29.11.2011
Un été à Cold Spring – Richard Yates
« Eh bien. Moi qui croyait que le diner était un moment privilégié pour la conversation. »
Ce qui est fou, avec Richard Yates, c'est que chacun de ses romans possède l'art d'emporter son lecteur loin, très loin de son quotidien, tout en lui arrachant des ha et des ho qui sonnent comme une reconnaissance, une empathie, une identification presque imperceptible et parfois martelante à ses personnages. Parce que Yates, quand il raconte ces existences fragiles, petites, désabusées, ces petits tout et ces grands rien, ces parcours confits de banalité, trace non pas à la plume mais au scalpel des portraits saisissants de vérité, tristes et lucides qui se dévorent en quelques heures ou quelques nuits, pourvu que l'on ait l'ivresse de vouloir plonger dans ces méandres suffocants d'existences engluées dans la morosité des rêves ratés et des espoirs enterrés.
C'est dur, sans doute, d'associer « identification » à « existences ratées », mais ce n'est pas le ratage de vies qu'il faut y voir mais la faculté qu'a Richard Yates de rendre ces personnages forts et proches, si bien dessinés, si bien affinés qu'ils semblent au lecteur leur frère, leur soeur, leur autres moi peut-être. Une précision d'entomologiste, donc, qui plonge le lecteur dans le quotidien d'existences banales de l'Amérique des années 40. Dans La fenêtre panoramique, Richard Yates saisissait le quotidien et les rêves brisés d'April Wheeler. Dans Onze histoires de solitude, c'est une poignée d'êtres seuls qu'il croquait avec une lucidité frappante, tandis qu' Easter parade accompagnait deux soeurs dans leurs vies diamétralement opposées mais aucunement heureuses.
«... il deviendrait l'un de ces hommes limités, sans envergure mais aimable, qu'on ne pouvait que prendre en pitié. »
Ici c'est la famille de Charles et Evan Sheppard dont l'existence va être disséquée par Richard Yates. Charles doit quitter l'armée à cause d'une vue trop basse, sa femme (que l'on verra à peine, comme l'ombre vaguement présente qu'elle est devenue) trempe sa mélancolie dans l'alcool. Leur jeune fils, Evan, ancien délinquant passionné de mécanique, va devoir épouser Mary puisqu'elle est enceinte. Et par là même renoncer provisoirement à entrer à l'université. Embauché comme mécanicien, il divorcera un an et demi plus tard. L'armée le refusera lui aussi pour cause de tympans perforés, mais pas Rachel, rencontrée par hasard quelques années plus tard. Rachel épousée (à l'époque, on se marie, tout simplement sans vraiment s'interroger), l'université définitivement oubliée, Evan ne se fera pas violence pour changer le cours de sa vie tout comme les autres personnages du roman : Gloria, la mère divorcée de Rachel, assoiffée d'amour comme d'alcool, ou d'amitié ou de reconnaissance, bref, assoiffée de tout ce qui ne la laissera pas seule ou encore Phil le jeune frère de Rachel, le seul, peut-être à essayer de ne pas rester passif devant la vie. Parce qu'il a encore, lui, plusieurs chemis possibles devant lui. A lui de savoir lesquels emprunter.
Bref, une poignée de personnages qui se croisent et se cherchent, se jaugent, s'aiment un peu mais toujours mal, trop mal parce qu'ils ne s'aiment pas eux-même, et que c'est là que le bat blesse. Tous empruntent des routes barrées, se cherchent, se perdent, se noient dans le brouillard de désirs trop mal exprimés ou trop enfouis, passant à coté de leurs vies et préférant rester sur place par paresse, ignorance ou faiblesse. Un désarroi poignant et lancinant qui perce sous chaque mot, chaque phrase ciselée, calculée, précise comme un scalpel qui vient entailler, lentement mais bien profondément, la sensibilité du lecteur. Redoutable.
