30.04.2009

LE PRINCE DES MAREES – PAT CONROY

" L’histoire de ma famille était une histoire d’eau salée, de bateaux et de crevettes, de larmes et de tempêtes ».

 

L’histoire de la famille Wingo est bien tout ça. C’est une histoire à la fois triste et joyeuse, amère et mélancolique, douce et rude. Elle arrache des sourires et des larmes.

Quand Tom Wingo apprend que sa sœur jumelle Savannah vient encore de se tailler les veines, il se rend à New York pour conroy.jpgrencontrer la psychiatre de Savannah. Les souvenirs affluent et nous font pénétrer au sein de la famille Wingo : le père est brutal, la mère manipulatrice, les trois enfants, Luke, Tom et Savannah, tentent de se construire envers et contre tout, se serrant corps et âmes les uns contre les autres.

Savannah est le poète de la famille, celle qui transfuse ses poèmes de toute la douleur amoncelée : « De puis sa plus tendre enfance, Savannah avait été désignée pour porter le poids de la psychose accumulée dans la famille. Sa lumineuse sensibilité la livrait à la violence et au ressentiment de toute la maison et nous faisions d’elle le réservoir où s’accumulait l’amertume d’une chronique à l’acide ». Luke, lui, est l’homme fort, celui qui porte ses frères et sœurs, leur modèle, leur roc : « à cause de sa force gigantesque, il y avait quelque chose d’indestructible dans sa présence. Il avait l’âme d’une forteresse et des yeux qui scrutaient le monde par de trop longues meurtrières… Ses blessures étaient toutes intérieures et je me demandais s’il aurait à faire un jour le compte de ses plaies ». Quant à Tom, notre narrateur, il camoufle dans une normalité apparente les faiblesses et les souffrances qu’il préfère oublier : « « Quel était mon rôle, et recelait-il des éléments de grandeur et de ruine ?... J’étais l’enfant équilibré, réquisitionné pour ses qualités de meneur, son sang-froid sous la mitraille, sa stabilité. J’étais le pays neutre, la Suisse familiale. Symbole de la vertu, je rendais hommage à la figure d’enfant irréprochable que mes parents avaient toujours désirée. »

Au fil des rencontres avec la psychiatre de Savannah, Susan Lowenstein, Tom se raconte et raconte : le Sud, la pêche, une famille où violence et rires se confondent et se succèdent. A force d’humour, les enfants tentent de combler les brèches « Nous rions quand la douleur se fait trop forte, nous rions quand la pitié  de l’humaine condition devient trop pitoyable. Nous rions quand il n’y a rien d’autre à faire ».

Susan Lowenstein conduira Tom à parler, parler encore et dire ce qu’il ne peut pas « Vous m’avez raconté toutes ces histoires, vous ne m’avez pas raconté celles qui comptent vraiment. Vous m’avez servi l’histoire de votre famille telle que vous aimeriez vous en souvenir et la conserver. Le grand père haut en couleur, la grand-mère complètement extravagante. Un papa un peu bizarre qui battait tout le monde quand il était soûl, mais une maman qui était une vraie princesse et dont l’amour assurait la cohérence de la famille. ». Alors Tom va plus loin, plus profondément dans la mémoire, et exhibe lentement, péniblement, les souvenirs soigneusement enfouis. De la douleur, de l’amour, du secret, d’une mère effroyable qui aime et détruit à la fois, d’un père incapable de mener sa famille, d’un tigre apprivoisé et de démons humains et irréels, le récit de Tom devient un fleuve qui vous entraîne dans un long voyage d’où l’on ressort à la fois épuisé et émerveillé.

Histoires de famille, de racisme ordinaire et puant, de snobismes pitoyables et pathétiques, histoires du Sud et de New-Yorkais tourmentés, je pourrais citer des phrases et des phrases, j’ai noté, annoté, recopié plusieurs passages. Je préfère vous inciter à la lire, pour plonger par vous-même dans cette superbe histoire où l’humour soulage les brûlures, où la douceur de l’amour fraternel atténue l’horreur.

