17.05.2008
CHALEUR DU SANG – IRENE NEMIROVSKY
Nous sommes dans le centre de la France, au début du vingtième siècle. Sylvio, le narrateur, se rend dans un village paisible et y retrouve sa cousine Hélène.
Il observe les habitants de cette bourgade provinciale ; le rythme de vie est paisible, aussi calme et retenu que la vie de ces familles issues de la terre. On s’y parle peu, on vit au rythme des cultures agricoles, on ne se mêle pas des affaires d’autrui. Mais sous les aspects rigides et les façades convenues se terrent des secrets, des histoires familiales qui surgiront après la noyade de Jean Dorin, le gendre d’Hélène.
Voici un roman qui m'a laissée perplexe. Très bien écrit, avec simplicité et fluidité, il entraîne le lecteur dans le quotidien des habitants de ce village rural et bourgeois, dans leur vie qui s’écoule au rythme des saisons et des récoltes.
Irène Némirovsky y parle des mariages de raison, que ce soient les jeunes filles qui épousent des vieillards ou des mariages de convenance. A cette époque, on n’obéit pas à l’amour mais à l’argent, au devoir, à la raison. Elle nous plonge dans un monde où l’apparence d’une vie rangée, stable régit toutes les conventions sociales de cette petite bourgeoisie locale. Les rancoeurs et les convoitises (de chair, de terres, d’argent) sont soigneusement tues, cachées, même si aucun secret ne reste longtemps enfoui. C’est un milieu rural où tout se sait et tout se tait.
Et, de ce milieu étriqué, Irène Némirovsky nous décrit l’ardeur de la jeunesse, les désirs et les passions qui consument secrètement les corps et les cœurs des jeunes gens. Ardeurs qui s’assouvissent parfois dans le silence, mais qui, dans le confinement de cette vie étriquée, deviennent frustrations, jalousies, colères.
Le roman est bâti habilement, avec un certains suspens dans la révélation ces secrets enfouis. Mais j’avoue être restée plutôt à l’extérieur. La révélation finale m'a surprise, mais je l'ai trouvé peu crédible. Spectatrice mais jamais actrice de ce roman.
Milieu rural ? Epoque ? Manque de force ? J’ai aimé le fond, la forme, mais je suis restée indifférente aux feux de l’amour décrits par Irène Némirovsky.
07:11 Publié dans J'ai bien aimé, Litterature Française | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
06.05.2008
SHOES ADDICTS – BETH HARBISON
Vous avez déjà craqué pour une énième paire de souliers, alors que votre penderie peine à contenir les dizaines de boites rectangulaires qui abritent vos trésors ? Vous avez déjà dégainé votre carte de crédit sachant pertinemment que ces escarpins (bottes) (sandales) (mules) étaient une dépense inutile, futile, exagérée, inconsidérée ?
Non ? Alors vous n’êtes pas comme Lorna, Hélène et Sandra. Ces trois « shoes addicts » sont accro aux souliers. Manolo, Patrick, Christian, Jimmy sont des noms qui les rendent hystériques. Et ce ne sont pas des amants potentiels. Juste des chausseurs.
Et quand on est shoes addict, c’est comme quand on est accro au jeu, au shopping, à l’alcool ou à la drogue : on ne peut pas se contrôler et on se retrouve vite dans la panade, avec compte dans le rouge, culpabilité, honte, regrets… et de gros problèmes.
Ces trois accros à l’odeur du cuir, à la finesse d’une bride, à la courbe délicate d’un talon ou au galbé d’une sandale vont se rencontrer au cours d’une soirée troc organisée par Lorna. Elles seront rejointes par Joss, candide en matière de soulier mais désireuse d’échapper à sa patronne hystérique… Elles vont y partager leurs pulsions, leurs envies, leurs souliers, et y découvrir, surtout, un bien qu’elles ne possèdent pas encore : l’amitié.
Bon, disons le tout de suite, c’est de la chick lit plutôt moyenne. Le style est parfois consternant, parfois drôle, quelquefois touchant, l’énumération de marques de luxe carrément lassante. Je préfère qu’on décrive le sublime d’une paire de sandales plutôt que l’on cite sa marque sans évoquer l’exquise délicatesse de ces créations et la sensation délicieuse qu'elles peuvent procurer.
