25.06.2009

LE CINQUIEME EVANGILE – MICHEL FABER

Le monde du livre est en ébullition.

On a retrouvé enfoui dans un musée irakien, soigneusement caché dans une statue de femme enceinte, un manuscrit écrit en araméen. Theo Griepenkerl, universitaire et spécialiste de l'araméen, traduit le manuscrit : il s'agit des mémoires de Malchus, qui a accompagné le Christ jusqu'au Mont Golgotha, et a recueilli ses dernières paroles.faber.jpg

Le manuscrit est une bombe pour nombre de chrétiens de part le monde. Pour les musulmans et juifs aussi. Dan Brown peut aller se rhabiller avec son Da Vinci Code, en quelques semaines 28 millions d'exemplaires sont achetés par des hordes de lecteurs enflammés.

Bon. En fait, Theo est plutôt opportuniste et au fond de lui pas très convaincu de l'intérêt historique du journal de Malchus, qu'il trouve en fait « chiant, très chiant ». La minuscule maison d'édition qui édite le roman non plus, mais tous deux vont se trouver totalement dépassés par le succès et l'impact du manuscrit.

J'ai souvent ri à la lecture de ce nouveau roman de Michel Faber. Le ton est délicieusement ironique, satirique, et le petit monde de l'édition en prend pour son grade. Publier, vendre, faire vendre. Même des merdes s'il le faut, tant pis si l'on gruge le lecteur et tant mieux pour les ventes. Hilarant, aussi, le passage où Theo dévore les commentaires des internautes sur Amazon et se délecte des polémiques et âneries qui y sont déposées.

Le vague historien devient auteur à succès et prend la grosse tête. Il dépasse même Dan Brown, c'est dire (!).

En dehors de l'humour, ne pas s'attendre à une histoire crédible ou vraisemblable. J'ai peut-être regretté que l'histoire reste très superficielle et peu fouillée, et que le roman se termine quelque peu en « eau de boudin », mais il m'en reste un souvenir drôle, assez irrévérencieux et gentiment provocateur.

Sympathique, donc, divertissant, mais largement en dessous de « La rose pourpre et le lys » (avec lequel de toute façon il n'est comparable ni pour le style ni pour l 'histoire).

 

Le cinquième évangile, Michel Faber,

Editions de l'Olivier, 197 pages, juin 2009

 

L'avis de Cuné que je remercie pour le prêt.

 

 

 

15.06.2009

AU DELA DU MAL – SHANE STEVENS

C’est Cuné qui m’a alertée sur la sortie de ce roman paru en 1979 en Etats-Unis et enfin traduit en français. Moult hésitations, décision d’attendre sagement sa sortie poche, envie pressante de le lire, il a suffit d’une virée chez Gibert en compagnie de la dame pour le trouver et me décider.stevens.jpg

 

De quoi s’agit-il donc ? D’un roman qualifié comme un roman fondateur du thème du sérial killer, roman qui aurait initié le Silences des Agneaux ou le Dalhia noir, pour ne citer qu’eux.

 

Un sérial killer, nous en avons un. Thomas Bishop, dont l’enfance a été saccagée par une mère brutale, dérangée, qui confondait baisers et coups de fouet. Le père est une minable petit voleur qui n’a réussi qu’à se faire buter par ses propres complices lors d’un braquage raté. A moins que ce ne soit Caryl Chessman, violeur récidiviste, dont Sara Bishop prétend avoir été l’une de ses victimes. Un enfant brisé donc, qui se repaît de rêves d’immortalité et se croit le fils d’un héros assassiné par l’état (Chessman fut exécuté en 1960, après onze ans dans le couloir de la mort, et avoir fait l’objet de plusieurs débats contre la peine de mort : Chessman a été exécuté alors qu’il n’a jamais tué.  A noter que Caryl Chessman est un personnage réel, dont Shane Stevens se sert ici pour élaborer la base de son intrigue). Bishop s’évade de l’asile psychiatrique où il est enfermé après avoir tué sa mère à l’âge de 10 ans et entame une course folle à travers les Etats-Unis et commence son « œuvre » : il assassine et mutile toutes les femmes qui croisent sa route.

 

Pour le trouver, policiers, politiciens, journalistes (et notamment Adam Kenton, journaliste d’investigation qui se consacrera entièrement à Bishop), sans oublier la pègre, se lancent sur ses traces.

