01.03.2010
LE PAQUET – PHILIPE CLAUDEL
C’est un homme seul qui entre en scène. Il traîne derrière lui paquet. Qu’il y a-t-il dans ce paquet ? On n’en sait rien quand l’homme surgit. Un corps peut-être, comme sa forme le porte à croire ? L’homme entame alors un long monologue, mélopée de
souvenirs, de déclarations contradictoires, de réflexions sur son passé. Etait-il un homme d’affaires affairé ? Un garagiste qui a épousé la plus belle femme du quartier ? Un autodidacte qui a réussi comme employé de banque ? On ne sait pas trop. Les souvenirs s’égrènent, « Je ne suis pas seul. Ne croyez pas ça. Non, non, j’ai beaucoup d’amis ». L’homme raconte : sa popularité, son aura qui attirent l’amitié et les honneurs, les privilèges, les protections, dans la vie comme à l’armée. On ne sait si l’homme ment ou s’il a perdu tout ce qu’il possédait et se souvient seulement du temps béni de sa popularité, du temps béni où il avait des amis, un entourage, des proches.
Au fil de ce long monologue, le ton change, l’homme évoque sa femme : « Elle s’est approchée de moi. J’ai senti son parfum, musc et citron, légère fragrance boisée, notes de chèvrefeuille, sa chevelure m’a frôlé le visage et elle m’a dit : Milles excuses je voudrais valider. Ce furent ses premiers mots. ». L’ ‘homme change de ton, de sujet, d’humeur. Il triture sans cesse son paquet, le tient, le serre, l’ignore. Tourne autour.
On ne sait pas ce qu’il contient, on se contente d’imaginer, de supposer, en se laissant bercer par le récit décousu de cet homme étrange.
Etrange, oui.
C’est bien le mot qui me vient à l’esprit pour qualifier cette pièce. La plume de Philippe Claudel oscille entre poésie et sombre réalisme. D’un coté certains passages sont très justes et vont montrer du doigt la futilité de la société, nous plonger dans un réalisme triste et mélancolique (« Ma femme aimait beaucoup les supermarchés. Nous y allions environ tous les samedis. Je pense que c’est l’ambiance qui lui plaisait, les lumières, les belles musiques diffusées dans les haut-parleurs d’une remarquable qualité stéréophonique, les sourires des hôtesses de caisse, la prestance des vigiles, souvent de superbes Africains à la peau d’ébène et aux dents d’ivoire, sanglés dans d’élégants costumes croisés en viscose, et qui portaient , par nostalgie sans doute, des cravates ornées de palmiers et de régimes de bananes »), d’une autre coté, d’autres réflexions de l’homme m’ont semblé faciles, attendues, regroupant de grandes généralités sans originalité (« Nous mourrons de trop posséder. Nous possédons trop. Trop d’argent. Trop de choses ». « Nous sommes vraiment un très petit pays dirigé par un tout petit homme. Nous méritons d’être devenus ce que nous sommes devenus. C'est-à-dire rien. Rien du tout. Un peuple fatigué et arrogant. Oublieux. Sans reconnaissance. »).
En fait, je crois qu’il manque à cette pièce l’étincelle qui accrochera le lecteur, un scintillement discret mais bien présent, caché sous le monologue de cet homme, que j’ai attendu en vain tout au long de ma lecture. Le discours de l’homme est volontairement incohérent, décousu, mais il s’arrête sans avoir donné beaucoup de réponses ni terminé par un coup de théâtre une révélation ou une réflexion quelconque chez moi.
Je reste sur ma faim, et j’espère que la pièce, qui est jouée à Paris en ce moment avec Gérard Jugnot, donnera aux spectateurs qui la verront plus de plaisir ou d’émotions. C’est un bon rôle pour un comédien, comme peuvent l’être les monologues, et Gérard Jugnot y est employé... non pas en contre-emploi, comme je l’ai lu ici et là. Jouer un personnage triste quand on est habitué des rôles comiques est souvent attendu et quelque part un virage logique. Le clown se transforme en clown triste et le tour est joué, les spectateurs ébahis. Beaucoup de comédiens l’ont fait, de Coluche à Jacques Villeret, ils étaient certes très bons, mais le truc est connu maintenant et devient une facilité pour les comédiens dits comiques voulant acquérir une crédibilité plus "sérieuse". Jugnot joue certainement très bien, mais, à mon humble (et très humble) avis, il pourrait jouer un personnage méchant, cynique, épouvantablement détestable : là, ce serait vraiment du contre-emploi et une vraie performance. Ceci dit, je n'ai pas vu la pièce, il y est peut-être (et probablement, du moins d'après certaines critiques lues) très bon. Ce ne sont ici que des réflexions que je me fais.