Un été à Cold Spring – Richard Yates
Pavillons Robert Laffont – octobre 2011, 205 pages
L'avis de Racines
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06.10.2011
Jusqu'à la folie – Jesse Kellerman
Comment peut on mener un homme à la folie, le faire sombrer dans des abîmes insondables où lui-même n'imaginerait jamais aller ? Comment mener un homme, un futur médecin, à devenir un autre, un homme violent, un homme méprisable ? Jonah Stem est pourtant un homme bien, un homme en devenir, un futur médecin donc, étudiant en chirurgie. Stressé, oui, usé, oui, éreinté par les nombreuses heures de garde et l'absence de sommeil. Epuisé mais quand il croise sur son chemin un autre homme qui bat une jeune femme, Jonah ne réfléchit pas : il se lance au secours de l'agressée. Le combat tourne court : Jonah tue accidentellement l'agresseur. Une bonne action qui pourtant mènera Jonah aux portes de la folie.
Appétissant, ce pitch et ce début pour ce roman de Jesse Kellerman (qui est en fait le second roman de l'auteur, écrit avant "Les visages"). On retrouve le jeune auteur avec un roman très différent, au rythme rapide et aux sensations bien plus violentes. Bien, donc, pour l'adrénaline et le stress, à condition d'aimer ce type de sensations prémachées. En revanche, il manque, toujours en comparaison après la lecture de Les visages, ce qui faisait à mes yeux le sel et l'intérêt du précédent roman : l'intrigue n'est pas plongée dans un contexte historique et familial, elle repose essentiellement voire uniquement sur des faits, des actions. Les personnages n'ont pas la profondeur, l'épaisseur des personnages de Les visages. On les suit, on tremble (ou pas, voire pas du tout) avec eux, mais sans cette empathie ou cette sympathie que l'on avait précédemment ressenties.
Une intrigue qui attirera sans aucun doute les amateurs de romans d'angoisse fortement addictifs, mais qui, à mon goût, manque de consistance et d'épaisseur.
Déçue.
Jusqu'à la folie, Jesse Kellerman
Ed. Les deux terres, 376 pages, octobre 2011
25.08.2011
Mémoire assassine -Thomas Cook
Stevie est un rescapé. Son père a tué sa mère, sa soeur, son frère. Stevie avait neuf ans, était allé jouer chez un ami à la sortie de l'école. Son père l'a attendu un peu, pour l'abattre à son tour, avant de finalement prendre la fuite. Trente ans plus tard, Stevie est un homme marié, père de famille. Il a réussi à construire sa vie tant bien que mal, une vie fait de brics et de brocs, de souvenirs et d'interrogations, de doutes, d'hésitations, de hantises. Son père est toujours en fuite, l'affaire, sans être classée, est plus ou moins oubliée par les autorités. Mais un jour surgit Rebecca, une jeune femme qui écrit un livre sur les pères meurtriers. Sur ces hommes qui, un beau jour, massacrent leurs familles. Au fil de ses rencontres avec Rebecca, Stevie fait ressurgir le passé et reconstruit, par bribes, les semaines qui ont précédé le drame. Qui était son père ? Qui étaient ses parents ? Pourquoi en sont-ils arrivés là ?
Un roman d'une efficacité redoutable : on le commence et on ne peut plus le lâcher. D'un bout à l'autre, on est happé par la plume et l'histoire de Thomas Cook. Que ce soient les souvenirs – douloureux, poignants – ou les doutes de Stevie devenu homme, on ne peut que dévorer le roman. Petit à petit se dessine par strates successives le portrait d'une famille que tout désignait comme normale. Mais les apparences étaient trompeuses et ce sont les regrets, les rêves dissimulés ou enterrés, les non-dits, les rancoeurs qui petit à petit vont revenir à la mémoire de Stevie. Thomas Cook dépeint brillamment cette famille de classe moyenne et les désirs, les frustrations, les faiblesses de tous ces membres. Que ce soit la mère, frustrée, éteinte avant l'heure, la soeur, passionnée et passionnelle, qui rêve de partir et de fuir cette vie étriquée, ou le frère, colérique, isolé, faible... L'atmosphère est ouateuse, on vit avec cette famille, on ressent leurs émotions et leurs peurs, on tremble ou on compatit. En guise de miroir, au fil des souvenirs, on apprend à connaître Stevie et la vie qu'il a vécu ou réussi à bâtir. Mais les fondations sont fragiles et menacent de s'écrouler sous le poids de cette mémoire qui revient, peu à peu, réclamer son dû.
