17.03.2009

CLAIR DE LUNE, JEFFERY DEAVER

Un tueur en série écume Manhattan en laissant ses victimes agoniser. Une pendule ancienne, placée à coté d'elles, égrène les secondes qui les séparent de la mort.clairdelune.jpg

 

Lincoln Rhyme, criminologue de renom, est chargé de l'enquête. Il est tétraplégique et travaille de son appartement, transformé en laboratoire de recherche criminelle.

 

A ses cotés, Amélia Banks, une jeune policière qui lui est farouchement attachée (et on se demande quels sont les liens exacts qui les unissent : complicité professionnelle ? Amour ? Amitié ?). Amélia est en quelque sorte les jambes de Rhyme : elle se déplace, examine les scènes de crime, renifle, observe, étudie et rapporte photos, vidéos et appréciations à Myron. D'autres flics viennent compléter l'équipe : des inspecteurs, débutants ou confirmés, une spécialiste de kinésie (étude du comportement gestuel et corporel des témoins et suspects).

 

La fine équipe, de l'appartement de Rhyme, ressemble un peu à un groupe d'experts-Manhatthan : tout est passé au scalpel, au microscope, sous la férule de Rhyme, qui compense son immobilité forcée par une intelligence hors pair et, au final, une sacrée intuition.

 

Une enquête serrée, nous connaissons dés le début l'identité du tueur, le suivons en parallèle dans la conception et la préparation de ses meurtres (ritualisés et soigneusement élaborés).

 

En parallèle, une seconde enquête dans l'enquête : Amélia a accepté de prendre en charge une autre affaire qui la mène à découvrir un trafic impliquant des policiers véreux.

 

La première partie du roman est assez classique et je me suis laissée entraîner dans cette sordide affaire. Sans trouver le thriller exceptionnel, je trouvais plaisir à suivre le tueur dans ses préparations et les policiers dans leurs investigations et études des scènes de crime. A ce stade là, un polar qui se lit vite, occupe quelques heures et remplit son contrat.

 

Mais, (et quelle déception alors), alors que l’enquête se poursuit, que les deux affaires se rejoignent, les nombreux rebondissements et retournements ont fini par me lasser, et me faire rire presque à d’autres moments. D’incohérence en incohérence, on avance en se disant que le tout est finalement très peu plausible. C’est alors que l’auteur brandit un retournement de situation, sensé éclairer le tout d’un jour nouveau et justifier par là même ces faits qui nous laissaient fort dubitatifs. Malheureusement, il était pour moi trop tard, j’avais décroché et me gaussait de ces facilités hasardeuses et trop incongrues.

 

J’aurais aimé que la personnalité du tueur soit mieux explorée (même s’il change souvent de visage au cours du livre), j’aurais aimé que les gens finissent pas mourir un peu (il y a un peu trop de facteur chance (même si, une fois encore, cela fait partie de la trame qu’a voulu tisser l’auteur)).

 

Trop de retournements, trop de gentils qui deviennent méchants et méchants qui se révèlent innocents, une affaire qui se transforme plusieurs fois, trop de fois pour rester crédible.

 

Bref, j’ai bien aimé le début. Pas la fin. Du tout.

 

 

Clair de lune, Jeffery  DEAVER – Editions des deux terres, 555 pages.

Lu dans le cadre du prix des lectrices ELLE 2009

29.12.2008

MELANINE – DANIEL CARTON

Dans un futur pas si lointain (on apprendra avec regret la mort de Paul Mc Cartney à l’âge de 90 ans), la population mondiale est melanine.jpgvictime d’une étonnante épidémie : les chercheurs évoquent une nouvelle grippe espagnole, une peste noire, les morts se comptent pas millions. Par millions, sauf au sein de la population noire où l’on ne déplore aucun décès. Julius Gueye, chercheur émérite de l’Institut Pasteur, originaire du Sénégal, tente de trouver un remède pour enrayer la pandémie.

 

Plongée de ce « thriller » en espérant égrener quelques heures rapidement, je me suis rapidement ennuyée. Le style narratif est purement descriptif et sans relief, il m’a manqué un rythme plus effréné, un je ne sais quoi de trépident.

