05.05.2009
HAKA – CARYL FEREY
Des rites Maori, un inspecteur de police dont la vie a été pulvérisée par la disparition de sa femme et sa fille près de 27 ans
auparavant, des jeunes femmes assassinées et mutilées, une jeune criminologue venue assister ledit inspecteur, Jack Fiztgerald. Nous sommes en Nouvelle Zélande et Jack Fitzgérald est chargé d’enquêter sur la mort de Carol, retrouvée étranglée sur la plage.
L’assassin a scalpé son pubis.
L’enquête de Jack Fitzgerald – personnage démoli, nous l’avons compris, cocaïnomane et alcoolique, va nous entraîner dans les bas-fonds d’Auckland, entre perversité d’une bonne société vérolée par l’argent, le sexe et le pouvoir, désespérance du milieu de la prostitution et des dealers, rites barbares des tribus Maori.
Caryl Ferey écrit au scalpel, trempe sa plume incisive dans le sang tout frais de ses victimes, croque ses personnages au vitriol, tout en noirceur, en violence et en rage. Les formules font mouche, tout en étant souvent trop teintées d’effets de formule, justement. C’est heurtant, percutant, rapide, l’enquête va vite, très vite. A la fois passionnant et trépidant.
Pourtant, j’avoue avoir moins aimé que Zulu. Effets de formules qui deviennent lassants ? Trop d’application dans le style ? Perversité du récit ? Ecoeurement progressif devant les couches d’horreur empilées, amassées, allant toujours s’accroissant jusqu’au final à la fois époustouflant et vomitif ?
Un bon thriller, certainement, que j'ai dévoré en deux jours, qui me donne encore et quand même envie de lire Utu, le deuxième volet des enquêtes au sein des Maori, mais qui m’a laissée une impression de malaise persistant, lancinant. Et je serais d'ailleurs curieuse de connaître l'avis sur ce livre de ceux qui, comme moi, ont aimé Zulu.
Haka, Caryl Ferey – Folio Policier, 435 pages
Les avis de Polar noir, Kathel, Betty Poulpe.
07:08 Publié dans Littérature francophone, Romans Noirs, Polars, thrillers... | Lien permanent | Commentaires (21) | Envoyer cette note | Tags : interdit aux moins de dix-huit ans, nouvelle zélande, violence, alcool, maori
08.04.2009
MUSC – PERCY KEMP
Monsieur Eme, à soixante-dix ans bien sonnés, est ce qu’on pourrait appeler quelqu’un bien de sa personne. Il attache une
importance toute particulière à sa mise, choisit ses vêtements avec soin, ne sort que soigneusement vêtu et parfumé. Parfumé avec la même fragrance depuis moult années, cette fragrance appelée Musc conçue dans une parfumerie de Grasse. Un beau matin, la maîtresse de Monsieur Eme lui fait remarquer que son odeur a changé, très discrètement, très légèrement, mais a changé tout de même.
C’est la plume si personnelle, à la fois exigeante et totalement séduisante que l’on retrouve ici. Nous suivons Monsieur Eme et son rapport à Musc (le parfum devient un personnage intégral de l’histoire) son rapport à lui-même, aussi, aux autres, aux femmes, à la vie (sa vie étant toute conditionnée à son odeur, à ce qu’il émet), à la fois fascinés par le personnage et son besoin vital, essentiel, de retrouver SON parfum. Difficile de la décrire, difficile de préciser exactement pourquoi le roman est un bijou, parce que tout est dans le style, la façon si fluide dont Percy Kemp arrive à nous happer, nous chopper avec son sexagénaire jamais ridicule (et pourtant !) souffrant d’une obsession olfactive et prêt à tout pour retrouver ces effluves, en être à nouveau imprégné. Pe'rcy Kemp nous coince, nous enchaîne à son histoire, jamais dénuée d’un humour distant et pourtant bien présent.
Un vrai petit régal, donc.
Cuné a senti la même chose.
