29.06.2011
Love letters – AR Gurney – Lucernaire
Tout commence par une invitation : Thomas accepte l'invitation d'Alexa à son anniversaire. Ils sont huit ans et entament ainsi une correspondance qui durera plus de 50 ans. Ces lettres qui seront le seul fil conducteur du spectacle, dites par les comédiens qui jamais ne se regardent. Tout est dans le regard, le ton, le geste (rare). Tout est dans l'intention, la beauté du texte et des lumières, halos tantôt sombres tantôt lumineux.
Alexa, provocante, libre, inconstante, artiste (« Tout ce qui est régulier est contre ma religion ».), petite fille riche mal aimée par ses parents, mariée plusieurs fois, mais toujours seule, oubliant dans l'alcool la solitude et le besoin d'être aimée. Alexa qui provoque Thomas, le cherche, le nargue, souvent, mais saura si peu lui dire à quel point il lui est essentiel (« Viens. Je me conduis mieux quand tu es là ».)
Thomas trop conformiste pour reconnaître qu'il aime désespérément Alexa dont les lettres lui sont devenues vitales. Thomas le trop bien marié, Thomas le sénateur trop rangé pour se laisser aller, Thomas engoncé de droiture qui ne peut, malgré tout, se passer d'Alexa, de ses lettres, de ses mots.
« Va te faire foutre !
Par qui ? Par toi ? Ça te plairait bien, hein ! »
Au début trop jeunes pour reconnaître l'amour derrière l'amitié, ils grandissent sans jamais cesser de s'écrire. D'occasion ratées en rencontres fortuites, de sentiments mal reconnus ou maladroitement tus, ces deux là oublient de s'aimer mais jamais de s'écrire. Les rencontres sont ratées («Je te connaissais en lettres et pas en vrai. Je cherchais quelqu'un d'autre »), ou douloureuses et passionnelles... C'est une histoire d'amour et d'amitié, une histoire où l'amitié se transforme en amour. Mais peut-être était-ce déjà de l'amour, que ces deux là ont eu peur de s'avouer ? Des amis qui jouent à s'aimer comme on joue à se chamailler, des amis qui se cachent derrière les jeux de mots et n'osent admettre la vérité. Et pourtant, tout au long de leurs vies, ils se cherchent, s'observent, se parlent, se chamaillent, et s'attendent au fil des mots, des confidences, des aveux, des regrets et des peurs partagées ; des silences, parfois, quand ils ne veulent répondre à l'autre. Des silences encore plus lourds de sens et de vérité. Et puis les rencontres deviennent plus passionnelles, plus passionnées, les vérités éclatent et les corps se rejoignent dans un abandon brutal et nécessaire. Mais n'est-il pas trop tard ? Il n'est pas libre, elle souffre, il est malheureux, elle boit. Ils s'écrivent, encore, toujours, dans ce besoin viscéral de s'entendre et de se dire l'un à l'autre leurs détresses et leurs peurs, leurs jours qui s'écoulent sans l'autre, leur besoin de l'autre et leur désir.
« Le meilleur et le pire, c'est nous deux » : Une histoire d'amour douloureuse et nécessaire, qui, à chaque fois, m'arrache les mêmes larmes finales.
Au Lucernaire jusqu'au samedi 2 juillet, 21h, salle du Paradis. Elle porte bien son nom, tiens.
Du mardi au samedi à 21h
Du 25 mai au 2 juillet 2011
Durée : 1h15
De et avec Isa Mercure et Gilles Guyot (Isa Mercure réussit à faire oublier les interprétations successives d'Anouk Aimé qui a créé cette pièce avec Bruno Cremer, Philippe Noiret, Jacques Weber et Alain Delon). Gilles Guyot s'en sort très honorablement même s'il gagnerait sans doute à plus de sobriété, en soulignant moins par des gestes parfois inutiles ce texte qui n'en a nul besoin).
L'avis de Cuné sur le texte en VO.
