26.04.2011

Charly 9 – Jean Teulé

teulé audio.jpgCharly 9, Charlie le faible, le couard, le lâche, Charly le fou, Charly le sanguinaire ou plutôt celui qui a autorisé le massacre de la Saint-Barthélemy, Charly manipulé par Mama, sa mère, Catherine de Médicis, Charly 9 ou Charles IX comme le veut l'Histoire.

 

Charly est influencé par Mama, son frère Henry Duc d'Anjou et leurs conseillers, Charly va accepter la tuerie. Coligny oui, et tous les autres. Tous. Une tuerie, la Seine qui se remplit de sang, les protestants sont massacrés, poursuivis, égorgés. L'influençable jeune roi, vingt deux ans, dans l'année qui suivra le massacre, sombre dans la folie avant de mourir.

 

Alors oui, c'est du Teulé, du Teulé qui joue avec l'histoire, se joue des détails et joue avec les mots, les situations, les personnages. Bien sûr, il ne s'éloigne pas des grandes lignes de l'histoire mais en profite dilater parfois la réalité et l'adapter à son imagination tonitruante et dresser une galerie truculente de personnages caricaturaux, vertueux ou pas, gothiques (Marguerite de Valois), ou séducteurs (Ronsard, dont les vers ponctuent le roman). Et ce Charly, ce gentil roitelet à peine adulte, oscille sous la verve de Teulé entre grotesque (la tête dans le pâté, littéralement, on appréciera – ou pas) et touchant, pathétique ou écoeurant aussi par moments.

 

Teulé, on aime ou pas, et ce roman, sans me déplaire, ne m'a pas transportée. C'est vif, coloré (rouge écarlate, souvent, noir gothique) et l'écrit reste un spectacle que l'on tente de visualiser, butant sur les mots et la verve parfois trop caricaturale de Teulé, la narration au présent qui ne s'arrête que trop peu sur le Paris de l'époque. J'ai eu en revanche l'occasion d'assister à l'enregistrement audio d'un des chapitres en février dernier (et je remercie encore Manuel, Thomas qui ont organisé cette rencontre, tout comme Emmanuel Dekoninck et Jules le technicien pour leur accueil et les échanges, autour de discussions qui ont largement dépassé le cadre initialement prévu :) Heclea, Caroline et Laetitia ne diront pas le contraire :)

 

Et si le roman de Teulé se lit avec intérêt ou plutôt curiosité, c'est l'audio-livre édité chez Audio-Lib qui met en couleurs la verve de l'auteur. Le comédien Emmanuel Dekoninck propose une lecture vive, alerte, dans laquelle il joue avec les accents, les intonations, les inflexions. Les personnages, à travers sa lecture, prennent vie et deviennent vivants, bien plus drôles d'ailleurs que dans le roman. Tour à tour, on découvre le faible roitelet, la reine mère et son terrible accent italien, les conseillers, le futur Henri III et tous leur entourage. Tous deviennent les acteurs d'un feuilleton que l'on se plait à suivre, souriant, parfois grimaçant devant les exagérations du texte, parfois agacé par la couardise du roi ou amusé par la galerie de sournois, de calculateurs et de comploteurs qui l'entourent. Emmanuel Dekoninck nous avait donné quelques clefs de son interprétation : il donne de l'intonation et de la vie aux personnages, propose des accents, des personnalités. Le tout est drôle, léger, truculent, parfois peu ragoutant ou cru, mais cette lecture audio, lue dans les transports en commun, m'a fait sourire à plus d'une reprise.

 

Une lecture audio donc plus distrayante que la lecture du roman lui-même.

 

Heclea parle ici de cette rencontre et de l'enregistrement auquel nous avons assisté.

 

La Ruelle Bleue parle ici du roman de Teulé.

 

 

 

Charly 9, Jean Teulé

Julliard, mars 2011, 232 pages

 

Charly 9, Jean Teulé

Audio Lib, avril 2011, 4h32

 

 

24.11.2010

Le Horla, Maupassant, Lu par Michaël Lonsdale

Ecouter. S’imprégner. Laisser pénétrer lentement la voix d’un lecteur et se laisser horla.jpgbercer par la mélodie des mots et des histoires.

 

Pas toujours facile, selon le moment. Si Cuné a tenté le repassage sur fond d'audio-livre, je sais que, pour ma part, je ne suis pas assez mordue de ce sport là pour le faire autrement qu’en râlant et espérant qu’un être invisible s’en charge à ma place.

