29.04.2008
NE TE RETOURNE PAS – JAMES W. NICHOL
Walker Devereaux a dix-neuf ans quand il décide de retrouver ses parents biologiques. D’eux, il ne se rappelle rien, à peine une silhouette, celle de sa mère qui l’a abandonné. Elle l’a déposé en plein jour au bord d'une route, lui a demandé de serrer très très fort le fil de fer de la barrière, l'a supplié de ne pas se retourner, surtout ne pas se retourner. Et elle est partie. Il avait trois ans. Malgré les recherches, on n'a pas pu retrouver la trace de cette femme. Et personne n'a réclamé un petit garçon. Personne.
Dès qu’il a l’âge légal, il demande donc son dossier aux services sociaux et quitte sa famille adoptive sur les traces de sa mère. Il n’y a rien dans son dossier. Juste la photo de deux fillettes et une vague lettre, qui donnent peu d’explications, peu d’indices.
Walker arrive à Toronto et rencontre Krista, une jeune handicapée qui l’aidera dans ses recherches, malgré les embûches, malgré le cambriolage où la lettre et la photo disparaissent, malgré cet homme qui semble les suivre et tout faire pour que leurs recherches n’aboutissent pas.
Ce roman policier est adapté d’une pièce radiophonique écrite par James W. Nichol. Nous allons y suivre, en parallèle, les recherches de Walker et la vie de Bobby, un garçon perturbé, violent, inquiétant. Un garçon écrasé par son père, dont la toute puissance broie sans le savoir la volonté et la raison de son enfant.
Tandis que l'on accompagne les tâtonnements de Walker et Krista, on suit avec répulsion l'évolution de Bobby qui, à force de faire taire cette violence sourde qui est en lui, à force d'étouffer ses désirs, devient de plus en plus renfermé et laisse ses démons l’envahir, jusqu’à ce qu’il finisse par passer à l’acte.
On s’interroge sur ces deux personnages, on cherche le point commun, le moment où leurs existences se croiseront.
Petit à petit, les pièces du puzzle s’assemblent et l’on découvrira comment la folie d’un garçon a conduit au pire.
La construction en parallèle de ces deux parcours laisse beaucoup de questions s’installer dans l’esprit du lecteur. Je regrette néanmoins que certains éléments soient éclaircis trop rapidement.
J’aurais sans doute préféré que James W. Nichol prenne plus de temps pour laisser la vérité germer. Son jeune héros Walker a finalement beaucoup de chance dans son malheur et trouve un peu trop vite à mon goût la trace de sa mère. Un peu plus de lenteur, un peu plus de doutes savamment distillés, une angoisse mieux entretenue m'auraient certainement davantage tenue en haleine.
C'est le personnage de Bobby que j’ai préféré. La lente érosion de son raisonnement, la montée de folie, la succession d’événements qui le pousseront à refuser d’être ce qu’il est et devenir par là même un monstre écoeurant, rongé de frustrations. Les pulsions violemment contenues, la rage de se savoir différent, qui laissent peu à peu le pas à la mégalomanie, à la folie, à l'abstraction de tout sens commun.
Le personnage de Krista, la jeune handicapée qui aide Walker malgré sa hanche brisée, est aussi intéressant, quoique traité de façon trop fleur bleue. Elle et Walker sont fades à coté de Bobby. Comme quoi la gentillesse ne paie plus !
Bon, même si l’intrigue aurait supporté un peu plus de complications, aurait dû être traitée moins superficiellement, plus perversement, ça reste un polar, disons, divertissant, à lire avec curiosité à défaut d’enthousiasme débordant. Et oublier rapidement.
Dommage, il y avait de quoi faire un bon truc, quand même.
Lettre N du challenge ABC.
06:46 Publié dans Challenge ABC 2008, J'ai moyennement aimé, Litterature Canadienne, Polars, thrillers... | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note
26.03.2008
LA FILLE DES LOUGANIS – METIN ARDITI
Pavlina grandit sereinement entre sa mère Magda, son père Spiros, sa tante Fotini, son oncle Nikos et son cousin, Aris. Douceur de l’adolescence, chaleur de l’été grec et caresses de la mer sur la peau de Pavlina.