 

Le roman commence alors que la mystérieuse pandémie se répand déjà : j’aurais préféré la découverte d’un premier cas clinique, assister aux premières inquiétudes des chercheurs, une description plus apocalyptique de ses symptômes et conséquences (on apprendra uniquement que la maladie se déclare par une intense fatigue et conduit à la mort du patient). Le mesures prises pour bâillonner la presse et éviter la propagation de fausses rumeurs m’ont paru incohérentes : on supprime les blogs mais le lecteur constatera quelques pages plus tard que les forums sont toujours actifs. D’autres invraisemblances (on supprime les transports en commun, puis on incite les populations à prendre le train pour aller au bord de la mer, l’action se passe dans un futur proche mais les chinois ont déjà marché sur Mars et bientôt sur Mercure) m’ont interpellée.

 

Quant au dénouement, je l’ai trouvé, comment dire…. risible. Mais bon, très dans le ton « agathe clery » du moment…

 

Déception pour moi donc, mais je laisse les volontaires se faire leur propre opinion.

 

Cuné, elle, s’est laissée prendre au jeu. Vous aimerez peut-être ?

 

 

Mélanine, Daniel Carton – Fayard 331 pages

 

 

12.12.2008

DOPE - SARA GRAN

dope.jpgJoséphine est clean depuis deux ans. Deux ans sans dope, deux ans à lutter contre le manque, l’envie, le besoin. Fini les trips, les passes ici et là pour payer ses doses, fini.

Pour survivre, elle pique ici et là dans les magasins un bracelet, un collier, qu’elle revend. Jusqu’au jour où un couple de riche New Yorkais lui demande de retrouver leur fille camée. Mille dollars d’avance, mille après. Comment refuser ? Joséphine se lance sur les traces de Nadine dans les bas-fonds de New York. Qu’elle connaît comme sa poche. Le problème, c’est qu’un dealer est retrouvé assassiné, et que Joséphine est très vite désignée coupable idéale.

 

Voici les bases d’un polar auxquelles rien ne manque pour être solides : univers glauque, une ex-camée repentie, une sombre affaire de règlement de comptes entre dealers, une machination, des meurtres…

 

Mais que sont les bases d’un bon policier si le traitement de celui-ci est tout à fait bancal ? Le style est plat, sans aucun relief et d’une monotonie lénifiante.

 

La crédibilité de l’héroïne me laisse très dubitative : ancienne droguée, ex femme d’un dealer, Joséphine a trente-six ans et l’air d’en avoir vingt-deux. Elle semble réussir à pénétrer les cercles fermés des riches new-yorkais sans que ceux-ci s’interrogent sur sa légitimité (ancienne école huppée de Nadine ou personne ne lui demande pourquoi elle recherche la jeune fille, riche avocat dont les secrétaires successives lui ouvrent la porte sans « barrage », …). De même, cette jeune femme de trente-six ans, qui a certes grandi dans Hell’s Kitchen, le quartier maudit, n’a jamais vu de télévision « à part dans les magasins » . « C’était incroyable, comme au cinéma, là, dans sa maison, à part que l’image était réduite et floue… ») : cette anecdote n’apporte rien et enlève beaucoup de crédibilité au personnage.

 

Alors oui, dès que les recherches de Joséphine évoluent et que l’on comprend qu’elle est elle-même manipulée, on continue à lire, pour savoir et comprendre. Curiosité donc.

 

Curiosité qui sera certes satisfaite à la fin du livre, mais encore une fois malheureusement déçue : le dénouement, ici aussi, semble tiré par les cheveux, téléphoné et trop peu crédible.

 

Mauvaise pioche, donc. Dommage.

 

 

DOPE, Sara Gran, Editions Sonatine, 213 pages

 

 

Lu dans le cadre du Prix des Lectrices ELLE 2009, Catégorie Policiers

Le bookomaton n'est pas du même avis que moi ! Anna Blume et Antigone et Annie ont aussi été déçues.

11.11.2008

MARYLIN ET JFK - FRANCOIS FORESTIER

Une grosse déception ! L’histoire de Marilyn et John, nous la connaissons tous.

 

La Belle et la Bête, la Star et le Président, la femme-enfant et l’homme à femmes, tout  déjà été écrit, ressassé, rabâché sur ce couple mythique.

 

François Forestier, après un prologue certes trépidant et nerveux nous ramenant à ce 22 novembre 1963 à Dallas, retrace, par à coups, la légende du coup (qui ne fut pas de foudre) et la liaison qu’entretinrent Marilyn et John pendant plusieurs années.forestier.jpg

 

J’accorde crédit à François Forestier de ne pas édulcorer les personnages :

 

Marilyn y est toxicomane, droguée aux amphétamines, somnifères, antidépresseurs et autre pilules miracles, alcoolique, affreusement sale (détail qui, s’il est vrai, m’a étonnée : l’icône ne se lavait pas, ou peu, et était affreusement négligée voire répugnante en privé), à forte tendance schizophrène et totalement délabrée à la fin de sa vie.

