07.04.2011
Nager sans se mouiller – Carlos Salem
Lui, c'est Juanito Perez Perez. Son métier : tueur à gages. Sa couverture : représentant en papier hygiénique auprès d'établissements médicaux. Bon employé, bien placé dans sa hiérarchie, Juanito s'acquitte consciencieusement des missions qui lui sont confiées et ne veut qu'une chose, après la livraison de son dernier « colis » : partir en vacances avec ses deux enfants. Le problème, c'est que Numéro Deux, son supérieur, lui demande de faire des heures supplémentaires en allant surveiller une cible potentielle. Heures sup, donc, que Juanito accepte en rechignant, mais des heures sup pas ordinaires, la cible se trouvant dans un camps de naturistes. Et la plaque d'immatriculation qui lui est donnée, pour identifier ladite cible, correspond à la voiture de son ex-femme, qui campe avec son nouvel amant, un juge incorruptible. Son ex-femme qui a vendu sa voiture à l'ami d'enfance de Juanito, cet ami devenu riche qui a beaucoup d'ennemis. Il est un peu perdu, notre Juanito, et ces fausses vacances vont lui occasionner bien des problèmes, entre les armes qu'il faut cacher malgré la nudité, sa fille aînée qui aimerait devenir, enfin, une vraie femme, et Yolanda, l'animatrice dont Juan tombe amoureux.
« Nager sans se mouiller », c'est ce que reprochait à Juan Numéro Trois, son mentor dans le métier. Juan qui veut le beurre et l'argent du beurre, tuer et vivre heureux, tuer et ne pas se juger, tuer et ignorer les affres de sa conscience. Et là, dans ce camps de nudistes où la mise à nu est obligatoire, Juan va devoir se mettre à nu, dans tous les sens du terme.
Il est fort, Carlos Salem. Fort parce qu'il parvient à nous entraîner dans une suite d'aventures pour le moins burlesques où tous les personnages sont des cibles autant que des tueurs potentiels. En effet, et si ceci n'était qu'un piège, et que Juan, le nouveau Numéro Trois, était en réalité une cible sacrifiée par l'Entreprise ?
Sous sa façade loufoque (découverte l'an dernier avec "Aller simple", « Nager sans se mouiller » se révèle un polar plus riche qu'il n'y paraît au premier abord. Le seul propos d'un tueur à gages repentant serait quelconque si Carlos Salem ne l'avait pas étoffé avec des réflexions sur la paternité, certains rêves d'enfance qu'on s'empresse d'oublier, cette admiration qu'on éprouve pour son conjoint avant que le temps ne la change en mépris et bien d'autres encore. Sans oublier quelques clins d'oeil sympathiques comme cet auteur de polars en vacances, auteur sicilien appelé... Camilleri.
C'est fantaisiste et décalé, rythmé, le héros est sympathique en diable, il y a de l'action, du sexe, des moments tendres et des moments tristes, bref, sympathique et agréable. Que demander de plus ?
L'avis de Valériane.
Nager sans se mouiller, Carlos Salem
Actes Sud Actes Noirs, novembre 2010, 295 pages
18:47 Publié dans *Littérature Sud Américaine*, *Romans Noirs, Polars, thrillers...* | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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21.04.2010
Le monde du bout du monde - Luis Sepulveda
Adolescent, le narrateur, chilien, est tombé en amour pour Moby Dick. Il a convaincu ses parents de le laisser partir dans le sud du Chili :
il part pour Punta Arenas, en Terre de Feu et participe à une chasse au cachalot. De nombreuses années plus tard, journaliste engagé à Hambourg, écologiste convaincu, il apprend qu'un navire industriel japonais, officiellement désossé, est en route pour les côtes chiliennes. Le journaliste décide d'enquêter et de retourner au Chili.