La mort de Spiros et Nikos, le même jour, dans un stupide accident de pêcheurs (on apprend vite que ce n'est pas un accident), sera le premier bouleversement dans la vie de Pavlina. Pavlina qui continue à grandir, accompagne son cousin Aris, ne le lâche pas, et petit à petit découvre son amour dépasse l'amour simplement familial. Premiers frissons, premiers émois, Pavlina et Aris s’aimeront un soir, juste une fois, avant le suicide d’Aris. Parce qu’Aris aimait aussi les hommes.
Pavlina est enceinte. Elle ne sait pas qu’elle n’est pas la fille de Spiros, mais celle de Nikos. Autrement dit, Aris était son frère. Elle doit abandonner son enfant. Et vivre avec ce poids, cette chape, cette brûlure qui consume ses entrailles.
Voici un roman bien écrit, qui vous transporte sous le soleil brûlant des Îles Grecques, qui vous empoigne de la douleur de Pavlina. C’est bien fait, c’est justement écrit.
Il faut aller au-delà des situations, qui semblent au premier abord plutôt faciles voire grossières (la fille aime son frère qui aime les hommes, l’enfant abandonné, la recherche…), parce que le roman se laisse lire. Parce qu’on y croit, parce qu’on s’attache à Pavlina, au poids qui plombe ses épaules et l’empêche de vivre. Parce qu’il aborde très sobrement la douleur, l’arrachement, l’opacité d’un avenir empêtré par le passé, dont on ne peut se défaire, dont on ne peut s’extirper.
Mais au final ce n’est pas transcendant. J’ai préféré l’âpreté du début à l’enlisement qui s’ensuit, même si les personnages sont tous très bien décrits, très bien dessinés et fort intéressants. Quant à la fin, elle m'a laissée particulièrement perplexe.
Je crois que trop d'effets de style diluent la force même du roman. Alors on va dire « Pas mal ». A réserver à ceux qui aiment ce genre d’histoire compliquée, les descriptions de corps musclés hâlés qui fendent les eaux des mers chaudes. A lire sur la plage, tiens. De préférence pendant des vacances en Grèce.
Les avis de Caro[line], Chiffonnette, Papillon, et Solsol, très enthousiaste.
La fille des Louganis, M. Arditi - Actes Sud, 238 p.
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09.03.2008
L’HOMME QUI A SEDUIT LE SOLEIL – JEAN-COME NOGUES
Paris, 1661. Sur le Pont Neuf les saltimbanques, les chiffonniers, les baratineurs gagnent quelques sous pour acheter leur repas du jour. Gabriel est un jeune garçon qui assiste un baladin en lui prêtant main forte. Il est repéré par Molière, récemment distingué par Monsieur, frère du roi, qui lui demande d’intégrer sa troupe du théâtre du Palais Royal… Gabriel sera moucheur de chandelles… Voici un roman jeunesse qui décrira (grossièrement) à aux jeunes ados un Paris du 17ème siècle, la vie des saltimbanques et des comédiens de l’époque. On y croise le roi Louis XIV, Fouquet, Louise de la Vallière et Colbert…
Le style est simple sans être dénué de vocabulaire, l’atmosphère bien décrite.
On y parle de théâtre et de la vie d’une troupe, de ce besoin de jouer, de se donner des théâtreux (« le besoin de retrouver les rires que ses répliques faisaient jaillir du public, le plaisir de capter l'attention, de se projeter hors de soi-même, d'être un autre en quelque sorte..."!).
Certes, les raccourcis sont nombreux, la précision historique plus qu’aléatoire, mais nous sommes ici en présence d’un roman dédié aux jeunes adolescents.
Espérons qu’il leur donne envie de découvrir plus avant les farces de Molières….
A paraître en avril 2008 chez Pocket Jeunesse.
10:25 Publié dans J'ai moyennement aimé, P'tits loups, p'tites princesses | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
06.03.2008
DANS LES BOIS ETERNELS – FRED VARGAS
Deux hommes ont été retrouvés égorgés. Des tombes ouvertes, des cadavres intacts (le sont-ils vraiment ?). Des reliques disparues. Des cerfs tués, le cœur arraché, un chat castré… Une femme serait à l’origine de ces crimes, une ombre, une revenante. Une quête d’immortalité.