Bref. Au point de vue style, moyen donc. L’intrigue, elle, ne casse pas trois pattes à un canard non plus. Quatre nanas mal dans leur peau, une femme de sénateur trompée qui vole en dans les magasins, une opératrice de téléphone rose agoraphobe, une dépressive chronique dont le compte en banque atteint les mêmes profondeurs abyssales que son moral, une jeune baby sitter exploitée. Quatre héroïnes, comme dans les scenarii qui marchent : Sex and the City, Desperate Housewives… De beaux clichés, donc.
Mais, et il y a un "mais" je trouve, c’est distrayant. Distrayant parce que, en tant que femme, il y a forcément quelques résonances, aussi minimes soient-elles, qui poindront dans nos mémoires. On a pas forcément craqué une fois dans sa vie pour des escarpins sublimes à 400 dollars, non, mais acheté une paire inutile, juste parce qu’elle nous plaisait, là, je jette mes dernières compensées à celle qui me dira le contraire (et je les récupère après, merci).
Alors le roman se lit vite, s’oubliera certainement très vite aussi, mais aura permis d’oublier ses soucis, de sécher ses larmes et de se vider la tête. Et ça, ça fait du bien. Beaucoup de bien.
L’avis de Lily (et merci pour le prêt !),
PS 1 : ah, j’oubliais de citer ce passage, où l’un des personnages dit qu’un homme qui regarde trois fois de suite Orgueil et Préjugés avec Colin Firth est forcément gay…. Les hommes qui liront ce billet me diront ce qu’ils en pensent !
PS 2 : et j’en profite pour avouer à la face du monde que je suis celle qui a effectué un « changement piétinal » la semaine dernière à Cabourg. Dû à un problème technique très handicapant. Donc justifié. Et puis, les magasins à Cabourg n'ont qu'à pas être ouverts le 1er mai...
PS 3 : Et je ne fais pas toujours une bourde terrible en essayant des souliers.
PS 4 : et j’attends avec impatience les 2 paires de compensées achetées la semaine dernière sur un site de vente en ligne. En solde, deux pour le prix d’une. Pourquoi s’en priver ?
06:17 Publié dans J'ai bien aimé, Litterature Anglo-saxonne, Littérature de poulettes ! | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note
26.04.2008
MALAVITA ENCORE – TONINO BENACQUISTA
Retrouvons la famille Blake que nous avons découverte dans « Malavita ». Quelques années plus tard, quelques noms d’emprunt plus tard, quelques déménagements plus tard, nos quatre compères vivent, sous le nom de Wayne, à Mazenc, dans la Drôme.
Les enfants ont grandi, ils sont indépendants et vivent leur vie. Belle est amoureuse, Warren aussi.
Maggie a lancé une petite entreprise de restauration sur Paris. Elle fait des allers-retours entre sa nouvelle vie de femme indépendante et son mari devenu écrivain.
Car Fred a réussi non seulement à écrire son roman, mais aussi à être édité, et même recevoir une certaine reconnaissance, sous le pseudonyme de Lazlo Pryor.
Seule Malavita la chienne n’a pas changé de nom et reste près de son maître. La chienne, et les agents du FBI, aussi, ceux du programme Witsec (protection des témoins) chargés d’organiser et de surveiller la vie de cet ancien mafieux repenti.
On a plaisir à retrouver cette petite famille dont tous les membres se cherchent toujours. Maggie chérit sa liberté toute nouvelle et s’émancipe de son mafieux de mari. Les enfants parviennent tant bien que mal à échapper à l’atavisme familial, à construire une existence normale. Loin des clans et des gangs.
Quant à Fred, il rumine encore et encore son passé, l’époque glorieuse où il était un capo. L’époque où sa vie ne ressemblait pas à celle d’un retraité provençal, entre pastis et pizzas.
Il y a toujours de l’humour, quelques passages savoureux, notamment quand Fred se décide à ouvrir un livre. Pour la première fois de sa vie. Délectable.
