18.01.2008
LA CITE DES JARRES – ARNALDUR INDRIASON
Un vieil homme est assassiné à Reykjavik. A priori un meurtre banal. L’inspecteur Erlendur est chargé de l’affaire.
Erlendur est un bon vieux flic, un bon vieux flic comme on aime les voir au cinéma : il est bourru, fume trop, ne sait pas cuisiner, n’est pas fichu de communiquer avec ses deux enfants. D’ailleurs l’un des deux a filé Dieu sait où, quant à l’autre elle essaie de décrocher de la drogue, et c’est pas facile. Quant à son ex-femme… n’en parlons pas. Bref un bon vieux flic comme on les aime.
De fil en aiguille, de découverte en découverte, Arnaldur Indriason ballade ses lecteurs de questions en questions. Une collection de photos pornographiques dans l’ordinateur du mort : ne serait on pas plongés dans une sombre histoire de pédophilie ? Un viol commis il y a de longues années : histoire de détraqués sexuels ? Au fil des événements, on découvre peu à peu une histoire à la fois triste, moche, glauque mais aussi touchante.
Le meurtre n’est pas aussi anodin, gratuit, simple qu’il parait. Le mobile, petit à petit se dessine. Erlendur s’interroge et le lecteur aussi. Voici une tragédie familiale, une histoire douloureuse, des personnages complexes, des coupables éventuels, des victimes innocentes, tout s’implique, tout s’embrique dans un style concis, net, sans circonvolutions inutiles jusqu’au dénouement.
On aura compris bien avant la fin qui est le coupable, mais ce n’est pas pour autant qu’on arrêtera la lecture, car Indriasson ajoute à son intrigue des sentiments bien plus complexes, bien plus singuliers qui nous pousseront à finir coûte que coûte le roman.
Famille, héritage génétique, historique, psychologique, transmission, mémoire, Indriasson propose ici un fort bon polar, mené tranquillement mais sans désintérêt aucun, bien au contraire. Le tout en nous faisant visiter l'Islande, ses moeurs, l'apparente placidité des habitants mais aussi leur droiture et leur honnêteté.
La cité des jarres - Arnaldur Indriason - Points 328 p
Les avis de Fashion Victim, Katell, Tamara
07:55 Publié dans Challenge ABC 2008, Litterature Scandinave, Polars, thrillers... | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note
01.01.2008
LA VIERGE FROIDE ET AUTRES RACONTARS – JORN RIEL
Dix petites histoires, dix racontars très courts nous embarquent au Groenland. Là-bas, les hommes habitent dans des cabanes et se réchauffent à l’eau de vie sans cesse redistillée. Ils vivent seuls mais forment une communauté solidaire, unie dans son isolement et la vitale nécessité de se retrouver, de troquer la solitude contre des paroles, des rêves ou des désirs partagés.
Là-bas, les hommes échangent des fiancées imaginaires contre des peaux de renard, des fusils de chasse ou des chandails irlandais bien réels. Ils devisent philosophie avec un coq languissant, tandis que celui-ci attend désespérément que le soleil de lève sur la nuit polaire. Ils courent nus dans la bise glaciale, tatouent leurs corps neigeux d’œuvres d’art, remplissent leurs quotidiens en déversant des mots jusqu’à épuisement.
Là-bas les hommes se réchauffent le cœur et l’âme à grandes goulées d’eau de vie et de paroles, oublient l’âpreté de leurs vies en acceptant leurs différences, tissent des amitiés solidaires et solitaires, préfèrent se tairent ensemble plutôt que parler seuls.
Ils se jalousent, se chicanent comme les enfants qu’ils n’ont pas, détestent les cochons qui leur volent leurs amis, avides qu’ils sont de chaleur humaine, de compagnie ou d’intimité.
Ils jouent aux cartes avec leurs morts ou enterrent leurs vivants, acceptent le destin comme une fatalité.
Un joli recueil d’histoires qui se lit très vite, des histoires rudes et masculines, qui sont plaisantes, dépaysantes, et réchauffent le cœur.
Mes racontars préférés : La vierge froide, De joyeuses funérailles, Tournée de visites.
Ceux que j’ai moins aimés : Le vent du Sud-Est, Le roi Oscar.
