02.10.2009
LAIT NOIR – ELIF SHAFAK
J'avais décidé de ne pas lire le dernier livre d'Elif Shafak. Même si j'avais aimé « La bâtarde d'Istanbul » et moins « Bonbon Palace », quand j'ai lu que Elif Shafak publiait un livre dans lequel elle racontait sa dépression postnatale, je me suis immédiatement détournée : allaitement, dépression…les histoires nombrilistes dans lesquelles un écrivain tourne autour de sa propre personne ont le don de m'agacer. Pourtant ici ou là, je lisais du bien de Lait Noir. Mes réticences commençaient à
s'effilocher. Le doute à pointer son nez, la curiosité à me titiller. Et puis le billet de Sylvie m'a convaincue d'aller voir par moi-même de quoi il en retournait exactement.
Que Sylvie en soit remerciée, donc !
07:18 Publié dans Essais, documents, Litterature Turque, Rentrée littéraire Automne 2009 | Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note | Tags : elif shafak, maternité, les femmes doivent-elles choisir, entre carrière et enfant ? dépression postnatale, je suis plutôt miss intelligence pratique, ou miss atermoiements aussi
03.07.2009
HISTOIRE D’UNE VIE – AHARON APPELFELD
De bric et de broc, voilà ce qu’on pourrait penser de cette autobiographie d’Aharan Appelfeld. Des chapitres posés ça et là, dans un ordre pas du tout chronologique, des souvenirs livrés un peu au hasard, des réflexions éparses et un style neutre, comme si Aharan Appelfeld piochait au hasard dans un album de souvenirs et se contentait de décrire simplement ce qu’il y voit, en
observateur impartial.
Mais, comme il le dit dans sa préface, Aharon Appelfel préfère faire éclore les souvenirs tels qu’ils viennent, quel que soit l’ordre, quel que soit le sujet (« Ce livre n’est pas un résumé, mais plutôt un tentative, un effort désespéré pour relier les différentes strates de ma vie à leurs racines…. Ce sont différents lieux de vie qui se sont enchaînés les uns aux autres dans ma mémoire, et convulsent encore. »).
Appelfeld ouvre des fenêtres et lit, dans un style très neutre, presque blanc, les pages du livre de sa vie : une famille juive peu pratiquante, des vacances en Ukraine chez ses grand-parents pratiquants, la vie dans le guetto, coupés du monde, l’évasion d’u camps et la longue marche dans la forêt, seul, quand il avait 10 ans. Puis la fuite en Palestine, la vie en Israël, ses premiers écrits, son rapport aux mots et à la littérature.
Avec une étonnante économie de mots et de moyens, pourrait-on dire, cette autobiographie en dit peu et en dit long, très long à la fois : souffrance, peur, faim, violence, blessures de l’âme, difficulté et impossibilité de se reconstruire, tout l’indicible est dit sans mots, avec une extrême pudeur qui fait justement ressortir l’anéantissement intérieur et la nécessité de vivre avec, pour ne pas mourir, justement.
L’histoire d’une vie, Aharon Appefeld, 214 pages - Points, Octobre 2005
Merci à La Nymphette pour le prêt.
Les avis de Thom chez les Chats de Bibliothèque et de Malice.
Une interview de l’auteur sur le site du Magazine Littéraire.
06:00 Publié dans Essais, documents, Littérature Israélienne | Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note
27.03.2009
DE SANG FROID – TRUMAN CAPOTE
Le 16 novembre 1959, la famille Clutter est sauvagement assassinée. Herb Clutter, Nancy Clutter, Kenyon Clutter et Dorothy Clutter sont ligotés dans leur ferme du Kansas, et abattus d’une balle dans la tête. Très peu d’indices et aucun témoin pour ce crime odieux. La police s’interroge.

Truman Capote a choisi un fait divers remarqué dans un journal. Fasciné, il se lance dans une longue enquête, récolte les témoignages, se rend sur les lieux du crime, et rencontrera les criminels quand il purgeront leur peine. De ce travail naît « De sang froid », sous titré « Récit véridique d’un meurtre multiple et de ses conséquences ».