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30.03.2011
Aller chercher demain - Denise Chalem, Mise en scène Didier Long, Petit Théâtre de Paris
Certains auteurs de théâtre peuvent nous marquer avec une pièce vue, un soir, en Provence. Une pièce toute en justesse et émotion, qui conserve sans jamais tomber un équilibre fragile entre gravité, émotion et humour. Paris 7ème, mes plus belles vacances, de et avec Denise Chalem, découverte l'année dernière à Grignan, m'avait donné envie de mieux connaître l'auteur et ses pièces.
Cette année, Denise Chalem revient à Paris avec une nouvelle pièce « Aller chercher demain », au Petit Théâtre de Paris, avec Michel Aumont, Nanou Garcia, Philippe Uchan et Denise Chalem, donc.
Denise Chalem interprète avec beaucoup de justesse Nicole, infirmière en chef qui travaille de nuit dans un service de soins palliatifs. Nicole vit avec son père (Michel Aumont), un vieux juif émigré de Pologne qui voit sa vie s'écouler, sans sortir, avec pour seul compagnon, quand Nicole n'est pas là, son canari, confident de ses blagues juives et de ses états d'âme. Nicole court, toujours pressée, toujours stressée, refuse de s'engager auprès de son ami Adrien (Philippe Uchan) et soutient moralement sa collègue et amie Patricia (Nanou Garcia). Sa relation avec son père est faite de fou-rires, d'engueulades, de non-dits et de franches explications, selon les jours et les humeurs.
Une pièce toute en justesse, encore, qui me confirme décidément que Denise Chalem est un auteur à suivre. Elle est d'ailleurs nominée avec "Aller chercher demain" pour le Molière 2011 du Meilleur auteur francophone vivant. Les dialogues ciselés oscillent sans cesse entre gravité et légèreté : on sourit, on rit, on s'émeut tant les thèmes (fin de vie, euthanasie, solitude, peur de d'engager ou relations de couple) sont abordés avec finesse et sans surcharge inutile. Entre l'appartement de Charles et l'hôpital (une mise en scène ingénieuse passe de l'un à l'autre grâce à des panneaux coulissants sans jamais perdre en rythme et efficacité), ces quatre personnages évoluent entre confidences, chamailleries, moments de tendresse ou de détresse. Michel Aumont donne à son personnage toute la profondeur et l'humanité nécessaires en dosant à la perfection la palette d'émotions de son personnage. Une mention particulière également à Nanou Garcia (nominée, pour ce rôle, pour le Molière 2011 du meilleur second rôle féminin), toujours juste.
Bref, une pièce à la fois légère et émouvante qui mérite qu'on s'y arrête.
L'avis de Fashion, qui a aimé tout autant que moi.
Aller Chercher Demain , de Denise Chalem.
Mise en scène : Dider Long
Avec : Michel Aumont, Denise Chalem, Nanou Garcia et Philippe Uchan
Jusqu’au 1er mai 2011 du mardi au samedi à 21h, samedi 18h, dimanche 15h30 Durée 1h30
Places de 10 à 39,50 €
Petit Théâtre de Paris 15, rue Blanche 75 009 Paris 01 48 74 25 37
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03.02.2011
Entre ciel et chair, encore...
Il y a quelques mois, je vous parlais du spectacle joué par Christelle Willemez, Entre ciel et chair, que j'avais vu une première fois en lecture privée.
Je ne vais pas redire tout le bien que je pense de ce texte, de l'interprétation de Christelle Willemez, bien que mon avis soit toujours aussi enthousiaste et sincère.
Donc, rapidement, sachez que « Entre ciel et chair » se joue actuellement au Lucernaire, du mardi au samedi à 18h30, et ce jusqu'au 26 mars.