 

JFK y est comme nous le savons tous : faible, manipulé, égocentrique, plus-speedy-gonzales-au-lit-que-lui-tu-meurs, obsédé sexuel,, mais aussi totalement inapte et influençable.

 

Robert Kennedy y est manipulateur, extrémiste, ambitieux et incompétent.

 

François Forestier nous raconte le sordide, le vicieux, le pourri et les dessous tordus d’un milieu ravagé et rongé par la corruption et un mélange politique/cinéma/star peu ragoûtant. Dépravation, sexe, drogues, alcools, le mélange sexe-politique, la défiance, les écoutes, tout le monde épie tout le monde et tout le monde fait chanter tout le monde. Ce portrait consternant a le mérite d’écorcher le mythe et de ne pas bercer le lecteur dans un portrait trop mièvre et mielleux de ces deux icônes.

 

En revanche, le style m’a particulièrement rebutée. François Forestier ne se contente malheureusement pas de décrire avec la neutralité d’observateur l’époque et la relation. Il ne peut s’empêcher d’intercéder, interpréter et évoquer les pensées des personnages, leur donner une épaisseur trop romanesque, le récit est gâché par des effets de style malvenus à mon avis dans un document.

 

On n’apprendra pas grand-chose : Marilyn a été probablement assassinée, JFK victime de la CIA, ou le FBI, ou la Mafia. Marilyn se voyait Première Dame, JFK se fichait d’elle.

 

Rien de neuf, donc…

Marylin et JFK, François Forestier - Albin Michel,298 pages

Lu dans le cadre du Prix des Lectrices ELLE 2009, Catégorie Documents

L'avis d' Antigone

05.11.2008

UN MILLIARD ET DES POUSIERES – BERTRAND LATOUR

Je suis milliardaire et je descends toujours dans les palaces. De préférence place Vendôme. The only one.

 

Où que j’aille, quelle que soit l’heure, le concierge me fournit un chauffeur, une limousine, l’un et l’autre sont à mon service, à ma disposition, j’en fais ce que je veux, où quand comment c’est moi qui décide vu que c’est moi qu’ai l’oseille. Si j’ai envie delatour.jpg fumer du shit, de sniffer, de me piquer, de picoler, de baiser, le chauffeur ne dira rien.  C’est moi qu’ai l’oseille vous dis-je. Et ce pauvre mec, avec son costard-cravate et son sourire de niais hypocrite prêt à lécher mes Berlutti pour un pourboire, il peut que rêver à tout ce qu’il n’a pas, il fera ma serpillière si je lui demande.

 

Voici l’histoire de Jules, chauffeur de son état. Limousine, smartphone, Jules travaille au bon vouloir des riches clients du palace qui l’emploie. Riches américains, putes botoxées des pays de l’Est ayant eu la bonne idée d’épouser un nouveau riche, nouveaux patrons du CAC 40, stars saupoudrées de coke, chefs d’états, tortionnaires de pays de l’Est ou japonais vuittonisés, Jules voit tout, entend tout. Son quotidien, l’univers feutré des palaces, le fric qui coule et son objectif : le pourboire. 30 euros : radin, 50 euros bof, 100 euros ça va, 500 ça roule. Jules, il veut gagner beaucoup, vite, pour pouvoir épouser sa Paula et lui faire le mioche qu’elle réclame. Gagner beaucoup, c’est beaucoup, pas un salaire de cadre minable dans un PME de province, on s’est compris, hein ?

 

Ca, c’est pour le fonds du roman : univers dépravé des fortunés, envers de la médaille très vomitif, un style qui peut être mordant parfois, voire sacrément cynique. Quelques bonnes répliques, oui. Et un chauffeur prêt à se vendre – âme et corps – pour amasser quelques miettes. Il avale toutes les pilules, même les bleues qui font décoler.

 

La forme à présent : détestable. Détestable, parce que l’humour vachard, la plume virile deviennent vite lassants et carrément vulgaires. Détestable, parce que finalement le tout est finalement d'une vacuité sans fond. Un peu ça va, beaucoup, ça révulse. Répétitif, soûlant, gonflant.