Il retrace, dans la première partie (« Les derniers à les avoir vus en vie ») la dernière journée des victimes. En parallèle, nous suivons la journée des deux assassins, Perry et Smith, qui préparent minutieusement leur crime. Pas de suspens donc, quant à l’identité des meurtriers. Le rythme n’en est pas moins soutenu et Truman Capote fait admirablement monter la tension, tout en relatant le plus scrupuleusement et objectivement les dernières heures de la famille Clutter.
Il raconte ensuite la cavale de Perry et Smith ainsi que l’enquête, l’arrestation, les aveux et enfin la pendaison des coupables.
Le ton est toujours distant, extrêmement précis. Truman Capote relate les événements sans jamais prendre parti, et, malgré la distance, l’objectivité du récit, il arrive à faire plonger avidement le lecteur dans cette histoire.
C’est un témoignage fascinant, non seulement sur un meurtre commis presque sans mobile (si ce n’est le vol qui ne rapportera que quelques dollars), mais aussi, et surtout, sur d’une part la vie dans le Kansas, les occupations et mœurs dans un bled perdu, les aspirations d’une famille paisible et aisée et d’autre part sur l’enchaînement de circonstances qui va mener deux jeunes gens à tuer… pour tuer, parce que « c’est comme ça ». Absence de morale dont on apprendra peu à peu les raisons (toujours seulement exposées, jamais suggérées ni imposées). Le parcours des tueurs, leur enfance... Truman Capote témoigne, toujours en observateur impartial, jamais en juge, en alternant les points de vue (victimes / enquêteurs / tueurs) : les faits sont à la fois simplement exposés tout en proposant une peinture au scalpel des personnalités (notamment celle des jeunes meurtriers) et de la société américaine des années 60.
Au final, et dans la dernière partie, nous assistons au procès. Là encore, voilà un document particulièrement intéressant sur la justice de cette époque, les hésitations et errements d’un jugement, les manquements qui, aujourd’hui, nous paraissent totalement injustes et bâclés. Truman Capote termine son récit par l’exécution des jeunes gens, et l’on sent, en refermant le livre, toutes les interrogations et remises en questions sur la peine de mort, son principe, sa justification. Mais, encore, une fois, c’est au lecteur de se faire son propre avis.
Le mien est fait, ceci dit, et depuis longtemps et, sur cette question là, il n’est pas sans me rappeler le film de Tim Robbins « La dernière marche ». J’ai lu ce roman (non-roman, comme le disait Capote) en moins de deux jours. Fascinant.
De sang froid, Truman Capote – Folio 506 pages
06:47 Publié dans Essais, documents, Litterature Anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (20) | Envoyer cette note | Tags : crime banal, peine de mort, kansas, fatalité
13.03.2009
SANS BLESSURES APPARENTES - JEAN-PAUL MARI
Des milliers de soldats quittent les pays en guerre sans blessures apparentes. Officiellement, ils n’ont pas été blessés, n’ont
aucune séquelle physique et peuvent reprendre le cours d’une vie « normale ». Jean-Paul Mari s’intéresse à ces soldats (ou journalistes, ou civils) qui, bien que considérés comme «épargnés » sont incapables de survivre et d’échapper au souvenir des atrocités qu’ils ont vécues.
L’enquête est longue, la liste des exemples implacable, et, bien que parfois le récit soit parfois décousu (JPM passe d’un souvenir à l’autre, d’une guerre à l’autre : Bosnie, Irak, Afghanistan, Rwanda,…), le témoignage de l’auteur se déroule comme une longue énumération, souvent éprouvante, qui révèle les traumatisme indicibles qui étouffent ces victimes pourtant non officielles.
Des soldats américains qui réintègrent leur pays, éprouvent une grande difficulté à retrouver leur vie « normale » voire une impossibilité totale à affronter le quotidien, des Casques Bleus hantés par des images insoutenables, des civils ou journalistes qui ont été témoins de morts, qui « ont vu la mort », beaucoup mettent fin à leurs jours ou ont besoin de puissants anxiolytiques pour vivre.
C’est un témoignage souvent difficile, un dossier dont on parle peut-être trop peu : Jean-Paul Mari raconte en observateur plein d’empathie ces névroses traumatiques qui font des victimes autrement plus importantes, plus silencieuses mais à tout jamais détruites de l’intérieur.