Un puzzle qui, en se formant, devient de plus en plus noir et va conduire Stevie à reconstituer petit à petit le drame survenu 30 ans plus tôt.
Terrible, donc, et fichtrement efficace, jusqu'à la dernière page, jusqu'au dernier sursaut que le lecteur ne manquera pas de faire. Un roman magistral et inédit : très bonne idée pour soutenir le lancement de ce nouveau format, je le répète, terriblement agréable à lire.
Mémoire assassine, Thomas Cook
Point2. Août 2011, 504 pages
A lire ici le premier chapitre du roman.
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11.08.2011
Un traitre à notre goût - John Le Carré
« Elle est dans le sous-sol de Bloomsbury, elle, la compagne de Perry pour la vie soudain devenue son excédent de bagages, indésirable pour ce voyage. »
Soleil, argent, mafia russe, parties de tennis caniculaires, yachts et blanchiment d'argent. On y ajoute aussi un couple d'anglais bon ton, des agents secrets, Londres, Paris, une jeune fille de 16 ans belle et enceinte, un peu de sang et de représailles, du repentir et de la vengeance... Beaucoup de choses ? Trop ? Eh bien non car John Le Carré maîtrise de bout en bout ce roman à la fois tentaculaire dans son intrigue (en tous cas pour les néophytes du roman d'espionnage comme moi) et limpide dans ce qu'il raconte : corruption, lâchetés, veuleries, et surtout blanchiment d'argent : la noirceur du monde actuel s'étend et s'étale sur toutes les couches de pouvoir, qu'il soit officiel ou non.
Mais revenons un peu à l'intrigue, quand même. Deux jeunes anglais bon ton, donc, sont en voyage aux Antilles. Ils sont conviés par un richissime russe à une partie de tennis. Voilà pour la rencontre. Deux mondes qui s'ignoraient et notre jeune professeur de lettres et son avocate de compagne deviennent les confidents d'un mafieux russe, voire les récipiendaires d'une surprenante confession. Dima le russe veut vivre en Angleterre, il doit pour cela bénéficier de la protection des services secrets, et Perry et Gail seront ses messagers. De retour en Angleterre, les tourtereaux encore ébahis d'être mêlés à tout ça rencontrent des agents des services secrets très avides d'en apprendre un peu plus sur Dima.
Ce qui est impressionnant, avec ce traître à notre goût, c'est la maîtrise de la narration : une construction en « spirale », en quelque sorte : le roman commence par la rencontre entre Perry Gail et Dima, se poursuit par les interrogatoires entre Perry, Gail et Luke et Hector, ou Yvonne encore, les agents secrets des renseignements britanniques. Des flashs backs qui s'enchaînent avec brio, le tout parfaitement rythmé : on se laisse complètement prendre par le récit, on se perd parfois, un peu, on reprend le fil et on s'attache à Perry, ses doutes, ses hésitations, sa fascination pour Dima, tout comme on ne peut s'empêcher d'aimer Dima avec ses failles et – même – ses détestables défauts. Tous les personnages sont parfaitement croqués, les secondaires bénéficient tout autant de la même attention de l'auteur, tous deviennent indispensables et trouvent leur place dans le roman. Un vrai plaisir souligné par ce style limpide, décontracté et pourtant bien précis, souvent drôle au détour d'une phrase avec piquées là, l'air de rien, une petite pique, une petite perle qui nous font sourire.
Un vrai plaisir donc, auquel il faut parfois s'accrocher pour ne pas décrocher, justement à cause de la construction complexe ou tout simplement à cause du thème, mais qui mérite le détour et m'a furieusement donné envie de découvrir d'autres romans de Le Carré.
