16.04.2008
LA DOUCEUR DES HOMMES – SIMONETTA GREGGIO

"La femme est un délicieux instrument de plaisir, mais il faut en connaître les frémissantes cordes, en étudier la pose, le clavier timide, le doigté changeant et capricieux. "
Fosca a 87 ans. Constance beaucoup moins. Elles se rencontrent à Venise, dans un café. Et de ce hasard ensoleillé naîtra une amitié sans faille.
Dans la Rolls Royce de Fosca, les deux femmes partent en voyage vers l’Italie et Fosca raconte.
Elle raconte sa vie, ses amants, ses amours, ses rencontres avec les hommes qui ont façonné la jeune femme qu’elle était…
Simonetta Greggio écrit bien. La plume est fluide, souvent poétique, et le voyage de ces deux femmes ressemble à une carte postale gorgée d'une lumière douce, éthérée. On se croirait dans un film des années 50. Grâce Kelly et Cary Grant au volant d’une voiture, sur les hauteurs de Monte Carlo. Le crépuscule, l’air marin et le cheveux au vent, les palaces, la Toscane…
Je m’égare, pardon.
On est donc en voyage.
Mais que ce voyage est banal – ou alors n’étais-je pas dans le bon état d’esprit, suis-je trop cynique pour apprécier toute saveur sucrée et nostalgique ? A aucun moment je n’ai réussi à me laisser séduire ni emporter. La suite d’images, les amants qui se succèdent, les femmes de la vie de Fosca, les voyages, le tout est bien écrit (malgré parfois un effort trop ampoulé pour faire de jolies phrases) forment un roman certes pas désagréable, mais il m'a manqué cette profondeur, ces non-dits qui vous troublent pour que je le trouve à mon goût.
Elles ont aimé : Stéphanie (que je remercie pour le prêt), Karine, Emeraude, Caro[line], Clarabel, Cathulu, Florinette
06:39 Publié dans J'ai été déçue, Litterature Française | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note
15.04.2008
LA RESERVE – RUSSELL BANKS
Juillet 1936. Dans les montagnes des Aridonbacks, se cache une réserve de somptueuses résidences secondaires, un guetto de nantis, une micro-société où le surfait, l’hypocrite et le mondain font figure de modus vivendi. Le riche Carter Cole possède une maison cachée dans la forêt. Lui et sa famille y passent leurs étés. Sa fille Vanessa est connue pour sa beauté et son anticonformisme. C’est là que le peintre Jordan Groves va rencontrer Vanessa et leurs destins se croiser de manière irrémédiable.
Jordan est attiré par Vanessa. Vanessa la rebelle, Vanessa qui n’observe aucun code, Vanessa qui l’éblouit et l’effraye à la fois. Vanessa qui va le pousser à franchir les limites, et l’entraîner dans sa folie.
Si ce livre était un film, je dirais que les images sont somptueuses, les personnages intéressants, et les paysages absolument magnifiques.
Mais que le scénario est raté. Et du coup la mise en scène aussi.
Le scénario est raté parce que l’histoire est trop artificielle. Une obscure histoire de famille que l’on découvre petit à petit, un destin brisé par un père abusif, un secret soigneusement enfoui qui surgit des années plus tard menant la fille à la folie. A peine esquissé, le soi-disant traumatisme est trop vaguement évoqué pour être crédible. Une histoire d’amour, de haine, de rancoeur où tout s'imbrique tant bien que mal et donne une intrigue qui manque de liant.
Le style de Russel Banks est pourtant agréable. On imagine des montagnes abruptes, des lacs enveloppés de brume, des maisons en bois perchées sur les lacs, les forêts. On a envie de frissonner, de s’envelopper dans un plaid le soir, et d'observer cette nature devant un feu de bois.
Mais mis à part cette magnifique carte postale, le tout est bâclé, parsemé de références à des personnages historiques (Hemingway), de quelques références historiques aussi (la guerre civile en Espagne, Franco, l'apparition du nazisme, le dirigeable d'Hindenburg). Russel Banks a intercallé quelques courts chapitres qui révélent ce que les personnages deviendront plus tard, tranchent le récit, embrouillent l’intrigue et finalement la desservent en révélant rapidement ce qu’il adviendra de Vanessa et Jordan. J'aurais sans doute préféré un roman qui soit davantage ancré dans le contexte historique. Ici, il est à peine effleuré. A-t-il voulu légitimer et épaissir un roman à l'intrigue trop mince ?
L’idée de départ était bonne. Le lieu, l’époque, les personnages, la scission entre riches oisifs et la vie des pionniers des Aridonbacks, le rapport des nantis à l’art, une jeune femme belle et envoûtante, un peintre engagé… je regrette que le tout ait été traité de façon aussi floue, sans réelle profondeur. Les ingrédients d'un bonne recette, mais une cuisson ratée.
Et puis cette scène, où un fusil de chasse fait un sauté/renversé... Grotesque.
Je l’ai lu, avec intérêt, ou du moins curiosité pour connaître la fin (pourrais-je parler d’un mini suspens ?) mais sans emphase ni passion non plus.