Émouvant. Parfois difficile à lire, mais très bien fait.
Lu dans le cadre du Prix des Lectrices ELLE 2009
Sans blessures apparentes, Jean-Paul Mari - Robert Lafont, 306 p
Enna l'a lu aussi
07:27 Publié dans Essais, documents, Prix des lectrices ELLE 2009 | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note
11.11.2008
MARYLIN ET JFK - FRANCOIS FORESTIER
Une grosse déception ! L’histoire de Marilyn et John, nous la connaissons tous.
La Belle et la Bête, la Star et le Président, la femme-enfant et l’homme à femmes, tout déjà été écrit, ressassé, rabâché sur ce couple mythique.
François Forestier, après un prologue certes trépidant et nerveux nous ramenant à ce 22 novembre 1963 à Dallas, retrace, par à coups, la légende du coup (qui ne fut pas de foudre) et la liaison qu’entretinrent Marilyn et John pendant plusieurs années.
J’accorde crédit à François Forestier de ne pas édulcorer les personnages :
Marilyn y est toxicomane, droguée aux amphétamines, somnifères, antidépresseurs et autre pilules miracles, alcoolique, affreusement sale (détail qui, s’il est vrai, m’a étonnée : l’icône ne se lavait pas, ou peu, et était affreusement négligée voire répugnante en privé), à forte tendance schizophrène et totalement délabrée à la fin de sa vie.
JFK y est comme nous le savons tous : faible, manipulé, égocentrique, plus-speedy-gonzales-au-lit-que-lui-tu-meurs, obsédé sexuel,, mais aussi totalement inapte et influençable.
Robert Kennedy y est manipulateur, extrémiste, ambitieux et incompétent.
François Forestier nous raconte le sordide, le vicieux, le pourri et les dessous tordus d’un milieu ravagé et rongé par la corruption et un mélange politique/cinéma/star peu ragoûtant. Dépravation, sexe, drogues, alcools, le mélange sexe-politique, la défiance, les écoutes, tout le monde épie tout le monde et tout le monde fait chanter tout le monde. Ce portrait consternant a le mérite d’écorcher le mythe et de ne pas bercer le lecteur dans un portrait trop mièvre et mielleux de ces deux icônes.
En revanche, le style m’a particulièrement rebutée. François Forestier ne se contente malheureusement pas de décrire avec la neutralité d’observateur l’époque et la relation. Il ne peut s’empêcher d’intercéder, interpréter et évoquer les pensées des personnages, leur donner une épaisseur trop romanesque, le récit est gâché par des effets de style malvenus à mon avis dans un document.
On n’apprendra pas grand-chose : Marilyn a été probablement assassinée, JFK victime de la CIA, ou le FBI, ou la Mafia. Marilyn se voyait Première Dame, JFK se fichait d’elle.
Rien de neuf, donc…
Marylin et JFK, François Forestier - Albin Michel,298 pages
Lu dans le cadre du Prix des Lectrices ELLE 2009, Catégorie Documents
L'avis d' Antigone
02.10.2008
LE CHEMIN PARCOURU – ISHMAEL BEAH

Ishmael Beah est né en Sierra Leone et vit aujourd’hui à New York. Entre les deux, une éternité, un univers totalement opposés. Et dans cette éternité, Ishmael est devenu un enfant soldat, un tueur, une machine. A tuer, la machine.
Ishmael a douze ans et quitte son village pour participer à un spectacle de rap. Nous sommes en Sierra Leone dans les années 1990 et les affrontements entre armée et rebelles font rage. Le village d’Ishmael est détruit, sa famille disparue. Il erre dans la forêt et après de longues semaines, privé de nourriture, épuisé autant moralement que physiquement, il rejoint un groupe d’enfants eux aussi abandonnés à eux-mêmes. Faute de nourriture et faute d’espoir, ils rejoignent l’armée (« L’armée c’était la survie. C’était la rejoindre ou être tué »).