Un traître à notre goût, John Le Carré
Seuil, 373 pages, mai 2011
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13.05.2011
La vie financière des poètes – Jess Walter
« En fait, il s'avère que tout à un fond. A part les problèmes dans lesquels je
m'enfonce. »
Il est loin, le temps où Matt rêvait d'un monde meilleur, en tous cas plus poétique, en tous cas plus idéal, un monde dans lequel il pourrait quitter son boulot de journaliste et créer un site de conseils boursiers en ligne... des conseils en vers, en rimes, en strophes, en alexandrins ou en prose, des conseils différents de la prose indigeste et impersonnelle des journalistes financiers. Ce qu'il a fait en créant poesiness.com, avant de se rendre compte que ce monde meilleur n'existe que dans les rêves des poètes silencieux. Et les rêves se sont transformés en cauchemar. Matt doit trouver 30000 dollars dans la semaine s'il ne veut pas être exproprié, sous les yeux de sa femme, de leurs deux fils et de son père sénile revenu vivre auprès d'eux.
Exproprié ou... dealer d'herbe, finalement, car le hasard le met sur la route de Skeet et Jamie, deux vendeurs de beuh avec lesquels Matt va travailler. Au point où il en est, tout est bon à prendre, même les risques insensés que son statut de chef de famille devraient lui interdire de courir.
Autant critique sociale que farce désabusée sur les rêves désenchantés des jeunes cadres, "La vie financière des poètes" recèle quelques trésors d'humour et de dérision. Les aventures de ce jeune quadra déboussolé autant par la menace d'expulsion que par celle d'être trompé par sa femme ou de perdre l'admiration de ses enfants révèlent au delà de l'aspect tragi-comique (et Dieu sait qu'elles le sont, comiques) un satire corrosive de nos sociétés de consommations (« Avec les tapis de sol pour l'hiver, les taxe et le contrat d'entretien de deux ans superflu, cette voiture m'a coûté 31 256 dollars. Et à cause de plusieurs imprévus récents – mensualités oubliées, pénalités de retard, refinancement de la maison, consolidation de prêt, diverses crises familiales et mon licenciement malvenu – après deux ans de versement, je dois encore 31 000 dollars. Pour une voiture qui en vaut 18 000. Telle est ma vie maintenant : endettement maximum. »).
Et la consommation n'est pas la seule cible de Jess Walter : y passent aussi et surtout les rêves et idéaux de réussite (sociale tout au tant que financière) des quadra désabusés et laissés sur le carreau par la vie et ses aléas. Alors que sa femme se cherche une vie qu'elle croit meilleure à travers les réseaux sociaux, Matt fonce tête la première dans ce qui lui semble la seule et unique chance de s'en sortir. Il achète, il vend. Et pourquoi pas aux riches ou aux méchants qui l'ont plumé ? C'est vif, drôle, alerte, on rit plus souvent qu'à notre tour et même si, pour ma part, l'effet de style « listes » et énonciations m'a parfois un chouya fatiguée, je n'en garde pas moins le sourire aux lèvres au souvenir de l'ironie mordante bourrée d'auto-dérision et de lucidité de ce poète malheureux, un sourire plein de tendresse et d'empathie.
Que demander de plus ?
La vie financière des poètes – Jess Walter
10/18, avril 2011, 306 pages
L'avis de Cuné, in love with it.
"Amber dirigeait les ressources humaines du journal à l'époque où je travaillais ici. Maintenant, quatre vagues de licenciements plus tard, Amber est quasiment le service des ressources humaines. Ça aussi, ça doit craindre, la chef des RH qui vire presque tout le monde aux RH. On se serre la main. Sans être très belle, Amber possède un look business woman un peu pute, légèrement déplacé, avec ses tailleurs un peu courts, un peu moulants, et ses chaussures un peu radicales dans un environnement de bureau. (Si Amber doit se licencier un jour, elle pourra toujours se suicider en se jetant du haut de ses escarpins)."