 

C’est à la fois glacial (le style est froid, détaché) et prenant. Après un début un tantinet longuet dans lequel l’enfance de Bishop est narrée, les bases de sa folie expliquées, sa fuite marque le début d’une partie plus rythmée dans laquelle nous apprenons à mieux connaître le tueur et les personnages qui le traquent. Stevens attaque la presse, vouée au sensationnalisme et dévoreuse de scoops, la politique et ses candidats au triomphe électoral (le sénateur Stoner) prompts à se jeter sur toute cause servant avant tout leurs propres intérêts, la pègre et ses ramifications avec la presse et la police ; un roman long, assez fouillé, d’une densité à la fois compacte et fluide (le tout se lit sans essoufflement). L’intrigue est bien bâtie (mais, en prêtant attention aux détails, on comprendra rapidement que, quelque part, un retournement se produira, et je dois dire que je ne vois pas le pourquoi de ce retournement. Je l’avais compris, je l’attendais, mais je ne vois pas son utilité si ce n’est celle de susciter des questions et ne pas totalement fermer le roman (avait-il l’intention d’en écrire une suite ?)) ; l’intérêt ne faiblit pas (il y a quand même quelques longueurs) et à aucun moment je n’ai voulu abandonner ma lecture. Quant à la fin proprement dite du tueur... eh bien, je ne la trouve guère originale, voire carrément banale et facile.

 

Au final, malgré les indéniables qualités du roman, je reste légèrement sur ma faim. J’attendais, je l’avoue, les mêmes émotions qu’ont suscité en moi « De sang froid » (dont on peut rapprocher ici le style plutôt froid et analytique) ou « Le silence des agneaux » (qui rappellera quant à lui la traque d’un serial killer particulièrement intelligent et démoniaque). Mais, avec ces deux là, j'ai passé des nuits blanches : d'admiration avec Capote, d'angoisse et de tremblements inextinguibles avec Harris. Ici, seule la curiosité pour un travail bien fait, certes, mais pas "ébouriffant" m'a poussée à aller jusqu'au bout.

 

 

Définitivement, ma préférence va à Capote et Harris, pourtant totalement différents l’un de l’autre, mais bien plus passionnants.

 

 

 

Au-delà du mal, Shane Stevens

Sonatine, 760 pages, mars 2009

 

 

Quelques informations sur Caryl Chessman (merci Bladelor !) :

http://www.ina.fr/archivespourtous/index.php?vue=notice&a...

 

http://www.13emerue.fr/dossiers/affaire-caryl-chessman/3....

 

02.06.2009

DU BON USAGE DES ETOILES – DOMINIQUE FORTIER

Mai 1845, John Franklin, officier de la marine britannique et explorateur, part avec 128 hommes à la découverte du passage du fortier.jpgNord Ouest, qui relie les océans Atlantique et Pacifique. Les deux navires, le Terror et l’Erebus, ne reviendront jamais.

 

Basé sur un fait historique réel, le roman de Dominique Fortier alterne les narrations de John Crozier, capitaine du Terror, de matelots, et l’histoire de Lady Jane, l’épouse de Sir John Franklin. Passé un léger embarras face à ces récits imbriqués et disparates (passages du journal de Crozier, pièce de théâtre imaginée par les matelots pour combler l’ennui, menu de Noël, partition musicale….), on se laisse prendre à l’histoire qui nous promène dans les univers des navires bloqués par la banquise, du désarroi des marins et de leur panique montante et d’autre part, dans l’univers victorien de Lady Jane et de sa nièce Sophia.

 

Si j’aurais préféré que l’histoire des navires soit plus étoffée, que l’on suive davantage ces marins dans leur quotidien, dans leur découverte de la banquise et de ses dangers, dans leurs premiers rapports avec les esquimaux, dans leur prise de conscience de l'échec de l'expédition, le tout est quand même assez plaisant et se lit très vite. L’ambition d’un explorateur décidé à se couvrir de gloire à son retour, les mauvaises décisions, la vie dans la bonne société victorienne avec des codes étriqués, le tout est imbriqué, manque peut-être un peu de profondeur, mais reste agréable.

 

Il me reste à lire Terror de Dan Simmons, dont beaucoup s’accordent à penser qu’il est un roman essentiel sur cette expédition.

 

 

 

Du bon usage des étoiles, Dominique Fortier

Editions Alto,, novembre 2008, 345 pages

 

 

Ce roman est en lice pour le prix Biblioblog 2009.