Le témoignage d’Ishmael Beah est fort. Nous assistons au parcours d’un enfant, issu de famille paysanne mais instruite (Ishmael va au collège, apprend l’anglais et les monologues de Shakespeare), qui, par désespoir autant que par nécessité, intègrera une milice de l’Armée.
L’univers des enfants soldats est décrit froidement, avec simplicité, lucidité et humilité. Ishmael Beah raconte le plus sincèrement possible la marijuana, la cocaïne, le Brown Brown (mélange de cocaïne et de poudre à fusil) grâce auxquels les enfants sont rapidement privés de tout repère et deviennent des machines à tuer. Dressé pour massacrer, totalement déshumanisé et dépouillé de tout sens moral ou esprit critique, Ishmael devient « lieutenant des jeunes » et encadre un groupe de jeune soldats-tueurs.
C’est un témoignage à la fois cruel par ce que l’on y apprend, mais aussi touchant par la sincérité de l’auteur. Il n’essaye point de se dédouaner ou d’édulcorer la réalité : il a tué par réflexe autant que par « plaisir », la guerre étant devenu le centre vital, névralgique de son existence. Il ne cherche pas non plus à justifier les raisons politiques d’une guerre pendant laquelle il n’était de toute façon pas suffisamment âgé pour en comprendre les raisons ni les éclaircissements.
Une mission humanitaire lui permet trois ans plus tard de quitter l’armée. Après une « rééducation » et un sevrage, il réapprend petit à petit à vivre. Il est envoyé à l’ONU et présente avec d’autres enfants la situation des enfants soldats dans son pays. De retour au pays, il reprend ses études mais, après quelques semaines, le gouvernement est renversé par les rebelles. Ishmael réussit à fuir la Sierra Leone et s’installera à New York, chez une amie rencontrée lors de son voyage à l’ONU.
Un récit efficace, troublant et simple, sur le parcours d’un enfant-tueur, sa rééducation et son retour progressif à une vie normale, une enfance qui ne demande qu’à ressurgir après les cauchemars. Un récit qui dit simplement l'importance des associations humanitaires et leur impact sur les vies des enfants.
Le chemin parcouru, Ishmael Beah - Presses de la cité, 269 pages
Lu dans la cadre du prix des Lectrices ELLE 2009 - Catégorie Documents.
Les avis des autres membres du jury: Emmyne, Anna Blume,
ainsi que ceux de Martine, Anne-Sophie
06:47 Publié dans Essais, documents, Prix des lectrices ELLE 2009 | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note
19.09.2008
LE SYNDROME DU TOAST BRULE – TERI HATCHER
Vous connaissez Suzan Mayer, l’héroine de Desperate Housewives ?
Maladroite, gaffeuse, un coté Bridget Jones en quadra-maman-solo.
La comédienne qui incarne ce rôle (avec talent) est à l’image du personnage qui l’a ramenée vers le succès.
Elle nous découvre dans son livre autobiographique les milles et une façons dont elle a affronté les difficultés rencontrées dans sa vie de femme, actrice et mère.
C’est gentil, ça se lit vite, ça pétille parfois comme son personnage, mais en dehors du coté « je suis une femme comme une autre », ça n’apporte pas grand-chose.
A réserver aux inconditionnels de l’actrice et la série.
Merci Cathulu pour le prêt ! Son avis ici.
06:45 Publié dans Essais, documents | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : teri hatcher, desperate housewives, suzan mayer
30.06.2008
L'AFFAIRE DE ROAD HILL HOUSE - KATE SUMMERSCALE
Le 30 juin 1860 Elizabeth Dough, la gouvernante des Kent, s’aperçoit que le petit Saville, 3 ans, n’est plus dans son lit. Elle pense qu’il est avec sa mère et se recouche. Le lendemain, on cherchera le petit garçon dans Road Hill House, où il vit avec ses parents et nombreux frères et sœurs, ainsi qu’une armée de domestiques, jusqu’à ce qu’il soit retrouvé sauvagement assassiné dans les latrines du personnel.
Vengeance ? Jalousie ? Crime crapuleux ?
Cette affaire a passionné l’Angleterre victorienne et déchaîné les passions, nourri la presse à scandale autant que la presse régulière, inspiré Poe, Collins ou Dickens.