06:09 Publié dans *Litterature Anglo-saxonne* | Lien permanent | Commentaires (13) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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09.05.2011
L'album de Milo – Carolyn Parkhurst
Ce n'est pas un nouveau roman que va remettre Octavia Frost à son éditrice, mais un recueil intitulé « L'album de nulle part », dans lequel Octavia réécrit la fin de ses sept romans. Pour chacun d'entre eux, elle réinvente un nouvel épilogue. Comment son lectorat va-t-il réagir, elle ne le sait pas, mais Octavia voulait reparcourir ces histoires et les revisiter (« Une fois que l'auteur a fait son boulot, on attend de lui qu'il se retire poliment ; autrement, il est un rappel embarrassant du fait que ces histoires ne sont pas venues au monde spontanément et parfaitement formées. J'imagine que si Shakespeare réaparassait et disait « Je me suis trompé, Roméo et Juliette ne sont pas morts de façon tragique, ils ont vécu si longtemps qu'ils ont eu le temps de se marier, de perdre leurs dents et de se pourrir la vie mutuellement... » eh bien, il en baverait sérieusement. »). Octavia, parfaitement lucide, se doute bien que, n'étant pas Shakespeare, elle risque tout au plus de susciter l'indifférence ou un intérêt vaguement poli, et encore. Si ses romans ont connu un certain succès, Octavia n'est pas un auteur médiatique et son visage, reproduit en quatrième de couverture, n'est pas reconnu dans les rues. Son fils Milo, en revanche, est connu : musicien d'un groupe de rock à succès, il fait régulièrement les unes des magazines et c'est d'ailleurs ainsi qu'Octavia a de ses nouvelles. Ils ne se parlent plus depuis bien longtemps, mais alors qu'elle arrive à New York Octavia apprend que la petite amie de Milo a été assassinée. Milo est suspecté du meurtre. Octavia se rend à San Francisco pour tenter de revoir son fils.
Un mélange de genres intéressant, dans lequel Carolyn Parkhurst s'interroge sur le pouvoir des histoires et la part de soi que livre, même inconsciemment, un auteur dans ses romans (au fil du récit sont insérés les dernières pages des romans d'Octavia et la nouvelle fin qu'elle réécrit). Dans chacun de ses romans, on perçoit l'influence du drame vécu par l'auteur : alors que Milo avait neuf ans, le mari d'Octavia et leur petite fille sont morts dans un accident : Octavia a dû élever seule Milo, dans une relation chaotique mêlée de désespoir et d'incompréhension. Drame familial aussi, donc, dans lequel Octavia tente de renouer avec son fils Milo et de découvrir la vérité sur l'assassinat de sa belle fille (Octavia a reçu un mot anonyme avec les mots « Quelqu'un ment" et se rend vite compte que Milo, ne se souvenant de rien de cette nuit meurtrière, pourrait bien être innocent).
Un roman à plusieurs niveaux, donc, qui mêle intrigues psychologique et policière. Il prend plus de saveur passée l'installation de l'intrigue et des personnages et, malgré un fin un peu rapide (et prévisible), il reste un exercice intéressant.
L'album de Milo, Carolyn Parkhurst
Ed. Philippe Rey, avril 2011, 380 pages
06:26 Publié dans *Litterature Anglo-saxonne* | Lien permanent | Commentaires (14) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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04.05.2011
Les privilèges – Jonathan Dee
« C'est extraordinaire. Qui aurait deviné qu'être maître de l'univers pouvait rapporter autant d'argent ? »
Parfois les a priori sont tels qu'on passe devant une couverture / 4ème de couverture avec une moue et on repose l'ouvrage négligemment. Et puis on s'aperçoit que son libraire le labellise « coup de coeur », on lit quelques critiques dans la presse professionnelle toutes enthousiastes alors on feuillette quelques pages, on se dit après tout pourquoi pas, allez tentons, essayons on verra bien.
Parce que les a priori, j'en avais en découvrant Les privilèges. Une histoire de riches New-Yorkais, très très riches et malheureux. Je ne suis pas du genre à baver devant tout étalage de fortune et j'avais peur que le propos de l'auteur veuille seulement rassurer un lecteur béat qui aurait été ravi d'apprendre que même les riches sont malheureux et que l'argent ne fait pas le bonheur, tout en rêvant devant un étalage de bling bling et de brillant.