07:15 Publié dans Club de lecture, Litterature Scandinave | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note
20.12.2007
LE DANOIS SERBE – Leif DAVIDSEN
« Per Toftlund se doute que la venue de Sara Santanda à Copenhague ne sera pas de tout repos. La jeune femme, équivalent féminin de Salman Rushdie, est sous le coup d’une fatwa lancée par les autorités religieuses d’Iran. Sa tête est mise à prix. Les politiques ne veulent pas la rencontrer. La protection se fait sans grands moyens. Toftlund doit éviter l’attentat et gérer 24 heures de danger permanent alors que des fuites annoncent la présence d’un professionnel de la pire espèce. Un contrat. Un isolé. Un homme jeune, blond, qui se fait appeler Vuk. Un homme qui, à dix-sept ans, a quitté le Danemark et des études brillantes pour revenir en Bosnie avec ses parents. Un Serbe qui a vu les siens massacrés d’horrible manière par des voisins et amis avant de devenir à son tour, traumatisé, harcelé de cauchemars, un impitoyable tueur. Il est l’homme idéal, il parle la langue, il est indétectable : il est le Danois serbe. » C’est ma première rencontre avec cet auteur danois, ancien journaliste qui se consacre maintenant à l’écriture de romans d’espionnage. Je l’ai choisi pour la lettre D de mon challenge ABC 2008 (disons que mon calendrier est en avance…) et je ne le regrette pas.
Leif Davidsen installe d’un style simple et épuré son intrigue et ses personnages. Nous assistons à la préparation de la venue de l’auteure iranienne touchée par une fatwa : d’une part les préparatifs minutieux et inquiets de l’inspecteur Per Toftlund, inspecteur des services secrets danois chargé d’organiser la visite et la sécurité de l’écrivain ; il est assisté de Lise Carlsen, journaliste chargée d’encadrer et de maximiser la communication autour de l’écrivain.
D’autre part, nous suivons en parallèle les préparatifs de Vuk, le tueur à gages chargé d’exécuter le contrat pour le compte de l’Iran. Vuk a été engagé par l’intermédiaire d’un ancien agent du KGB passé du coté de la mafia russe.
J’ai beaucoup aimé l’épaisseur des personnages : Per Torftlund, inspecteur calme et minutieux, célibataire décidé à protéger coûte que coûte l’écrivain, Lise Carlsen, torturée entre son mariage qui bat de l’aile, un mari dépressif, mutique et sa passion naissante pour l’inspecteur. Elle ne supporte plus une union qui n’est plus que factice mais a peur de poursuivre une liaison avec un homme qu’elle connaît si peu.
Et bien sûr, Vuk, l’assassin, le tueur froid, calculateur et sans morale. Un jeune homme brisé par une guerre serbo-croate destructrice et ravageuse, encore hanté par ses cauchemars, un homme devenu tueur mais qui aurait tout aussi bien mener une vie normale, si les atrocités de la guerre n’avaient pas pulvérisé sa famille, sa vie et par là même son destin. C’est de loin le personnage le plus intéressant de l’histoire, le plus riche et le plus attachant. Celui qu’on a envie de suivre et de retrouver.
Avec un rythme serein mais qui ne se relâche pas, Leif Davidsen entraîne insensiblement son lecteur vers une apogée de plus en plus captivante et angoissante. Et, pour le plus grand plaisir de ses lecteurs, laisse une porte ouverte vers de nouvelles aventures où ils retrouveront ses personnages dans « L’ennemi dans le miroir ».
Rajoutez à ceci un portrait amoureux de Copenhague, des habitudes et des comportements danois, vous obtiendrez un bien bon roman qui m’a donné envie de poursuivre ma connaissance de cet auteur.
16:55 Publié dans Challenge ABC 2008, Litterature Scandinave | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note
27.11.2007
LA REINE DANS LE PALAIS DES COURANTS D’AIR – STIEG LARSSON (Millenium 3)
Voici le préambule de la quatrième de couverture :
« Que les lecteurs des deux premiers tomes de la série Millenium ne lisent pas ces lignes s’ils préfèrent découvrir par eux-mêmes ce troisième volume d’une série rapidement devenue culte. »
Je vais donc rester vague sur le déroulement et l’intrigue de ce troisième et dernier volet de Millenium.
Nous y retrouvons la plupart des protagonistes de « Les hommes qui n’aimaient pas le femmes » et « La petite fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette ».