Il y a de la justesse chez les personnages, toujours aussi attachants, toujours aussi touchants.
Tonino Benacquista écrit bien, juste, avec humour. Un vrai plaisir.
Ceci dit, l’intrigue manque trop de piquant pour en faire un très bon Benacquista. Tous vivent leurs petites aventures, leurs petits revers, drôles certes, assumés avec leurs caractères bien trempés, mais il manque un fil conducteur, quelque chose qui accroche, qui happe le lecteur. On les aime toujours autant, les membres de cette famille, comme on aime toujours autant les agents du FBI qui les accompagnent, mais on a l’impression d’observer des petits retraités et leurs mésaventures qui sont bien trop gentillettes pour qu’on ait envie d’en lire un troisième volet, si troisième volet il y a.
Ou alors il faudra qu’il soit plus mordant, plus détonnant, que celui-ci.
11:56 Publié dans J'ai bien aimé, Litterature Française | Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note
09.04.2008
PERSONNE N’EST PARFAIT – DONALD WESTLAKE
Volera bien qui volera le dernier….
C’est l’histoire d’un tableau de maître. Ce tableau, « La folie conduisant l’homme à la ruine » du peintre Veenbes vaut… pas mal de fric, dirons nous. Et justement, son propriétaire, Chauncey, en a besoin, de fric. Parce que c’est un flambeur, Chauncey, qui vit largement au dessus de ses moyens. Et comme Chauncey n’est pas à proprement parler un saint, et que les principes et lui, ben ça fait deux, il imagine un coup très simple : il organise un faux cambriolage, empoche l’argent de l’assurance, récupère son tableau et hop ! L’affaire est dans le sac. Et pour le cambrioleur, à qui fait-il appel, d’après vous ?
A Dortmunder, bien sûr !
Et, bien sûr, tout ne se passe pas aussi facilement que prévu…
Encore une fois, Donald Westlake nous entraîne dans une aventure rocambolesque et bidonnante. De déraillement en cafouillage, d’imprévus en truandages, tout part en vrille. Le tableau est bien volé, mais perdu. Dortmunder et son fidèle copain Kelt doivent trouver une solution pour se sortir de ce guêpier….
Et voilà un faussaire, un écossais mal embouché, un tueur à gages, un comédien en mal de sueurs froides, qui entraînent Dortmunder et son équipe dans une course poursuite à la recherche du tableau volé, retrouvé, revolé et de sa copie. Où est le vrai Veenbes, où est la copie ? Ca s’embrouille un peu, le voleur se fait voler et le voleur du voleur se fait voler à son tour par le premier voleur…
Rira bien qui rira le dernier… beaucoup d’humour, de retournements donc, et au final un nouveau volet des aventures de Dortmunder toujours aussi attendrissant dans son rôle de looser de première classe. Et des scènes à se tordre de rire, comme ce dîner organisé par Chauncey, pour que les voleurs puissent voler à leur guise, et cette bagarre d'écossais, et la découverte de la conduite à gauche par ces new-yorkais pas futés...
On l’aime toujours autant, ce brave cambrioleur abonné aux coups foireux !
A lire, donc, pour rire tout simplement, encore plus un jour de pluie, un jour de misère morale, pour retrouver le sourire !
(j'avoue ceci dit garder ma préférence pour Jimmy the Kid : effet découverte, sans doute)
06:46 Publié dans J'ai bien aimé, Litterature Anglo-saxonne, Polars, thrillers... | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note
11.03.2008
DANS LES BOIS – HARLAN COBEN
Paul Copeland est procureur. Un homme est retrouvé assassiné, plusieurs coupures de presse dans sa poche attestent qu’il connaissait Copeland. Quand Copeland identifie le corps, il reconnaît Gil Perez.
Mais Gil Perez est considéré comme mort depuis vingt ans. Comme la sœur de Paul. Ils ont disparu même temps que Margot et Doug, dont les corps ont été retrouvés peu après dans les bois. Ils avaient été égorgés, alors qu’ils étaient en colonie de vacances. Alors que Paul était chargé de veiller sur le camp. Mais il avait déserté son poste pour retrouver sa petite amie Lucie. Un tueur en série a été arrêté, mais sa culpabilité n'a jamais été formellement démontrée.