 

Mijaurée, moi ? Sans doute ! Mais les descriptions de parties fines, les partouzes tellement détaillées qu’on a l’impression d’y être et de s'y ennuyer, les apartés sibyllins du chauffeur, tout ça n’est pas ma came. Pas du tout du tout.

 

J’aurais aimé qu’il se passe autre chose que ces trajets, ces descriptions de fric, oseille, luxe et gaudrioles. Rien de plus, malheureusement. Jules conduit, Jules fait chanter, Jules s’interroge. Jules perd la tête. Jules tourne en rond autant que son roman. Le tout dans une longue logorrhée verbale aussi cynique que vulgaire.

 

Aucun intérêt, donc.

 

Un milliard et des poussières, Bertrand Latour - Hachette Littératures, 400 pages

 

On en parle chez Culture Café

 

 

 

10.10.2008

LA PRINCESSE DES GLACES - Camilla Läckberg

glaces.jpgAlex Wijkner est retrouvée morte dans sa baignoire. Les veines ouvertes. Suicide évident. Mais très vite l’autopsie révèle qu’Alex n’a pu de suicider : trop de somnifères dans le sang. Il s’agit d’un meurtre.

Erika, son ancienne amie d’enfance veut comprendre ce qui s’est passé. Elle est aidée Patrick, inspecteur de police et amoureux transi.

 

L’intrigue était bien pensée. Un meurtre, une jeune historienne curieuse, un flic amoureux, un passé lourd et un village dont les bouches sont scellées, le passé soigneusement enfoui, les non-dits et les ragots murmurés seulement mais jamais avoués.

 

Malheureusement, je n’ai pas du tout été sensible à la façon dont Camilla Läckberg a « accommodé sa sauce », et je pense que le mélange « chick lit » / polar est ici fort mal venu.

 

A trop vouloir en faire, on fait en effet n’importe quoi. Je dirais même du grand n’importe quoi. Camilla Läckberg mélange les genres : on est dans un mix fade de Desperate Housewives (la quatrième de couverture le proclame ouvertement), et Bridget Jones (citée nominément), le tout accommodé façon polar. J’ai l’impression que l’auteur a pioché ici ou là des formules gagnantes, a mis le tout dans un mixeur et sorti le tout sans avoir un seul instant pensé à le retravailler.

 

L’enquête ne tient pas la route, on a envie de prendre la place des inspecteurs en leur demandant de barricader le lieu du meurtre au lieu de laisser aller notre jeune Miss Marple mener son enquête toute seule. On se demande comment la police peut ne pas sceller ni examiner une scène de crime. Voit on trop les Experts à la télé ? Toujours est-il que l’enquête nous semble bien peu cohérente et sensée.

 

Sans compter un style parfois lourd et désagréable, des mètres de phrases perdues façon chick lit (on s’en contrefiche, qu’Ericka doive choisir entre une culotte ventre plat ou un string avant son dîner, et encore plus qu’elle se précipite dans la salle de bains pour enfiler une culotte dentelle avant le Grand Moment. Et ils le font 5 fois, d’ailleurs : édifiant (ou consternant)…). Cette parenthèse, dont certes la parenté est reconnue à Bridget Jones, manque cruellement d’originalité.

 

La traduction est mauvaise, ou alors le roman lui-même était écrit pour un public peu exigeant. Ici, on ne tombe pas, on se casse la figure, on ne chute pas, on s’étale, on n’est pas attirant, on est bandant etc …. L’utilisation trop fréquente de l’argot rend la lecture déplaisante, lourde et surtout peu qualitative. On a l’impression qu’une gamine s’est essayé au polar. Mouais. Pour moi,

c’est raté.

 

Ceci dit, et soyons honnête, le dénouement final est surprenant. Même si une partie de l’énigme apparaît clairement au lecteur au bout de 200 pages, il n’en reste pas moins que la fin comporte encore des surprises de taille.

 

Il y aura une série de plusieurs titres. Celui-ci très clairement me suffira.