Cette enquête du commissaire d’Adamsberg est un mélange. Mélange de crimes, de sang, de fantômes, et mélange de personnages névrosés, perdus, dont les esprits vagabondent au gré de l’avancement de l’enquête.
On y retrouve l’équipe de policiers rattachés à Adamsberg. Leurs malaises, leurs personnalités troublées. Fred Vargas campe chaque personnage, prenant le temps de redessiner chacun des membres de l’équipe d’Adamsberg. Ils sont intéressants, peu orthodoxes, bizarres, attachants autant qu’insupportables parfois.
Un nouveau venu, qui parle en vers, fait revivre le passé d’Adamsberg. Le chat La Boule deviendra part intégrante de l’enquête. Adamsberg veille son fils et lui raconte des histoires de bouquetins.
La première partie est plutôt ennuyeuse. On pourrait lâcher le bouquin pour courir vers un vrai whodunnit. Mais on y reste. Et on a raison. L’intrigue se corse, tout devient flou puis plus clair. Rebondissement. Eclaircissement. Visions du commissaire. Epilogue.
Elle est agaçante, Fred Vargas. J'aime ses personnages, j'aime leur coté hors normes. J'aime Adamsberg qui conduit ses enquètes à l'intuition (un peu Dr House, sans le sourire), et pourtant je n'arrive pas à plonger, je n'arrive pas à ne pas lâcher. Au contraire. Je prends, je lâche, je reviens, vais faire un tour, reprends...
Au final, un livre pas forcément extraordinaire, parfois pesant, mais du bon boulot. Sérieux. Bien fait. A réserver aux fans d’Adamsberg.
Lu dans le cadre du challenge ABC 2008, lettre V
06:07 Publié dans Challenge ABC 2008, J'ai moyennement aimé, Litterature Française, Polars, thrillers... | Lien permanent | Commentaires (31) | Envoyer cette note
01.03.2008
Ô VERLAINE – JEAN TEULE
J’ai lu « Je, François Villon » l’été dernier, aussi me suis-je attelée à un autre ouvrage de Jean Teulé, parlant, lui aussi, d’un poète, pour le club de lecture.
Verlaine est probablement d’un des plus grands poètes. Oui, j’entends déjà les cris et les protestations, Verlaine n’est pas le seul. Il y en a d’autres. Mais j’avoue que j’aime ses écrits. Comme j’aime ceux de Villon.
Ô Verlaine nous emmène dans le Paris de 1885. Fin de vie pour Verlaine, l’absinthe est en train de ronger son foie, son corps est putréfié par la syphilis, ses poumons sont délabrés. Sa vie ? Oh sa vie n’est plus qu’une succession de nuits immergées dans l’alcool, dans le sexe et la débauche. C’est à travers les yeux de Henri-Albert Cornuty, petit provincial venu à Paris pour rencontrer son idole, que nous suivons Verlaine dans sa lente déchéance.
Jean Teulé le dit lui-même, ses biographies de Villon comme de Verlaine sont des fictions.
On y retrouve ceci dit et curieusement les mêmes éléments : un poète dévoyé, un Paris ravagé, le Paris des petites rues, des étudiants, des sans le sou. Des prostituées, vendues par leur mari (La grosse Margot, chez Villon ou Esther chez Verlaine) ; les mères de poètes tuées, reniées par leurs propres fils (la mère de Villon mangée en pâté, celle de Verlaine tuée). Des illustrations au gré des chapitres, et des poèmes, semés ça et là comment autant de rappels sur ce que furent avant tout ces deux là : de Grands Poètes.
Jean Teulé raconte la même violence, la même rage de se détruire, la même morve chez ces poètes peu soucieux de survivre, leur même soif de création et le même désespoir finalement. Une chose est sûre : il décrit ces deux là de façon plus que dévoyée. Débauche, luxure, amoralité…j’avoue avoir été plus touchée par Villon, au final plus humain (parce que plus jeune sans doute) que par Verlaine.
