06.06.2010
Traces de santal – Anna Soler-Pont & Asha Miro
Inde 1974. Agées de 6 et 3 ans, Mouna et Sita sont sœurs. Orphelines, elles sont séparées : Mouna est vendue à un fabricant de tapis, Sati est conduite dans un orphelinat.
Ethiopie, 1974 : à 7 ans Solomon vit avec sa famille avant de pouvoir embarquer pour Cuba et commencer une nouvelle vie dans la cadre d’un programme aidant les jeunes éthiopiens à émigrer.
C’est le destin de ces trois enfants que racontent Anna Soler-Pont et Asha Miro. Ces trois enfants, que nous suivons en Inde ou Ethiopie. Chacun d’entre eux connaît les affres de l’exil, de la séparation, de la quête de son identité. Plus de trente ans après, leurs traces communes les conduiront à Barcelone.
Le thème du roman se veut touchant, bien sûr, on pourrait compatir à ces séparations et douleurs ressenties : Mouna grandit en espérant avoir des nouvelles de sa sœur (qui était trop jeune pour avoir des souvenirs de sa famille), en espérant apprendre à lire et compter et pouvoir ainsi s’affranchir)). De son coté, Sita rêve d’avoir des parents, une famille, et elle sera adoptée par un couple de Barcelone.
Néanmoins, j’ai trouvé le style trop simple, les descriptions de l’Inde et de l’Ethiopie plutôt réduites, on ne « voit » qu’un orphelinat, plutôt bien entretenu par des religieuses catholiques ou une famille plutôt aisée (celle qui accueillera Mouna quand elle atteint onze ans et lui permettra d’apprendre à lire et écrire). Du coté de l’Ethiopie, le récit est plus imagé, j’ai davantage apprécié ces passages, malheureusement trop brefs.
De plus, et c’est là ce qui pêche le plus à mon sens, l’histoire de ces trois enfants fait brutalement un saut de 1974 à 2004, dans la deuxième partie du roman : trente ans après, on découvre la vie de Mouna, Sita et Solomon devenus adultes. Que sont-ils devenus ? On le sait, bien sur, mais cette ellipse totale de leurs apprentissages, de leurs vies de jeunes adultes rend le roman bancal. On devine des souffrances qui sont vaguement évoquées, leurs destins sont résumés brièvement, trop pour que l’on cerne leurs personnalités et qu’on parvienne à les trouver attachants ou intéressants.
Les petits orphelins sont devenus des adultes instruits et civilisés (l'un des destins par ailleurs est peu crédible et outrancier), mais ces trois histoires qui vont se relier ne suffisent pas à rendre le roman intéressant à mes yeux. J’y ai vu une petite historiette sans grand intérêt.
Dommage.
Traces de santal – Anna Soler-Pont & Asha Miro
Buchet Chastel, avril 2010, 351 pages,
Traduit du catalan par François-Michel Durazzo
06:00 Publié dans *Littérature Espagnole* | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note
| Tags : adoption, inde, ethiopie, séparation quête identitaire.. |
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21.12.2008
Si tu manges un citron sans faire de grimaces – Sergi Pàmies
Nous sommes tous les héros potentiels d’un recueil de nouvelles. Nous, et les autres. Les héros du quotidien, les héros des jours qui passent, qui se ressemblent ou pas. Ici, pas de super-héros, ou de super-aventure. 
On y croise un homme-sans-histoires qui meurt et s’aperçoit qu’au final sa famille est bien plus heureuse sans lui, des parents modèles qui découvrent que leur fille modèle veut tellement ressembler aux ados modèles qu’elle les supplie de divorcer (et ils le feront), un homme seul qui envoie des enveloppes vides à des inconnus.
On y croise un auteur qui s’interroge sur la mort, un auteur qui se demande pourquoi cette femme couche avec lui, un bonhomme qui n’aime pas ses voisins mais se demande pourquoi ils ne l’aiment pas…
Des héros du quotidien, donc, des gens banals, des personnes sans histoire, ou si peu, ou si peu intéressantes. Voilà que ce raconte Sergi Pàmies, avec un humour doux amer, avec le recul et la maturité de celui qui observe et ne juge pas, qui éclaire simplement le temps d’un instant des instantanés de vie, qui entrouvre des portes et les referme, le tout avec un joli talent de conteur.
Un tout petit livre, qui se déguste rapidement, s’oubliera peut-être aussi rapidement, mais nous fait passer un très agréable moment.
Si tu manges un citron sans faire de grimaces, Sergi Pàmies – Editions Jacqueline Chambon (ed.associés Actes Sud) 120 pages
06:45 Publié dans *Littérature Espagnole*, *Nouvelles* | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note
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