Pour ma part, je n’irai pas voir cette pièce là. J’attendrais un autre rôle et une autre pièce. Dans l’intervalle, je relirais avec plaisir « Le rapport de Brodeck » ou reverrais avec joie « Il y a longtemps que je t’aime », de Philippe Claudel, que je préfère pour l'instant en tant qu'auteur ou réalisateur.
Le paquet, Philippe Claudel
Théâtre Stock, janvier 2010, 87 pages

Le Paquet », mise en scène Philippe Claudel, avec Gérard Jugnot, Petit Théâtre de Paris ,mar-sam 21h, dim 15h, 15 Rue Blanche, Paris 9e, m° Trinité, 30 euros.
06:00 Publié dans Au théâtre ce soir | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : theatre, solitude, confessions, souvenirs égrenés, gérard jugnot, philippe claudel, tristesse
10.02.2010
LES TEMPS DIFFICILES - EDOUARD BOURDET
La famille Antonin-Faure est issue de la grande bourgeoisie de province, à la tête d’une entreprise familiale florissante qui assure
le train de vie (très confortable) de la famille depuis des générations. Mais après la crise de 1929, la situation devient périlleuse et les banques et associés commencent à donner des signes de désengagement. Pour éviter la ruine et ne pas perdre le contrôle de l’entreprise, Jérôme Antonin-Faure, à la tête de l’établissement familial, reprend contact avec son frère Marcel à qui il offre de revenir au sein du Conseil d’Administration. Marcel, qui a quitté sa famille des années auparavant pour épouser une comédienne et vivre plus modestement à Bois-Colombes, a besoin d’argent : poussé par sa femme, il va donc s’installer chez Madame Antonin-Faure avec sa femme et ses enfants. Mais la crise perdure et la faillite devient inévitable.
Parc chance, Bob Laroche, fils de Mélanie et voisin des Antonin-Faure, tombe amoureux de la jeune Anne-Marie, fille de Marcel. La famille Laroche est extrêmement riche, une alliance Antonin-Faure / Laroche redonnera confiance aux banquiers et sauvera la famille de la ruine. Anne-Marie, fascinée par l’argent des Laroche, accepte l’arrangement et épouse Bob, malgré sa déficience mentale due aux nombreux mariages consanguins de sa famille.
L’argent arrivera-t-il à sauver la famille de la ruine ? Ces grands bourgeois veulent à tout prix maintenir leur train de vie, sauver les apparences, quel qu’en soit le prix à payer.
Une tragi-comédie cynique et sarcastique qui fustige la grande bourgeoisie farouchement agrippée à ses avantages et fermement décidée à ne pas sombrer dans la ruine. Certains sont aveugles et ne peuvent imaginer que l’argent cesse subitement "d'être là, comme il l'a toujours été", s’imaginant au dessus de route contingence matérielle et naturellement protégés, d’autres complotent avec calcul et vanité.
Hypocrisie, lâchetés, veuleries ne sont jamais loin des sourires et des convenances soigneusement affichées. Jusqu’à la sœur Lucy, fille handicapée de Madame Antonin-Faure, que l’on cache soigneusement dans un coin de la maison familiale. L’argent fait-il le bonheur ? Quand tout s’écroule et que la ruine devient inévitable, seuls certains sauront tomber avec panache et dignité, d’autres choisiront un autre miroir aux alouettes (le cinéma) allant de perdre dans d’autres mirages.
Une belle pièce, à lire autant qu’à voir, écrite par l’auteur de Fric Frac, qui fut administrateur de la Comédie Française entre 1936 et 1940.
