16.10.2009

LES DIX FEMMES DE L’INDUSTRIEL RAUNO RÄMEKORPI – ARTO PAASILINNA

Rauno Rämekorpi fête ses soixante ans ce jour-là. Industriel renommé et reconnu, il reçoit à cette occasion le ban et l’arrière paasalinna.jpgban de la bonne société finlandaise. Ainsi qu’une multitude de cadeaux, dont de somptueux et trop nombreux bouquets de fleurs. Comme sa femme Annikki est asthmatique, il décide de se débarrasser des fleurs et entame une grande tournée auprès de maîtresses et amies. Avec l’aide de Seppo Sorjonen, le chauffeur, complice et confident, Rauno va ainsi se retrouver dans le lit de neuf autres femmes, qu’il retrouvera quelques mois plus tard au moment de Noël.

 

Une comédie grinçante, parfois amusante, qui nous lance sur les pas d’un homme riche, dans la force de l’âge, persuadé d’être un héros pour ces dames. Obtus, fier de lui et parfait goujat, Rauno offre son sexe comme LE cadeau ultime, persuadé que toutes lui voueront une reconnaissance éternelle (forcément, hein !). Au passage, quelques formules épinglent la bonne société finlandaise, et particulièrement les petits et un peu moins petits bourgeois parvenus, quelques (trop rares) moments truculents et assez savoureux, mais ceci dit, le tout, au final, reste quand même très léger. On sourit, on s’amuse un peu, mais sans extase non plus, la longue litanie des maîtresses devenant monotone à la fin. Quant à leur vengeance, quelques mois plus tard, elle fait seulement sourire, mais manque à mon sens cruellement de … cruauté. Arto Paasilinna épingle la muflerie masculine, la goujaterie virile avec une écriture détachée et un humour froid, mais il m'a semblé effleurer son sujet dans une comédie un peu trop superficielle pour me convaincre.

 

Divertissant, mais sans plus.

 

 

Les dix femmes de l’industriel Rauno Rämekorpi – Arto Paasilinna

Denoël, 258 pages, avril 2009

 

 

Les avis de Michel, Laurent et Clochette

31.08.2009

LE MEC DE LA TOMBE D’A COTE - KATARINA MAZETTI

Benny est agriculteur et plutôt balourd.mazetti.jpg

 

Désirée est bibliothécaire et plutôt intello.

 

Il aime les tableaux au point de croix de sa maman, elle aime le design et l’art contemporain.

 

Ils se rencontrent au cimetière, devant les tombes de feu le mari de Désirée et feu la maman de Benny.

 

Tout les oppose, et pourtant…

 

C’est marrant, mais ce livre m’a toujours tentée, et pas tentée. J’en lisais beaucoup de bien ici et là, j’avais envie d’essayer, mais la couverture du broché et le titre me rebutaient, du coup, j’ai laissé passer. Et puis je suis tombée dessus dans une charmante librairie de Sanary sur Mer (au passage, le petit village de Sanary compte deux très bonnes librairies sur son port, une librairie spécialisée en BD dans les ruelles du vieux village, quelques bouquinistes, et aussi une délicieuse biscuiterie provençale, je dis ça je dis rien J). La libraire, passionnée et passionnante, me l’a conseillé, voire chaudement recommandé. Ma foi, c’étaient les vacances, un livre de plage me serait toujours utile, je pourrais toujours le donner à ma nièce, je l’ai acheté. Et lu. Et gardé pour moi.

