », nous retrouvons donc encore un trentenaire sur le point de s’engager, rempli de doutes et d’incertitudes quant à la justesse de ses choix. Il faudra une successions d’éléments perturbateurs (retour du père indigne, découverte de sang dans ses urines)

pour que l’ordonnance fragile de sa vie s’écroule peu à peu.

 

Les thèmes récurrents de la littérature de trentenaires sont bien présents : hésitations devant une carrière toute tracée mais ennuyeuse, sentiment d’être seulement un maillon dans une chaîne de profitabilité inhumaine (le portrait du patron de Zach est acéré et drôle), hésitations devant une voie toute tracée (mariage réussi dans une classe sociale supérieure) ou l’aventure avec une jeune veuve dont on est secrètement amoureux (qui plus est la veuve de son meilleur ami, mère d’une petite fille), relations tendues avec la famille (père démissionnaire, mère dévouée s’étant sacrifiée pour sa famille, frères marginaux ou handicapé mental), amis riches passant leur journée devant la télé pour s’abrutir.

 

La plume, elle, manie l’humour avec dextérité. On sourit souvent devant le constat amer de ces trentenaires désabusés et perdus, qui se cherchent, se perdent, se retrouvent et se reperdent. Le style est assez alerte et caustique (notamment au début du roman).

 

Ceci dit, les situations, elles, d’amusantes au début deviennent très stéréotypées et pâtissent de personnages caricaturaux finalement très consensuels. Les aventures de Zach et ses amis deviennent rapidement vaudevillesques et l’on sombre rapidement dans un comique de situations parodique voire grotesque à certains moments (scène de la soirée de fiançailles, course poursuite au golf).

 

D’autre part, Jonathan Tropper  casse parfois le style en passant de la troisième personne du singulier à la deuxième personne du pluriel : en voulant accrocher ainsi le lecteur il casse surtout le rythme de la narration.

 

Je reconnais pourtant avoir souvent souri, avoir parfois été émue. Parce qu’il y a dans ces 376 pages quelques jolis moments, quelques instants d’émotion, notamment sur l’amitié, le regret, la culpabilité. Trop brefs et surtout trop ensevelis sous des stéréotypes consensuels. L’intention était bonne mais la réalisation décevante.

 

Au final, « tout peut arriver » est bien en dessous du « Livre de Joe », le premier roman de Jonathan Tropper.

 

 

Tout peut arriver, Jonathan Tropper, Editions 10/18, 376 pages

 

 

Les avis d’Emeraude et La nymphette

 

22.10.2008

MAUDIT KARMA – DAVID SAFIER

Il y a quelque temps, je demandais à Cathulu en quoi elle souhaitait se réincarner. Bon, si elle a envie d’être une éponge, libre à elle ( !). Quant à Kim Lange, elle n’a pas le choix, elle se réveille sur six pattes et dotée de magnifiques antennes. La poisse, quand on est une animatrice de télé successfull, que l’on vient de remporter le Prix de la Meilleure Animatrice, qu’on vient de coucher avec un autre animateur beau comme un Dieu et formidable amant. Pendant que son mari bordait sa fille, après que l’on ait encore une fois sacrifié son enfant à sa carrière.

 

mauditkarma.jpgKim Lange, donc, meurt écrasée par le lavabo d’une station spatiale en pleine désintégration et se réincarne en fourmi. Si elle veut avancer dans le cycle des réincarnations, elle doit accumuler du bon karma pour avoir une chance de retrouver forme humaine….

 

Bon. N’y allons pas par quatre chemins : c’est parfois drôle, oui, il y a de bonnes choses et quelques situations cocasses. Question fourmi ceci dit, je préfère encore Werber. Et l'usage des points d'exclamation pour souligner l'humour me fait souvent l'effet inverse. Ce roman a occupé un long voyage en voiture, et je me dépêche de rédiger mon billet car déjà son souvenir se désagrège aussi brutalement que ladite station spatiale…

 

Kim rencontrera Don Juan, lui aussi fourmi-isé, et c’est là  le petit plus qui m’a amusée : les mémoires du séducteur, en forme de notes de bas de pages, sont souvent assez amusantes… Kim, elle, s’efforcera d’acquérir des bons points comme on cumule des points fidélité pour avoir un cadeau, deviendra Cochon d’Inde, puis….d’autres choses que je vous laisse découvrir (ou pas).

 

Le reste… se lira sur une plage, juste pour la détente, et attendra une sortie poche… ou inspirera (peut-être) bientôt, Pixar Ou Disney pour un film à la Stuart Little. Qui pourrait bien être drôle, d'ailleurs.

 

Maudit Karma, David Safier – Presses de la Cité, 319 pages

 

 

19.09.2008

LE SYNDROME DU TOAST BRULE – TERI HATCHER

hatcher.jpgVous connaissez Suzan Mayer, l’héroine de Desperate Housewives ?

 

Maladroite, gaffeuse, un coté Bridget Jones en quadra-maman-solo.

 

La comédienne qui incarne ce rôle (avec talent) est à l’image du personnage qui l’a ramenée vers le succès.

 

Elle nous découvre dans son livre autobiographique les milles et une façons dont elle a affronté les difficultés rencontrées dans sa vie de femme, actrice et mère.

 

C’est gentil, ça se lit vite, ça pétille parfois comme son personnage, mais en dehors du coté « je suis une femme comme une autre », ça n’apporte pas grand-chose.

 

A réserver aux inconditionnels de l’actrice et la série.

 

Merci Cathulu pour le prêt ! Son avis ici.

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