J'ai eu le plaisir d'y retourner, accompagnée de Fashion, et de voir Entre ciel et chair joué, et non pas lu. Ce fut, comme la première fois, un réel enchantement. Christelle Willemez sublime Héloïse, son interprétation est toute en nuances et subtilité : la comédienne semble marcher à pas feutrés sur un fil ténu, celui d'un interprétation toute en justesse où langueur, passion, douleur sont dits dans un équilibre parfait entre passion et retenue. C'est Birgit Yew qui l'accompagnait et ses notes accompagnent parfaitement le texte ciselé de Chistiane Singer.
Bref, je n'en (re)dirai pas plus, si ce n'est qu'il faut y aller, que dis-je y courir.

Entre ciel et chair
D'après Une passion de Chistiane Singer, Mise en scène Clara Ballatore
Avec Christelle Willemez, accompagnée de Michel Thouseau (contrebasse) ou Birgit Yew (violoncelle)
Le Lucernaire
53 rue Notre Dame des Champs, Paris 6
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| Tags : franchement ? j'irai bien encore une fois, je ne me lasse pas |
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10.01.2011
On n'a pas besoin de lumière quand on est conduit par le ciel.
Crevée, épuisée, naze, vidée, lessivée, éreintée.
Je ne suis plus là, je n'ai plus de forces, je voudrais dormir.
Absente pour raisons théâtrales, je m'investis ailleurs et j'en suis tant heureuse.
Pour le moment, dormir est ma seule préoccupation. Celle de ce matin. Ce soir il faudra y retourner. En courant parce que j'aime ça.
Voilà, c'est une nouvelle expérience. Un projet que nous concrétisons enfin depuis trois soirs. Un nouveau projet. Au tout début ? Un rôle que je refuse. Pas pour moi, je n'ai pas l'âge du personnage, je préfère décliner. Jouer pour jouer, moi, c'est pas mon truc. Et puis y'a autre chose qui me titille depuis quelques années. Une autre envie, celle de passer devant. Oui, devant. Au cinéma on dit derrière la caméra, au théâtre on dit devant la scène. Devant les comédiens. Les diriger, les mettre en scène.
On a foncé. Deux comédiennes, une aspirante metteur en scène. On a vendu notre projet. Obtenu l'aval des décideurs. Cherché un metteur en scène (ambitieuse mais pas folle, la fille, pas possible de me lancer toute seule, au début, d'autant qu'évidemment, la pièce choisie est difficile à monter. Très difficile, même). Trouvé l'homme de la situation. Qui a adhéré tout de suite. A accepté la petite abeille que je suis. Ouvert ses bras et ses conseils et ses idées à sa nouvelle assistante. Moi, donc.
16 mois.
16 mois de travail.
16 mois parce que nous avons tous des vies professionnelles, familiale, sociales, amicales à coté et que nous ne répétons pas par rotations de 4 heures comme les pros. 16 mois parce qu'il y a les vacances, les ci, les ça, les impératifs, les obligations, les contre-temps, les changements, les emmerdes, les départs, les arrivées, les grèves, les intempéries, les grippes, les tout ce qui qui empêche de répéter en rond. Tout ce qui fait suer sur le coup mais se révèle au final faire partie du tout et ce tout implique aussi les fous-rires les plaisirs les éclats de rires les décisions à prendre les textes à faire apprendre les comédiens à recruter, les décors à imaginer créer façonner fabriquer, les rôles à distribuer. Et lui, il donnerait quoi ? Et elle, elle irait bien ? Non pas lui, en tous cas pas dans ce rôle, plutôt dans l'autre. Ouais là ça pourrait marcher. Lui c'est limite il débute mais on a le temps de le former alors on va le faire. Lui je le veux lui et personne d'autre rien que lui il est fait pour le rôle il sera génial il faut le prendre (j'avais raison) on a les droits super, soumettre l'affiche ? ok d'ailleurs faut y songer qu'est ce qu'on va mettre allez tiens ça ça me plait ok on valide, les ayants-droits aussi c'est bon on peut foncer.
Bref.
16 mois de galère et de bonheur. Les deux à la fois sinon ce ne serait pas drôle.