 

L’histoire est totalement prévisible, ces deux là ont tout pour ne pas s’aimer, sont trop différents pour s’assembler et comme les contraires s’attirent forcément, les voilà embarqués dans une histoire d’amour où le bat blesse trop souvent pour ne pas provoquer des étincelles. Une histoire facile et attendue, donc, mais servie avec un humour très fin, des réflexions justes et touchantes sur les relations de couple et les concessions qui se font à maux couverts. Des débuts d’une relation où la passion et la nouveauté effacent tout le reste aux premières hésitations, aux premiers reproches, aux ressentiments et frustrations qui se transforment en rancoeurs, puis en regrets, le tout est toujours juste, à la fois subtil et drôle. Chaque chapitre est raconté par l’un des deux tourtereaux et donne lieu à de savoureuses remarques qui illustrent joliment leurs différences (« J’en étais sûr. Elle a l’air de quelqu’un qui lit sans arrêt et de son plein gré. Des gros livres, avec des petits caractères et sans images. »)

 

Très joliment racontée, l’histoire de Désirée et Benny se lit avec plaisir. Un bémol ? Un seul, soyons sincère : la fin est trop manifestement ouverte vers un nouvel épisode (du style « vous voulez savoir si Benny et Désirée arriveront à *….* ??, lisez la suite ! », et plutôt cucul la praline). Mais ça ne m’empêchera pas de la lire, cette suite.

 

 

Le mec de la tombe d’à coté, Katarina Mazetti.

Babel, 254 pages

 

 

Les avis de Cuné, Emeraude, Papillon, Fashion, Dasola, Tamara, Caroline de Pensées de ronde, Laure, Sylire, Lilly, Pimprenelle, Chrestomanci, Stéphie, Brize, Kathel, Flo , Abeille, Aproposdeslivres, Theoma.

 

Et l'avis d'un homme, quand même ! Yvon l'a lu.

 

J'en ai sans doute oublié, n'hésitez pas à me signaler vos billets...

 

10.10.2008

LA PRINCESSE DES GLACES - Camilla Läckberg

glaces.jpgAlex Wijkner est retrouvée morte dans sa baignoire. Les veines ouvertes. Suicide évident. Mais très vite l’autopsie révèle qu’Alex n’a pu de suicider : trop de somnifères dans le sang. Il s’agit d’un meurtre.

Erika, son ancienne amie d’enfance veut comprendre ce qui s’est passé. Elle est aidée Patrick, inspecteur de police et amoureux transi.

 

L’intrigue était bien pensée. Un meurtre, une jeune historienne curieuse, un flic amoureux, un passé lourd et un village dont les bouches sont scellées, le passé soigneusement enfoui, les non-dits et les ragots murmurés seulement mais jamais avoués.

 

Malheureusement, je n’ai pas du tout été sensible à la façon dont Camilla Läckberg a « accommodé sa sauce », et je pense que le mélange « chick lit » / polar est ici fort mal venu.

 

A trop vouloir en faire, on fait en effet n’importe quoi. Je dirais même du grand n’importe quoi. Camilla Läckberg mélange les genres : on est dans un mix fade de Desperate Housewives (la quatrième de couverture le proclame ouvertement), et Bridget Jones (citée nominément), le tout accommodé façon polar. J’ai l’impression que l’auteur a pioché ici ou là des formules gagnantes, a mis le tout dans un mixeur et sorti le tout sans avoir un seul instant pensé à le retravailler.

 

L’enquête ne tient pas la route, on a envie de prendre la place des inspecteurs en leur demandant de barricader le lieu du meurtre au lieu de laisser aller notre jeune Miss Marple mener son enquête toute seule. On se demande comment la police peut ne pas sceller ni examiner une scène de crime. Voit on trop les Experts à la télé ? Toujours est-il que l’enquête nous semble bien peu cohérente et sensée.

 

Sans compter un style parfois lourd et désagréable, des mètres de phrases perdues façon chick lit (on s’en contrefiche, qu’Ericka doive choisir entre une culotte ventre plat ou un string avant son dîner, et encore plus qu’elle se précipite dans la salle de bains pour enfiler une culotte dentelle avant le Grand Moment. Et ils le font 5 fois, d’ailleurs : édifiant (ou consternant)…). Cette parenthèse, dont certes la parenté est reconnue à Bridget Jones, manque cruellement d’originalité.