Mais point de bling bling et de strass ici, et aucun des clichés qui m'effrayaient : Jonathan Dee évite l'écueil démagogique en basant son roman sur les personnalités de Cynthia et Adam, ce jeune couple qui se marie dans les premières pages du roman. Un couple dont la force réside dans l'amour qu'ils éprouvent l'un pour l'autre. Réussir, oui, pour briller socialement – puisque briller signifie exister – mais surtout pour se protéger.
Car si Adam fait fortune en tant que financier (tout en s'arrangeant parfois avec l'éthique et la justice), il veut avant tout et surtout mettre Cynthia à l'abri et lui donner tout ce qu'elle peut souhaiter. Tout au long des quatre chapitres qui couvrent les étapes successives de la vie des Morey et de leur situation financière (ils deviendront, au final, odieusement riches), Jonathan Dee raconte avec froideur, presque, l'évolution de cette famille. Quatre chapitres qui sont autant d'ellipses sur les périodes intermédiaires de la vie des Morey : le but n'est pas de montrer comment Adam fait fortune ni comment leurs vies se délitent : 1) ils se marient, 2) ils sont jeunes et gagnent bien leur vie, 3) ils sont riches, 4) ils sont extrêmement riches. Point d'explication, de démonstration ou de détails, Jonathan Dee dresse un tableau en quatre volets qui n'en sont que plus forts et encore plus édifiants.
Adam et Cynthia oublieront d'être à force de paraître ou de vouloir être tandis que leurs enfants chercheront désespérément ce qu'ils sont (que ce soit dans la drogue ou dans la musique), sans se trouver ("Personne ne pouvait rien contre sa naissance. Il fallait juste partir de zéro et l'empêcher de déterminer qui vous étiez"). Jonathan Dee s'attache à tour de rôle à chacun des membres de cette famille, selon leur point de vue : tous, malgré leurs privilèges, sont seuls, et ont perdu, à force de ne plus rien désirer, le sens même du mot désir.
Une chronique familiale implacable et pessimiste qui nous emporte du premier mot au dernier mot, dernier mot au cynisme glaçant tout autant qu'admirable.
Impressionnant.
Les privilèges, Jonathan Dee
Plon, mars 2011, 298 pages
L'avis de Cathulu
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| Tags : comparé par la presse à fistzgerald, wharton, wolfe, il y a un peu de ça, oui |
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28.04.2011
Des adhésifs dans le monde moderne - Marina Lewycka
« - Vous êtes juive?
- Yorkshire. C'est presque une religion. »
Parce qu'il ne veut pas coller un porte brosse à dents dans la salle de bain, Georgina lui envoie son lait brûlant à la figure et se fait quitter dans la foulée. Puisqu'il est parti, Georgina met toutes ses affaires à la benne, tant pis pour lui (j'aime les femmes de caractère, moi) et rencontre Mrs Shapiro, une veille dame qui vient récupérer dans ladite benne les disques de musique classique de feu le mari aimé. Mrs Shapiro vit dans une grande bicoque délabrée au coeur de Londres, possède sept chats efflanqués dont un macho (qui plus est violeur patenté), une chatte amoureuse, un crotteur anonyme, le tout dans des conditions hygiéniques plus que douteuses voire carrément répugnantes.
Le rapport avec les adhésifs, me direz vous ? C'est que Georgina travaille comme journaliste pour un site « Des adhésifs dans le monde moderne ». Peu passionnant mais payant.
Le rapport entre les adhésifs et l'histoire de Georgina et Mrs Shapiro, me re direz-vous en souriant d'un air caustique ? Il y en a un pourtant, et même plusieurs car au fur et à mesure que l'on découvre avec jubilation ces aventures tragi-comiques, on se laisse totalement emporter par l'histoire et les personnages. Georgina, donc, va s'occuper de la maison de Mrs Shapiro quand celle ci sera hospitalisée et découvrir un peu du passé de la vielle dame excentrique. Ajoutez à l'histoire de Mrs Shapiro des agents immobiliers appâtés par la bâtisse, des travailleurs palestiniens fans de PVC et pas vraiment bricoleurs, des agents des services sociaux pas très sociaux, des personnes âgées frappadingues, un adolescent illuminé qui attend la fin du monde et reliez le tout par un adhésif puissant : l'amitié, l'amour, le respect ou la tendresse selon les cas.