Les temps difficiles, Edouard Bourdet
L’avant scène théâtre, 220 pages, octobre 2004
06:08 Publié dans Au théâtre ce soir | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : vive le theatre !!!!, bourgeoisie, comédie française, edouard bourdet, maryvonne you're the one (private message)
08.11.2009
VIE PRIVEE (The Philadelphia story) Philipp Barry – Théâtre Antoine
A l’origine, une pièce de théâtre de Philip Barry (The Philadelphia story), qui fut adaptée à l’écran par George Cukor en 1940
(titre français : Indiscrétions) : nous sommes à Philadelphie et Tracy Lord, jeune femme issue de la haute société va se remarier avec un jeune loup du monde des affaires. Son ex-mari, Dexter, fait irruption la veille du mariage, accompagné de deux journalistes venus chercher le scoop et les révélations sur cette famille bien en vue et ce mariage mondain. Le chassé croisé amoureux va pouvoir commencer…
12:30 Publié dans Au théâtre ce soir | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note
04.04.2008
DELIRIUM – LE CIRQUE DU SOLEIL
Le cirque du soleil a été créé à Montréal en 1984 par une jeune troupe de saltimbanques.
Depuis, plusieurs spectacles ont été créés, la renommée de la troupe est installée, reconnue dans le monde entier pour la qualité de ses spectacles, le niveau des artistes, les décors, les musiciens etc. Pour chaque spectacle, un directeur artistique, un metteur en scène, des compositeurs créent tout spécialement une atmosphère, une scénographie qui seront étonnantes. N'allez pas y chercher un spectacle de cirque traditionnel, vous ne le trouverez pas. Ici, point d'animaux, de clowns ou de Monsieur Loyal. Vous y trouverez en revanche des artistes hors pair, des chanteurs, des danseurs, des musiciens, des costumes et maquillages stupéfiants et surtout un univers totalement onirique.
Mardi, Délirium, le spectacle musical du Cirque du Soleil était à Paris.
Encore une fois, ce fut un grand moment de bonheur. Près de 40 artistes sont sur scène et embarquent les spectateurs dans un délire de musique, rêve, acrobaties, images en 3 dimensions danse, chants qui sont époustouflants. Percussions, mélange d'electro-pop et de musiques tribales, le tout est très rythmé sans jamais lasser.
Un homme rêve. Il est suspendu à un ballon, tantôt debout, tantôt couché, tantôt accroché par les pieds. Parfois le ballon l’engloutit. Il vole au dessus d’une scène immense où se produisent les artistes : chanteurs, musiciens, danseurs, acrobates…
Et on part. On part dès les premières secondes dans ce délire, dans ce voyage onirique, mélange de cultures, d’éléments, de sensations.
Des projections géantes, des artistes qui surgissent on ne sait d’où, qui s’envolent, qui rentrent sous terre, des acrobates incroyables. Tout est réglé au millimètre, tout est parfaitement effectué.
Les projections de vagues engloutissent un chanteur qui semble être emporté, une jeune chanteuse est allongée tandis que l'ombre d'une vieille femme est projetée. Réalité ? Projection de nos esprits ? L'effet est subjuguant.
Allégorie du temps qui passe, du monde virtuel qui nous absorbe, on se régale, on est hypnotisé par les images, les chants, les mimes…
Le final est chanté sur la mélodie du spectacle Allegria, quelle beauté !

Je suis fan. Fan absolue depuis que j’ai découvert le Cirque du Soleil. Saltimbanco m’avait transportée, Allegria remplie de joie, La Nouba enchantée, Délirium m’aura bluffée.
Le Cirque du Soleil, c'est pour moi la quintessence des arts du spectacle.
Il faut faire un reproche ? Un seul. Le prix des places est très élevé. Il faut le reconnaître. J'estime en avoir pour mon argent, mais cela reste très onéreux. C'est la seule raison pour laquelle je ne vais pas voir deux ou trois fois le même spectacle...
Voici deux liens (qui j'espère marcheront!) vers un condensé de Délirium...

http://www.dailymotion.com/video/xka9e_promo-delirium-cir...
Ici un extrait d'Alegria :
Et bien sûr le site du Cirque du Soleil, sur lequel vous pourrez visionner d'autres extraits...
06:20 Publié dans Au théâtre ce soir | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note
05.03.2008
Je m’voyais déjà….
La passion qui anime une troupe de théâtre amateur lui sert de moteur.
C’est là le carburant essentiel, primordial, vital qui lui permet d’avancer, de jouer, de partager l’amour du théâtre, l’amour du jeu, l’amour du public aussi.
Sans passion, la troupe s’éteint, s’étiole et finit par mourir.
La flamme des Comédiens de la Tour brûle intensément depuis près de 40 ans.
