10.12.2007

VINGT QUATRE HEURES DE LA VIE D’UNE FEMME – STEFAN SWEIG

ff15e6835c7a6cdcd248fb48ae4b2d33.jpg« Scandale dans une pension de famille « comme il faut », sur la Côte d’Azur du début du siècle : Mme Henriette, la femme d’un des clients, s’est enfuie avec un jeune homme qui pourtant n’avait passé là qu’une journée…. Seul le narrateur tente de comprendre cette « créature sans moralité », avec l’aide inattendue d’une vieille dame anglaise très distinguée, qui lui expliquera quels feux mal éteints cette aventure a ranimé chez la fugitive. »

C’est une longue confession, un récit salvateur et libérateur que nous offre là Stefan Zweig. Une vieille dame hantée par son passé se libère de cette chape de plomb et raconte son aventure à un presque inconnu rencontré dans une pension de famille.

Le récit est très beau, même si j’ai trouvé le style d’un classicisme parfois trop appliqué, trop descriptif ; il laisse peu de place à l’imaginaire.

En revanche j’ai beaucoup apprécié le récit du point de vue des situations : une femme mûre, aisée, respectueuse des conventions sociales et morales va se laisser submerger par une passion intense et tout oublier le temps d’une seule et unique nuit.

Stefan Zweig aborde le jugement et la condamnation de toute dérive à la morale, l’hypocrisie bourgeoise qui juge sans vouloir comprendre et blâme aveuglément tout ce qui n’est pas conforme aux conventions sociales. Jugement et condamnation qui vont jusqu’à étouffer cette femme, alors même qu’elle n’a jamais raconté son aventure, par le seul poids non pas du remords mais de la peur du regard des autres.

Au delà de l’histoire et du style, j’ai aimé ce thème : la tolérance, le respect et l’écoute d’autrui. Il arrive que certaines personnes jugent au premier regard et ne prennent pas la peine de connaître une personne ; la classent, la répertorient, la cataloguent sur une apparence, une phrase, une attitude, et s’accrochent impitoyablement à leur jugement sans concevoir un seul moment qu’ils font du mal.

L’héroïne de Stefan Zweig est donc consumée par la peur de la condamnation et de la réprobation. Elle se libérera enfin en racontant son histoire à un inconnu qui, comme elle, semble enclin à la tolérance et l’empathie.

« A coup sûr, les tribunaux sont plus sévères que moi en ces matières ; ils ont pour mission de protéger implacablement les mœurs et les conventions générales : cela les oblige à condamner au lieu d’excuser. Mais moi, simple particulier, je ne vois pourquoi de mon propre mouvement j’assumerais le rôle de ministère public. Je préfère être défenseur de profession. J’ai personnellement plus de plaisir à comprendre les hommes qu’à les juger ».