Le dernier roman d’Harlan Coben ne déroge pas à la règle. Véritable whodunitqui ne se lâche pas, chaque chapitre se termine en entrouvrant la porte d’un nouveau rebondissement. Le passé enterré resurgit et Paul Copeland, déjà empêtré dans une affaire de viol qu’il doit instruire, va se lancer dans une course après des fantômes. Fantôme de sa sœur, fantôme de sa propre culpabilité, fantôme de toutes les personnes dont les vie ont été laminées par ces meurtres : sa mère qui les a quittés, lui et son père, peu après cette histoire, la famille Perez, sa petite amie Lucie, qu'il n'a plus revue depuis, le père de Lucie, propriétaire de la colonie et apôtre des drogues douces. Tous ont tenté de rebâtir leur vie malgré leur culpabilité, leurs questions, leurs douleurs.
Autant de cicatrices grossièrement refermées qui vont s’ouvrir brutalement.
Encore une fois, c’est haletant, c’est rapide. Harlan Coben maîtrise brillamment les codes du suspens et l'on retrouve ses thèmes favoris : le passé, son poids, les non-dits soigneusement ensevelis qui vous sautent au visage alors que vous essayez de balayer ce passé qui vous ronge.
Néanmoins, j’ai aimé le tout sans réellement m’attacher aux personnages. Comme si la sauce manquait de liant. Ce petit truc en plus que j’avais aimé dans les autres romans d’Harlan Coben, comme "Une chance de trop", "Innocent" ou surtout, mon préféré « Disparu à jamais ».
Dans les bois – Harlan Coben. Belfond noir, 423 pages
06:24 Publié dans J'ai bien aimé, Litterature Anglo-saxonne, Polars, thrillers... | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note
18.02.2008
LE BROCART – MIYAMOTO TERU
Arima Yasuaki et Katsunuma Aki ont été mariés. Ils ont divorcé suite au suicide de la maîtresse d’Arima Yasuaki.
Depuis, 10 ans ont passé. L’un et l’autre ont refait leur vie. Katsunama Aki s’est remariée et est mère d’un petit garçon handicapé. Ils se rencontrent par hasard, dans une télécabine du Mont Zâo. L’un et l’autre échangent quelques mots et se séparent, chacun sur son chemin.
Mais cette rencontre a réveillé le passé et Katsunama Aki écrit à Arima Yasuaki.
Ce lent roman épistolaire est joliment bien écrit. Chacun évoque tour à tour sa vie, les circonstances et les errements de leurs destins respectifs. Chacun revient sur leur rencontre, la fameuse nuit où l’adultère a été découvert, les chemins qui ont été les leurs depuis.
Chaque lettre est un long regard posé avec nostalgie sur une vie qui aurait pu être différente. Le rythme est lent, aussi lent que les pas des deux personnages sur les routes qu’ils ont suivies. Dix ans après ces deux êtres confondent leurs tristesses, leurs amertumes avec pudeur et respect. Le vouvoiement confère à leur correspondance une harmonie, une distance mêlées de respect et d’admiration.
Un joli roman, pour qui aime les longs et lents échanges ; pour qui aime deviner au travers des mots les sentiments, les regrets, les espoirs ; pour qui aime la nostalgie, l’amour qui subsiste malgré les blessures et qui se devine, caché derrière chaque phrase et chaque virgule. Michel titrait son billet sur ce livre avec "Agréable désuétude", ce titre reflète fidèlement l'atmosphère de ce roman.
« Le patron me demanda en souriant de lui expliquer comment j’avais compris ce miracle humain qu’était Mozart… Moi, qui venais tout juste d’aborder Mozart, je me sentais totalement incapable d’exprimer cela avec des mots…Pourtant, pressée par l’éclat tellement sérieux de ses yeux, j’arrivai à dire, sans même l’avoir voulu : « Etre vivant et être mort, c’est peut-être la même chose, voilà ce qu’il m’a semblé trouver exprimer d’énorme et d’étrange dans la magnifique musique de Mozart » Ce que j’avais voulu dire, c’est que si Mozart était un miracle humain, c’est parce qu’il avait réussi à faire éprouver aux hommes cette coexistence de la peine et de la joie sans utiliser les mots, par le biais d’une musique exquise, inexplicable verbalement, et qu’il y était parvenue avec une aisance inouïe, et de surcroît en rendant les gens heureux ».