07:25 Publié dans Littérature francophone | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : odorat, parfum, obsession, ceci dit moi aussi je détesterais que mon parfum disparaisse
27.01.2009
LE VRAI CUL DU DIABLE – PERCY KEMP
Anna Bravo travaille en étroite collaboration avec Noël, le ministre de l’intérieur. Elle est son plus fidèle collaborateur, son chien de garde, son oreille. Sa vie se résume à son travail, les statistiques, les chiffres. Entièrement dédiée à Noël, à sa réussite, à sa future élection aux Présidentielles, Anna est une machine. Un soir, alors qu’elle se rend à un vernissage, elle remarque un miroir vénitien qui reflète une autre Anna, une Anna différente, moins lisse, moins parfaite, moins symétrique. Anna achète le miroir, fascinée par cette autre femme qu’elle ne connaît pas.
Je ne connaissais pas Percy Kemp jusqu’à cette lecture et je reste épatée, à la fois admirative sur le style et intriguée. Une chose est sure, il ne m’a pas laissée indifférente.
La plume, d’abord, est délicieuse. Percy Kemp joue avec la langue, offre un florilège d’expressions, de mots, de phrases savoureuses. Le tout n’est pas dénué d’humour et le sourire affleure régulièrement, l’air de rien, au détour d’une phrase.
Le fond, ensuite, m’a laissée perplexe. Anna et son miroir, Anna et ses miroirs, on est dans un univers centré sur Anna et son reflet. C’est singulier. Cette fascination pour son image, cette obsession qui va dévorer Anna est somme toute… assez fascinante. On plonge dans un univers feutré ou le reflet de soi prend la première place, vient supplanter la réalité, la déformer, la dissoudre.
« Un roman étrange et pénétrant », dit Cuné. Je suis entièrement d’accord. Sans être non plus aussi enthousiaste, je dirais que c’est un roman vraiment étonnant, peu commun, avec une fin…mum… délicieuse.
Comment les autres nous voient-ils ? Il vaut peut-être mieux ne pas le savoir, parfois…
Le vrai cul du diable, Percy Kemp - Cherche Midi, collection Styles, 168 pages
06:29 Publié dans Littérature francophone, Rentrée Littéraire Janvier 2009 | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note | Tags : miroir, vanité, narcisse, percy kemp
12.01.2009
C’ETAIT NOTRE TERRE – MATHIEU BELEZI
« Pour que les choses changent, il faut que le sang coule ». Un sang dévastateur, vorace, impitoyable, le sang des colons farouchement attachés à leurs terres et celui des Algériens, déterminés à récupérer leur pays, le reprendre en main et de libérer du joug des occupants.
Les colons, ce sont les Saint André / Jacquemain : Hortense, Ernest, Claudia, Marie-Claire, Antoine. Et Fatima, leur gouvernante,
ou « bonne, domestique, femme de peine, maritorne, servante, soubrette, souillon », qui racontent la fin tragique de l’Algérie Française. A tour de rôle, ils prennent la parole, dans des monologues qui résonnent comme des mélopées : ils s’interpellent, se répondent, se supplient.
Le rythme est lancinant et les mots, souvent crus, souvent âpres, deviennent envoûtants. Si au début on a un peu de mal avec ces phrases qui se choquent, s’interrompent, reprennent, on se laisse finalement envahir par la mélodie qui nous enveloppe. Les mots deviennent complainte : une complainte de plusieurs voix, chacune représentant une vision différente de la décolonisation : Ernest, l’arrogant colon révoltant et détestable, Hortense, son épouse méprisante qui refusera de quitter le pays, Marie-Claire et Claudia qui partiront mais ne pourront jamais oublier leur terre natale, Antoine, le fils qui rejoindra les fellaghas avant d’être capturé et torturé par l’OAS. Quant à Fatima, elle restera auprès de sa maîtresse, parce qu’elle n’a aucun autre endroit où aller. Parce que sa vie, c’est Montaigne, le domaine de la famille, la terre qui abreuve leurs vies depuis trop longtemps. La terre objet de toutes les convoitises, jalousies et qui recueillera le sang de beaucoup d’entre eux. La terre pour laquelle ils mourront et se déchireront.