« Notre vie dans la maison au bord du fleuve avait été dangereuse et nocive, pourtant nous nous accordions à lui trouver des aspects merveilleux.  Elle avait donné en tous cas des enfants extraordinaire et vaguement étranges. Notre maison avait été un terreau pour la folie, la poésie, le courage et une loyauté à toute épreuve. ».

 

Le prince des Marées, Pat Conroy – Pocket 1070 pages

Les avis de Cuné (celle par qui tout est arrivé), Karine, Virginie, Fashion, So, Laetitia, Lily.

14.04.2009

COEUR COUSU – CAROLE MARTINEZ

Le cœur cousu, c’est le cœur que Frasquita Carasco a brodé pour la Vierge Marie lors d’une fête religieuse en Espagne. Frasquita coeur cousu.jpga reçu le don de coudre, le don de broder les couleurs et les vies. Du fil et de la soie, Frasquita fait des merveilles, des bonheurs et des rêves. C’est un don que se transmettent les femmes de sa famille, et elle-même transmettra à son tour un don à chacune de ses filles. Frasquita vit dans un petit village espagnol, où les langues se délient à la tombée du jour, où les superstitions gouvernent le jugement, où les regards crachent ce que les bouches ne veulent pas dire. Frasquita dont les gens ont peur, dont les gens se méfient, épouse José le charron, l’homme taciturne qui va laisser la folie grignoter son esprit. José le charron joue sa femme au combat de coq et la perd. Frasquita quitte alors le village et part dans le désert,  suivie par une guirlande d’enfants, auréolée et portée par son amour pour eux.

 

Chacune des filles de Frasquita recevra elle aussi un don : Anita celui de conter, de dire les histoires et d’envoûter par ses récits, Angèla celui de transporter les âmes avec ses chants, ceux qui baiseront Martirio goûteront la mort, Clara sera la lumineuse, l’astre, le soleil. Pedro, le fils, dessinera, fera naître l’univers sous sa craie, et sera combattant pour obéir à son père. Quant à Soledad, la dernière, la solitaire, recevra les mots qui s’écrivent, se tissent pour laisser une trace. C’est la narratrice du roman.

 

Cœur cousu est un roman somptueux. D’une écriture poétique, sensuelle, superbement colorée et sensible, Carole Martinez nous emmène sur les pas de Frasquita, dans un voyage qui mêle conte et tristesse, amours et douleurs. L’histoire est mêlée de conte, auréolée de mysticisme et de croyances. Mêlant le rêve et le réel, le voyage de Frasquita est un récit superbe.

 

Le conte magnifique est aussi une peinture à la fois lumineuse et douloureuse, un tableau fascinant, celui d’un village étriqué, enfermé, où la femme est porteuse de mal, sorcière si elle est différente. Il y a des femmes qui souffrent en enfantant, d'autres qui les aident ou font naître les anges, il y a des croyances, des rêves, de la magie qui se transmet. L’absurdité des hommes et des révoltes aussi, l’idéalisme des guerriers et leur cruauté, parfois, tout est là, dans le voyage de Frasquita, tout est là et pourtant le roman porte haut les couleurs de l’amour, celui des mères, celui des filles, celui qui fait avancer et refuser de fléchir.

 

Il est difficile d’en parler, d’autres l’ont beaucoup mieux fait. Que dire, alors ? Juste que c’est superbe, incroyablement poétique et doux, renversant de beauté. Ce roman m'a fait frissonner, je l'ai refermé l'oeil humide et la gorge sèche. Il s’agit du premier roman de Carole Martinez. Une auteure à suivre, assurément.

 

 

 

Cœur cousu, Carole Marinez – Folio 440 pages

 

 

Les avis de Dda (Biblioblog), Chiffonette, Sylvie, du Buzz littéraire, Bellesahi, Aifelle, Karine, Fashion, Yohan et sans doute plein d’autres encore à trouver chez eux.

