20.05.2009
LE GOÛT ÂPRE DES KAKIS – ZOYÂ PIRZÂD
Kaki n.m : Fruit du plaqueminier, jaune oranger, à pulpe molle et sucrée (Larousse).
La plume de Zoyâ Pirzâd est comme un kaki : colorée, toute en douceur et en saveur. Jamais molle, elle coule avec limpidité, sans effets de style superflus ni fadeur.
C’est une jolie découverte que cette auteure, dont j’avais entendu parler ici ou là, sans jamais avoir pris la peine d’ouvrir ses précédents ouvrages. C’est chose faite avec « Le goût âpre des kakis », recueil de cinq nouvelles dans lesquelles Zoyâ Pirzâd dresse quelques tableaux de vie, quelques portraits de femmes (mais aussi d'hommes) dans la société iranienne contemporaine.
Que ce soit par la hantise des tâches chez une jeune femme qui s’acharne à effacer, nettoyer, laver, astiquer, frotter, lessiver, qui oublie dans son obsession son mariage malheureux ("Les tâches", au style très économique, presque télégraphique, où les scènes se succèdent sans superflu, comme la solitude que ressent la jeune femme), que ce soit dans un appartement, qu’une jeune femme vend et que l’autre achète (l’une est ne supporte pas le poids et l’assujettissement à un mari maniaque et traditionaliste, l’autre au contraire est une femme d’intérieur accomplie, mais toutes deux sont amères et désabusées par leurs vies ("L’appartement")), chacune de ces nouvelles propose un portrait bref mais saisissant d’une société iranienne moderne (les femmes travaillent, fument, divorcent) où les traditions sont encore omniprésentes, parfois lourdes, parfois pleines de grâce (hospitalité, politesse, respect). Une jeune femme dévouée mariée à un artiste insaisissable (« Le père Lachaise), un jeune employé humble qui observe son patron marié à une mégère (« L’harmonica ») ou la solitude d’une femme que le destin a privée d’enfant (Le goût âpre des kakis ») complètent ces petits tableaux et en font une mosaïque réaliste et pleine de tendresse pour ces pans de vies iraniennes.
Des hommes et des femmes, heureux ou malheureux, une culture exquise, de frustrations et des désirs, des solitudes et des familles unies, un très joli recueil, qui se lit avec plaisir.
Naina en parle aussi.
Le Goût âpre des kakis, Zoyâ Pirzâd
Zulma, 219 pages, mai 2009
L’avis de Pagesapages.
06:29 Publié dans Littérature Iranienne, Nouvelles | Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note | Tags : femme, mariage, traditions, iran, kakis, modernité, solitude





