17.05.2008

CHALEUR DU SANG – IRENE NEMIROVSKY

1424650795.jpgNous sommes dans le centre de la France, au début du vingtième siècle. Sylvio, le narrateur, se rend dans un village paisible et y retrouve sa cousine Hélène.

Il observe les habitants de cette bourgade provinciale ; le rythme de vie est paisible, aussi calme et retenu que la vie de ces familles issues de la terre. On s’y parle peu, on vit au rythme des cultures agricoles, on ne se mêle pas des affaires d’autrui. Mais sous les aspects rigides et les façades convenues se terrent des secrets, des histoires familiales qui surgiront après la noyade de Jean Dorin, le gendre d’Hélène.

Voici un roman qui m'a laissée perplexe. Très bien écrit, avec simplicité et fluidité, il entraîne le lecteur dans le quotidien des habitants de ce village rural et bourgeois,  dans leur vie qui s’écoule au rythme des saisons et des récoltes.

Irène Némirovsky y parle des mariages de raison, que ce soient les jeunes filles qui épousent des vieillards ou des mariages de convenance. A cette époque, on n’obéit pas à l’amour mais à l’argent, au devoir, à la raison.  Elle nous plonge dans un monde où l’apparence d’une vie rangée, stable régit toutes les conventions sociales de cette petite bourgeoisie locale. Les rancoeurs et les convoitises (de chair, de terres, d’argent) sont soigneusement tues, cachées, même si aucun secret ne reste longtemps enfoui. C’est un milieu rural où tout se sait et tout se tait.

Et, de ce milieu étriqué, Irène Némirovsky nous décrit l’ardeur de la jeunesse, les désirs et les passions qui consument secrètement les corps et les cœurs des jeunes gens. Ardeurs qui s’assouvissent parfois dans le silence, mais qui, dans le confinement de cette vie étriquée, deviennent frustrations, jalousies, colères.

Le roman est bâti habilement, avec un certains suspens dans la révélation ces secrets enfouis. Mais j’avoue être restée plutôt à l’extérieur. La révélation finale m'a surprise, mais je l'ai trouvé peu crédible. Spectatrice mais jamais actrice de ce roman.

Milieu rural ? Epoque ? Manque de force ? J’ai aimé le fond, la forme, mais je suis restée indifférente aux feux de l’amour décrits par Irène Némirovsky.

26.04.2008

MALAVITA ENCORE – TONINO BENACQUISTA

1694828693.jpgRetrouvons la famille Blake que nous avons découverte dans « Malavita ». Quelques années plus tard, quelques noms d’emprunt plus tard, quelques déménagements plus tard, nos quatre compères vivent, sous le nom de Wayne, à Mazenc, dans la Drôme.

Les enfants ont grandi, ils sont indépendants et vivent leur vie. Belle est amoureuse, Warren aussi.

Maggie a lancé une petite entreprise de restauration sur Paris. Elle fait des allers-retours entre sa nouvelle vie de femme indépendante et son mari devenu écrivain.

Car Fred a réussi non seulement à écrire son roman, mais aussi à être édité, et même recevoir une certaine reconnaissance, sous le pseudonyme de Lazlo Pryor.

Seule Malavita la chienne n’a pas changé de nom et reste près de son maître. La chienne, et les agents du FBI, aussi, ceux du programme Witsec (protection des témoins) chargés d’organiser et de surveiller la vie de cet ancien mafieux repenti.

On a plaisir à retrouver cette petite famille dont tous les membres se cherchent toujours. Maggie chérit sa liberté toute nouvelle et s’émancipe de son mafieux de mari. Les enfants parviennent tant bien que mal à échapper à l’atavisme familial, à construire une existence normale. Loin des clans et des gangs.

Quant à Fred, il rumine encore et encore son passé, l’époque glorieuse où il était un capo. L’époque où sa vie ne ressemblait pas à celle d’un retraité provençal, entre pastis et pizzas.

Il y a toujours de l’humour, quelques passages savoureux, notamment quand Fred se décide à ouvrir un livre. Pour la première fois de sa vie. Délectable.

Il y a de la justesse chez les personnages, toujours aussi attachants, toujours aussi touchants.

Tonino Benacquista écrit bien, juste, avec humour. Un vrai plaisir.