Les récits sont sans complaisance, ce sont des cris intérieurs, des cris d’amour et de haine, hurlés en silence, qui plongent le lecteur dans une partie de l’histoire française et algérienne, l’histoire d’une terre farouchement aimée et farouchement défendue. Une terre pour laquelle une guerre fratricide s’est déclenchée et dont personne n’est sorti indemne.
Apre, douloureux, le roman de Mathieu Belezi se lâche difficilement. Parce ses personnages sont terriblement humains, terriblement poignants, lâches et cruels, haïssables et attachants, viscéralement attachés à leur pays, et leurs monologues résonnent encore dans la tête du lecteur bien après qu’il ait posé le livre.
C’était notre terre, Mathieu Belezi – Albin Michel, 475 pages
Les avis d’ Anne-Sophie, Sel, Emmyne.
Lu dans le cadre du Prix des Lectrices ELLE 2009.
06:34 Publié dans Littérature francophone, Prix des lectrices ELLE 2009 | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note
17.10.2008
LE VILLAGE DE L’ALLEMAND – BOUALEM SANSAL
Rachel et Malrich sont frères algero-allemands, émigrés en France à quelques années d’intervalle. Leurs parents (mère algérienne, père allemand) sont restés à Aïn Deb, en Algérie.
Les deux frères ne se parlent pas, ne se comprennent pas tellement. Trop différents, trop occupés, trop occupés à leurs propres vies. Quand ils apprennent que le GIA a décimé Aïn Deb, que leurs parents ont été égorgés, comme tous les autres habitants du village, Rachel décide de se rendre sur place. Il trouve une valise, ayant appartenu à son père. Et il découvre que celui-ci était un ancien nazi. Un SS qui a échappé à la traque anti-nazi en s’engageant dans les moujahid et en se réfugiant en Algérie…
Les deux journaux, celui de Malrich le gosse de la cité et celui de Rachel le modèle d’intégration, se répondent, se racontent.
Rachel, lui, s’enfonce dans la colère, la honte, s’enlise de plus en plus. Il se glisse dans les pas de son père et voyage. Pologne, Allemagne. Camps. Stalags. Il doit revivre, voir, entendre, ressentir la barbarie. Les mots sont acres, douloureux, le voyage de Rachel vous empoigne, vous broie. Voyage au pays de l’horreur, descente aux enfers dont la seule échappatoire est la mort. Rachel se suicide. Il veut payer pour l’horreur impunie commise par son père.
Malrich quant à lui se révolte et répond par la colère. Malrich, avec son inculture, ses emportements de jeune homme, s’emporte. Contre le nazisme, la terreur, la soumission. Contre l’islamisme et le fanatisme. Contre l'extrémisme. Malrich assimile nazisme et islamisme. Sa révolte est plus naïve, plus partiale.

Que faire quand on découvre que son père était un assassin, un criminel, un bourreau, un nazi ? Comment porter ce poids et vivre avec la culpabilité, la honte, la haine, la colère ? Est-on responsable des crimes de ses parents ? Boualem Sansal nous offre un roman d’une force et d’une ampleur bouleversantes. Le dialogue entre les deux frères s’instaure enfin : un dialogue posthume, un dialogue d’amour et de haine, qui restera sans réponse. Mais quelle réponse apporter face à l’horreur ? L’un choisira la mort, l’expiation, l’autre la révolte, le dialogue, la vérité.
Le roman de Boualem Sansal vous bouleverse, vous émeut. Shoah, horreur, terreur, bien sûr, mais aussi les cités, les gosses qui errent, abandonnés par l’Etat, récupérés par des imans voraces et dangereux, et Algérie, GIA, extermination. Le roman est un choc. Violent, effroyable. Le récit est maîtrisé, puissant. Il vous emporte comme une vague énorme, puissante.
Ecoeurant, hypnotisant, indispensable.