70 comédiens, metteurs en scène, régisseurs, décorateurs, costumiers, sérieux mais pas sévères, doués mais pas narcissiques, s’efforcent chaque saison de proposer leurs créations au public des Yvelines.
L’an dernier, une partie des comédiens a monté « Le père Noël est une ordure » de Balasko & Co. Je ne vais pas la présenter, tout le monde la connaît. Plus de 1000 spectateurs sont venus rire avec l’équipe du PNO, comme on les appelle entre nous.
Une troupe amateur joue bénévolement. Une troupe amateur ne fait que partager son plaisir et le seul gain de l’équipe consiste à amasser quelques grappes de bonheur, recevoir avec gratitude et humilité les sourires, les étincelles de joie dans le regard des spectateurs, les mercis. L’intégralité de ses recettes va à l’association « Théâtre et Culture ». Et pour recueillir ces cadeaux, elle donne et surtout elle se donne. Elle donne son temps, sa joie, son travail et ses difficultés parfois car nous avons tous des professions, des familles, qui réclament aussi notre attention.
Le plus grand cadeau que l’on puisse recevoir en échange est la reconnaissance du public.
Aussi, quand un théâtre parisien a contacté le « chef de projet » du PNO pour lui proposer de jouer à Paris, non loin du Théâtre du Splendid, ce fut l’effervescence. La joie, les rires, la peur aussi. Mails échangés avec fébrilité, droits à proroger, organisation à mettre en place, quelques SMS dans la nuit, turbulences de nos petits cerveaux, répétitions supplémentaires, décors à adapter…
Et voilà :
Le père Noël est une ordure, de Balasko & Co, joué par les Comédiens de la Tour , sera proposé au :
Théâtre de l’Archipel,
17 bd de Strasbourg
75010 Paris
Les samedis 15 (annulé) , 22, 29 mars et 5 avril à 21 :30.
Venez nombreux, ou pensez à l’équipe, ou parlez en, ou soutenez nous en pensée…
Réservations au 01 48 00 04 20 ou sur cityvox.com ou billetreduc.com
PS : pour ceux qui s’interrogent, je ne fais pas partie de la distribution mais je ferais les voix off un soir ou deux…
PS bis : une énoooorme pensée à Céline, Karine, Valentin, Clément, Julien, Olivier, sans oublier Laurent et BIEN SUR : Philippe (You know that I LOVE YOU Philippe ??)
06:36 Publié dans Au théâtre ce soir | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note
29.11.2007
THALASSO – AMANDA STHERS
Un centre de Thalasso, une salle d’attente, des personnages qui se croisent et se racontent. Jean est un auteur psychanalyste. Incapable de choisir sa vie et d’assumer ses responsabilités, il vit au jour le jour et se laisse porter par la vie, ballotté entre cynisme et indifférence.
Aristide souffre d’un cancer du poumon et attend la fin de sa vie, il est sardonique, désabusé et amer.
Alexa, l’ex-fiancée de Jean, se repose en thalasso avant son mariage.
Gérard et Josiane ont gagné cette cure en participant à un concours. C’est la première fois qu’ils vont en thalassothérapie.
Ces cinq personnages vont se rencontrer dans la salle d’attente.
Jean est venu secrètement pour reconquérir Alexa qu’il a quittée six ans auparavant. Elle a refait sa vie et projette de se marier. Aristide erre dans le centre et propose à Jean d’épouser sa femme une fois qu’il sera parti d’ici-bas. Quant à Gérard et Josiane, naïfs et provinciaux, ils découvrent avec stupeur un milieu qu’ils ne fréquentent pas et s'offrent le temps d'un week end une vie à laquelle ils ne peuvent prétendre.
Les dialogues sont mordants (« Vous êtes suivi par qui ?.. Par ma femme, comme un clebs depuis vingt ans » « Et vous trouvez que les imbéciles sont toujours heureux ? Vous me trouvez bête, c’est ça ? Non, je vous trouve heureuse » « Votre mari, il est dans quoi ? Essentiellement dans la merde »), mais sous les piques et l’acidité des répliques se cachent le désabusement, l’errance de personnages en quête d’une vie différente et d’apaisement. Ils sont tous fatigués de vivre en faisant semblant d’être heureux, las de courir après un bonheur qu’ils jugent inaccessible (« Je suis forte au début, en coups de foudre… Même pour la cuisine, je ne sais faire que des entrées. Je voudrais bien prendre du dessert. Même une fois, juste une fois. Un goût présent mais jamais pesant. Un dessert caressant, aimant, passionné… qui ne me laisserait pas le quitter.. ».