Ceci dit, l’intrigue manque trop de piquant pour en faire un très bon Benacquista. Tous vivent leurs petites aventures, leurs petits revers, drôles certes, assumés avec leurs caractères bien trempés, mais il manque un fil conducteur, quelque chose qui accroche, qui happe le lecteur. On les aime toujours autant, les membres de cette famille, comme on aime toujours autant les agents du FBI qui les accompagnent, mais on a l’impression d’observer des petits retraités et leurs mésaventures qui sont bien trop gentillettes pour qu’on ait envie d’en lire un troisième volet, si troisième volet il y a.

Ou alors il faudra qu’il soit plus mordant, plus détonnant, que celui-ci.

16.04.2008

LA DOUCEUR DES HOMMES – SIMONETTA GREGGIO

 1346183896.jpg

"La femme est un délicieux instrument de plaisir, mais il faut en connaître les frémissantes cordes, en étudier la pose, le clavier timide, le doigté changeant et capricieux. "

 

 

Fosca a 87 ans. Constance beaucoup moins. Elles se rencontrent à Venise, dans un café. Et de ce hasard ensoleillé naîtra une amitié sans faille.

Dans la Rolls Royce de Fosca, les deux femmes partent en voyage vers l’Italie et Fosca raconte.

Elle raconte sa vie, ses amants, ses amours, ses rencontres avec les hommes qui ont façonné la jeune femme qu’elle était…

Simonetta Greggio écrit bien. La plume est fluide, souvent poétique, et le voyage de ces deux femmes ressemble à une carte postale gorgée d'une lumière douce, éthérée. On se croirait dans un film des années 50. Grâce Kelly et Cary Grant au volant d’une voiture, sur les hauteurs de Monte Carlo. Le crépuscule, l’air marin et le cheveux au vent, les palaces, la Toscane…

Je m’égare, pardon.

On est donc en voyage.

Mais que ce voyage est banal – ou alors n’étais-je pas dans le bon état d’esprit, suis-je trop cynique pour apprécier toute saveur sucrée et nostalgique ? A aucun moment je n’ai réussi à me laisser séduire ni emporter. La suite d’images, les amants qui se succèdent, les femmes de la vie de Fosca, les voyages, le tout est bien écrit (malgré parfois un effort trop ampoulé pour faire de jolies phrases) forment un roman certes pas désagréable, mais il m'a manqué cette profondeur, ces non-dits qui vous troublent pour que je le trouve à mon goût.

 

Elles ont aimé : Stéphanie (que je remercie pour le prêt), Karine, Emeraude, Caro[line], Clarabel, Cathulu, Florinette

Leurs avis sont plus mitigés : Fashion, Bladelor.

10.04.2008

LE JUGEMENT DE LEA – LAURENCE TARDIEU

732618227.jpgLéa attend, dans le couloir du palais de justice, que les jurés rendent leur verdict. Léa est accusée du meurtre de son fils. On ne saura pas grand-chose d’autre. On devinera, on aura l’impression d’effleurer la vérité, sans jamais la saisir tout à fait.

 

Encore une fois la plume de Laurence Tardieu vous essore le cœur. Elle pointe, avec ses mots tout simples et forts les sentiments les plus sombres, vous entraîne dans les méandreuses spirales des pensées de Léa. Le cœur se ratatine, les poumons suffoquent. La douleur lancinante de Léa devient votre.

 

Léa ne parle pas mais pense. Beaucoup. A son père, à sa mère, à son frère, et son fils, bien sur, même si ce ne sont que des ombres qui apparaissent fugacement. Les souvenirs affleurent, quelques bribes d’enfance, l’écho de parents trop occupés à se haïr silencieusement et interpréter une comédie de mariage réussi. De ce mariage sans amour naîtra Marie qui plus tard balaiera jusqu’à son prénom pour devenir Léa. On plongera dans le désarroi de Léa, son manque d’amour, son incapacité à donner, à recevoir, le mal-être issu de ce mal-naître.

 

On devine, on ressent. Mais c’est peut-être trop clairsemé, trop vaguement opaque. On imagine, on suppose. Laurence Tardieu ne donne aucune piste, elle nous laisse nous débrouiller avec sa plume lumineuse, même dans les mots les plus lancinants, les plus difficiles.

 

Sommes nous trop abandonnés à de vagues suppositions ? Cette mère infanticide, on n’arrive pas à l’aimer. On ne trouve aucun support à notre empathie. On la regarde sombrer, on assiste en spectateur au tourbillon de ses pensées, on frissonne devant la beauté des phrases, oui, mais on reste de glace devant la femme.

 

Un roman, encore une fois superbement écrit, mais une histoire trop éparse, sans complicité, trop de questions qui manquent de réponses.