 

La traduction est mauvaise, ou alors le roman lui-même était écrit pour un public peu exigeant. Ici, on ne tombe pas, on se casse la figure, on ne chute pas, on s’étale, on n’est pas attirant, on est bandant etc …. L’utilisation trop fréquente de l’argot rend la lecture déplaisante, lourde et surtout peu qualitative. On a l’impression qu’une gamine s’est essayé au polar. Mouais. Pour moi,

c’est raté.

 

Ceci dit, et soyons honnête, le dénouement final est surprenant. Même si une partie de l’énigme apparaît clairement au lecteur au bout de 200 pages, il n’en reste pas moins que la fin comporte encore des surprises de taille.

 

Il y aura une série de plusieurs titres. Celui-ci très clairement me suffira.

 

La princesse des glaces, Camilla Läckberg, Ed. Actes Sud Actes Noirs, 381 pages

 

Lu dans le cadre du Prix des Lectrices ELLE 2009

 

 

 

 

Ce livre a suscité des avis divergents sur la blogosphère :

 

Les pour : Cathulu, Michel, Gawou, Elfique, Mamzelle Poupée, Shopgirl

Les contre : Moustafette,

Les mitigés : Le Bookomaton, Julie,

 

 

Ainsi que parmi les filles du Prix ELLE 2009 :

Les pour : Annie

Les contre : Antigone, Anna Blume

 

11.09.2008

TENEBREUSES – KARIN ALVTEGEN

alvtegen.jpg

 

Axel Ragnerfelt est écrivain, Prix Nobel de Littérature et considéré comme un Maître dans son pays. Ou plutôt était. Aujourd’hui il vivote sur un lit d’hôpital, terrassé par une attaque cérébrale. Son fils Jan-Erik entretient la flamme et la mémoire de son père, à travers conférences, interviewes, œuvres caritatives, qui continuent à alimenter aussi bien la réputation du grand homme que le tiroir caisse familial. Mais, un jour, Gerda, la fidèle employée de maison de la famille Ragnerfelt meurt en désignant comme unique héritier de ses maigres ressources un jeune homme totalement inconnu.

 

Ce n’est pas la vie d’Axel Ragnerflet qui risque  de basculer, mais son œuvre ; tout ce qu’il a consciencieusement érigé et farouchement protégé est menacé de pulvérisation, atomisation, désintégration.

 

 

Tout commence comme un roman noir classique. Des personnages bien campés, un auteur immensément connu et reconnu, une épouse frustrée et aigrie, un fils incapable de bâtir quoi que ce soit qui se contente des miettes (confortables) récoltées dans l’ombre de son père. Un jeune homme égaré dans sa propre existence, qui cherche le chemin de sa vie : qui est-il ? pourquoi a-t-il été abandonné et pourquoi cette Gerda l’a désigné comme héritier, lui qui ne la connaît même pas ?

 

Un début classique donc. On devine rapidement qu’il y a anguille sous roche et que le Grand Homme n’est sans doute pas si Grand que cela, à l’intérieur. Mais, soudainement, alors qu’on se disait que le roman était de bonne facture, sans plus, voilà que les choses prennent une tournure brusquement plus noire, obscure, ignominieuse et que l’on est littéralement rivé au livre, à la fois hypnotisé et écoeuré.

 

Les visages se révèlent et deviennent glauques, le récit se transforme en un roman psychologique ténébreux et opaque à souhait.

 

Un roman où les écrivains s’enfoncent dans l’ignoble, où les ayants droit se vautrent dans la boue pour qu’elle ne soit pas remuée, où les femmes boivent et vendent leur âme au diable pour protéger leur misérable vie.

 

Vous êtes écrivain et l’inspiration vous a quitté ? Votre succès s’émousse ainsi que votre fortune ? Allez donc voir par ici et voyez si tout cela en vaut vraiment la peine.