16.01.2009

DES VENTS CONTRAIRES – OLIVIER ADAM

 

Des vents contraires, c’est l’histoire de Paul Anderen qui tente de survivre depuis que sa femme est partie sans un mot. adam.jpgPourquoi ? Comment ? Où ? Paul n’en sait rien et depuis son départ il flotte, ballotté sur les vagues d’une existence qui part à vau l’eau : enfants, boulot. Alors il quitte la région parisienne et s’installe à Saint Malo, où son frère qui gère l’auto-école familiale lui propose un emploi de moniteur.

 

Des vents contraires est un roman lumineux. Parce qu’à travers la tristesse insondable qui plombe les pages perce une lueur vacillante mais bien présente : l’amour désespéré de Paul pour ses enfants. Le ton oscille entre souffrance et joies. La souffrance devant l’absence, l’incompréhension, la douleur, et quelques moments de joie, de partage, des corps qui se serrent et s’étreignent pour s’insuffler un peu de chaleur ou d’amour.

 

On y croisera des personnages recalés par la vie : la férocité de la vie les unit, ils se reconnaissent et ne se jugent pas : un autre père dévasté par un divorce, une vieille dame solitaire, un commissaire groggy qui regarde grandir sa fille sans oser l’approcher… Des écorchés qui tentent de s’accrocher au quotidien, en s’imbibant un peu et souvent beaucoup de gin ou de vodka, pour se réchauffer le cœur, en contournant les règles pour grappiller quelques minutes de bonheur.

 

Il y a aussi ces deux enfants ravagés par l’absence de leur mère, qui s’accrochent à leur père comme à une bouée, mais qui sont eux même la bouée de leur père. Unis, soudés, désespérés, roc ô combien fragile qui tente de survivre au désespoir.

 

Des existences fracassées, brisées, une météo tempétueuse, une ville sublimée par le récit, il y a dans ce roman une force incroyable, celle qui pousse à avancer, malgré les tempêtes, les vents, la douleur qui vrille le cœur et le broie toujours plus fort. Et puis, à travers les nuages, là-bas loin dans le brouillard, on aperçoit une toute petite lueur qui annonce l’apaisement, qui scintille tant bien que mal et promet qu’un jour, peut-être, la vie réussira à s’adoucir.

 

 

 

 

Des vents contraires, Olivier Adam - Editions de l'Olivier, 255 pages

 

 

Les avis de Cuné et Clarabel

06.01.2009

SHUTTER ISLAND – DENNIS LEHANNE

Il n’y a pas de lecteur dans ce livre de Dennis Lehanne. Il y a seulement des fétus de paille ballottés de page en page avec Shutter_Island_-_Dennis_Lehane.jpgl’impression lancinante de se noyer dans les méandres d’une histoire asphyxiante, de se mouvoir dans un marécage opaque et vaseux et d’être frôlés des personnages qui évoluent sans cesse, tels des fantômes tantôt hypnotiques tantôt sarcastiques, qui les encerclent et leur susurrent « traverse mon miroir, enfonce toi dans ma folie, à moins que ce ne soit la tienne ? ».

 

Tout commence comme un roman à suspens « normal » : en 1952 le marshal Teddy Daniels embarque dans un ferry en direction de Shutter Island pour y enquêter sur la disparition d’une patiente du Ashecliffe Hospital, où sont soignés des schizophrènes et autres patients atteints de troubles mentaux. Accompagné du marshal Chuck Aule, il découvre rapidement que la patiente, Rachel Solando, n’a pas pu s’enfuir sans une complicité interne. La direction de l’hôpital semble prête à tout pour étouffer l’affaire.

 

Roman d’atmosphère, où les personnages évoluent dans une île isolée en pleine mer par tempête, Shutter Island nous promène aux confins de paysages chaotiques, où les falaises menacent et les vents soufflent avec une telle violence que l’on les entend presque hurler entre les mots. Et cette atmosphère imprègne le roman, enveloppe le lecteur et le rend fébrile, claustrophobe, paralysé, mais envoûté, prisonnier de ces pages, enferré dans une toile d’araignée tissée avec brio.