Contrairement au tome 2 qui se déroule plus d’un an après le tome 1 et dont l’histoire est totalement différente (même s’il y a de nombreuses références au premier volume), ce dernier chapitre démarre immédiatement dans la foulée du tome 2 et nous retrouvons nos personnages préférés seulement quelques heures après les avoir quittés.
Plus question de trafic de prostituées ou de course poursuite effrénée dans ce troisième tome. Nous voici en plein roman d’espionnage : agents secrets, sections occultes au sein des services secrets suédois, écoutes illégales, filatures, fabrication de fausses preuves, une toile d’araignée opaque se tisse afin d’étouffer une bonne fois pour toute le scandale qui menace la démocratie suédoise.
La conspiration est telle qu’il faudra toute la résolution et l’opiniâtreté de Mikael Blomkvist pour démêler les fils d’une très sombre machination dont les imbrications sont souterraines et férocement protégées par les services secrets.
De nouveaux visages apparaissent au fil du roman : Rosa Figuerola, inspectrice body-buildée et fichtrement romantique, Evert Gullberg et Frederik Clinton, glaçants instigateurs et stratèges dénués de scrupules, Stylo Pourri, harceleur frustré… Qu’ils soient terriblement attachants, sadiques ou révoltants, ils contribuent à agrémenter la palette de personnages de la trilogie.
Quant au suspens, que dire….. Si j’avais oublié de nourrir ma fille avec le deuxième tome, là, j’ai failli oublier d’aller la chercher à l’école…. Au moment même du roman où certaines voitures fonçaient à toute allure dans les rues de Göteborg pour empêcher une tuerie, je fonçais à l’école en pensant non pas aux reproches de la maîtresse mais au restaurant dans lequel la tuerie en question était programmée…. J’ai finalement ralenti car je me voyais mal évoquer à des policiers ébahis que je dépassais la vitesse autorisée à cause d’espions suédois et de journalistes d’investigation traqués et menacés…
En bref, une fois de plus j’ai été happée par le style impeccable, l’intrigue savamment haletante, le suspens perfidement dosé.
Amateurs de sensations fortes mais intelligemment calculées, à vos livres…..
J’ai trouvé ici l’avis de Cuné sur la trilogie, … si d’autres ont mis leur avis en ligne, dites le moi…
13:20 Publié dans Litterature Scandinave, Polars, thrillers... | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note
19.11.2007
LA FILLE QUI REVAIT D’UN BIDON D’ESSENCE ET D’UNE ALLUMETTE – STIEG LARSSON
Tandis que Lisbeth Salander coule des journées supposées tranquilles aux Caraïbes, Mikael Blomkvist, réhabilité, victorieux, est prêt à lancer un numéro spécial de Millénium sur un thème brûlant pour des gens haut placés : une sombrehistoire de prostituées exportées des pays de l'Est. Mikael aimerait surtout revoir Lisbeth. Il la retrouve sur son chemin, mais pas vraiment comme prévu : un soir, dans une rue de Stockholm, il la voit échapper de peu à une agression manifestement très planifiée.
Enquêter sur des sujets qui fâchent mafieux et politiciens n'est pas ce qu'on souhaite à de jeunes journalistes amoureux de la vie. Deux meurtres se succèdent, les victimes
enquêtaient pour Millénium.
Pire que tout, la police et les médias vont bientôt traquer Lisbeth, coupable toute désignée et qu'on a vite fait de qualifier de tueuse en série au passé psychologique lourdement chargé.
Mais qui était cette gamine attachée sur un lit, exposée aux caprices d'un maniaque et qui survivait en rêvant d'un bidon d'essence et d'une allumette ? S'agissait-il d'une des filles des pays de l'Est, y a-t-il une hypothèse plus compliquée encore ?
Et voici le second volet de la trilogie Millenium, dans lequel nous retrouvons Lisbeth Salander traquée par la police après trois meurtres sanglants. Tous les indices sont formels, Lisbeth est une psychopathe dangereuse.
Et bien oui.
Lisbeth Salander est dangereuse.
A éviter.
Absolument.
Elle est dangereuse parce qu’elle a failli provoquer la sous-nutrition d’une fillette.
Ma fille.
Parce que j’en ai oublié de préparer ses repas.
Elle est dangereuse parce je risque de me faire étrangler par mon professeur de théâtre.