 

Quand Véronique Olmi, avec « Bord de mer », parlait d’une mère infanticide, j’aurais voulu pouvoir serrer celle-ci dans mes bras.

 

Léa m’a touchée, mais pas suffisamment.

Les avis de Tamara (que je remercie pour le prêt), Clarabel, Laure et celui d'Emeraude.

02.04.2008

GRACE ET DENUEMENT – ALICE FERNEY

1237614174.jpgSincèrement, je ne vois pas que rajouter au titre qu’a choisi Alice Ferney. Tout est dit. Deux mots qui résument simplement, lumineusement son roman.

C’est une vie, des vies que raconte Alice Ferney. Celle d’Angeline, la tsigane, la matriarche qui mène sa famille, ses fils, Angelo, Simon, Moustique, Lulu, Antonio, ses belles-filles, Nadia, Helena, Milena, Misia et leurs enfants. Ils sont tsigane, romanichels, manouches, gitans, gens du voyage. Mais quel que soit le nom qu’on leur donne ils n’en restent pas moins des êtres humains, pauvres et riches à la fois.

Ils vivent dans leurs caravanes misérables. Ils vivent de peu, de rien, et pourtant n’ont pas besoin de plus.

Esther est une « gadjé », une fille de la ville, une étrangère. Et pourtant elle va les apprivoiser, s’imposer et venir tous les mercredis lire des histoires aux petits. Elle croit au pouvoir des mots, à la richesse des histoires, et il n’y a pas de raison pour que ces petits gitans en soient privés.

Le style d’Alice Ferney n’est que grâce. Ses mots simples, lumineux, nous transposent dans près de ces familles démunies, nous enveloppent de cette atmosphère faite de dignité, de fierté, de tendresse. Ses phrases nous découvrent ces traditions ancestrales, et essentielles.

Elle raconte, dessine, le poids de l’honneur, la fierté d’Angéline devant sa famille unie, même si Antonio est volage, même si Simon est violent, l’attachement des femmes à leurs hommes, le devoir des épouses et des mères, l’indolence des maris, l’innocence des enfants. Elle raconte le deuil insoutenable et la vie qui redémarre parce que « on ne fait pas comme on veut la grève de vivre ».

Elle raconte aussi les préjugés, le rejet des municipalités d’accueillir ces nomades. Leurs méfiances. Leurs a-priori, leurs refus, leurs « je vous l’avais bien dit » (« Mais la mairie ne voulait pas connaître les gitans. Et les gitans n’attendaient rien de la mairie. Il y avait en eux une inertie magnifique, une façon absolue d’accepter le sort et la vie comme ils viennent. ».)

C’est un voyage immobile, un voyage vers les gens qui voyagent. Raconté avec douceur, tendresse, respect et humanité.

« Leurs camions ne roulaient presque jamais, mais c’était la dernière chose pour rester des hommes, des être autonomes et non des rampants. Il avait cette conscience des limites jusqu’où peut aller le dénuement sans vous détruire, sans broyer le noyau central qu’on appelle l’âme, le sentiment de soi, l’estime qu’il faut bien se porter pour vivre et pour, disait-il, accepter toute cette merde (il désignait la ville) sans se sentir sale. Les hommes disaient : On a même pas de quoi bosser. Et tout de même, malgré une nonchalance devenue habituelle, c’était un outrage de ne pas pouvoir partir le matin, s’éloigner des femmes, faire la tournée des décharges et revenir les mains noires. Lorsqu’ils étaient parti avec leur camion, Esther à dessein demandait aux femmes : Ils sont pas là les hommes ? Non répondaient les épouses, ils travaillent quand même ! Elles étaient fières ».

Les avis de Papillon, Magda.

28.03.2008

CHAQUE FEMME EST UN ROMAN – ALEXANDRE JARDIN

348038307.gifCopains d'avant...

 

 

Les romans d’Alexandre Jardin ont pour moi un parfum d’adolescence. J’ai dévoré « Bille en tête » autant que j’ai adoré « Le zèbre ». Plus tard Fanfan m’amusa. Autant le dire tout de suite, j’ai un peu grandi avec Alexandre Jardin. J’aimais ses romans comme une adolescente exalte sa routine en dévorant ses frasques romanesques, incongrues et romantiques.

 

Puis le temps passa et d’autres auteurs vinrent suplanter la plume alerte et les personnages exaltés. La maturité rejeta les chimères, la sagesse les loufoqueries.