Le village de l’Allemand, Boualem Sansal – Gallimard 272 pages
Lu dans le cadre du Prix des Lectrices ELLE 2009
Les avis d’Antigone et Anna Blume
06:31 Publié dans Littérature francophone, Prix des lectrices ELLE 2009 | Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note
27.08.2008
CE QUE LE JOUR DOIT A LA NUIT – YASMINA KHADRA
Younes a neuf ans lorsque son père, trop pauvre pour assurer son éducation, le confie à son frère pharmacien aisé et marié à une française. Auprès d’eux, Younes devient Jonas et intègre une communauté de roumis (français vivant en Algérie, les futurs « pieds-noirs »). Ses yeux bleus et son teint clair l’aident à se lier à quatre jeunes français. Mais jamais il n’oubliera ses origines.
Le nouveau roman de Yasmina Khadra est assez différent des précédents. Au contraire de la trilogie (Les hirondelles de Kaboul, L’attentat et Les sirènes de Bagdad), on n’y retrouve pas un grand thème fort et central. Ici, l’histoire se déroule lentement des années 30 à la guerre d’indépendance.
Mais il n’est pas utile d’avoir un message clair et puissant à faire passer pour écrire un fort joli roman, très émouvant. A travers la vie de Jonas/Younes, Yasmina Khadra évoque son pays, et surtout l’amour que lui portent deux communautés, aussi loyales et passionnées l’une que l’autre. Et cet amour inconditionnel pour leur pays les amènera à se déchirer, se haïr viscéralement et s’écarteler dans une guerre sanglante et fratricide. La plume de Yasmina Khadra est toujours aussi belle, fluide, limpide.
L’Algérie est algérienne, mais elle a aussi été Française, et ses doubles racines ne doivent pas être reniées. Elles font partie intégrante de la culture de ce pays. Yasmina Khadra offre ici un beau voyage au pays du soleil et du sable. On y découvre Oran la belle, Oran la fière, l’altière, on y découvre qu’avant la guerre, l’amitié fut profonde et sincère entre les deux communautés. Mais des deux cotés, des erreurs et des monstruosités ont pulvérisé à tout jamais le lien qui les liait, l’amour pour ce pays.
La déchirure, des deux cotés, reste palpable. Les blessures sont devenue une plaie boursouflée qui encore aujourd’hui arrache des larmes aux français rapatriés. Je serais sincère en avouant qu’une partie de ma famille a vécu à Oran jusqu’à la déclaration d’Indépendance et son rapatriement en France. « Ce que le jour doit à la nuit » a donc une résonance toute particulière pour moi. Je l’ai refermé les larmes aux yeux, même si je ne connais pas cette terre de mes ancêtres.
Ce que le jour doit à la nuit, Yasmina Khadra – Julliard, 413 pages
06:04 Publié dans Littérature francophone, Rentrée Littéraire automne 2008 | Lien permanent | Commentaires (38) | Envoyer cette note
14.06.2008
LA MAIN DE DIEU – YASMINE CHAR
Une enfance choyée dans une famille musulmane au Liban. Une enfance aisée, blottie dans les bras d’un père libanais et d’une mère française. La mère s’en ira, fuyant le pays, son mari, sa fille. Le pays se disloquera dans une guerre fratricide et l’enfance se brisera.
Le premier roman de Yasmine Char contient quelques phrases lumineuses, quelques perles d’écriture qui irradient les pages de ce roman. Les phrases glissent, ondoient, chatoient et coulent avec légèreté.
Yasmine Char décrit les affres d’une guerre civile dans un Liban écartelé où frères et sœurs de cœur se déchirent. Elle y raconte la solitude d’une enfant abandonnée par sa mère, la pression et le poids des traditions qui pèsent sur ses épaules. Il y a les premiers émois, les premiers frissons d’une adolescente tourmentée.
La jeune fille rencontrera un homme. Un homme qui se prétend correspondant de guerre et l’initiera au maniement des armes, la poussera à s’affranchir. Manipulation ? Trahison ? L’enfant s’engouffrera avec avidité dans ce miroir tronqué.