16 mois à observer, apprendre, commencer à l'ouvrir, parfois ne pas savoir la fermer, hésiter, s'affirmer, s'effacer, prendre confiance, râler, se lancer ne jamais regretter.
Et puis ça a commencé. Un soir. Ils avaient le trac. Le metteur en scène et moi, on était noués. A la fois cloués par le stress et l'angoisse, et frustrés de se dire que, là, maintenant, ce n'était plus de notre ressort. A eux de jouer, dans tous les sens du terme. On ne peut que regarder. Souffler enfin quand le premier rire éclate dans la salle. Trembler quand une réplique passe aux oubliettes. Adorer les regarder, les écouter, envoyer par pensée mille milliards d'ondes positives. Avoir une putain d'envie de se lever pour les saluts finals histoire de leur faire une standing ovation parce qu'on les aime d'amour et ce pour toujours et qu'on est sacrément fiers d'eux. Ne pas se lever, applaudir puis partir en vitesse dans les loges (courir, se précipiter, foncer) pour les féliciter. Arriver, parce qu'on est une sale méchante, et leur dire « ouais, pas trop mal » avec une moue avant de leur sauter dessus pour les embrasser.
Les embrasser avant pas pendant mais après, toujours. Les materner. Les réconforter. Les encourager. Ne pas oublier les petites retouches à faire (attention là tu n'as pas articulé, là, fais gaffe, tu oublies de faire ci, n'oublie pas de faire ça, je t'avais dit d'être comme ça, je t'assure que c'est bien, mais non, t'as rien foiré, allez demain fais moi tout pareil et ce sera parfait, toi je t'aime et tu le sais, arrêtez de faire les idiots concentrez vous un peu bon sang, désolée que de l'eau pas de sucré et encore moins d'alcool de toute façon dès que j'aurais le dos tourné vous n'en ferez qu'à votre tête, allez viens je te maquille, ferme les yeux bon sang mais ouvre les pourquoi tu les fermes ? , ta femme a du démaquillant j'espère, enlève tes bagues pense à ton alliance, n'oublie pas ton chapeau, purée tu pourrais cirer tes chaussures, non ? Allez fais moi un câlin, viens je te fais un bisou, je vous dis tous merde vous avez été bien les enfants arrêtez de m'appeler maman je suis fière de vous les enfants, non je ne suis pas en manque, je vous aime tous très fort, mais oui je serais là, évidemment que croyez vous je vous aime trop pour ça).
Bon, voilà, en gros tout ça pour dire que je ne suis pas là. J'arrive à lire, quand même, faut pas croire, mais je n'ai pas envie de publier. Un peu ça suffira, mais pas trop. De toute façon, je ne suis pas devant l'ordi.
Je suis ailleurs.
Et j'aime ça.
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10.11.2010
Le repas des fauves – Vahé Katcha. Adaptation et mise en scène Julien Sibre
Tiens, on va faire un jeu. Histoire d’agrémenter un diner un peu terne et par la même occasion ce blog tout aussi terne ces derniers temps.
Imaginez que vous recevez quelques amis à dîner pour l’anniversaire de votre femme. Cinq amis qui ont chacun leur personnalité, leurs qualités, leurs défauts. Vous croyez les connaître, vous les aimez bien et savourez à l’avance cette soirée entre amis. Parce qu’en ces temps de deuxième guerre mondiale et d'occupation, restrictions et privations obligent, il faut bien conjurer le sort et rire un peu. Tout le monde est arrivé : Jean-Paul le docteur dévoué, Vincent le maître de philosophie un peu dandy, Pierre l’aveugle de guerre, André le filou un peu roublard un peu collabo mais qui vous apporte pas mal de gourmandises introuvables, Françoise, la veuve de guerre aux convictions résistantes bien arrêtées. Vous, vous êtes libraire et aimez Sophie votre jeune épouse qui fête donc ses 28 printemps.
La soirée commence bien, les langues se délient, les rires fusent, on savoure le Dom Pérignon dégoté par André, Sophie est ravie des paires de bas que les hommes lui ont offertes, vous vous offrez une parenthèse de gaîté sans penser au lendemain.