L’avis de Michel.
Et, puisque l’on parle de romans épistolaires, je vais évoquer brièvement une magnifique pièce de théâtre « Love letters » de A.R. Gurney.
J’ai vu cette pièce deux fois. La première, il y a…. fort longtemps, était jouée par Anouck Aimée et Bruno Cremer. La deuxième fois, il y a deux ans, Anouk Aimée avait repris le rôle féminin, tandis que Jacques Weber remplaçait Philippe Noiret, disparu peu auparavant.
Cette pièce reprend simplement la correspondance entre deux amis d’enfance. La première lettre est un carton d’invitation à un anniversaire. L’un et l’autre continueront de s’écrire leur vie durant, chacun poursuivant son destin, se racontant, s’aimant, se moquant, se chicanant, cherchant toujours à maintenir ce lien parfois ténu, parfois puissant et tellement complexe qui les unit. Ils se retrouveront quelques années pour vivre une aventure passionnée, se séparer, continuer à s’écrire jusqu’à la mort. Une pièce magnifique.
06:45 Publié dans J'ai bien aimé, Litterature japonaise | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note
13.02.2008
ITINERAIRE D’ENFANCE – DUONG THU HUONG
Bê a douze ans. Vive, passionnée et exaltée, elle partage ses journées entre l’école communale où elle excelle, sa meilleure amie Loan, sa maman professeur avec qui elle vit alors que son père est basé en garnison près de la frontière. Après avoir été exclue de son école pour avoir défendu une enfant contre un professeur abusif, elle s’enfuit avec Loan pour aller retrouver son père.
C’est le premier roman de Duong Thu Huong. Il faut pour l’apprécier se défaire de son enveloppe occidentale et revêtir en pensée un pantalon fluide, une tunique et des tongs. On y retrouvera alors le Viet-Nam chatoyant, les odeurs, les couleurs, les ombres et les lumières qui donnent l’impression de survoler ce pays en le caressant de la main. On frôlera les goyaviers, on effleurera les flamboyants, on humera les effluves de kumquat.
On y retrouvera le style délicat et serein de l’auteure, on s’installera à coté des personnages, en les écoutant, en les observant.
Cette fois ci, nous ne sommes plus en présence d’une femme divisée entre son devoir et ses sentiments (Terre des Oublis), mais en compagnie d’une jeune fille révoltée contre l’injustice, fière, droite. A mi chemin entre l’enfance et l’âge adulte, Bê entraîne son amie Loan dans un voyagequi sera initiatique et aventurier.
De la colonisation et ses dérives (« Si notre peuple avait tendu la joue aux colonialistes français, nous n’aurions plus de patrie. Les enfants n’apprendraient plus l’histoire des sœurs Trung, de la patriote Trieu, ne sauraient rien de l’héroïsme des rois Nguyên Huê et Quang Trung. Vous apprendriez, en revanche, une histoire importée : « Nos ancêtres les Gaulois… » »), des coutumes, de la cuisine, de la douceur de ce pays, Duong Thu Huong peint un portrait empli de tendresse. C'est le récit paisible d’un apprentissage serein, emli à la fois de fraîcheur, de candeur et de maturité (« Là où, pour la première fois, j’avais regardé l’horizon et discerné les différents chemins qui y mènent. Là où j’avais compris que vivre, c’est surmonter les malheurs, la souffrance et l’injustice pour atteindre l’objectif qu’on s’est fixé »).
C’est un joli roman. Je n’y ai pas retrouvé toute la force, la puissance de Terre des Oublis (écrit il est vrai quelques années plus tard), mais je l’ai lu néanmoins avec plaisir.
L’avis de Florinette.