Plein de choses, donc, dans ce roman. Trop de choses, en fait, pour un roman aussi court.
Yasmine Char a surchargé, injecté trop de sujets dans ce premier opus où l’intention est bonne, très bonne même, mais en traitant à la fois la guerre, la perte de l’innocence, la lente transformation d’une jeune fille manipulée en meurtrière, le poids de la religion et des traditions, il m’a semblé que le tout est peut-être un peu trop survolé, effleuré. Le style lumineux sert et dessert à la fois le roman. Il se lit avec plaisir, se déguste parfois, mais amoindrit et dilue la force du sujet quelques pages plus tard.
J’ai pensé à L’amant, j’ai pensé aux Sirènes de Bagdad, j’ai pensé à Nikita (de Besson) : plein de belles intentions trop peu étoffées, trop brièvement servies sur un lit de mots très agréables.
J’attendrais avec impatience son prochain roman, qui devrait, logiquement, combler ces lacunes, grandir en maturité et puissance pour mettre en exergue une plume très gracieuse et agréable.
Merci à Stéphanie pour le prêt, son avis ici et l'avis de Fashion Victim, conquise.
06:47 Publié dans Littérature francophone | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note
04.03.2008
LE JOUEUR D’ECHECS – STEFAN ZWEIG
Nous sommes sur un paquebot à destination de Buenos Aires, pendant la deuxième guerre mondiale. A son bord, Czentovic, champion du monde d’échecs, incapable de communiquer, inculte et asocial. Mc Cannor, joueur moyen, le défie. La partie s’annonce perdue d’avance pour Mc Cannor jusqu’à ce qu’un inconnu se penche sur l’échiquier et l’aide à mettre le champion en péril. Pourtant, cet homme affirme n’avoir pas joué depuis plus de vingt ans. Il se confiera au narrateur et lui racontera son emprisonnement par la Gestapo , la torture mentale et ce qui lui a permis d’y échapper… Le style de Stefan Zweig est classique, clair, limpide. Au travers le récit de M. B, il dénonce les tortures de la Gestapo : emprisonnement , privations sensorielles et absence de stimuli. M. B échappera à la folie en dérobant un manuel d’échecs. Pour entretenir son esprit et éviter de sombrer dans la folie, il s’entraîne mentalement, joue contre lui-même. Son jeu devient obsessionnel, schizophrénique. Echapper à la folie par une autre forme de démence. Son entraînement devient sa force et sa force arme fatale contre lui-même.
Stefan Zweig décrit une autre forme de folie, celle de Czentovic, une brute, un asocial incapable de communiquer, uniquement centré sur son jeu, incapable de supporter d’être battu. Il n’a jamais su communiquer et s’est réfugié dans une sorte d’autisme (ne l’était-il pas déjà ?), vivant uniquement pour le jeu, pour le gain, pour vaincre les autres et se hisser au dessus de la masse qu'il méprise.
Stefan Zweig nous emmène dans un combat singulier, celui de la brute inculte (Czentovic) contre le quidam orgueilleux (Mc Cannor) qui ne veut s'avouer vaincu, ou le professeur cultivé et raffiné (M. B). Folie, engouement, orgueil, le jeu devient une lutte ou la volonté de gagner devient acharnement obsessionnel, impérieux, ravageur. Il n'est plus d'autre volonté que celle d'écraser l'autre.
Un très beau récit allégorique sur l’homme et ses vices.
Les avis de Papillon, Lilly, Flo, Karine, Anjelica.
Lu dans le cadre du Challenge ABC 2008.
08:39 Publié dans Littérature francophone | Lien permanent | Commentaires (28) | Envoyer cette note
21.02.2008
LE TROISIEME MENSONGE – AGOTA KRISTOF
Le troisième mensonge est le dernier volet de la Trilogie des jumeaux écrite par Agota Kristof. Après Le grand cahier et La preuve, nous retrouvons Lucas et Klaus.