 

Roman intimiste où les personnages dérivent lentement vers la folie, où les sains d’esprits semblent perdre la raison et les désaxés retrouver brutalement leur santé mentale, ces 287 pages révèlent autant de portes qui s’ouvrent et se referment en claquant brutalement. On y suit les deux marshal, en leur découvrant peu à peu des passés qui les hantent et reviennent les réveiller, les rappeler à eux. Qui est qui ? Qui est quoi ? Pourquoi Chuck est il là ? Pourquoi Teddy a été appelé dans cette île ? A quelles manipulations se livrent les médecins, quelles sont les expérimentations qui y sont faites dans le plus grand secret ?

 

C’est un roman à plusieurs clefs, que j’ai refermé en état d’hypothermie. Mais décidée à le relire pour en saisir à nouveau d’autres nuances, d’autres éclairs.

 

Un roman que je recommande chaleureusement aux amateurs de frissons et de nuits blanches. Aux amateurs d’atmosphères envoûtantes et ambiances hypnotiques.

 

Merci Fashion pour le prêt !

 

Shutter Island, Dennis Lehanne – Ed. Rivages thriller, 287 pages

 

 

Les avis de La Liseuse, Fanyoun, Argantel, Ys, So, Karine, Majinissa, Milou, Thom, Gaëlle.

 

10.12.2008

LE TEMPS OU NOUS CHANTIONS – RICHARD POWERS

Quand David Storm, émigré juif, physicien de génie, rencontre Delia Daley à Whasington en 1939, il ne se pose aucune question. Entre eux, c’est le coup de foudre total, une fusion totale de deux êtres réunis par la même passion : la musique.

Ces deux là se marient et font fi des préjugés : Delia est noire, mélomane. David est blanc. Ils élèveront leurs trois enfants dans un cocon hermétique, cloisonné, protégé. Ni blancs, ni noirs, ni métisses, juste une famille unie dont la vie est rythmée par le seul moteur qu’il connaissent : la musique.powers.jpg

 

Que dire de ce roman qui surclasse à lui seul une grande partie des romans contemporains américains ? A travers ses 1046 pages nous survolons un demi-siècle d’histoire américaine.

 

En fait, nous ne nous contentons pas de survoler, nous plongeons littéralement au plus profond de l’Amérique ségrégationniste, grégaire :  les blancs et les noirs ne se mélangent pas. Chacun reste de son coté et tolère (ou pas) l’existence des autres. David et Delia commettent l’impensable : l’union d’un blanc et d’une noire, union qui plus est féconde : trois enfants naîtront de ce mariage : Jonah qui dés son enfance révèle un talent rare, un don unique : sa voix, qui fera de lui un ténor mondialement connu. Joseph, son frère, et narrateur de cette histoire, vivra dans l’ombre de son aîné et l’accompagnera dans ses tournées. Quant à Ruth, la petite dernière, elle se révoltera devenue grande et intègrera les Black Panthers.

 

A travers les destins de ces enfants, de leurs parents, c’est un magnifique et envoûtant panorama que nous a offert Richard Powers : une vue sans égale sur l’Amérique encore raciste, gonflée de préjugés et de haine, un regard plein d’empathie pour ces trois enfants voués à se chercher toute leur vie. Se chercher et chercher qui ils sont, à la fois noirs et blancs, mélomanes passionnés et passionnants.

 

C’est un roman long, certes, mais tellement passionnant et foisonnant qu’il vous submerge. Qui vous fait traverser les années troubles de la ségrégation, les émeutes raciales et les bouleversements sociaux sur une cinquantaine d’années, qui vous emporte dans un tourbillon et vous laisse béat d’admiration. Le tout au rythme de la musique, omniprésente. La musique qui protège, entoure, enveloppe cette famille, refuge et abri contre le reste du monde.

 

Une pure merveille, tout simplement.