Itinéraire d’enfance – Duong Thu Huong – Editions Weipieser, 378 p.07:40 Publié dans J'ai bien aimé, Litterature Vietnamienne | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note
20.01.2008
PARDONNEZ MOI – AMANDA EYRE WARD
Vous ai-je déjà parlé d’Amanda Eyre Ward ?
Considérée comme une auteure « à suivre » par le New York Post, cette jeune américaine s’est fait connaître en 2005 avec son premier roman « Le ciel tout autour ». Magnifique et poignant pamphlet contre la peine de mort, portrait sans concession d’une Amérique écartelée, ce roman réunit 3 femmes dans le couloir de la mort.
Son deuxième roman, « A perte de vue », paru en 2006, retrace la quête lente et douloureuse d’une jeune femme sur les traces de sa petite sœur disparue des années auparavant.
Le troisième roman d’Amanda Eyre Ward paraît ce mois-ci.
L’héroïne de « Pardonnez moi » est journaliste. Nadine a sacrifié sa vie à son métier, sa passion. Ambitieuse, elle court le monde à la recherche du scoop, du reportage sanglant et des mots coupants qui la propulseront sur le devant de la scène journalistique. Lorsque qu’elle apprend que la Commission Vérité et Réconciliation, menée par Desmond Tutu, s’engage à gracier les prisonniers arrêtés à la fin de l’Appartheid, du moment que les familles des victimes acceptent de pardonner à leurs bourreaux, elle décide de retourner au Cap, où elle où elle a couvert dix ans auparavant la chute de l’Apartheid.
Ce voyage sera l’occasion de revenir sur un douloureux passé fait de blessures, de regrets et de culpabilité.
Nadine cherche dans l’exaltation de son métier l’échappatoire à une vie toute tracée, celle de son amie Lily, dont elle s’éloigne insensiblement ; Jason, jeune américain assassiné lors de l’Apartheid, cherchait à vivre pleinement ses passions ; Thola, danse et vit pour oublier l’abjection, l’immonde injustice dans laquelle est plongée d’Afrique du Sud. Maxim, Georges, journalistes, savourent la vie et les risques de leur métier dans une jouissance inconsciente et brûlante. Sophia et Friskin Irving, les parents de Jason, Fikile, la mère d’Evelina et Thola, forment une galerie de personnages aussi touchants que saisissants.
Peut-on revenir sur son passé, peut-on pardonner et se faire pardonner, se pardonner soi-même ? Peut-on faire table rase des douleurs et des peines qui ont submergé notre passé et anéanti notre avenir ? Peut-on pardonner à ceux qui ont assassiné nos enfants ? Pardonner aux autres, c’est se pardonner à soi-même, accepter la culpabilité des autres c’est reconnaître la sienne.
Encore une fois Amanda Eyre Ward aborde ses personnages et ses situations sans fioriture aucune. Amateurs de styles lyriques, passez votre chemin, ses romans ne sont pas pour vous. C’est au contraire avec un style concis, une écriture dépouillée qu’Amanda Eyre Ward réussit à dépeindre les tourments et les fêlures de ses personnages.
Culpabilité, regrets, pardon, rédemption, « Pardonnez moi est un roman réussi. Certes, l’intrique est moins bouleversante que l’effroyable histoire du « Ciel tout autour », moins troublante que la quête de Caroline dans « A perte de vue », mais à la fois touchant et prenant, il se lit d’une traite.
Voici une belle réflexion que nous offre Amanda Eyre Ward avec ce roman. Une auteure que je vous incite vivement à découvrir ou redécouvrir.
Lisez « Pardonnez-moi », oui, mais surtout ne ratez pas
« Le ciel tout autour » !
Ou accompagnez Caroline dans « A perte de vue » !
Le site d’Amanda Eyre Ward.
L’avis de Clarabel et Flo sur « A perte de vue »
Pardonnez-moi, Buchet-Castel, 300 p
Le ciel tout autour, J’ai lu, 252 p
A perte de vue, Buchet Chastel 260 p ou Pocket
16:21 Publié dans J'ai bien aimé, Litterature Anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note