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Je remercie Virginie pour le prêt !

 

Les avis (partagés) de Catherine, Cuné, Fashion, Ys et Louis.

12.05.2009

CE QUI ETAIT PERDU – CATHERINE O’FLYNN

Kate est une petite fille qui préfère jouer aux détectives plutôt qu’à la poupée. Elle observe, étudie, surveille, les activités des oflynn.jpgpassants dans un centre commercial près de chez elle, aidée par son fidèle assistant, Mickey l’ours en peluche. Un jour, Kate disparaît.

 

Vingt ans plus tard, dans le même centre commercial, Kurt, l’agent de sécurité, aperçoit sur les bandes vidéos la silhouette d’une fillette. Lisa, une disquaire, trouve un ours en peluche dans une partie réservée au personnel.

 

 

Nous suivons donc Kate dans la première partie du roman : comme elle est touchante, cette petite fille, innocente et naïve qui s’évade à travers ses enquêtes ! Le ton est particulièrement juste, et, le regard innocent de Kate nous sert à observer cette bourgade d’Angleterre dont les petits commerçants sont en train d’étouffer face au gigantesque centre commercial. Les mentalités sont étriquées, les perspectives d’avenir tout autant.

 

Dans la seconde partie, nous voilà dans les coulisses du centre commercial, devenu un monstre d’inhumanité, paradis du dimanche pour travailleurs éreintés. Kurt, Lisa, et les autres employés du centre vivent, mangent et dorment pour le centre. Intéressant, édifiant, mais moins touchant pour moi. Un rythme peut-être qui se ralentit, une atmosphère à la fois pesante et monotone. Sans m’y ennuyer, j’ai lu cette seconde partie avec un certain manque d’entrain. Quand nous retournons en 1984 sur la fin et apprenons enfin ce qui est arrivé, on ne peut qu’être émue… même si on s’attendait à autre chose.

 

L’avis de Cathulu que je remercie pour le prêt.

 

 

Ce qui était perdu, Catherine O'Flynn - Editions Jacqueline Chambon, 341 pages, mars 2009

 

11.05.2009

AVEC LES OLIVES – ANDREA VITALI

Nous sommes dans le petit village de Bellano au bord du lac de Côme, dans les années 30. La vieille Fioravanti meurt paisiblement vitali.jpgdans son sommeil. Ce qui est tout à fait normal, peuchère, elle avait 93 ans ! Rien d’anormal, donc, pour le docteur Lesti qui signe le certificat de décès sans examiner la dépouille. Mais on apprendra rapidement que tout n’est pas si simple, et que, dans ce petit village bien tranquille, les habitants ont bien des ressources, bien des aventures, et surtout bien des soucis !

 

Nous sommes plongés dans une savoureuse comédie à l’italienne, avons l’impression d’être attablé à la terrasse d’une trattoria et de contempler et déguster une délicieuse chronique, où les habitants du villages sont tous loufoques, attendrissants, complètement barrés et persuadés d’être dans leurs bons droits, qu’ils voient l’avenir dans les lignes de la main ou ne supportent pas le mariage de leur sœur avec un camarade, disons… bâti différemment.

 

Un curé de village résigné à entendre des confessions étonnantes ou subir des extrêmes onctions inattendues, d’un podestat (maire) de village dépassé par les événements, un capitaine des carabiniers dévoué et interloqué, une épouse qui voit des ressuscités partout, une prostituée pressée, une bande de jeunes gars imbéciles qui grandiront finalement, la galerie de personnages est truculente, touche au grand guignol parfois, mais est agréablement pittoresque.

 

Un grand roman ? Non. Non, parce que le style est souvent très facile, les phrases très courtes et les points de suspension trop utilisés pour passer d’un chapitre à l’autre, les allers-retours dans le passé / présent / et même avenir parfois déconcertants, le nombre de personnages un peu perturbant au début (heu, lui, c’est qui ? il a fait quoi déjà ?), et surtout le fond de l’intrigue finalement très léger, donc non, pas un grand roman. Juste un roman détente, qui vous transporte dans une époque révolue, avec un petit air de Don Camillo et Peppone, vous donne envie de commander un risotto alla milanese, un peu de bresaola ou une bruschetta tout en sirotant un verre de Franciacorta…. Avec les olives :)

 

 

 

Avec les olives, Andrea Vitali – Buchet Chastel 490 pages, mai 2009

05.05.2009

HAKA – CARYL FEREY

Des rites Maori, un inspecteur de police dont la vie a été pulvérisée par la disparition de sa femme et sa fille près de 27 ans haka.jpgauparavant, des jeunes femmes assassinées et mutilées, une jeune criminologue venue assister ledit inspecteur, Jack Fiztgerald. Nous sommes en Nouvelle Zélande et Jack Fitzgérald est chargé d’enquêter sur la mort de Carol, retrouvée étranglée sur la plage.