Car de fêlures il en est bien question, que ce soient celles des relations parentales, celles des couples, celles des gens qui s'abiment dans des disputes épuisantes ou des conflits sociaux, de classe ou de religion. Un peu de colle donc ou de ciment, dont en sortira un roman tout en finesse, en drôlerie et en tendresse. Car oui, on rit souvent, on s'émeut, on applaudit presque, on efface discrètement une petite larme attendrie que l'on n'a pas vue venir. Marina Lewycka dépasse avec brio le stade de la comédie de moeurs en élargissant le spectre de ces relations humaines à l'histoire plus générale : en remontant dans le passé de plusieurs protagonistes du roman, Marina Lewycka fait une incursion dans l'histoire avec un grand H et emmène son lecteur en Palestine, ou Israël. Là où la colle n'a pas encore pris. Mais point de grande leçon ou de discours pontifiant, rassurez vous, le tout ne sert qu'à étayer ce sympathique roman où les scènes se visualisent avec tant de plaisir qu'on aimerait, après avoir tourné la dernière page, foncer à Londres du coté de Totley Place, et de se glisser parmi les invités de Canaan House. Avec un tube de colle pour nous aussi recoller les morceaux et surtout ne plus pouvoir partir.
Des adhésifs dans le monde moderne, Marina Lewycka
Editions des Deux Terres, 506 pages, avril 2011
Les avis de Sandrine, Lililecture, Sentinelle et Armande
06:00 Publié dans *Litterature Anglo-saxonne* | Lien permanent | Commentaires (17) | Trackbacks (1) | Envoyer cette note
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14.04.2011
Je ne suis pas un serial killer – Dan Wells
John Wayne Cleaver, du haut de ses quinze ans, est persuadé qu'un jour il sera Serial Killer. Faut dire que son environnement familial n'est pas pour le distraire de ses idées morbides. Non pas que ses parents soient des assassins, non, mais tous deux sont thanatopracteurs. Son père est parti sans laisser d'adresse mais sa mère travaille dans la morgue du petit village, avec sa tante et sa fille. John, depuis tout petit, aide sa mère à embaumer les corps. John voue depuis longtemps une véritable fascination pour les meurtres en séries, il est incollable sur la plupart d'entre eux et pourrait citer les noms et modus operandi de quasiment tous les plus grands meurtriers du siècle et des précédents. Pas très sociable, replié sur lui-même et considéré par ses copains du collège comme un psychopathe, John essaie de lutter contre ses aspirations et se refuse à engager une relation sérieuse avec qui que ce soit, persuadé qu'il finira par tuer quiconque s'approchera trop de lui, et consulte régulièrement son psychiatre.
Mais soudain, dans sa petite ville, des hommes sont assassinés, vidés de leurs entrailles ou débarrassés d'un membre ou d'un organe. John commence à se poser des questions. A étudier les possibilités, à se demander s'il ne serait pas, par hasard, le seul psychopathe du coin.
Longue introduction, oui, mais il faut présenter ce tableau étonnant que forme « Je ne suis pas un serial killer ». Loin des thrillers classiques du genre, le premier roman de Dan Wells propose un mélange étonnant de candeur (notre jeune sociopathe reste toujours un jeune candide très attachant), de sanguinolant ( ceci dit très surmontable), de surnaturel et de suspens.
John, notre narrateur donc, va mener l'enquête et tenter de mettre fin à ces meurtres qui terrorisent la population de cette petite ville tout en tentant de lutter contre ses propre démons. Qui mieux que lui peut se mettre à la place d'un serial killer, qui peut imaginer les motivations, raisons, modes de fonctionnement d'un psychopathe ?
Le tout forme un roman sympathique non dénué d'humour. Il y a une part de surnaturel, un part de roman d'initiation, un part de relations garçons-filles, une part de sentiments parentaux et le tout forme justement un roman au final assez sympathique, auquel on s'attache forcément.
Et quand on apprend que John Wayne Cleaver va bientôt revenir dans deux autres romans qui viendront compléter cette trilogie débutante, eh bien, on se ravit et on attend la suite avec curiosité. Un petit truc, quand même, si Dan Wells pouvait revenir avec une intrigue moins surnaturelle, ça serait encore mieux.