Kate Summerscale s’est plongée dans les archives et propose un document passionnant sur cette affaire qui a forgé et inspiré la plupart des écrivains anglais du 19ème siècle.
L’affaire de Road Hill House nous plonge dans l’Angleterre victorienne, dans les demeures fermées de la bourgeoisie, les secrets nauséabonds sous les façades vernies de bonne morale. L’inspecteur Jack Whitcher fut chargé de l’affaire.
Nous découvrons les prémices des enquêtes policières à une époque où, clivage des classes sociales oblige, les témoignages de moralité faisaient souvent office de preuves, les tâtonnements des raisonnements souvent aléatoires, l’incursion de la presse excitée, affamée de faits divers. L’inspecteur Whitcher fut cloué au pilori par une population fébrile, des journalistes avides et une justice hésitante.
Ce document passionnant se lit comme un roman policier puisque nous découvrons l’affaire en même temps, ses multiples rebondissements. Chacun y va de son avis, les détectives amateurs surgissent et s’incrustent, la famille Kent est stigmatisée, que ce soit le père, Samuel Kent, ou la mère, Mary, ancienne gouvernante devenue seconde épouse. La sœur aînée de Saville sera arrêtée puis relâchée. Le dénouement de l’affaire n’aura lieu que cinq ans plus tard.
Portrait imposant de la justice victorienne, de l’avidité des populations pour des faits divers sordides, revue des théories plus que vaseuses dont s’emparent presse et juges, policiers et populace, le livre de Kate Summerscale, (arbre généalogique, plans de Road Hill House, notes détaillées et photos à l’appui) est un très très bon ouvrage, à la fois polar et document.
Le détective Whitcher a inspiré la plupart des romanciers anglais et fut le modèle plus ou moins avoué des futurs personnages de Dickens, Wilkie Collins ou Henry James.
Le livre ne pêche que par une chose : son prix (25 euros).
L'affaire de Road Hill House, Kate Summerscale - Christian Bourgois Editeur, 496 pages
06:06 Publié dans Essais, documents, Litterature Anglo-saxonne, Prix des lectrices ELLE 2009 | Lien permanent | Commentaires (27) | Envoyer cette note
27.05.2008
La vie ordinaire d’une mère meurtrière – Sophie Marinopoulos
Eva est une mère ordinaire. Bonne mère, bonne épouse, bonne voisine. Un caractère égal, une vie banale de mère au foyer. Trois enfants, trois grossesses découvertes ou annoncées tardivement, elle vit sa condition de mère comme elle vit sa condition d’épouse : consciencieusement, avec application et sens du devoir. Sans empathie ni passion ni colère. Jusqu’au jour où elle sent des douleurs abdominales. Son corps éjecte un petit être. Une chose dont elle ne soupçonnait pas l’existence. Alors elle serre les dents sur la douleur et serre les mains sur le cou fragile…
Sophie Marinopoulos, psychiatre, spécialiste des questions de maternité, propose ici un essai sur une mère infanticide.
De l’enfance de cette femme élevée dans le silence, le silence des mots autant que le silence de l’amour, qui ont fait d’elle un être presque asexué, un être presque robotisé, inerte, passif, qui a oublié d’exister pour lui-même, puisqu’il n’a jamais existé pour les autres, de son mariage où là encore les silences et les habitudes ont supplanté la communication, le partage, les échanges, c’est un portrait émouvant ou plutôt douloureux.
Cet essai est une proposition. Une proposition d’explication, ou d’analyse des faits qui mènent cette femme à commettre l’irréparable, le monstrueux, l’inconcevable.
J’ai aimé ce récit. Évidemment, il est difficile de ressentir la moindre sympathie pour cette femme, mais l’analyse est fort intéressante. Une femme, un mari aveugle, des enfants qu’elle aime sans le savoir. Et l’enfouissement d’une personnalité, d’une femme enterrée vivante dans sa propre vie, fait que ce récit se lit avec beaucoup d’ intérêt.
Je ne dirais pas que cela peut arriver à tout le monde, non, mais que parfois, on ne regarde les gens que trop superficiellement, sans chercher à les connaître, à ouvrir les yeux sur leurs fissures, c’est tellement plus facile.