 

L’assassin a scalpé son pubis.

 

 

L’enquête de Jack Fitzgerald – personnage démoli, nous l’avons compris, cocaïnomane et alcoolique, va nous entraîner dans les bas-fonds d’Auckland, entre perversité d’une bonne société vérolée par l’argent, le sexe et le pouvoir, désespérance du milieu de la prostitution et des dealers, rites barbares des tribus Maori.

 

Caryl Ferey écrit au scalpel, trempe sa plume incisive dans le sang tout frais de ses victimes, croque ses personnages au vitriol, tout en noirceur, en violence et en rage. Les formules font mouche, tout en étant souvent trop teintées d’effets de formule, justement. C’est heurtant, percutant, rapide, l’enquête va vite, très vite. A la fois passionnant et trépidant.

 

Pourtant, j’avoue avoir moins aimé que Zulu. Effets de formules qui deviennent lassants ? Trop d’application dans le style ? Perversité du récit ? Ecoeurement progressif devant les couches d’horreur empilées, amassées, allant toujours s’accroissant jusqu’au final à la fois époustouflant et vomitif ?

 

Un bon thriller, certainement, que j'ai dévoré en deux jours, qui me donne encore et quand même envie de lire Utu, le deuxième volet des enquêtes au sein des Maori, mais qui m’a laissée une impression de malaise persistant, lancinant. Et je serais d'ailleurs curieuse de connaître l'avis sur ce livre de ceux qui, comme moi, ont aimé Zulu.

 

 

Haka, Caryl Ferey – Folio Policier, 435 pages

 

 

Les avis de Polar noir, Kathel, Betty Poulpe.

27.04.2009

UN TUEUR A MUNICH – ANDREA MARIA SCHENKEL

Le roman commence par l’exécution de Joseph Kalteis, un tueur en série accusé d’une série de crimes sexuels à Munich dans les schenkel.jpgannées 30. L’homme refuse de reconnaître les nombreux meurtres pour lesquels il a été arrêté. Puis nous faisons la connaissance de Kathie, une jeune provinciale montée à Munich pour trouver une place de bonne. Kathie rencontre Mitzi, qui lui fait comprendre qu’en trouvant un protecteur, elle n’aura pas besoin de travailler et pourra vivre comme une dame.

 

Le roman est construit par bribes : récit de l’arrivée de Kathie à Munich, témoignages de proches d’autres victimes, extraits d’interrogatoires de Joseph Kalteis (nous n’entendons que les réponses du meurtrier à ses interrogateurs). Tout s’alterne et les strates s’imbriquent clairement, nous comprenons que Joseph tuera Kathie (elle fut sa première victime) et suivons la jeune fille, qui rêvait de devenir une dame, se vendre pour quelque argent et finir assassinée.

 

C’est bien fait, dense et compact, tout en nous donnant un aperçu de la vie munichoise et des rêves des jeunes allemandes. Le ton est simple, relativement clinique mais réussit à faire monter une tension assez palpable. Peut-être un peu trop clinique, justement, manquant un peu d’empathie, donnant au lecteur une position de simple spectateur. Les parties relatant l’interrogatoire de Joseph sont en revanche très bien faites : l’absence des questions rend les réponses du meurtrier encore plus captivantes, nous sentons sa folie, ses divagations, son absence totale de remords.

 

Le roman est tiré d’un fait réel. Glaçant mais manquant peut-être un peu d'émotion (et une belle couverture, même si elle n'a que peu de rapport avec le contenu !).