 

Vous allez enfin publier votre premier roman et vous demandez comment sortir du lot et faire parler de vous ? Allez voir par ici, êtes vous sûr que tout cela en vaut le coup ?

 

Vous êtes lecteurs : allez donc voir par ici et aérez la pièce, vous risquez de manquer d’air.

 

 

 

Ténébreuses, Karin Alvtegen – Plon 315 pages

 

 

Lu dans le cadre du Prix des Lectrices ELLE 2009

L'article de ELLE sur la sélection de septembre, catégorie Policier

 

16.07.2008

L’ENNEMI DANS LE MIROIR – LEIF DAVIDSEN

vuk.jpgC’est quoi un bad boy ?

Un bad boy c’est un gars pas net, un mec qu’il vaudrait mieux ne pas fréquenter, un gars à éviter.

Mais c’est aussi un gars sexy. Un gars qui attire. On va se brûler les ailes mais on n’y peut rien.

Moi, mon bad boy, il s’appelle Vuk, il est danois et serbe. C’était l’un des personnages principaux du "Danois Serbe". Un tueur à gages sans pitié, sans conscience, sans morale. Un mec dont le passé, la famille, ont été pulvérisés par la guerre civile en ex-Yougoslavie. Un type qui aurait pu être normal s’il n’avait pas assisté au massacre de sa famille. Un type devenu tueur parce qu’il n’avait plus rien, plus foi en rien, plus d’avenir, plus d’espoir.

A la fin du Danois Serbe, Leif Davidsen laissait la porte ouverte. Vuk disparaissait et le commissaire Per Torflund continuait ses activités au sein du PET (cellule anti-terroriste).  Nous le retrouvions dans « La femme de Bratislava ».

Mais voilà, quelques années plus tard, nous retrouvons Vuk. Le temps a passé. Per Torflund a épousé Lise Carlsen, la journaliste rencontrée dans le premier volet de la trilogie. Vuk s’est exilé aux Etats-Unis où il refait sa vie. Il mène une vie normale avec Emma, devenue Anna, et leurs enfants, nés américains. Ses cauchemars ont cessé Vuk/John est un citoyen lambda. Le passé est le passé.

Sauf que le 11 septembre va tout bouleverser. La paranoïa américaine qui s’ensuit va le coincer. Les étrangers sont contrôlés ; Vuk a changé de vie, mais pas d’empreintes digitales. La CIA l'arrête et lui propose un marché : collaborer ou être extradé au Danemark, où il est recherché pour meurtres.

« L’ennemi dans le miroir » est très abouti. Plus rythmé que « Le danois serbe », plus nerveux, il nous entraîne dans les méandres de la lutte anti-terrorisme à l’échelon mondial. On y retrouve la profondeur des personnages : Per Torflund, dont la mariage bat de l’aile, Vuk, bien sûr, écartelé entre son passé qui ressurgit et la nouvelle vie qu’il a réussi à bâtir. Vuk qui n’aspire qu’à tirer un trait sur ce passé, mais se voit forcé de travailler avec la CIA , pour protéger sa famille.

De nouveaux personnages aussi : Mike, l’agent du FBI taché de surveiller Vuk/John qui devient son ami, Ibrahim Krassilnikov, Mustafa Mussim, des citoyens lambda en réalité sympathisants de la cause islamiste, et surtout Aïcha bint Husseim, la jeune collaboratrice de Per Torflund.

A travers Aïcha, Leif Davidsen raconte cette jeunesse émigrée de deuxième génération, ses difficultés à s’intégrer. La complexité d’une vie écartelée entre modernisme et traditions séculaires. Poids des on-dit, poids de la famille, certitude de devoir s’émanciper.

Les personnages sont attachants, profonds, vrais. Pas uniquement des héros de cinéma qui enquêtent ou tuent, ou se battent. Des personnages qui pensent, qui sont troublés, divisés entre leur métier et leurs sentiments, leurs devoirs, leurs consciences.