 

 

Le temps où nous chantions, Richard Powers - 10/18, 1046 pages

 

 

 

Les avis de Cuné, Papillon, Kathel, Karine, In Cold Blog, Chimère

02.12.2008

PETIT BREVIAIRE DU BRAQUEUR – CHRISTOPHER BROOKMYRE

Brookmyre_petit_breviaire_P.jpgTout commence au Mexique par une explication par A + B, où l’on apprend que les pipes mexicaines sont forcément meilleures que les américaines. Où l’on apprend qu’un dénommé Harry est à la recherche d’un certain Nunnez, et pas que pour lui conter fleurette, apparemment. Puis on file à Glasgow, où l’on rencontre Angélique de Xavia, flic de choc, encore sous le coup des émotions de Dubh Ardrain, où elle a récemment sauvé le Royaume d’une attaque terroriste (il FAUT que je lise Petite bombe noire). Toujours à Glasgow, nous fredonnons aux cotés d’un chanteur de rue, puis nous compatissons aux regrets d’une employée banque qui a stupidement couché la veille avec un collègue. Débile, lâche et couard, le collègue, mais quand on a un peu trop bu... Et puis une bande de clowns arrive, elle exécute un numéro ahurissant de spectacle de rue (évidemment, je ne fais que chantonner One step beyond depuis), entre dans la banque en poursuivant sa chorégraphie. Le chanteur se demande pourquoi les clowns ont besoin d’une scène couverte, l’employée de banque est la seule à comprendre, malgré sa gueule de bois, que les clowns sont masqués, que le nain, avec ses sauts périlleux, va réussir à sauter au dessus des vitres blindées qui séparent les guichetiers des visiteurs. « C’est un hold-up » dit-elle… Et elle a bien raison.

Avant même de comprendre qui est qui et qui fait quoi (Christopher Brookmyre s’amuse apparemment à brouiller les pistes, suscite un flot de questions et enfume gaiement le lecteur), on fond littéralement devant son style : percutant, cynique, politiquement incorrect, jubilatoire, ça claque et ça manie l’humour noir et second degré avec délectation. On se régale et on fonce dans l’histoire en attendant que tout s’éclaire.

Politiquement incorrect, mais diablement efficace : les personnages sont croqués avec malice et perspicacité : la femme-flic, bigrement touchante, enquêteuse experte en gangsters mais trentenaire solitaire ayant très envie 1) que ses supérieurs arrêtent de la considérer comme la nana de service 2) de se fondre dans les yeux d’un bel homme.

Et le bel homme, le voici : Jarry, qui semble être le chef de cette bande de clowns, malgré son masque, malgré son arme, malgré son braquage en cours, reste un gentleman. Ou comment craquer devant un gangster qui sauve la mise de l’employée de banque, et son honneur, parce que l’honneur d’une dame, Monsieur, c’est primordial.

Tous les personnages, qu’ils soient principaux ou secondaires, sont d’une justesse impeccable : les flics sont souvent bourrus et naïfs (surtout les hommes), les voleurs délicieusement pervers mais au fond très sympathiques, malicieusement cultivés, les mafieux adroitement débiles. N’oublions pas les supporters des Rangers, les otages éberlués, les militants acharnés et bornés du Conseil Œcuménisme et Natalité (la scène dans le musée est tout simplement excellente), les artistes ratés et les soi-disant caïds…

Le scénario décousu se tisse peu à peu et l’on suit les yeux fermés Jarry / Zal et ses complices dans des braquages aussi croustillants les uns que les autres, Angélique dans son enquête troublée par ses sentiments envers son principal suspect… tout s’implique et s’imbrique, le ton est délicieusement croustillant, l’enquête est trépidante, on est passé par Glasgow, Paris, le Louvre, Montmartre… revenus à Glasgow, fascinés par cet exercice d’illusionniste parfaitement réussi.

Zal est un magicien. Christopher Broomyre aussi. « Alakazammi, c’est le grand rififi ! »

Exactement.

 Petit bréviaire du braqueur, Christopher Brookmyre, Ed. L'aube noire, 459 pages

 

Cuné, ton colis Sexy Men était parfait : Zal a relégué certains au fond de mon classement personnel des sexy héros… Merci !