Et puis voilà, des coups de feu éclatent dans la nuit, vous vous précipitez tous aux fenêtres et comprenez que deux soldats allemands viennent d’être tués par un résistant. Peur, angoisse, vous espérez que la soirée pourra continuer calmement mais c’est sans compter sur le commandant Kaubach qui fait irruption et vous annonce que ses hommes seront vengés d’ici deux heures. Vengés par l’arrestation de deux otages par appartement. Vengés parce que vous êtes en temps de guerre et que voilà, c’est comme ça, deux hommes assassinés égalent deux otages. Mais Kaubach, dans sa grande mansuétude, a décidé de vous faire un cadeau : vous êtes 7 personnes dans l’appartement, il ne lui en faut que 2. Et c’est à vous de décider. Vous avez deux heures pour ça. Choisissez entre vous ceux qui se sacrifieront.
Pas mal comme soirée, non ? Ca vaut mieux que toutes les parties de backgammon ou de bridge du monde, non ?
Le repas d’anniversaire peut commencer. Ah non, ce n’est plus un repas d’anniversaire. C’est devenu un repas de fauves. Parce qu’à partir de ce moment, les masques vont tomber, les langues se délier, et les véritables natures se révéler. Tout, plutôt que de mourir. Tout, pourvu qu’on sauve sa peau.
Un résumé un peu long, je le reconnais, mais qui me permet de dresser le tableau de cette excellente pièce jouée au théâtre Michel. Adaptée de la pièce de Vahé Katcha (pièce qui fut également une nouvelle écrite par le même Vahé Katcha) et du film qu’en a tiré Christian-Jaque en 1964, Le repas des fauves met en scène la jalousie, la petitesse et la mesquinerie d’un groupe d’amis. Quand les masques tombent, quand la peur de mourir pulvérise l’amitié, la lâcheté prend le dessus et met à jour les faiblesses humaines.
Tous ces amis vont entamer une partie où chacun cherche à sauver sa peau. Le vernis s’écaille et révèle les personnalités. André, le collabo, est prêt à tous les saluts hitlériens pour s’en sortir, à toutes les dénonciations (« Mais vous pourriez vivre avec un cadavre sur la conscience ? Franchement, je préfère vivre avec un cadavre sur la conscience qu’être moi-même un cadavre sur la conscience d’un autre. ») ("Et vous, vous n’êtes pas nazi ? Je préfère être un nazi vivant qu’un français mort ! »). Les autres, du médecin au libraire, vont tout imaginer pour s’en sortir, quitte à sacrifier leurs amis.
Un texte ciselé aux répliques qui giflent et une mise en scène réussie qui tient le spectateur en haleine. Le jeu des comédiens est excellent, tous maitrisent parfaitement leurs émotions. Impossible d’en retenir un ou une en particulier, j’ai aimé Caroline Victoria dans le rôle de Sophie, toute en candeur et innocence, Cyril Aubin excellent dans le rôle du docteur (« Non, je devrais être le dernier à le dire : supprimer un médecin, ce serait un crime contre l’humanité ») ou Oivier Bouana dans le rôle de Victor qui peu à peu va s’effondrer et révéler toute sa faiblesse et sa terreur. Je n’en cite que trois mais tous sont parfaitement dirigés et font évoluer leurs personnages à la perfection du début à la fin. Ni trop, ni trop peu, leur jeu est minutieusement dosé et tout en finesse.
Des projections video viennent également s’ajouter à la pièce par moment, et c’est sans doute là le seul bémol que je mettrai car je ne pense pas qu’elles soient nécessaires pour intensifier la tension ou illustrer les situations (notamment la toute première qui projette des défilés allemands (nous savons à quelle époque nous sommes, inutile de le souligner, ou celles qui figurent l’assassinat des soldats allemands sous forme d'animations) ou celles du bombardement. Seule la dernière m’a énormément plu et clôture la pièce sur une note douce amère que j’ai particulièrement appréciée.