On voyage également, à Hawaï, à Venise, en Espagne, et bien sûr, encore une fois, on y découvre Copenhague. Non seulement la ville, mais aussi ses habitants. Ses citoyens, leur mode de vie et de pensée, leur attitude face à l’immigration, la volonté du Danemark d’être une nation sereine, au dessus des luttes intestines des autres grandes puissances, une nation où il fait bon vivre. Leif Davidsen nous en donne envie, encore une fois.

Donc, un roman à lire, oui. Il peut se lire indépendamment de « La femme de Bratislava », ou même du « Danois serbe », mais ce premier volet est excellent et permet de faire connaissance avec Vuk et ses contradictions, pour mieux le retrouver ensuite !

L’ennemi dans le miroir, Leif Davidsen – Folio Policier, 519 p

18.01.2008

LA CITE DES JARRES – ARNALDUR INDRIASON

926ead377d6daacc1b2f54963c4ea291.jpgUn vieil homme est assassiné à Reykjavik. A priori un meurtre banal. L’inspecteur Erlendur est chargé de l’affaire.

 

Erlendur est un bon vieux flic, un bon vieux flic comme on aime les voir au cinéma : il est bourru, fume trop, ne sait pas cuisiner, n’est pas fichu de communiquer avec ses deux enfants. D’ailleurs l’un des deux a filé Dieu sait où, quant à l’autre elle essaie de décrocher de la drogue, et c’est pas facile. Quant à son ex-femme… n’en parlons pas. Bref un bon vieux flic comme on les aime.

 

De fil en aiguille, de découverte en découverte, Arnaldur Indriason ballade ses lecteurs de questions en questions. Une collection de photos pornographiques dans l’ordinateur du mort : ne serait on pas plongés dans une sombre histoire de pédophilie ? Un viol commis il y a de longues années : histoire de détraqués sexuels ? Au fil des événements, on découvre peu à peu une histoire à la fois triste, moche, glauque mais aussi touchante.

 

Le meurtre n’est pas aussi anodin, gratuit, simple qu’il parait. Le mobile, petit à petit se dessine. Erlendur s’interroge et le lecteur aussi. Voici une tragédie familiale, une histoire douloureuse, des personnages complexes, des coupables éventuels, des victimes innocentes, tout s’implique, tout s’embrique dans un style concis, net, sans circonvolutions inutiles jusqu’au dénouement.

 

On aura compris bien avant la fin qui est le coupable, mais ce n’est pas pour autant qu’on arrêtera la lecture, car Indriasson ajoute à son intrigue des sentiments bien plus complexes, bien plus singuliers qui nous pousseront à finir coûte que coûte le roman.

 

Famille, héritage génétique, historique, psychologique, transmission, mémoire, Indriasson propose ici un fort bon polar, mené tranquillement mais sans désintérêt aucun, bien au contraire. Le tout en nous faisant visiter l'Islande, ses moeurs, l'apparente placidité des habitants mais aussi leur droiture et leur honnêteté.

 

La cité des jarres - Arnaldur Indriason - Points 328 p

 

Les avis de Fashion Victim, Katell, Tamara

01.01.2008

LA VIERGE FROIDE ET AUTRES RACONTARS – JORN RIEL

8e825ab6f6624a1aad08a81f07d2bece.jpg Dix petites histoires, dix racontars très courts nous embarquent au Groenland.

Là-bas, les hommes habitent dans des cabanes et se réchauffent à l’eau de vie sans cesse redistillée. Ils vivent seuls mais forment une communauté solidaire, unie dans son isolement et la vitale nécessité de se retrouver, de troquer la solitude contre des paroles, des rêves ou des désirs partagés.

Là-bas, les hommes échangent des fiancées imaginaires contre des peaux de renard, des fusils de chasse ou des chandails irlandais bien réels. Ils devisent philosophie avec un coq languissant, tandis que celui-ci attend désespérément que le soleil de lève sur la nuit polaire. Ils courent nus dans la bise glaciale, tatouent leurs corps neigeux d’œuvres d’art, remplissent leurs quotidiens en déversant des mots jusqu’à épuisement.