Les avis de : Cuné, donc, So, Tamara, Cathulu, Chimère

18.11.2008

LA PETITE CLOCHE AU SON GRÊLE – PAUL VACCA

Est la prise d’antibiotiques ou la fatigue ? Est-ce tout simplement l’émotion et la douceur de ce roman qui ont fait que je l'ai refermé la larme à l'oeil ??

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Toujours est-il que le roman de Paul Vacca restera longtemps, je n’en doute pas, dans la liste de mes lectures doudou. Parce qu’il y a de la douceur, de la nostalgie, de la tendresse dans ces pages écrites avec une délicatesse et une finesse toutes ciselées, une légèreté aussi subtile que soyeuse, une douceur qui vous prend à la gorge, qui vous étreint et vous arrache même quelques larmes.

 

Le narrateur, Paolo, a une douzaine d’années. Ses parents tiennent le café du village et sa vie oscille entre collège, ballades avec son copain Mouche et devoirs entouré de sa maman. Il ne lit pas, ou peu, mais sa mère voit en lui un futur écrivain. Un jour, il récupère le livre abandonné dans une prairie par Sandra Maréchal, une cantatrice dont il est secrètement amoureux. Ce livre, c’est Du coté de chez Swann…

 

Comment un simple livre va bouleverser la vie de Paolo, celle de sa famille et du village par contagion. Paolo commence par caresser les pages des yeux avant de plonger peu à peu avec délices dans les mots de l’auteur. Sa mère viendra partager ces instants de bonheur, puis son père, peu à peu, lui le réfractaire, sombrera lui aussi dans la Proust-mania…

 

Un petit livre empli de nostalgie pour les ballades à vélo de notre enfance, empli des senteurs des fleurs cueillies au bord des rivières et offertes avec fierté : un petit livre qui nous donne une furieuse envie de partir illico à Cabourg et de réserver une chambre au Grand Hôtel, d’y observer la mer diaprée de nuances crépusculaires depuis sa fenêtre en songeant au temps qui passe  ; un petit livre écrit tout simplement mais perlé de douceur et de tendresse. Un petit livre qui donne envie de caresser la joue de son enfant, de dire, enfin, à sa mère qu’on l’aime, d’écrire une lettre d’amour et tout simplement de relire Proust, aussi…

 

Un petit livre à lire au coin du feu, ou confortablement installé dans son fauteuil préféré, avec une tasse de thé ou chocolat chaud, pour se laisser envahir par l’émotion et la chaleur qui en dégage. A offrir, aussi.

 

La petite cloche au on grêle, Paul Vacca, Ed. Philippe Rey, 2008, 182 pages

 

Les avis de Cuné, Cathulu, Antigone, Bellesahi, Clarabel, Moustafette, Philippe

12.11.2008

CARNAGE CONSTELLATION – MARCUS MALTE

Cesaria n’a rien, si ce n’est la gueule d’un ange, l’âme et les fesses qui vont avec.

Clovis, lui, sort de taule. Il n’a rien mis à part la soif de vengeance, l’urgence vitale de descendre le type qui l’a vendu aux flics dix ans plus tôt.

 

Sur une aire d’autoroute, Clovis va croiser la route de Cesaria. Cesaria va plonger son regard dans celui de Clovis et ces deux là ne seront plus qu’un. A la vie à la mort.constellation.gif

 

J’ai oublié de vous dire que Cesaria est un travesti.

 

Stupéfiante, cette façon qu’a Marcus Malte de nous emmener là où on n’irait sans doute jamais, ou avec méfiance, ou réticence. Enivrant, ce chemin où il nous emmène, où il nous perd, où il nous promène. Cesaria, celui que Dieu a un peu raté, celle que Dieu a mal façonnée. Cesaria la femme dans la peau d’un garçon mais qui n’en a rien de plus. Cesaria et son âme pure et blanche, Cesaria la belle qui se vend. Que voulez vous qu’elle fasse d’autre ?

 

Et Clovis, le dur, le cœur de fer, de plomb de bronze, qui ne peut que s’oublier, se fondre, se dissoudre dans le regard et la bouche de Cesaria. Oui la bouche.