 

La princesse des glaces, Camilla Läckberg, Ed. Actes Sud Actes Noirs, 381 pages

 

Lu dans le cadre du Prix des Lectrices ELLE 2009

 

 

 

 

Ce livre a suscité des avis divergents sur la blogosphère :

 

Les pour : Cathulu, Michel, Gawou, Elfique, Mamzelle Poupée, Shopgirl

Les contre : Moustafette,

Les mitigés : Le Bookomaton, Julie,

 

 

Ainsi que parmi les filles du Prix ELLE 2009 :

Les pour : Annie

Les contre : Antigone, Anna Blume

 

30.09.2008

AGONIA – THIERRY SERFATI

serfaty.jpgPeur. Angoisses. Terreurs. Voici ce que traite l’institut Provence près de Marseille. Mais les méthodes utilisées ne sont pas très orthodoxes. Vaincre la peur par la peur, terrasser les angoisses en les affrontant, en les vivant, voilà que ce propose le Maintre du Fight, du combat contre la peur.

 

Voici un thriller qui mène le lecteur jusqu’au bout de ses angoisses. On y retrouve les personnages de « Peur », le précédent volume des aventures d’Eric Flamand et son épouse Laura. Premier opus que je n'ai pas lu et dont la lecture m'a manqué pour appréhender toutes les allusions à la première enquête de l'inspecteur Flamant.

 

Les personnages sont assez bien campés, Laure l’inspecteur aux méthodes bulldozer et décomplexées, son mari Eric plus pondéré. Ils n'en restent pas moins trop caricaturaux à mon goût. Trop "faciles", dans le sens où l'auteur semble avoir voulu proposer des héros auxquels le lecteur peut s'identifier : un couple mal assorti a priori, une jeune femme impulsive, fonceuse, un mari plus réfléchi, plus torturé (on apprendra qu'il fut lui aussi pensionnaire de l'Institut Provence). Je les ai trouvés finalement assez creux.

 

L’intrigue va vite et plaira aux amateurs de thrillers rapides et trépidents, moins soucieux de cohérence et de vraisemblabilité, voire de réelle profondeur, qu'elle soit psychologique, politique, sociale.

 

Quant au style, il m’a paru trop « décontracté », trop « cool », "J'écris comme ils parlent".

 

Pas du tout ma tasse de thé, mais qui plaira aux amateurs du genre, sans aucun doute.

Les avis de Cathulu et Laure.

22.09.2008

POUR VOUS – DOMINIQUE MAINARD

mainard.jpgDeplphine M. a trente cinq ans. Delphine dirige son agence « Pour vous », une agence de services à la personne. Elle sait depuis longtemps ce dont les gens ont besoin : services, certes, mais aussi et surtout réconfort, écoute, compassion, tendresse.

 

Du coup ses services ont pris dés le départ une tournure particulière : de promeneuse de grand-père, d’accompagnatrice et lectrice pour dame âgée, à prêteuse d’enfant, ou même de ventre, usurpatrice d’identité pour veuf en mal de femme ou amoureux trompé, Delphine propose une prestation unique, à la lisière de la légalité. Elle ira jusqu'au bout. Jusqu'au pire. Delphine est un roc, elle ne ressent rien, ses service sont facturés, point barre. No conscience, donc, au pays des désabusés. Relations clients / fournisseurs, un point c’est tout.

 

Dominique Mainard a voulu proposer le portrait d’une femme immunisée contre la souffrance, protégée par le rempart de ses prestations. On peut, aussi, y observer quelques croquis de personnages prêts à tout pour oublier leur souffrance, leurs peines, leurs désespoirs. Ceci dit, la plume est sèche, factuelle, aussi insensible donc que Delphine, et il m’a semblé que justement, aucune émotion ne sort de tout cela.  

 

Et même quand la forteresse de Delphine commence à se fissurer, à s’écrouler, le tout est enseveli sous une pléthore de poncifs et de clichés (« Je n’ai dit ni oui ni non, je me suis contentée de pousser le paquet de kleenex lilas vers lui mais ses yeux restaient secs au dessus de la meurtrissure du chagrin » , « combien avait été inutile le soin avec lequel je m’ étais protégée, puisque aujourd’hui l’amour et la mort arrivaient main dans la main dans ma vie comme deux vieux amis ») qui desservent ce roman.

 

L’intention était bonne, la réalisation me laisse particulièrement dubitative.

 

Le roman fait partie de la première sélection du Prix Fémina 2008. Ah bon. Il s’estompe déjà dans ma mémoire, en fait….

L'avis de Cathulu

 

 

Pour vous, Dominique Mainard, Editions Joëlle LOSFLED, 252 pages

 

 

17.09.2008

VACANCE AU PAYS PERDU – PHILIPPE SEGUR

Le narrateur est graphiste spécialisé dans le packaging des produits alimentaires : autrement dit, il conçoit "à longueur d'année des emballages de thon au mercure, de mayonnaise à la dioxine,d'oeufs bourrés de pesticides".