Il y a trois ans, « Le roman des Jardin » fut lu avec circonspection, doute, puis finalement rejeté avec la fermeté convaincue d’une adulte moins encline aux révélations vaudevillesques et familiales.

Alexandre Jardin revient ici avec « Chaque femme est un roman », troisième volet autobiographique (après « Le zubial » et « Le roman des Jardin »). Il nous parle des femmes qu’il a croisées : amantes, amies, voisines. Des femmes extraordinaires, des femmes « jardinesques », des femmes salées, épicées, sucrées. Savoureuses, quoi.

Ici, point de chronologie, qui serait de toute façon insultante quant à la spontanéité, point de révélations fracassantes ou règlements de compte.

Point de lourdeur, point d’ennui, mais des rencontres, avec une lectrice, une juge, une professeur, une amie..

Une succession de portraits touchants, une galerie de femmes idéalisées, fantasmées, réinventées. On devine un soupçon de colorisation, des rencontres saupoudrées de fard, mais on retrouve la plume incisive, sautillante et cocasse d’Alexandre Jardin. J'aime ce style, et là je me suis clairement régalée.

En fait, ce n'est pas une réécriture, mais plutôt la vision de ces femmes vues au travers le prisme d'Alexandre Jardin. Et, foi de lectrice, j'aimerais être vue à travers ces yeux là : des yeux qui idéalisent, interprètent, des yeux qui s’emballent et qui pétillent.

Quelques pointes lancées ça et là contre « la corruption littéraire » ou « le fétichisme des territoires littéraires trop cadastrés » sèment un peu d’acidité, supposent quelques douleurs ou blessures ; un peu de provocation (le chapitre consacré à Grace Kelly fut pour moi un régal et probablement un de mes meilleurs fou rires du week end) et au final un roman lu avec plaisir, comme un café pris avec un vieil ami que l’on n’a pas vu depuis longtemps.

On se retrouve, on ne sait pas trop quoi se dire, va-t-on retrouver notre ancienne complicité ? On se regarde, on se raconte nos vies cabossées en les réinventant un peu, en ajoutant quelques touches de rose ou de rouge sur le trop gris, on devise sur le temps qui passe, on compare silencieusement nos rides en affirmant que le temps n’a pas de prise sur nos visages, on se sourit puis on se sépare, mélancoliques et nostalgiques. En espérant sincèrement une prochaine rencontre.

Merci pour ce café, Mr. Jardin, ce fut un agréable moment !

"Chaque femme est un roman", A. Jardin, Grasset 294 p., sortie avril 2008

 

ps : le merci pour le café n'est pas seulement un clin d'oeil. J'ai été invitée, parmi d'autre bloggueurs (In cold blog, Lily, Stéphanie, Anne-So, Sophie Kune, Solenne) à un petit-déjeuner avec Alexandre Jardin à l'occasion de la sortie de son livre. Mon avis reste objectif. J'ai aimé ce livre, comme j'ai aimé rencontrer Alexandre Jardin.

27.03.2008

LA CONSOLANTE – ANNA GAVALDA

881770122.jpgBeaucoup s’accordent à dire qu’il faut dépasser les 250 / 300 pages pour apprécier ce roman.

 

Page 344, je renonce. Je pose. Je déclare forfait.

 

Je ne comprends pas ce qu’a voulu raconter Anna Gavalda. J'ai trouvé le style indigeste. On retrouve bien sûr les onomatopées, les dialogues tronqués, les points de suspension… ce que l’on avait déjà remarqué dans « Ensemble c’est tout », mais qui était compensé par une histoire et des personnages emplis de tendresse et au final vraiment touchants. Parce que "Ensemble, c'est tout" m'avait vraiment touchée.

 

Ici, ma lecture ne fut qu’ennui, lassitude, agacement, soupirs, rage parfois, devant ce style trop haché, trop bâclé. Et puis l'absence quasi systématique de pronoms personnels m'a énormément perturbée. Donne une espèce de mélasse pénible à lire. Gâche l’histoire de cet architecte en pleine crise existentielle, crise de vie, crise d’envie. Aurait pu me toucher, m’a saoulée.

 

("Ça donne une espèce de mélasse pénible à lire. Ça gâche l’histoire de cet architecte en pleine crise existentielle, crise de vie, crise d’envie. Il aurait pu me toucher, il m’a saoulée")

 

Je suis navrée mais moi, ça m'a gonflé tout ça. Et j'admire sincèrement ceux qui ont eu le courage d'aller au bout de ces 637 pages. Pour ma part j'arrête de me faire violence et abandonne la lecture. C'est peut être (sans doute même) un peu facile de juger un livre alors que l'on ne l'a pas terminé, je sais. Mais il m'en a trop coûté pour aller au delà de ces 344 pages, alors tant pis, je passe peut-être à coté ?