C’est bien dommage. J’avais énormément aimé « De beaux lendemains » (dont l’intrigue se passait au même endroit, mais à notre époque), j’avais aimé son style, l’histoire, son poids… Il me faut donc vite lire d’autre Russel Banks pour revenir à ma première impression sur cet auteur, je l'espère.
La réserve – Russel Banks – Actes Sud, 380 pages
06:33 Publié dans J'ai été déçue, Litterature Anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (24) | Envoyer cette note
27.03.2008
LA CONSOLANTE – ANNA GAVALDA
Beaucoup s’accordent à dire qu’il faut dépasser les 250 / 300 pages pour apprécier ce roman.
Page 344, je renonce. Je pose. Je déclare forfait.
Je ne comprends pas ce qu’a voulu raconter Anna Gavalda. J'ai trouvé le style indigeste. On retrouve bien sûr les onomatopées, les dialogues tronqués, les points de suspension… ce que l’on avait déjà remarqué dans « Ensemble c’est tout », mais qui était compensé par une histoire et des personnages emplis de tendresse et au final vraiment touchants. Parce que "Ensemble, c'est tout" m'avait vraiment touchée.
Ici, ma lecture ne fut qu’ennui, lassitude, agacement, soupirs, rage parfois, devant ce style trop haché, trop bâclé. Et puis l'absence quasi systématique de pronoms personnels m'a énormément perturbée. Donne une espèce de mélasse pénible à lire. Gâche l’histoire de cet architecte en pleine crise existentielle, crise de vie, crise d’envie. Aurait pu me toucher, m’a saoulée.
("Ça donne une espèce de mélasse pénible à lire. Ça gâche l’histoire de cet architecte en pleine crise existentielle, crise de vie, crise d’envie. Il aurait pu me toucher, il m’a saoulée")
Je suis navrée mais moi, ça m'a gonflé tout ça. Et j'admire sincèrement ceux qui ont eu le courage d'aller au bout de ces 637 pages. Pour ma part j'arrête de me faire violence et abandonne la lecture. C'est peut être (sans doute même) un peu facile de juger un livre alors que l'on ne l'a pas terminé, je sais. Mais il m'en a trop coûté pour aller au delà de ces 344 pages, alors tant pis, je passe peut-être à coté ?
Mais je remercie quand même mon libraire préféré de me l’avoir prêté !
Les avis de Cuné, Laurence du Biblioblog, la Lettrine, Solenne, de Gambadou.
Cathulu et Bellesahi ont réussi à ne pas passer à coté, je les admire.
06:12 Publié dans J'ai été déçue, Litterature Française | Lien permanent | Commentaires (32) | Envoyer cette note
14.03.2008
LA MUETTE – CHAHDORTT DJAVANN
« J'ai quinze ans, je m'appelle Fatemeh, et je n'aime pas mon prénom. Dans notre quartier, tout le monde avait un surnom, le mien était «la nièce de la muette». La muette était ma tante paternelle. Je vais être pendue bientôt » Chahdortt Djavann écrit ici une histoire qui avait tout pour être belle. Une jeune adolescente élevée par une tante muette (on ne sait pas vraiment pour quelle raison, mais on le devine, on sait qu’elle se tait depuis un jour sombre de son enfance). La muette est une femme libre. Enfin, libre, c’est un grand mot. Disons qu’elle fume, ne porte pas le voile, marche pieds nus, a le regard insolent. Elle vit chez son frère, le père de Fatemeh, et aide à la maison. Elle ne sort pas.
Une tante que le mutisme rend encore plus fascinante, altière, une enfant pleine d’idéaux, un oncle jeune et amoureux, un père tolérant, ouvert, mais opprimé par le pouvoir des Mollahs, une mère hypocrite et égoïste. Ces personnages sont intéressants, l’histoire aussi. La muette aimera secrètement l’oncle, le Mollah déversera sa haine, une mort, un mariage forcé, une autre mort et, finalement, la condamnation à la pendaison de Fatemah, qui entreprendra, en prison, le récit des événements qui l’ont menée là.
Bien sûr, on devine la dénonciation de la condition de la femme en Iran, des comportements intégristes, de l’abomination des lapidations.
Mais Chahdortt Djavann a choisi de mettre en scène l’écriture de ce manuscrit (écrit en français). D’abord elle nous propose une lettre de l’éditeur qui aurait reçu ce manuscrit, miraculeusement dérobé à la prison iranienne, puis nous lisons ce manuscrit, puis nous avons une note d’une journaliste à qui ce manuscrit aurait été confié par le gardien de prison, puis celle du traducteur qui précise deux ou trois détails de traductions.
J’aurais sans doute préféré un roman plus frontal, une dénonciation moins mise en scène. Toutes ces fausses circonstances gâchent le tout. L’histoire en elle-même était intéressante, sans qu’on ait besoin d’y ajouter des détails romanesques qui finalement frisent le ridicule. C’est dommage, le manuscrit en lui-même se suffisait presque.
07:35 Publié dans J'ai été déçue, Litterature Française | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note