Je suis très partagée sur ce roman. Les premiers chapitres recèlent des moments plutôt poétiques, Sepulveda nous entraîne dans un beau voyage sur les côtes du Chili, l'immersion est parfaite : paysages, ambiance, vie des petits ports isolés, Sepulveda nous plonge dans l'aridité des territoires perdus du bout du monde. Dans la seconde partie, nous voilà dans un thriller écolo : les Japonais sont les méchants, ils arriment un vrai-faux bateau qui va saccager les cétacés en douce, le journaliste, avec l'aide des hommes de Greenpeace, se rend sur place. On y parle de l'affaire du Rainbow Warrior (Sepulveda dédie d'ailleurs ce roman aux hommes du navire), on y invente une sombre affaire de massacre de cétacés, le rythme s'accélère et le roman d'aventure tout en poésie se transforme en polar écologique.
Bizarre... le fond est intéressant, le postulat écologique forcément convaincant et convaincu, mais le traitement, entre fable et polar, me laisse froide. En tant qu'adulte, je reste mitigée. En revanche, c'est certainement un bon roman pour les adolescents.
Et, pour les ados ou jeunes lecteurs, je recommande aussi vivement la lecture de Pawana, de Jean-Marie-Gustave Le Clezio, sur le même thème.
Et, pour ma part, j'ai très envie à présent de lire Moby Dick.
Le monde du bout du monde, Luis Sepulveda
Points, 123 pages, janvier 2010
Les avis du Biblioblog, de Gaël chez les Chats de Bibliothèque, de Frisette
06:00 Publié dans *Littérature Sud Américaine* | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note
| Tags : terre de feu, polar écologique, chasse à la baleine |
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06.07.2009
ALLER SIMPLE – CARLOS SALEM
« Dorita mourut pendant sa sieste, pour achever de me gâcher mes vacances. J’en étais sûr. » Et Octavio, le premier moment de surprise passé, se contente de se biturer avec les fioles du minibar de sa chambre d’hôtel à Marrakech, parce que « cela méritait
un verre ».
Il commence fort, le roman de Carlos Salem ! Octavio, donc, est un pauvre type un peu raté, un peu looser, obscur fonctionnaire espagnol, qui supporte depuis vingt-deux ans une épouse acariâtre et beuglante. Et le décès inopiné quoique fort bien venu de bobonne le plonge subitement dans une série d’aventures rocambolesques et loufoques.
Octavio va rencontrer Soldati, un Argentin véreux, amoral et complètement barré (l’homme a songé à faire fortune en vendant des gelati aux nomades du désert), un cinéaste sans bobines perdu dans l’Atlas et son équipe aussi fêlée que lui, un crooner argentin, réincarnation de Carlos Gardel (à moins que ce ne soit Carlos Gardel lui-même, qui aurait trouvé le remède pour ne pas mourir ?!), déterminé à buter Julio Iglesias pour crime contre l’humanité le tango, un auteur Nobel de littérature qui n’a jamais écrit…
Le ton est férocement disjoncté, tout a l’air de partir en vrille à chaque moment, mais sous des airs de comédie barrée apparaît, en filigrane, un roman plus attachant, celui des rêves perdus qu’il est temps de réaliser, celui des regrets surgis de l’enfance et celui de la vie qu’il faut célébrer.
Le tout sur des airs de tango, tout en suivant toujours des matches de foot, accompagné d’un chat nommé Jorge Luis et sous l’ombre d’un nuage revanchard, servi par des dialogues qui font pouffer à plus d’une reprise.
« Je me roulais par terre en hurlant de rire quand, ayant terminé mon inspection du fourgon, je compris que Dorita n’était définitivement pas là, et que je resterais dans l’Histoire comme le seul pauvre type mort par congélation dans le désert et en plein soleil ».
Harriba Salem !
Aller simple, Carlos Salem, Moisson Rouge
265 pages, mai 2009
Les avis de Kathel, Jean-Marc Lahhérère, Claude Le Nocher, Polar Noir