Dans les dernières pages de "La preuve", on ne savait plus qui est qui, on ne savait plus lequel des deux existe ou si seulement ces deux là existent. Là encore Agota Kristof sème autant de doutes que de questions, lève autant de voiles sur le passé pour en déposer de nouveaux et brouiller sans cesse les pistes.
Lucas a disparu, Klaus le recherche. Klaus qui est revenu dans son village après l’exil, après avoir fuit ce pays totalitaire foudroyé par la guerre et la bêtise des hommes.
Klaus revient sur son passé, les souvenirs ressurgissent et nous en apprenons plus sur ces deux frères arrachés l'un à l'autre, sur leurs existences qui n’ont été que déchirements, errances et blessures effroyables. L’un comblait l’absence de l’autre en le faisant vivre à ses cotés. Fantômes grimaçants, ombres inséparables, doubles fantasmés, Agota Kristof est terrifiante. Elle ne dit rien, elle suggère, elle laisse deviner.
Et petit à petit elle nous donne les clefs de cette gémellité déchirée, nous entraîne dans le sillon d’une enfance laminée par un cruel accident qui aura anéanti l’existence de Lucas et Klaus. Evénement fulgurant qui atomise leur enfance, leur famille, leur avenir.
On pourrait croire qu’enfin réunis, Lucas et Klaus vont pouvoir se reconstruire. Il n’en sera rien ; leurs retrouvailles seront glaçantes et indéfinissables, comme leurs destins ont pu l’être. Les plaies sont inguérissables, les cicatrices béantes.
Effroyablement pessimiste et tourmenté, ce roman écorché et cruel, dresse le portrait déchirant de deux êtres que la vie aura brisés, ravagés. Il se referme en tremblant et laisse un souvenir cuisant dans la mémoire. Le souvenir d'un moment de littérature fort, très fort.
06:50 Publié dans Littérature francophone | Lien permanent | Commentaires (18) | Envoyer cette note
08.02.2008
LA PREUVE – AGOTA KRISTOF
Voici le deuxième volet de la trilogie d’Agota Kristof, après « Le grand cahier ».
Lucas est resté seul dans le village après que son frère Claus ait réussi à passer la frontière. Lucas s’est claquemuré dans sa solitude. Il continue à vivre dans l’absence de son frère. Enfin… vivre est un grand mot. Survivre serait plus approprié. Encore que.
Végéter, voilà le mot. Lucas végète. Lucas n’est plus que l’ombre de lui-même. Jusqu’à ce qu’il recueille une jeune fille mère. Et qu’il s’attache à l’enfant.
Cette fois-ci, Agota Kristof nous fait suivre Lucas, toujours aussi seul, toujours aussi blindé. La noirceur est toujours aussi présente, mais sous une forme différente. Nous ne sommes plus dans le spectacle d’une effroyable humanité, mais plutôt dans la résignation, la douleur silencieuse, l’abdication devant la fatalité. D’autres personnages entrent en scène : Matthias, le petit garçon infirme, Yasmine sa mère incestueuse, Victor et sa sœur Sophie, Peter, Clara la veuve…
Des solitudes qui se rejoignent, s’éloignent, chacun enfermé dans sa propre douleur, ses propres renoncements, et qui sont incapables d’ouvrir leurs cœurs blindés, soigneusement barricadés.
L’écriture est toujours aussi concise, glaçante. Un minimum de mots qui assènent des coups violents. Ils sèment le doute aussi. Le doute sur l’existence d’un jumeau. Le doute sur la nécessité de vivre sans son double, ou la nécessité de le laisser vivre au contraire.
Ce deuxième volet est plein de désillusion, terriblement pessimiste. On ne sait plus où Agota Kristof veut nous mener, mais on la suit, totalement hypnotisés par l’histoire des ces jumeaux, de ce pays totalitaire et effrayant.
Le troisième volet, « Le troisième mensonge » ouvrira peut-être des portes plus optimistes ?
07:05 Publié dans Littérature francophone | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note