 

Ces deux là se retrouvent comme deux aimants, la soif de vengeance de l’un devient la brûlure de l’autre. Unis pour la vie et dans la mort à donner. L’union de la fragilité et de la force, de la pureté et de la noirceur.

 

Jamais vulgaire, jamais odieux, jamais sale. Une scène incroyable, quand Cesaria et Clovis sont dans la voiture, quand Clovis a ramassé Cesaria sur l’autoroute, une scène d'un érotisme stupéfiant de… non pas poésie, mais … d’émotion. Oui, voilà, d’émotion. Difficile de décrire la précision de mots et la force des phrases qui en ressortent. Troublant, sans aucun doute.

 

Oubliez les a priori puritains et les réactions préjugées. Allez faire leur connaissance et un bout de chemin avec eux. Et dites moi si vous ne les aimez pas, ces deux là.

 

 

Un immense merci à Caro[line] qui m'a offert ce livre après avoir rencontré Marcus Malte.

 

 

Carnage, constellation, Marcus Malte – Folio Policier, 265 pages

 

 

Le site de l’auteur 

10.11.2008

SEUL LE SILENCE – R.J. ELLORY

Joseph grandit doucement  dans sa Georgie natale. La deuxième guerre mondiale n’est encore qu’un écho lointain dont les prémices effleurent à peine les habitants paisibles d’Augusta Falls. Le père de Joseph meurt. La vie continue, un peu bancale, un peu douloureuse, un peu abîmée, mais les blessures sont adoucies par l'enfance qui continue, l'innocence qui illumine encore la vie de Joseph...

… Mais un jour, une petite fille est sauvagement assassinée et les jours heureux se déchirent. Une autre enfant, puis encore un autre… sauvagement arrachées à la vie. Plus leurs vies sont déchiquetées, plus l’innocence de Joseph s’évapore. Joseph vit malgrè lui avec les fantômes des petites filles, lui qui aurait tant aimé pouvoir les protéger, leur épargner cette fin brutale, sauvage, violente, absurde. Joseph s'accroche à la vie comme on s'accroche à une branche pour ne pas couler. Joseph grandit, Jospeh aime, mais la vie a semble-t-il décidé de lui enlever ceux qu'il aime. Encore, toujours.

 

Des années plus tard, Jospeh devenu écrivain à New York va croiser à nouveau la route de l’assassin. Cet assassin qui semble le hanter autant que les âmes des petites filles qu’il n’a pas su protéger….ellory.jpg

 

Comme le dit Cuné, en fait, l’histoire n’a pas d’importance. Elle est là, oui, elle est prenante, elle nous absorbe, elle nous enserre dans notre lecture. Mais au-delà de l’histoire donc, ou plutôt au-delà du thriller annoncé, il y a surtout cette qualité d’écriture qui fait que vous plongez corps et âme dans la vie d’Augusta Falls, que vous vous abandonnez à accompagner Joseph, que vous vous transformez en ombre silencieuse dans son sillage, vous récoltez chaque souffle, vous humez chaque effluve de ce petit coin d’Amérique. Vous êtes là, avec Joseph et ses copains, vous voulez aussi devenir un Ange Gardien et essayer de protéger les petites filles du comté. Vous êtes avec Joseph quand vous comprenez que le village aura tôt fait de désigner l’étranger comme coupable, coupable justement d’être étranger, différent. Donc coupable. Vous êtes à ses cotés quand il s’exile, quand il essaye de fuir ces fantômes qui le hantent.

 

C’est un roman qui vous fait vivre aux cotés de Joseph, vivre avec lui, cheminer avec lui. Hanté par la mort et le souvenir des petites filles, habité par leur mémoire, incapable de survivre, Joseph écrit pour se libérer, écrit pour cracher sa douleur et éloigner le mal qui le ronge. Rien n’y fait, le mal rode et Joseph doit l’affronter. Et vous êtes là, toujours, opprimé, suffocant parfois, vous êtes là parce que vous ne pouvez qu’être là. Avalé par le livre et la plume de l’auteur.