Une comédie dramatique, donc, qui n’oublie pas de rire : des rires amers parfois, cruels aussi, parce qu’elle révèle des sentiments et attitudes tellement humaines. Parce que personne ne peut promettre de ne pas réagir pareillement, au final.
Très bon, donc. Vous venez dîner à la maison ?!

Le repas des fauves
Adaptation et mise en scène Julien Sibre, compagnie Minus et Cortex
Théâtre Michel
38 rue des Mathurins Paris 9
01 42 65 35 02
Jusqu’en janvier 2011
Le site de la compagnie (avec la bande annonce)
11:06 Publié dans *Au théâtre ce soir* | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : vahé katcha, julien sibre (très sympa, au demeurant, discuté avec lui après la représentation), faiblesses, lachetés, vive le theatre |
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29.07.2010
Sept farces pour écoliers – Pierre Gripari
Ce n'est pas toujours évident, de trouver des pièces de théâtre adaptées aux
enfants. Des dialogues pas trop longs, adaptés à l'âge des petits comédiens, des saynètes courtes, certes, mais il faut aussi, si possible, du texte qui ait du sens, qui soit drôle et, cerise sur le gâteau, si elles sont bien écrites, si derrière l'humour ou la tendresse se cachent d'autres choses que le simple exercice de style, et bien c'est gagné, réussi et il y a fort à parier que les jeunes soient comblés.
Ici, ce sont sept farces drôles, qui font tour à tour parler un patron et sa secrétaire (La fausse gourde, excellente, que je verrais même jouée en saynète par des adultes d'atelier), un chien et un bébé (Chien et bébé, tordante, bien trouvée), un dialogue de sourds au téléphone (Deux téléphones, digne de Devos, par certain cotés).
Et puis le diable est là aussi, il a besoin de l'âme d'un pêcheur mais l'Ange jouera un bien mauvais tour, une télé parle aux enfants, on assiste à la Belle au Bois Dormant coté cuisines (sacrés cuistots !), et pour finir, un marchand de fessées cherche à vendre...des fessées...(peut-être celle que j'ai le moins aimé, d'ailleurs).
Faciles à jouer, drôles, simples sans être niaises, bref des petites saynètes bien sympathiques, qui se jouent autant qu'elles se lisent (ma fille les a lues avec grand plaisir). L'auteur des Contes de la rue Broca ou des Contes de la folie Méricourt réussit aussi le théâtre enfant.
Sept farces pour écoliers – Pierre Gripari
Grasset Jeunesse, mai 2009, 166 pages
Et hop, ça rentre dans le challenge de Leiloona, Tous au Théâtre !... Parce que le théâtre, oui, il faut AUSSI le lire.

06:00 Publié dans *Au théâtre ce soir*, *Littérature Jeunesse* | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
| Tags : mini pièce de théâtre enfants, petits comdiens, humour |
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14.07.2010
Les 39 marches – Eric Métayer
Les 39 marches, vous connaissez ? Alfred Hitchcock a réalisé ce film en 1935 en adaptant le roman de John Buchan.
Mais point besoin d’avoir lu le roman ou vu le film pour apprécier la brillantissime adaptation mise en scène par Eric Métayer au Théâtre de la Bruyère.
L’histoire, elle, reste peu ou prou la même : Richard Annay, un dandy célibataire rencontre au théâtre une mystérieuse jeune femme qui sera assassinée le lendemain dans l’appartement de Annay. Peu avant, la belle Annabella Smith lui aura confié qu’une organisation secrète appelée Les 39 marches, complote secrètement contre l’armée aérienne du Royaume Uni. Suspecté de meurtre, notre dandy prend la fuite vers l’Ecosse pour déjouer le complot et par la même occasion sauver sa peau….
Quand Hitchcock le démoniaque manipulait le spectateur à grand renfort de suggestions, d’angoisse et de suspens diabolique (tout en sachant être d’une drôlerie moqueuse et parfaitement assumée), Eric Métayer propose ici une mise en scène incroyablement farfelue et totalement réussie.