 

 

Mais je remercie quand même mon libraire préféré de me l’avoir prêté !

 

 

Les avis de Cuné, Laurence du Biblioblog, la Lettrine, Solenne, de Gambadou.

 

Cathulu et Bellesahi ont réussi à ne pas passer à coté, je les admire.

26.03.2008

LA FILLE DES LOUGANIS – METIN ARDITI

314994511.jpgPavlina grandit sereinement entre sa mère Magda, son père Spiros, sa tante Fotini, son oncle Nikos et son cousin, Aris. Douceur de l’adolescence, chaleur de l’été grec et caresses de la mer sur la peau de Pavlina.

La mort de Spiros et Nikos, le même jour, dans un stupide accident de pêcheurs (on apprend vite que ce n'est pas un accident), sera le premier bouleversement dans la vie de Pavlina. Pavlina qui continue à grandir, accompagne son cousin Aris, ne le lâche pas, et petit à petit découvre son amour dépasse l'amour simplement familial. Premiers frissons, premiers émois, Pavlina et Aris s’aimeront un soir, juste une fois, avant le suicide d’Aris. Parce qu’Aris aimait aussi les hommes.

Pavlina est enceinte. Elle ne sait pas qu’elle n’est pas la fille de Spiros, mais celle de Nikos. Autrement dit, Aris était son frère. Elle doit abandonner son enfant. Et vivre avec ce poids, cette chape, cette brûlure qui consume ses entrailles.

Voici un roman bien écrit, qui vous transporte sous le soleil brûlant des Îles Grecques, qui vous empoigne de la douleur de Pavlina. C’est bien fait, c’est justement écrit.

Il faut aller au-delà des situations, qui semblent au premier abord plutôt faciles voire grossières (la fille aime son frère qui aime les hommes, l’enfant abandonné, la recherche…), parce que le roman se laisse lire. Parce qu’on y croit, parce qu’on s’attache à Pavlina, au poids qui plombe ses épaules et l’empêche de vivre. Parce qu’il aborde très sobrement la douleur, l’arrachement, l’opacité d’un avenir empêtré par le passé, dont on ne peut se défaire, dont on ne peut s’extirper.

Mais au final ce n’est pas transcendant. J’ai préféré l’âpreté du début à l’enlisement qui s’ensuit, même si les personnages sont tous très bien décrits, très bien dessinés et fort intéressants. Quant à la fin, elle m'a laissée particulièrement perplexe.

 

Je crois que trop d'effets de style diluent la force même du roman. Alors on va dire « Pas mal ». A réserver à ceux qui aiment ce genre d’histoire compliquée, les descriptions de corps musclés hâlés qui fendent les eaux des mers chaudes. A lire sur la plage, tiens. De préférence pendant des vacances en Grèce.

Les avis de Caro[line], Chiffonnette, Papillon, et  Solsol, très enthousiaste.

La fille des Louganis, M. Arditi - Actes Sud, 238 p.

20.03.2008

LE MARIAGE D’ANNE D’ORVAL – SEBASTIEN FRITSCH

2031124801.gifNous sommes dans l’Auvergne médiévale et les seigneurs partagent leur temps entre guerres de contrées, banquets, religion, vassalités, rivalités. 

 

Le Baron Enguerrand d’Orval veut marier sa fille Anne. Anne dont la beauté, la douceur, la pureté ont bouleversé sa vie et transformé le seigneur sanguinaire en homme bon et juste. Clément de Merlieu sera le promis. Clément choisi pour sa droiture, son caractère exceptionnel parfaitement accordé à celui d’Anne.

 

 

Mais voilà, l’amour ne se résume pas à un contrat signé entre deux Seigneurs. L’amour est parfois plus fort que la volonté d’un père despote. Un amant, dont on ne connaîtra le nom qu’au tout dernier mot de la toute dernière page du livre. Une jeune femme dévouée à son père mais qui se laisse séduire. Une mère attentive, deux frères soumis. Un promis dont le passé reste un mystère, dont les amis ne sont pas aussi nobles qu’ils le paraissent. Une volonté de vengeance qui se transmettra de génération en génération, et cette question lancinante, qui taraude le lecteur : qui est Clément ? Qui est l’amant ? Qui a bafoué l'honneur de cette famille ?