Sophie Marinopoulos a rencontré des femmes en prison, des femmes qui ont dénié leurs grossesses, abandonné leurs enfants. Ces femmes, ainsi que les affaires de bébés congelés récemment découvertes, se retrouvent dans le personnage d’Eva, que l’on finit par aimer. Ou comprendre.
06:53 Publié dans Essais, documents, Litterature Française | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note
30.04.2008
LES AVENTURES DE CE FABULEUX VAGIN - MOIRA SAUVAGE

Minou ? Chattoune? Mistrigri ? Paquerette ? Boîte à malice ? Mimi ? Foufoune ?
Vous lui donnez un nom, vous, à votre vagin ? Vous l’étudiez, allongée sur votre lit un miroir à la main ? Non ? Vous laissez ça à la délicieuse Katie Bates dans « Beignets de tomates vertes » ? Et bien vous devriez peut-être.
Ou, si vous n’osez pas, ou craignez le lumbago, ou avez égaré votre miroir, profitez de l’une des nombreuses représentations des Monologues du vagin, la pièce d’Eve Ensler. Allez la découvrir. Créée en 1996, elle a permis à Eve Ensler de fonder en 1998 le mouvement V-Day, qui lutte contre toutes les formes de violences faites aux femmes, sur toute la planète. Et sachez qu’il y en a, des violences.
Dix ans de lutte, de travaux, d’événements d’une féministe convaincue et convaincante, passionnée et passionnante, indéniablement charismatique et capable de soulever des montagnes.
C’est à ce parcours étonnant que la journaliste Moira Sauvage, qui a été pendant six ans responsable de la Commission Femmes d'Amnesty International, s’est intéressée. Dans son livre « Les aventures de ce fabuleux vagin », elle retrace le parcours de cette femme hors du commun et la naissance du mouvement V-Day, créé suite au succès rencontré par la pièce et entièrement consacré à la lutte contre les violences faites aux femmes : viols, excisions, femmes battues, assassinées...
La journaliste a rencontré Eve Ensler, l’a accompagnée dans ses voyages, s’est rendue dans plusieurs pays pour rencontrer les responsables du mouvement, des bénévoles qui l’animent, et d’autres, des comédiennes professionnelles, amateurs, ou simples partisanes qui interprètent les Monologues et versent les recettes à des associations de lutte contre la violence faite aux femmes.
Très documenté, l’ouvrage présente d’abord la personnalité d’Eve Ensler, elle-même victime de violence dans son enfance. Dramaturge et militante convaincue des droits de la Femme, elle écrit son premier monologue (le bouleversant Mon vagin, mon village) à son retour de Zagreb, bouleversée par les récits des viols endurés par les femmes bosniaques pendant la guerre.
C’est le début d’une longue aventure, d’un parcours assez fascinant que celui de cette femme volontaire et obstinée, et du mouvement qu'elle a créé. C’est aussi l’aventure de centaines de bénévoles, partisans, qu’ils soient célèbres, fortunés, anonymes ou plus démunis. De Jane Fonda aux agricultrices bretonnes, des centaines de femmes convaincues se lancent dans l'aventure du V-Day et contribuent avec leurs propres moyens, leur conviction, à la cause d'Eve Ensler.
De l’Afghanistan au Congo, en passant par les Philippines ou le Mexique, Moïra Sauvage relate dix années de combat, réunit des témoignages et des archives qui résument le combat du V-Day. Elle s’est elle-même rendue en Inde, au Pérou, en Haïti ou aux Etats-Unis pour recueillir des témoignages. Elle a interviewé des activistes du mouvement en Irak, Ex-Yougoslavie ou au Guatemala.
Moira Sauvage n’omet pas de mentionner les critiques dont fait l’objet Eve Ensler, parfois considérée comme trop féministe, trop communautariste ou célébrant le vagin au lieu du cerveau de la femme.
D’une rencontre avec une femme bosniaque à la naissance d’un mouvement mondial qui fête donc cette année ses dix ans, c'est l'histoire étonnante et souvent bouleversante, que nous raconte Moira Sauvage.
10:47 Publié dans Essais, documents | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note