Là-bas les hommes se réchauffent le cœur et l’âme à grandes goulées d’eau de vie et de paroles, oublient l’âpreté de leurs vies en acceptant leurs différences, tissent des amitiés solidaires et solitaires, préfèrent se tairent ensemble plutôt que parler seuls.

Ils se jalousent, se chicanent comme les enfants qu’ils n’ont pas, détestent les cochons qui leur volent leurs amis, avides qu’ils sont de chaleur humaine, de compagnie ou d’intimité.

Ils jouent aux cartes avec leurs morts ou enterrent leurs vivants, acceptent le destin comme une fatalité.

Un joli recueil d’histoires qui se lit très vite, des histoires rudes et masculines, qui sont plaisantes, dépaysantes, et réchauffent le cœur.

Mes racontars préférés : La vierge froide, De joyeuses funérailles, Tournée de visites.

Ceux que j’ai moins aimés : Le vent du Sud-Est, Le roi Oscar.

Les avis de Stéphanie, Gachucha, Sylire, Karine,

20.12.2007

LE DANOIS SERBE – Leif DAVIDSEN

d59ab2edc78f670c05289418515974e2.jpg « Per Toftlund se doute que la venue de Sara Santanda à Copenhague ne sera pas de tout repos. La jeune femme, équivalent féminin de Salman Rushdie, est sous le coup d’une fatwa lancée par les autorités religieuses d’Iran. Sa tête est mise à prix. Les politiques ne veulent pas la rencontrer. La protection se fait sans grands moyens. Toftlund doit éviter l’attentat et gérer 24 heures de danger permanent alors que des fuites annoncent la présence d’un professionnel de la pire espèce. Un contrat. Un isolé. Un homme jeune, blond, qui se fait appeler Vuk. Un homme qui, à dix-sept ans, a quitté le Danemark et des études brillantes pour revenir en Bosnie avec ses parents. Un Serbe qui a vu les siens massacrés d’horrible manière par des voisins et amis avant de devenir à son tour, traumatisé, harcelé de cauchemars, un impitoyable tueur. Il est l’homme idéal, il parle la langue, il est indétectable : il est le Danois serbe. »

C’est ma première rencontre avec cet auteur danois, ancien journaliste qui se consacre maintenant à l’écriture de romans d’espionnage. Je l’ai choisi pour la lettre D de mon challenge ABC 2008 (disons que mon calendrier est en avance…) et je ne le regrette pas.

Leif Davidsen installe d’un style simple et épuré son intrigue et ses personnages. Nous assistons à la préparation de la venue de l’auteure iranienne touchée par une fatwa : d’une part les préparatifs minutieux et inquiets de l’inspecteur Per Toftlund, inspecteur des services secrets danois chargé d’organiser la visite et la sécurité de l’écrivain ; il est assisté de Lise Carlsen, journaliste chargée d’encadrer et de maximiser la communication autour de l’écrivain.

D’autre part, nous suivons en parallèle les préparatifs de Vuk, le tueur à gages chargé d’exécuter le contrat pour le compte de l’Iran. Vuk a été engagé par l’intermédiaire d’un ancien agent du KGB passé du coté de la mafia russe.

J’ai beaucoup aimé l’épaisseur des personnages : Per Torftlund, inspecteur calme et minutieux, célibataire décidé à protéger coûte que coûte l’écrivain, Lise Carlsen, torturée entre son mariage qui bat de l’aile, un mari dépressif, mutique et sa passion naissante pour l’inspecteur. Elle ne supporte plus une union qui n’est plus que factice mais a peur de poursuivre une liaison avec un homme qu’elle connaît si peu.