 

C’est un roman dont l’ambiance et l’atmosphère vous étouffent parce que vous êtes en totale empathie avec l’histoire, le personnage. C’est un roman dont le pessimisme est d'une grâce inouie.

 

Un roman à lire, donc, à caresser ensuite et à garder précieusement dans sa mémoire.

 

Brillant. Vraiment.

 

 

Merci encore à Cuné pour la découverte et le prêt.

 

 

Seul le silence, R.J. Ellory, Ed. Sonatine, 2008, 498 p.

07.11.2008

WISCONSIN – MARY R. ELLIS

wis.jpgIl est des livres qui vous font haïr votre minuteur lorsque sa sonnerie stridente vous rappelle à l’ordre. Des livres qui vous donnent envie de le lancer brutalement contre le mur, d’envoyer valser les pâtes et l’eau des pâtes, d’exterminer ce fichu téléphone et de vous couper du monde.

 

Il est des livres, comme Wisconsin, qui vous absorbent, vous enserrent et vous font oublier le monde.

 

Bill est un jeune garçon a priori comme les autres. Par autres, n’entendez pas les petits new-yorkais ou les jeunes bostoniens. Bill vit dans le Wisconsin, entité sauvage et âpre, personnage à part entière de ce roman et dont la nature fait vibrer chacune des pages.

 

Bill a huit ans, il aime courir, gambader, suivre les pas de son grand frère Jimmy. Jimmy qui s’engage dans les Marines et s’en va un matin rejoindre l’armée, la fleur au fusil et le sourire aux lèvres.  Ce départ va creuser peu à peu une gouffre dans les cœurs de Bill et sa mère Claire, révéler le passé, les peurs, les douleurs.

 

A priori comme les autres, mais pas tout à fait. Pas du tout au fond. Au fil des pages se découvrent les brûlures de la vie, les solitudes et les blessures. Un père violent, alcoolique, et brutal, une mère absente, terrassée de douleur quand Jimmy disparaît dans la folie de la jungle vietnamienne ; Bill doit affronter seul l’absence de son frère, son modèle, son abri, sa référence. La reconstruction passe par la destruction, Bill se détruira sous les yeux de sa mère et des fidèles voisins Ernie et Rosemary. Avant de peu à peu réapprendre à vivre.

 

Mary R. Ellis dessine son roman comme on peint un tableau : les paysages sauvages et naturels du Wisconsin sont foisonnants et ondoyants, ses personnages enfouissent leurs douleurs et leurs peines sous des monceaux de silences et de douleurs ravalées, enfouies, protégées du regard des autres. Il y a des silences qui hurlent leurs solitudes et leurs cassures, il y a des hommes qui mortifient leurs souffrances sous des litres d’alcools, il y a des journées qui s’écoulent lentement au rythme naturel des fermes et des bois, des lacs et des animaux.

 

L’absence d’un frère, d’un fils, la cruauté d’un père haïssable et obtus, incapable d’assumer ses échecs et se vengeant sur les siens, sa lâcheté, l’horreur de l’empreinte qu’il laissera sur les siens, la décision d’un enfant de partir, pour lui, devenir un héros, mais qui ne reviendra pas, la peine d’un couple de voisins pour qui la souffrance des autres devient sienne, et puis la nature omniprésente dont nous observons les couleurs au fil des saisons, la force qu’elle pourra inspirer à des habitants, et tant d’autres choses encore, tant d’autres émotions qui submergent le lecteur, font de ce roman un roman majestueux.

 

Majestueux par le concentré d’humanité et de sensibilité qu’il nous offre, majestueux par sa construction à plusieurs voix.

 

A lire, donc, pour sourire de douceur, pour frémir de compassion et de douleur, pour accompagner ses personnages, pour vivre un peu au rythme sauvage et serein du Wisconsin.

 

Wisconsin, Mary R Ellis, Ed. 10/18, 438 pages

 

 

 

Les avis de Fashion, Lily, Tamara, Joëlle, Brize

 

 

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