Il m'a fallu du temps pour rentrer dans ce roman historique, même si les descriptions, les situations, se laissent lire avec beaucoup intérêt.

On a envie d’accompagner plus longuement Anne, sa pâleur, sa langueur, Enguerrand homme d’honneur, on a envie de savoir QUI écrit ce récit. Pas de passion, donc, mais de la curiosité. Beaucoup de curiosité. Petit à petit elle s’installe, les caractères se dessinent et l’on se retrouve plongé dans ce roman d’amour et cette fresque médiévale.

Je ne peux pas dire que j’ai adoré ce roman. Mais je me suis laissée emporter par l’histoire, j’ai tremblé avec Anne d’Orval, j’ai détesté puis aimé puis méprisé ce père aveugle et pétri d’orgueil, que j’ai même soupçonné du pire parfois.

A lire donc, si l’on aime les romans historiques, les romans sur l’amour et l’orgueil stupide, la rage vengeresse et la passion, plus forte que le devoir et la raison.

Ce premier roman de Sébastien Fritsch sera bientôt suivi par un roman policier « Le sixième crime ». Si l’habileté de l'auteur pour installer son lecteur dans le doute et le questionnement se confirme, si les personnages de ce deuxième roman sont aussi bien dessinés que ceux du "Mariage d'Anne d'Orval", je crois que ce sera probablement très réussi.

17.03.2008

COMME UN MERE – KARINE REYSSET

279475564.gifL’amour d’une mère est immense. A la fois insondable et lumineux, il bouleverse nos vies, transcende nos existences et les submerge.

C’est de cet amour que nous parle Karine Reysset, à travers l’histoire d’Emilie, une jeune paumée, une gamine déboussolée qui accouche sous X puisqu’elle est incapable de faire face à cette maternité non désirée, et celle de Judith, qui accouche le même jour, dans la même maternité, dans la même salle d’un enfant qui ne vivra pas. Après des années de grossesses inabouties. D'espoirs anéantis.

Désespérée, démolie, Judith enlève Léa, l’enfant d’Emilie. Elle sait qu’Emilie a de toute façon l’intention d’abandonner son enfant. Elle qui a tant d’amour en elle, tant d’amour à donner, à offrir, à déverser, à hurler..

Emilie, Judith, Léa. Deux femmes et une enfant. Trois vies, trois existences fragiles et ténues, vouées à des chemins séparés qui vont se croiser, se rencontrer, se retrouver, mêlées par un lien invisible et tenace, indissoluble.

Nous allons suivre ces deux femmes que tout oppose. Emilie l'écorchée, éraflée par la vie, et Judith, la femme cassée, qui sombre dans une torpeur mélancolique. Emilie retrouvera son enfant, tentera de se construire un avenir, elle n'est plus seule, elle a Léa ; mais Judith les retrouvera. Elle n'a plus rien, elle veut juste revoir, une dernière fois, cette enfant qu'elle a sérrée si fort, qu'elle a aimée avec désespoir. 

Karine Reysset nous offre ici un récit à deux voix empreint de sensibilité et de délicatesse. Son récit est une marée montante d’amour et de baisers sucrés, ceux que l’on dépose sur les joues veloutées de nos enfants, un récit qui nous étreint de la chaleur de ce lien indescriptible, indestructible qui unit une mère et son enfant.

Elle raconte avec pudeur et respect la folie, l’effondrement, la destruction auxquels peut mener la perte d’un enfant. Judith va reporter sur Léa tout cet amour dont son cœur déborde violemment. Emilie, elle, se verra submergée par un sentiment qu’elle n’attendait pas, qu’elle rejetait, question de survie. L’arrachement brutal, imprévu, imprévisible, balaie ses intentions et les remplace par un amour insubmersible. Avec ses difficultés, ses doutes, ses peurs.

C’est un roman qui émeut, qui est joliment écrit, avec sensibilité et simplicité.

Et puis il y a Saint Malo, ses remparts, sa thalasso, son Sillon, on sent presque la brise marine et salée sur nos visages. On marche sur la plage ou les remparts, on sent les embruns, on entend les goélands...

Et les dernières pages, qui se lisent avec effroi, avidité, espoir, inquiétude, soulagement…

Karine Reysset est une découverte.

J’y retournerai.

 

 

Tatiana de Rosnay nous l'annonçait déjà, ici.

 

 

Editions de l'Olivier, 179 pages

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