Et bien sûr, Vuk, l’assassin, le tueur froid, calculateur et sans morale. Un jeune homme brisé par une guerre serbo-croate destructrice et ravageuse, encore hanté par ses cauchemars, un homme devenu tueur mais qui aurait tout aussi bien mener une vie normale, si les atrocités de la guerre n’avaient pas pulvérisé sa famille, sa vie et par là même son destin. C’est de loin le personnage le plus intéressant de l’histoire, le plus riche et le plus attachant. Celui qu’on a envie de suivre et de retrouver.

Avec un rythme serein mais qui ne se relâche pas, Leif Davidsen entraîne insensiblement son lecteur vers une apogée de plus en plus captivante et angoissante. Et, pour le plus grand plaisir de ses lecteurs, laisse une porte ouverte vers de nouvelles aventures où ils retrouveront ses personnages dans « L’ennemi dans le miroir ».

Rajoutez à ceci un portrait amoureux de Copenhague, des habitudes et des comportements danois, vous obtiendrez un bien bon roman qui m’a donné envie de poursuivre ma connaissance de cet auteur.

27.11.2007

LA REINE DANS LE PALAIS DES COURANTS D’AIR – STIEG LARSSON (Millenium 3)

 3d1de85b6f9779f23aa640fd20d86863.jpgVoici le préambule de la quatrième de couverture :

« Que les lecteurs des deux premiers tomes de la série Millenium ne lisent pas ces lignes s’ils préfèrent découvrir par eux-mêmes ce troisième volume d’une série rapidement devenue culte. »

Je vais donc rester vague sur le déroulement et l’intrigue de ce troisième et dernier volet de Millenium.

Nous y retrouvons la plupart des protagonistes de « Les hommes qui n’aimaient pas le femmes » et « La petite fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette ».

Contrairement au tome 2 qui se déroule plus d’un an après le tome 1 et dont l’histoire est totalement différente (même s’il y a de nombreuses références au premier volume), ce dernier chapitre démarre immédiatement dans la foulée du tome 2 et nous retrouvons nos personnages préférés seulement quelques heures après les avoir quittés.

Plus question de trafic de prostituées ou de course poursuite effrénée dans ce troisième tome. Nous voici en plein roman d’espionnage : agents secrets, sections occultes au sein des services secrets suédois, écoutes illégales, filatures, fabrication de fausses preuves, une toile d’araignée opaque se tisse afin d’étouffer une bonne fois pour toute le scandale qui menace la démocratie suédoise.

La conspiration est telle qu’il faudra toute la résolution et l’opiniâtreté de Mikael Blomkvist pour démêler les fils d’une très sombre machination dont les imbrications sont souterraines et férocement protégées par les services secrets.

De nouveaux visages apparaissent au fil du roman : Rosa Figuerola, inspectrice body-buildée et fichtrement romantique, Evert Gullberg et Frederik Clinton, glaçants instigateurs et stratèges dénués de scrupules, Stylo Pourri, harceleur frustré… Qu’ils soient terriblement attachants, sadiques ou révoltants, ils contribuent à agrémenter la palette de personnages de la trilogie.

Quant au suspens, que dire….. Si j’avais oublié de nourrir ma fille avec le deuxième tome, là, j’ai failli oublier d’aller la chercher à l’école…. Au moment même du roman où certaines voitures fonçaient à toute allure dans les rues de Göteborg pour empêcher une tuerie, je fonçais à l’école en pensant non pas aux reproches de la maîtresse mais au restaurant dans lequel la tuerie en question était programmée…. J’ai finalement ralenti car je me voyais mal évoquer à des policiers ébahis que je dépassais la vitesse autorisée à cause d’espions suédois et de journalistes d’investigation traqués et menacés…

En bref, une fois de plus j’ai été happée par le style impeccable, l’intrigue savamment haletante, le suspens perfidement dosé.

Amateurs de sensations fortes mais intelligemment calculées, à vos livres…..