Et on se demande, d'ailleurs, si on ne va pas offrir ce premier opus à quelque jeune gars parce qu'il est tout aussi lisible par des ados.
Je ne suis pas un serial killer, Dan Wells
Sonatine, avril 2011, 270 pages
06:23 Publié dans *Litterature Anglo-saxonne*, *Romans Noirs, Polars, thrillers...* | Lien permanent | Commentaires (12) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : serial killer, adolescence, sympathique |
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11.04.2011
The anniversary man - RJ Ellory

« Hell, I live in New York. Every one seems crasy to me. »
On pourra dire que des histoires de serial killer, on en a lu tant et tant que bon ben quoi, voilà, on ne voit pas pourquoi R.J. Ellory réussirait à faire de The Anniversary Man quelque chose de différent, de neuf, de mieux que untel, de plus mieux bien que tel autre etc. Ouaip. Certes. D'ailleurs, l'intrigue générale reste classique : un tueur en série joue les copycat à New York, un flic, Ray Irving, se remet difficilement de la mort de sa compagne, une jeune journaliste Karen Langley, spécialisée dans le crime, va travailler avec Irving. Le tueur manipule diaboliquement la police et les suspects ne sont jamais ceux que l'on pense.
Le tueur en série, le flic, la journaliste, rien de spécialement original, donc. Mais RJ Ellory travaille des personnages, les cisèle, les rend présents, palpables. Et puis il y a John Costello, qui travaille auprès de Karen comme assistant de recherche. John a réchappé de justesse, quelque vingt ans auparavant, à un serial killer, the Hammer of God. Comment refaire a vie quand on a vu, à seize ans, sa petite amie massacrée sous ses yeux ? John ne sera jamais le jeune homme insouciant qu'il était. Depuis vingt ans, il travaille au New York City Herald, connaît tous les meurtres et les affaires de tueurs en série, et c'est lui qui va reconnaître en ces divers assassinats les copies conformes de meurtres survenus des années auparavant. Chaque « copie » ayant lieu à la date anniversaire précise de son modèle, les détails, même les plus infimes (de l'âge de la ou des victimes jusqu'à ses vêtements), sont reproduits à l'identique.
La narration, avec des chapitres courts, se concentre sur Irving, Costello et Karen et le lecteur va suivre l'enquête de leur point de vue. Il y a dans la plume de RJ Ellory une façon très personnelle de modeler ses personnages, de créer une intimité entre le lecteur et les acteurs de ses romans, de faire entrer le lecteur dans son intimité, son passé, ses pensées. Ici, Ray Irving n'est pas seulement un flic dépassé par les événements (les meurtres ont lieu dans des districts différents de New York et il faudra que Costello éveille l'attention des policiers avant qu'ils fassent le lien entre eux).
Le flic est aussi un homme qui s'interroge sur sa vie, son enquête, sa relation avec le meurtre et les tueurs (Ellory cite d'ailleurs souvent Capote et De sang froid). Sans compter ces pages qui se tournent fébrilement, ces meurtres que l'on attend en frémissant (j'ai tremblé avec la famille Allen), ces interrogations qu'Ellory distille sans arrêt, ces fausses pistes et ces chausse trappes qu'il ouvre et ferme sans arrêt, toutes ces pages qui font et défont les pistes qu'on se prend à imaginer, créer, deviner ou plutôt croire deviner, pour repartir rapidement bredouille et tout aussi perdu. Comme Iving.
Un bon page turner, donc, avec une petite réserve pour la fin, pas assez étayée à mon sens, mais, bon, ne pinaillons pas, ça reste un Ellory de très bonne facture.
Les avis d'Amélie Bertrand, de Cuné (merci pour le prêt), de Val, de Aupolicierchinois.
The anniversary man, RJ Ellory -VO
Orionbooks, 452 pages, 2009
06:10 Publié dans *Litterature Anglo-saxonne*, *Romans Noirs, Polars, thrillers...*, Lectures VO | Lien permanent | Commentaires (12) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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