Chacun oublie sa vie le temps d'une cure ; l’intimité d’une salle d’attente, leur mise à nu (ils ne portent qu’un peignoir) les incitent à la réflexion et aux confidences nonobstant les statuts sociaux et les différences. Certaines répliques sont d’une grâce subtile et pudique (« Et viendra même un jour où elle se réveillera sans penser à moi. Et puis une journée tout entière sans avoir de la peine, sans prononcer mon nom dans sa mémoire. Et le chagrin passera, je resterai des souvenirs en photo dans les albums. Parfois elles parleront de moi avec ma fille ; elles se souviendront de mes manies, de mon dégoût pour les sardines ; ça les fera rigoler comme on rit d’un vieil oncle asexué ») et révèlent derrière les dialogues acerbes une réflexion plus profonde sur la mort et le sens que l’on veut donner à sa vie.
Ce qui est surprenant, au théâtre, c’est que le spectateur (ou lecteur) est l’observateur invisible et silencieux d’un pan de vie, d’un moment de grâce où les personnages se mettent à nu et dévoilent leurs peines, leurs nostalgies, leurs désirs… Et puis la pièce se termine et chacun repart de son coté. Le spectateur/lecteur retourne à sa vie tandis que les personnages continuent leur errance, tout en restant un peu dans l’esprit du spectateur, comme un ami imperceptible qui les a fait rêver, ou réfléchir, mais en tous cas continue à les accompagner secrètement.
Thalasso se termine ainsi. Aristide, Jean, Alexa, Gérard et Josiane continuent leur chemin, et laissent le spectateur/lecteur imaginer leur vie, après leur avoir dévoilé un peu de leur intimité.
J'ai acheté la pièce dimanche lors de notre visite à la Fête du Livre du Figaro. Caro[line] et moi avons abordé Amanda Sthers est une jeune femme belle, abordable et d'une grande simplicité. La pièce est jouée en ce moment même au théâtre Hébertot à Paris.
09:01 Publié dans Au théâtre ce soir | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note
15.10.2007
LA NUIT DE VALOGNES - ERIC EMMANUEL SCHMITT
Une nuit dans un manoir en Normandie. La duchesse de Vaubricourt a convoqué 5 femmes, toutes anciennes maitresses de Dom Juan. 5 victimes qui cultivent soigneusement leur rancœur d’avoir été séduites puis abandonnées. La duchesse de Vaubricourt a également convoqué Dom Juan. Mais avant qu’il n’arrive, elle leur explique son plan : instruire le procès de Dom Juan. Il devra épouser la jeune Angélique de Chiffreville, qu’il a séduite, et lui rester fidèle en guise de repentance, ou croupira en prison, le roi ayant signé un acte de condamnation qu’elle utilisera. En attendant Dom Juan, les 5 femmes racontent leur propre aventure avec le séducteur.. Echange de piques, dialogues acérés («si l’on vous payait pour ce que vous faites, vous porteriez un bien vilain nom » ), les souvenirs, derrière la colère ou la résignation, se révèlent avant tout nostalgiques. C’est bien la vanité et l’amour propre de ces femmes qui ont été bafoués. Dom Juan arrive et leurs résolutions s’évaporent, comme leur prétendue solidarité se disloque sous les piques et les propos rageurs, les rivalités, les jalousies.
Le personnage est à la fois cynique et désabusé. L’homme explique avoir toujours couru après quelque chose qu’il ne trouvait pas. Mais il ne séduit plus. Sganarelle, son fidèle valet, n’a plus noté un nom depuis plusieurs mois dans son carnet. Les dialogues sont percutants « les femmes, c’est comme les lapins, ça s’attrape par les oreilles » « la faiblesse est la ressource la plus puissante des femmes ». L’homme accepte la sentence dés le début et accepte d’épouser Angélique et de ne jamais la tromper : il avoue avoir connu l’amour une seule fois mais l’a perdu. Il se pliera à la sentence sans discuter.