J’ai trouvé ici l’avis de Cuné sur la trilogie, … si d’autres ont mis leur avis en ligne, dites le moi…

19.11.2007

LA FILLE QUI REVAIT D’UN BIDON D’ESSENCE ET D’UNE ALLUMETTE – STIEG LARSSON

4cc7473bb917a68192c93347b4dc06a6.jpgTandis que Lisbeth Salander coule des journées supposées tranquilles aux Caraïbes, Mikael Blomkvist, réhabilité, victorieux, est prêt à lancer un numéro spécial de Millénium sur un thème brûlant pour des gens haut placés : une sombre
histoire de prostituées exportées des pays de l'Est. Mikael aimerait surtout revoir Lisbeth. Il la retrouve sur son chemin, mais pas vraiment comme prévu : un soir, dans une rue de Stockholm, il la voit échapper de peu à une agression manifestement très planifiée.

Enquêter sur des sujets qui fâchent mafieux et politiciens n'est pas ce qu'on souhaite à de jeunes journalistes amoureux de la vie. Deux meurtres se succèdent, les victimes
enquêtaient pour Millénium.

Pire que tout, la police et les médias vont bientôt traquer Lisbeth, coupable toute désignée et qu'on a vite fait de qualifier de tueuse en série au passé psychologique lourdement chargé.

Mais qui était cette gamine attachée sur un lit, exposée aux caprices d'un maniaque et qui survivait en rêvant d'un bidon d'essence et d'une allumette ? S'agissait-il d'une des filles des pays de l'Est, y a-t-il une hypothèse plus compliquée encore ?

Et voici le second volet de la trilogie Millenium, dans lequel nous retrouvons Lisbeth Salander traquée par la police après trois meurtres sanglants. Tous les indices sont formels, Lisbeth est une psychopathe dangereuse.

Et bien oui.

Lisbeth Salander est dangereuse.

A éviter.

Absolument.

Elle est dangereuse parce qu’elle a failli provoquer la sous-nutrition d’une fillette.

Ma fille.

Parce que j’en ai oublié de préparer ses repas.

Elle est dangereuse parce je risque de me faire étrangler par mon professeur de théâtre.

Parce que je ne révise aucun de mes textes alors que j’étais sensée rester allongée pour cause de blessure, et en profiter pour les travailler.

Je suis restée au lit, mais avec pour seule compagnie Lisbeth Salander, ne me plongeant pas une seule seconde dans mes textes.

Elle est dangereuse parce que je me suis quasiment coupée de tout lien social via internet, négligeant volontairement d’allumer mon ordinateur, fait remarquable comme dirait mon cher et tendre…

Alors méfiez vous de ce second volume. J’avais apprécié le premier, tout en le trouvant long à démarrer. Mais celui-ci est diabolique.

Il démarre sur les chapeaux de roue, dans les Caraïbes par temps de cyclone. Péripétie qui n’a rien à voir avec l’enquête, mais qui n’est que le hors d’œuvre d’un roman scotchant, à l’intrigue haletante.

Le lecteur est ensuite immergé dans une sombre histoire de trafic de prostituées, de complicités et de protections haut placées. Rien de spectaculaire dans ce scénario, mais il permet de retrouver les protagonistes de Millenium 1 et de creuser leurs personnalités, notamment celle de Lisbeth Salander, de découvrir son passé trouble et les traumatismes qu’elle a vécus.

On y retrouve Mikael Blomkvist, star du journalisme d’investigation depuis l’affaire Wennerström, qui refuse de croire à la culpabilité de Lisbeth et se lance dans sa propre enquête pour la disculper.

On y retrouve l’infect Maître Burjman, toujours aussi abject et crapuleux.

Le tout dans un rythme effréné et palpitant, une intrigue complexe aux rebondissements inattendus et hallucinants.

Alors, comme dirait la pub : Vous avez aimé le tome 1 ? Vous allez adorer le tome 2 !

Les avis de Fashion Victim, de Cathulu, de Gachucha

Toutes les notes