 

Il en a marre de la société dans laquelle il vit, il en a marre de sa propre vie : consumérisme (ses gosses se shootent aux Converse, Nitendo DS, Adidas, Puma, MP3, Disney Pixar), empoisonnements chimiques (lire les ingrédients d’un aliment lui donne un cancer) travail de free lance en roue plus ou moins libre, le narrateur décide de partir en voyage, de tout lâcher pendant une semaine et de vivre à la dure, en aventurier, librement, histoire de reprendre du poil de la bête et de se remonter.

 

Pour cela, il fait appel à un ami (qu’il ne nommera que « mon cricri » pendant tout le livre) et les deux partent en goguette dans le pays le plus incivil qu’ils trouvent (pas trop loin, pas trop embarqué dans une guerre civile, pas trop cher, pas trop sauvage non plus, hein, faut pas exagérer…) : l’Albanie.

 

segur.jpg

 

 

Dans un premier temps, j’ai noté beaucoup d’humour dans ce récit. Philippe Segur a une plume parfois mordante, une écriture à la fois détachée et appliquée qui fait mouche la plupart de temps. Ces deux touristes aussi aventuriers que je suis Lara Croft sont souvent désopilants et leurs pseudo aventures dans un pays dont ils ne maîtrisent ni la langue ni les usages sont souvent cocasses, avant de devenir lassantes...

 

Parce que les qualités du roman s’arrêtent là. Il y a trop de clichés (les pauvres touristes ne trouvant pas de distributeur de billet, découvrant une nourriture plus qu’indigeste, se saoulant au raki faute d’autre chose à boire ou tout simplement leur tentatives consternantes pour communiquer avec les albanais) et on comprend très vite que les deux compères voudront quitter le pays au plus vite.

 

Philippe Segur dit dans la postface qu’il a voyagé en Albanie et parle de la « simplicité, de la disponibilité et de l’hospitalité du peuple albanais »… Son roman ne donne en fait pas du tout envie d’y aller, la peinture qu’il fait de ce pays étant loin d’être sympathique. J’y ai vu un portrait caricatural de l’Albanie et une série de mésaventures prévisibles et peu originales, servies par des personnages ni touchants ni sympathiques.

 

Déception, donc.

 

 

 

 

L'avis de Clarabel et de Julie qui ont aimé

 

Vacances au pays perdu, Philippe SEGUR - Ed. Buchet Castel, 241 pages

10.09.2008

MON TRAITRE – SORJ CHALANDON

 

 

 

montraitre.jpgUn homme, une guerre, une cause qui n’est pas la sienne mais à laquelle il va adhérer, dans laquelle il va s’engager. Antoine est luthier à Paris. Il découvre L’Irlande, y va régulièrement, rencontre des catholiques et épouse petit à petit leur cause.

 

Hébergé chez James et Cathy, il se lie avec Tyrone Meehan, fervent soldat de la cause, qui trahira ses amis.

 

Voici un roman qui me laisse un sentiment très mitigé. Le début m’a relativement emballée, et même absorbée. Je me suis fondue dans le style de Sorj Chalandon, l’univers de Belfast, les soirées entre militants de l’IRA, les pubs irlandais, l’atmosphère à la fois enfumée et fiévreuse de ces hommes et femmes se battant pour leur cause m’a profondément intéressée.

 

Ceci dit, j’ai peu à peu décroché. Est-ce par absence d’empathie pour le héros, Antoine, plutôt fade et passif ? Antoine épouse la cause des Irlandais et commence à passer de l’argent, est actif à son niveau, certes, mais je n’ai jamais réussi à entrer réellement dans l’action. Les descriptions manquent au final de relief, le tout est relativement linéaire et il m’a manqué un petit brin de passion pour que j’adhère en roman.

 

Au final, un roman que j’oublierai sans doute vite, mais qui m’a donné envie de découvrir « Une promesse » du même auteur dont j’ai entendu beaucoup de bien.

 

Les avis sur « Mon traître » sont partagés :

 

Philippe a beaucoup aimé, Chiffonnette est mitigée elle aussi, Fashion n’a pas aimé du tout.

 

Mon traître, Sorj Chalandon – Grasset 276 pages

 

Lu dans le cadre du Grand Prix des Lectrices ELLE 2009

L'article de ELLE sur la sélection de Septembre, catégorie ROMAN

 

 

 

Toutes les notes