Qui juge-ton ? Le séducteur ou l’homme qu’il est devenu ? Elles s’appliquent consciencieusement à le haïr, mais est-ce parce qu’il les a trompées ou parce qu’il se révèle humain ? Dom Juan a-t-il le droit de descendre de son piédestal ? (« Décidemment j'appartiens à tout le monde, sauf à moi » « On aime toujours trop quand on aime vraiment. L'excès est de rigueur «).
Ne préfèrent-elles pas la légende à cet homme perdu, perturbé qui accepte d’épouser la jeune Angélique de Chiffreville et promet de ne jamais la tromper ?
Elles le haïssent non plus pour ce qu’il leur a fait, mais pour ce qu’il n’est plus : avoir compté parmi ses conquêtes a beaucoup plus flatté leur vanité que blessé leur pudeur.
Le rebondissement final est déroutant. Le mythe de Dom Juan se désintègre sous la plume d’Eric Emmanuel Schmitt qui l’achève au profit d’un beau tableau des vanités humaines et des blessures secrètes qu’il convient d’étouffer par conformisme social.
Cette pièce a été jouée par la Compagnie du Masque, d’Issy les Moulineaux. Le jeu des comédiens est excellent, la mise en scène particulièrement réussie.
Ils ne la joueront malheureusement plus, mais présenteront, vendredi 19 octobre, « La cantatrice » d’Eugène Ionesco, à l’auditorium Saint Germain (Paris 6). Si leur jeu est aussi bon que pour « la nuit de Valognes », le spectacle devrait être excellent.
(Auditorium Saint Germain, Maison des pratiques Amateurs de la ville de Paris, 4 rue Félibien 75006 Paris) – vendredi 19 octobre à 19 :30. Entrée libre.
16:25 Publié dans Au théâtre ce soir | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note
30.09.2007
MONKEY JOURNEY TO THE WEST – OPERA CHINOIS

L’opéra est adapté d'un classique de la littérature chinoise datant de 1592, "La pérégrination vers l'Ouest" ("Xi You Ji" en version originale), de Wu Cheng’en, qui raconte le voyage vers l’Ouest (afin d’en rapporter les Saintes Ecritures Bouddhistes) de Triptikka, moine humble et dévoué, accompagné du Roi Singe, personnage facétieux et arrogant et de Porcet, homme-cochon paresseux, lubrique et cupide. Ils reviendront après 17 ans et auront découvert la Sagesse. Ce roman a été plusieurs fois adapté (BD, cinéma, pièces pour enfants).
Ce roman fleuve est adapté en 9 tableaux qui retracent le voyage des trois compères. Détonnant mélange de tradition millénaires et de culture pop, l’opéra mixe arts martiaux, chants chinois, acrobaties, animations en 3D.
La plupart des numéros sont techniquement très réussis et les artistes maîtrisent leur spécialités. L’effet visuel est abouti : couleurs, atmosphère, jeux de lumière sont surprenants.
Ceci dit, je dois avouer que je n’ai pas été convaincue.
Par la musique d’une part : mélange hybride de musique traditionnelle chinoise et d’électro-pop, je l’ai trouvée répétitive et manquant de mélodie, ou d’harmonie.
Les artistes chantent en chinois, les paroles sont sous-titrées. Je ne sais si c’est une traduction écourtée ou au contraire fidèle au texte original, mais les paroles sont consternantes « Vilain Macaque je vais te tuer » « je vais te tuer, je vais te hacher menu et te manger en sauce ».
Certains costumes étaient trop caricaturaux : des artistes habillées de voiles translucides formaient avec d’autres affublés de fausses têtes de monstres un ensemble assez peu harmonieux.
Pour finir, et c’est là mon plus gros regret, l’ensemble manque sérieusement de poésie. Les tableaux se succèdent, certains sont plus réussis que d’autres (j’ai trouvé le Banquet des Pêches Célestes plutôt ridicule, avec une chorégraphie enfantine), et même si certains tableaux sont remarquables (l’arrivée de la déesse Guanyin, notamment, est d’une grande beauté, l’artiste est suspendue à un harnais et survole les spectateurs en chantant), je suis restée sur ma faim. Il manquait cette étincelle de magie qui coupe le souffle, qui laisse haletant le spectateur et lui fait oublier sa montre !