Les quatre comédiens qui incarnent à eux seuls tous les personnages de l’intrigue (au total près de 150) sont étourdissants : changements rapides de costumes et de voix, leur interprétation est une véritable tour de force réalisé avec un plaisir totalement évident (et ça se voit !).
La mise en scène, ingénieuse et burlesque, rend hommage aux codes du cinéma (que ce soir celui de Hitchcock (on verra même sa silhouette apparaître) ou ceux d’autres classiques (musiques d’autres blockbusters comme Les dents de la mer, allusions à James Bond avec irruption de Blofeld et son chat blanc (excellent moment !)..).
Quatre comédiens, donc, et peu de moyens ou plutôt des moyens du bord dans une mise en abyme du théâtre irrésistiblement assumée : les décors y sont apportés en real-live, un cadre illustrera la fenêtre par laquelle Annay s’enfuit, un drap illustrera la mer, Eric Métayer incarne tout à tour un marécage, Blofeld, son chat, un buisson d’aubépines… Des ombres chinoises (où apparaîtra le célèbre monstre du Loch Ness, hilarant et féminin à souhait), des projections videos, des marionnettes…. viennent parfaire un tableau à la fois magistral et burlesque.
Bref, ce spectacle, moliérisé deux fois en 2010 (meilleur spectacle comique et meilleure adaptation), manie avec dextérité intelligence et drôlerie, loufoquerie, humour tonitruant et décalé, inventivité, tout en rendant hommage aux codes du genre. Truffé de références hilarantes et parfois ahurissantes qui provoquent des éclats de rires difficilement réprimables, il est certainement le meilleur spectacle comique que j’ai vu depuis longtemps.
Les comédiens sont tous époustouflants et dans leur comique et dans leur maîtrise parfaite de l’interprétation tandis que la mise en abyme du théâtre insérée sans aucune vergogne mais avec un plaisir totalement assumé m’a tout simplement laissée béate d’admiration.
Et essoufflée d’avoir autant ri, tout autant que Delphine, Erzie, Fashion, Isil et Stéphanie.
A ne pas rater, vraiment !!
Les 39 marches, Mise en scène Eric Métayer
Avec Eric Métayer, Andréa Bescond, Christophe Laubion, Jean-Philippe Bêche
Au théâtre de la Bruyère, Paris 9, jusqu’au 24 juillet...
et, bonne nouvelle, reprise à partir de septembre puis tournée (notamment Versailles, théâtre Montansier (30 avril 2011))
15:39 Publié dans *Au théâtre ce soir* | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note
| Tags : hitchcock, 39 marches, burlesque, loufoque et intelligent |
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13.07.2010
De la lecture... Festival de Correspondance de Grignan
Il y a le théâtre, ses pièces, ses mises en scènes ; magiques, drôles, émouvantes ou passionnées.
Il y a les lectures, ces pièces ou textes dits, simplement, avec le seul support de la voix, des mots qui s'envolent vers le spectateur et viennent susurrer à son oreille.
Il y a la correspondance, ces lettres où l’on se confie, où l’on aime, où l’on espère.... ces lettres parfois relues et conservées...
Le Festival de Correspondance de Grignan a été créé en 1996, à l'occasion du tricentenaire de la mort de
Madame de Sévigné. A quelques encablures d'Avignon, il accueille chaque année des artistes qui viennent ici célébrer l'art épistolaire et faire (re)découvrir les correspondances aussi variées que celles Madame de Sévigné, Paul Eluard, Rodin et Claudel, Virginia Woolf, Helen Hanff, Tchekov, Francis Scott et Zelda FItzgerald, Heloïse et Abelard, Proust, en passant par Rosselini, Truffaut, Jean Renoir, Frederico Fellini... et bien d'autres.