J’avoue avoir été un peu perturbée par cette ressemblance entre les deux romans. J’attendais une fiction différente, un bâti séparé. La redondance m’a étonnée.
C’est une vision qu’il propose, et cette vision est la même. J’aurais préféré une approche différente, mais je reste emballée par le personnage commun à ces deux romans : Paris. Paris la dévoyée, Paris l’écorchée vive, Paris la sublime.
Sur Je, François Villon, les avis de Thom, Bladelor, Cathe, Katell, Caro[line], Grominou, Papillon, Jules, Joëlle, Kalistina, Karine, Malice, Sylire, et sans doute d'autres encore....
Sur Ô Verlaine, les avis de Thom, Rats de Biblio, Fanyoun,
09:18 Publié dans Club de lecture, J'ai moyennement aimé, Litterature Française | Lien permanent | Commentaires (22) | Envoyer cette note
25.02.2008
QUAND LES BROCHETS FONT COURIR LES CARPES – JEAN-LOUIS DEBRE
« Dans les jardins du Palais-Royal, une jeune femme oublie un document sur une chaise. Le narrateur l'aurait bien suivie pour le lui remettre, trouvant là un prétexte idéal pour entamer la conversation : Mais un homme s'en empare et disparaît. Rien d'extraordinaire sauf que, quelques jours plus tard, la mystérieuse inconnue entre au gouvernement et fait parler d'elle… » Jean-Louis Debré écrit ici son deuxième roman après « Les pièges » paru en 1998.
L’intrigue se passe dans les couloirs du gouvernement. Point de révélations tonitruantes, point d’insinuations équivoques dans ce roman. Certes, le paysage politique (un Président qui entretient des rapports plus qu’étroits avec la presse, qui pratique une ouverture calculée avec le camps adverse laminé après la défaite de son « héroïne »…) rappellent évidemment un autre contexte..
Mais ici les personnages principaux sont tous des « second couteaux » moins connus du grand public , le reste n’est qu’ombre furtivement évoquée de temps en temps.
Ici, les chefs de cabinet rêvent de devenir directeurs de cabinet, les parlementaires s’allient pour mieux se trahir ensuite, on se jauge à la voiture de fonction, à la surface de son bureau, à son revêtement de sol (moquette ou pas moquette, là est toute la question !), on rêve d’avoir « l’interministériel » sur son poste de téléphone…
C’est cet univers là que dessine Jean-Louis Debré. Avec lucidité, intelligence et distance, mais jamais d’amertume ni de réquisitoire. Et c’est ce que j’ai apprécié dans ce livre.
La description d’un milieu régi par les ambitions personnelles, les délations calculatrices, les ragots, les cancans qui se colportent cupidement, les complots qui se fomentent. On n’est plus à l’Assemblée, on est à la Cour du Roi.
Quant à l’intrigue, elle se laisse lire. J’avoue ne pas m’y être beaucoup laissée prendre. J’ai préféré m’intéresser au parcours de cette jeune Secrétaire d’Etat qui va se laisser véroler par un système dont on s’extirpe trop difficilement pour rester en paix avec sa conscience («… faire de la politique, cela veut surtout dire exister, attirer l’attention des commentateurs. S’imposer dans le monde politique, c’est être cité ou répondre aux questions des journalistes dans les émissions du matin, à RTL, par exemple ; c’est bénéficier d’un accès facile à la télévision, avoir sa marionnette aux Guignols de Canal +… Je dois m’imposer dès maintenant dans le nouveau paysage politique, demain il sera trop tard : une nouvelle génération aura pris la place. » « J’ai un projet immédiat : publier un livre d’entretien avec un journaliste… J’ai tout préparé, les questions, les réponses… Marie nous dénichera un journaliste pour coller son nom à la couverture. »), et surtout à celui d’Olivier, professeur de français devenu rédacteur de discours puis chef de cabinet, qui se laissera bien malgré lui entraîner dans un milieu inique et sans morale
06:30 Publié dans J'ai moyennement aimé, Polars, thrillers... | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note