Tout le monde n’était pas de mon avis dans la salle, et plusieurs spectateurs se sont levés pour une standing ovation à la fin. Le spectacle est décrit come "l'événement culturel de la rentrée". Tous les goûts sont dans la nature : je n'ai pas aimé plus que ça. Une chose est sûre cependant : j’ai très envie de lire ce livre et de connaître la version écrite de ce classique.
Un extrait ici.
MONKEY JOURNEY TO THE WEST – OPERA CHINOIS DES GORILLAZ -THEATRE DU CHATELET, jusqu’au 13 octobre.




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18.09.2007
Le dieu du carnage - Yasmina Reza
Un appartement confortable. Michel et Véronique Houillié reçoivent Annette et Alain Reille. Dans une vulgaire bagarre d’écoliers, le fils des Reille a attaqué celui des Houillié et lui a cassé deux dents. Leurs parents se rencontrent pour régler le litige à l’amiable, entre adultes civilisés.
Le point de départ de cette pièce est tout à fait banal. Cette histoire peut arriver à tout le monde et c’est bien là un des premiers talents de Yasmina Reza. Des circonstances au départ purement anodines provoquent une répercussion immédiate sur le lecteur, l’emmenant dans une propre introspection quant à sa façon de réagir et d’appréhender pareille situation.
La rencontre qui se veut courtoise dégénère. Les deux couples bobos s’autoproclament conciliants et ouverts, mais très vite les masques vont tomber, de réflexions anodines en remarques perfides et assassines.
Alain Reille, l’avocat suffisant, reste pendu au téléphone et étale sans état d’âme ses petits arrangements avec l’éthique.
Véronique Houillié qui se veut pacificatrice-moralisatrice ne tarde pas à afficher mépris hautain et arrogance intellectuelle.
Annette Reille s’effondre sous le joug dominant de son mari et laisse éclater sa mélancolie et son amertume.
Michel Houillié, incapable de singer plus longtemps l’être conciliant que sa femme lui avait demandé de paraître, devient caractériel et intolérant.
Les personnages révèlent leur nature profonde (se la révèlent à eux même ?). La courtoisie de façade se disloque sous les mensonges et les non-dits, les frustrations explosent et la nature de chacun reprend violemment le dessus. La dispute des enfants n’est plus que le point de départ oublié d’une polémique houleuse sur la morale et l’éthique, sur la façon dont chacun des protagonistes (de nous ?) gère son propre rapport à la civilité et à la bienséance, son rapport à l’autre, à la famille.
L’apéritif banal se transforme en un huis-clos tendu, où la violence des propos, la tension oppressante de ces couples dont l’apparente harmonie se désagrège lentement nous embarquent dans un beau moment de théâtre.
La pièce de Yasmina n’a pas encore été montée à Paris. Il va donc falloir attendre pour s’en régaler (Yasmina si vous me lisez, je suis partante !).
En attendant, une pièce à lire avec jubilation.
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11.09.2007
C'EST JAMAIS FACILE
C'EST JAMAIS FACILE à LA COMEDIE DE LA PASSERELLE
102, rue Orfilia 75020 PARIS / métro Gambetta
Du 26 au 30 septembre et du 02 au 03 octobre à 20h30
Réservations au 01.69.52.24.27
Théâtre de boulevard. Burlesque et contemporain.
Edouard a 45 ans et pour un homme, cela n'est jamais facile à vivre. Surtout lorsque la journée commence et qu'il faut rompre avec une jeune fille de 23 ans. Ajoutons y, une ex femme hystérique qui s'incruste, une fille qui sort avec un homme plus agé, et un faux immigré de l'Est qui se cache dans la salle de bain. Et oui, ce n'est jamais facile.
Auteur : Jean Claude Islert
Artistes : Philippe Rambaud, Anita Leblanc, Franck Jouglas, Jessica Cohen et Amandine robin.
Metteur en scène : Stéphanie Germani.
Mon amie Anita Leblanc joue dans cette pièce. Anita fait partie des Comédiens de la Tour. Comédienne amateur depuis plusieurs années, elle a décidé de se lancer. Une fois inscrite à l’ANPE du spectacle, elle a décroché une apparition dans le dernier Mocky, et décroche ici son premier rôle au théâtre en tant que professionnelle.
C’est peut-être jamais facile, mais je suis sûre qu’Anita arrivera à réaliser son rêve, elle a le talent qu’il faut pour celà.
09:35 Publié dans Au théâtre ce soir | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note