 

 

 

Un tueur à Munich – Andrea Maria Schenkel – Actes Sud, actes noirs, 167 pages

 

 

Les avis de Cuné et Clarabel

10.04.2009

LA VIEILLE ANGLAISE ET LE CONTINENT – JEANNE-A DEBATS

Ann Kelvin, a consacré sa vie aux recherches transmnésiques (transplantation de l’esprit dans un autre corps). Alors qu’elle debats.jpgattend de succomber au cancer, Marc Sénac, son ancien élève – amant, lui propose de réaliser une dernière mission, un baroud d’honneur qui leur permettra de mettre fin aux massacres des cétacés. Pour ce faire, l’esprit d’Ann sera transplanté dans le corps d’un cachalot.

 

Une novella très courte qui se lit d’une traite, et dont le premier abord, qui paraîtrait plutôt loufoque, voire totalement absurde au lecteur récalcitrant, réfractaire à tout ce qui ne s’ancre pas dans une réalité bien tangible (j’en suis), disparaît totalement d’une part sous la plume alerte et fluide, et d’autre part sous le message écologique (condamnation des massacres de cétacés, irrespect de l’environnement, notamment sous marin). Au début.

 

Pourtant, le texte étant particulièrement court, il manque à mon sens d’une part de précision (on apprendra vaguement ce que sont les recherches transmnésiques  ou quels ont été les travaux auxquels s’est consacrée Ann (et qui lui ont valu, comprendra-t-on, de sévères critiques). Il faut donc tout imaginer, supposer. Et moi qui suis en général hermétique à tout ce qui touche science fiction, fantasy, j’aurais peut-être préféré plus de détails ou d’explications pour accepter de plonger. Autant la première partie, qui relate le voyage d’Ann et sa découverte des fonds marins  est un très joli moment de lecture, autant la seconde partie, (attention je vais spoiler) qui aborde une sombre histoire de cadavres radioactifs balancés en mer (et que Ann et son nouvel ami 2x2x2 (un cachalot, donc) s’empressent de faire remonter à la surface) m’ont paru abracadabrantesques et peu vraisemblables (j'essayais de les imaginer se démenant avec leurs caudales... pas facile pour moi) : le récit, s’il était resté sur un plan purement écologique, n’aurait pas vu son message se diluer sous une histoire de clones volés à laquelle j'ai beaucoup moins adhéré.

 

Au final, qu’en reste-t-il ? Je n’ai pas détesté, loin de là, je l’ai même lue avec plaisir, mais j’y ai sans doute trouvé trop de choses mises pêle-mêle dans trop peu de texte.

 

 

La vieille anglaise et le continent - Jeanne-A Debats - Griffe d'encre - 70 pages

 

 

Les avis de Fashion (merci pour le prêt), Chiffonette, Laurence, Lucile, Chimère, Brize, Delphine, toutes enthousiastes.

 

Lu pour le prix Biblioblog.biblioblog.jpg

03.04.2009

AMERICAN RIGOLOS – BILL BRYSON

 

 

C’est cool l’Amérique. On y vit en permanence sous air climatisé, on s’y gare sans problème et gratuitement, on y boit du café / soja / crème allégée / sirop d’érable à volonté, on y achète de l’essence pas chère, bref, c’est un chouette pays, nous dit Bill Bryson. Ce chroniqueur, exilé chez les rosbeef quelques années, est revenu vivre au pays de l’Oncle Sam et a rédigé pour un magazine britannique une chronique hebdomadaire sur son pays.

 

bryson.jpgCe sont ces chroniques qui sont rassemblées dans American Rigolos.

 

 

Humour, dérision, auto-critique et (aussi) un peu de tendresse, 75 chroniques nous racontent les petits travers et grandes faiblesses vues par un exilé de retour au pays. Obésité, paresse, bêtise, inculture, procès à tout va, tout est passé au travers une lunette (un peu grossissante parfois) amusée et amusante, tout est recensé avec un humour féroce et bourré de tendresse. On ne peut pas dire que Bill Bryson n’aime pas ses compatriotes, mais il prend le recul nécessaire pour les peindre avec une ironie plutôt mordante, jamais méchante : on y rit souvent, on y sourit beaucoup. Bien sûr, le trait est parfois grossi, l’exagération flagrante. Bien sûr, certaines anecdotes pourraient s’appliquer aussi bien à des américains qu’à des français (ou des allemands ou des russes, peu importe). Bien sûr, on devine parfois la chronique écrite un jour d’inspiration défaillante et qui tombe donc un peu à plat. Bien sur, en bonne pinailleuse, je regrette qu’aucune des chroniques n’ait abordé le permis de port d’arme et de tuer en toute impunité.