 

Ecouter à la maison me semblait tout aussi exclu, mon attention s’en allant trop souvent au gré de mes rêveries et autres tâches à faire. J’ai quand même tenté l’audio-livre en cuisinant. Pas mal. D’ailleurs l’écoute de « Une cœur simple » de Flaubert, lu par Marie-Christine Barrault accompagne assez bien la confection d’une tarte aux pommes saupoudrée de cannelle.

 

Mais c’est au volant que je préfère écouter un audio-livre et j’ai tenté récemment l’écoute de « Le Horla » de Maupassant, lu par Michaël Lonsdale. Pourquoi celui-ci ? D’une part parce que j’aime beaucoup Maupassant et ma lecture du Horla remonte à quelques années. Mais aussi, et surtout, enfin, parce qu’il y a des voix qui m’ensorcellent, me happent et me laissent pantoise voire pantelante. Voire carrément frissonnante. Mais là n’est pas l’objet de ce billet, ne nous dispersons pas, hein…

 

D’ailleurs je ne me lancerai pas dans une description de l’état dans lequel me laisse la voix de Marielle. Ce serait indécent ici-même. Un audio-livre était même disponible : Le grand n’importe quoi, de Jean-Pierre Marielle lu par Jean-Pierre Marielle. J’aurais pu. Mais non. Parce que je n’aime pas quand un auteur lit son propre livre. Question de principe. Idiot peut-être, mais c’est ainsi.

 

Ca y est, je pense à Marielle et je me disperse. Revenons à nos moutons. Il vous fait ça aussi ? Weber aussi, m'arrache des frissons, surtout quand il s'esclaffe. Noiret, pareil. J'arrête.

 

Le Horla, donc, de Maupassant, lu par Michaël Lonsdale. C’est ici la forme du journal qui est lue, Maupassant ayant publié cette nouvelle sous trois formes différentes (Lettre d’un fou, 1885), Le Horla (nouvelle, 1886,  et Journal, 1887).

 

Ecouter le Horla en voiture est assez agréable : le texte est fluide, la voix de Lonsdale carrément hypnotique. Je me laisse aller, j’écoute, je fonds dans l’histoire. Je me surprends même à caresser le rêve d’un embouteillage qui retardera le moment d’interrompre l’écoute. Je ralentis, chose peu courante, avouons le tout de suite, et me voilà transformée en conductrice raisonnable. Une fois n'est pas coutume.

 

J’écoute, je réécoute, d’ailleurs, car le texte de Maupassant n’est pas un texte que l’on peut écouter de façon trop distraite. Plusieurs fois j’ai enclenché un retour un arrière. Des retours en arrière qui ne me lassent pas, tout comme la voix de Lonsdale. Sa lecture est à la fois blanche et vivante : les inflexions toujours parfaitement dosées  permettent de plonger dans l’histoire, de sentir la folie prendre peu à peu possession du personnage (la folie, ou le Horla ?!), tout en ne supplantant pas le texte de Maupassant. Une impeccable justesse de ton. Qui est cet homme, est-il malade, que sont ces rêves ? Petit à petit, l'homme sombre jusqu'à l'irréparable et la dernière phrase sonne comme un glas. Un glas qui m'a donné immédiatement envie de réécouter le tout.

 

 

Le comédien lecteur donne vie au texte et aux mots tout en s’oubliant derrière l’auteur. Voilà ce que j’aime dans les lectures à haute voix. Exercice plus difficile qu’il n’y parait et que Lonsdale, ici, et comme d’habitude d’ailleurs, réussit à merveille.

 

 

Un bilan somme toute positif, donc. Il faut sans doute accorder textes et occasions, certaines lectures ne se satisfaisant sans doute pas d’une attention trop distraite. Et, très certainement, du moins à mon avis, préférer les textes courts qui ne nécessitent pas plus de 2 heures d’écoute.

 

Pour ma part, la lecture de Marie-Christine Barrault (Un cœur simple) m’accompagne depuis longtemps, en voiture ou plus occasionnellement en cuisine. Le Horla rejoint Félicité. Décidément, la Normandie est à l’honneur…

 

Tiens, un petit extrait est ici.

 

 

 

Le Horla, Guy de Maupassant, Lu par Michaël Lonsdale

Audio-Lib, Juin 2009, durée 1heure

06:14 Publié dans Audio-Livres | Lien permanent | Commentaires (21) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | |  Facebook