Parce que je ne révise aucun de mes textes alors que j’étais sensée rester allongée pour cause de blessure, et en profiter pour les travailler.
Je suis restée au lit, mais avec pour seule compagnie Lisbeth Salander, ne me plongeant pas une seule seconde dans mes textes.
Elle est dangereuse parce que je me suis quasiment coupée de tout lien social via internet, négligeant volontairement d’allumer mon ordinateur, fait remarquable comme dirait mon cher et tendre…
Alors méfiez vous de ce second volume. J’avais apprécié le premier, tout en le trouvant long à démarrer. Mais celui-ci est diabolique.
Il démarre sur les chapeaux de roue, dans les Caraïbes par temps de cyclone. Péripétie qui n’a rien à voir avec l’enquête, mais qui n’est que le hors d’œuvre d’un roman scotchant, à l’intrigue haletante.
Le lecteur est ensuite immergé dans une sombre histoire de trafic de prostituées, de complicités et de protections haut placées. Rien de spectaculaire dans ce scénario, mais il permet de retrouver les protagonistes de Millenium 1 et de creuser leurs personnalités, notamment celle de Lisbeth Salander, de découvrir son passé trouble et les traumatismes qu’elle a vécus.
On y retrouve Mikael Blomkvist, star du journalisme d’investigation depuis l’affaire Wennerström, qui refuse de croire à la culpabilité de Lisbeth et se lance dans sa propre enquête pour la disculper.
On y retrouve l’infect Maître Burjman, toujours aussi abject et crapuleux.
Le tout dans un rythme effréné et palpitant, une intrigue complexe aux rebondissements inattendus et hallucinants.
Alors, comme dirait la pub : Vous avez aimé le tome 1 ? Vous allez adorer le tome 2 !
Les avis de Fashion Victim, de Cathulu, de Gachucha
16:50 Publié dans Litterature Scandinave, Polars, thrillers... | Lien permanent | Commentaires (21) | Envoyer cette note
02.11.2007
LES HOMMES QUI N’AIMAIENT PAS LES FEMMES – STIEG LARSSON
Mikael Blomkvist est journaliste économique fondateur de la revue Millenium. Il est condamné à une peine de prison pour diffamation, après avoir publié un article accusant l’homme d’affaires Hans-Erik Wennerström de malversations et de corruption. Il se retire du journal et accepte l’offre que lui fait Kenrik Vanger, un industriel à la retraite : enquêter sur la disparition, 40 ans auparavant, de sa nièce Harriet.
Mikael Blomkvist se retire sur l’île de Hedestad et commence à fouiller dans le passé. Il sera bientôt rejoint par Lisbeth Salander, génie de l’informatique, hacker de premier ordre, mais aussi punkette tatouée, piercée, rebelle et écorchée vive.
Pendant la première partie du roman, les différents éléments de mettent en place : l’auteur présente tour à tour les différents protagonistes et leurs passés, de la création de Millenium au lourd passif de Lisbeth Salander, de ce qui a conduit Mikael Blomksvit à divulguer des accusations contre Hans-Erik Wennerström.
J’avoue avoir trouvé cette partie trop longue, et aurait aimé que le suspens s’installe plus rapidement. Et puis tout démarre.
Lorsque Mikael et Lisbeth se rencontrent enfin (page 330 tout de même !), après un épisode hautement amusant voire cocasse, voilà, on y est : le cœur s’emballe, le souffle se retient, les doigts s’accrochent aux pages…
Le suspens est efficace : le journaliste secondé par la punkette vont plonger dans une très sombre histoire de haines familiales, de lourds et abominables secrets. La riche famille Vanger abrite derrière l’apparente prospérité de dangereux psychopathes, pour qui tuer n’est qu’un jeu, un hobbie qui se transmet de génération en génération. Mikael et Lisbeth plongent dans un monde glauque, sordide, dont ils auront du mal à sortir, parfois au prix de quelques arrangements avec la morale et l’éthique.
En résumé, un bon thriller, même si j’aurais aimé que la première partie soit plus courte. Je lirais le deuxième tome de Millenium avec plaisir je pense.
Les avis de Fashion Victim, Flo, Cathulu, Bellesahi, j’espère ne pas en oublier…
08:15 Publié dans Litterature Scandinave, Polars, thrillers... | Lien permanent | Commentaires (23) | Envoyer cette note