 

Mais le tout est en général savoureux, à la fois irrévérencieux et plein d’affection, gentiment moqueur et jamais méchant.

 

Un recueil à picorer par petites touches (sous peine de lassitude), juste pour le plaisir. 

 

Les avis de Brize et Manu

 

01.04.2009

LA CONDITION - JENNIFER HAIGH

Une famille unie, un milieu social favorisé (vacances à Cap Cod, héritage familial (même s’il s’étiole au fil des ans)), bonnes écoles et éducation plutôt rigide. Le père est un scientifique renommé, la mère égoïste et névrosée. Billy, l’aîné, deviendra cardiologue : superbe appartement à New York, revenus conséquents, mais pas de petite amie à l’horizon. Scott, le dernier, haigh.jpgdeviendra un professeur raté dans un établissement miteux, père de deux enfants ingérables et mari d’une pouffe vulgaire (au vu des critères maternels). Quant à la cadette, Gwen, elle sera anthropologue ; ce qui lui permettra de vivre cachée, recluse dans un sous-sol de musée : Gwen souffre du syndrome de Turner, sa croissance a stoppé très tôt : elle n’a pas grandi, n’aura jamais de puberté, ni d’enfant. D’ailleurs, ses parents ont divorcé un an après la découverte de sa maladie, découverte qui a fait exploser la cellule familiale. Nous allons suivre cette famille sur 400 pages.

 

 

Beaucoup de belles intentions dans ce roman : comment une famille peut se distendre, s’éloigner, sans jamais se perdre réellement de vue. Absence de communication, ou plutôt de communication sincère et profonde, silences et non-dits, à force de ne pas parler des choses qui fâchent et d’éviter soigneusement de partager ses sentiments (par égoïsme pour la mère, par oubli ou paresse chez le père, par pudeur chez la fille, peur chez l’aîné, complexe d’infériorité chez le dernier), tous les membres de la famille McKotch sont empêtrés dans leur incapacité à s’aimer, ou du moins se le dire.

 

Beaucoup d’éléments qui m’ont gênée aussi. D’une part, ils m’ont paru tous peu sympathiques : la mère, en premier lieu, est insupportable dans le déni qu’elle oppose à la maladie de sa fille, dans son aveuglement, son refus de voir, d’imaginer, même, que ses enfants puissent avoir une vie différente que celle qu’elle leur prête (elle ne supporte pas que ses enfants ne correspondent pas à ce qu’elle a voulu et ne suppose même pas qu’ils puissent être autre chose que ce qu’elle a voulu). Le personnage m’est apparu comme un monstre d’égoïsme ressassant sa névrose et sa solitude aigrie. Mère-mante qui s’obstine à régenter (puisqu’elle seule sait ce qui est bon pour eux) la vie d’enfants qui lui échappent.

 

Le fils aîné, incapable d’assumer et d’avouer son homosexualité, jouant avec les mots et les omissions, est crispant de lâcheté et de faiblesse. Tout autant que son frère, vaguement marijuané et raté de service, incapable de plaquer une femme insupportable et ressassant son complexe de puîné mal aimé.

 

Le tout est mâtiné de saga, de souvenirs puisant dans le passé quelques anecdotes sensées donner un éclairage sur la psychologie sur les personnages.

 

Des clichés qui m’ont gênée, donc, et des personnages qui m’ont déplu.

 

Ceci dit, je n’ai pas voulu l’abandonner. Parce que Gwen, elle, sauve la mise. Donne envie de l’accompagner, voire de l’épauler. Alors on reste avec elle, on note ici et là quelques phrases qui nous touchent (« longtemps elle s’était efforcée d’élever la fille qu’elle avait espéré avoir et était passée à coté de celle qu’elle avait eu »), quelques passages extrêmement justes sur la notion, si ce n’est de pardon, au moins d’acceptation. On arrive au bout, à la fois agacé et touché quand même. Et on s’aperçoit que la fin nous arrache, si ce n’est une larme, du moins une pointe d’émotion, une remontée qui surgit, là, et qui résonne bizarrement à notre mémoire personnelle*.

 

La condition, Jennifer Haigh - Michel Lafon 416 pages

 

 

 

 

Les avis de Cuné (merci pour l'envoi !), Cathulu, Lou, Géraldine qui ont aimé.

Lily, elle aussi, émet quelques réserves.

 

 

* et on a le choix entre appeler notre mère ou filer chez le psy...

 

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