Direction Grignan, donc, un samedi ensoleillé, avec quelques autres bloggueurs pour découvrir le Festival, dédié cette année à la Correspondance Théâtrale... L'occasion pour moi de faire de bien belles rencontres...
Pour commencer, une rencontre avec Jacques Weber auteur. Jacques Weber qui vient de publier son premier récit « Des petits coins de Paradis ». Jacques Weber lit quelques extraits, parle de ce livre écrit peu après le décès d’un proche. Accompagner les derniers pas de cet ami l’a ramené à ses propres premiers pas au théâtre… les souvenirs sont remontés et les mots se sont écoulés.
Elégance du verbe et du personnage qui marie truculence et séduction, charisme et finesse des propos, tantôt oeil de velours ou oeil de canaille, Jacques Weber est un orateur et comédien à part, un monstre qui ne se veut surtout pas sacré, un monstre pudique qui parle du théâtre avec passion et enthousiasme, fier d'être resté un amateur dans le sens premier du terme, c'est à dire un homme qui aime, avant tout, jouer, et partager.
Comme il le dit avec justesse, le comédien ne peut jouer que dans la joie et le plaisir d'être sur scène. Sans joie, le comédien fait son travail... et ne joue plus. Propos que je partage entièrement, bien sûr.....
Première partie de soirée, une lecture mise en espace de la pièce de Denise Chalem « Paris septième, mes plus belles vacances» (Prix Durance – Beaumarchais SACD du Festival 2009), en plein air dans la Collégiale de Grignan. Beau spectacle et belle pièce, une patiente et son infirmier y nouent une relation initialement tendue qui deviendra tendre et amicale avec le temps. Les mots font mouche, tantôt drôles, tantôt émouvants ou mélancoliques. On se parle, on s'y écrit, on s'y engueule, on s'y confie... une très jolie pièce dont le texte nous a été offert… théâtreux théâtreuses, je peux le faire voyager (à condition qu’il revienne, hein !) (@ Leiloona ça te dit ?)…
Deuxième partie de soirée et excellent moment, une lecture réalisée à partir d’extraits de la correspondance de Ionesco et de sa conférence sur le théâtre (catalogue de la BNF), librement adaptés par Gérald Stehr et Didier Goupil. Les deux lecteurs, Dominique Pinon et Jean-Paul Bordes (Bordes est tout bonnement excellent, sa prestation m’a bluffée) nous ont offert là un moment parfait, toujours en plein air, avec chants des cigales et petites lucioles en prime :) Un pur moment de bonheur, qui nous a étonnement séduits.
Un Festival de grande qualité, donc, où les mots et l'écrit ont la part belle... Partout, dans le village, des animations ponctuent l’événement : marché du livre qui fait honneur aux ouvrages anciens (et pas qu'aux Correspondances), calligraphes, artisans créateurs de carnets, stylos et plumes, exposition sur la magie des costumes, et surtout, des chambres d'écritures disséminées un peu partout dans le village : une table, une plume, des enveloppes.... chacun peut s'asseoir, penser à un être cher (ou pas !) et lui écrire. On laisse l'enveloppe dans un panier, elle sera postée ensuite par l'organisation du Festival. L'idée est excellente et beaucoup s'asseyent pour prendre la plume à leur tour, ... A l'heure des mails, textos, twitters et autres réseaux sociaux, c'est le plaisir d’une correspondance « à l'ancienne » que l’on retrouve un court instant (dit celle qui a écrit trois lettres et s'est empressée de le raconter sur FB)… Très belle initiative qui rencontre un franc succès ;)
Festival animé essentiellement par des bénévoles passionnés, festival à taille humaine où l'on croise dans les rues du village les artistes que l'on a écoutés peu auparavant, que l'on retrouve assis juste à coté de vous au spectacle suivant (damned, j’ai cru défaillir en retrouvant Weber juste devant moi… et évidemment l’homme est abordable, discute bien volontiers, toujours aussi simple et sympathique)... ce Festival de Grignan possède une âme et une atmosphère qui lui sont vraiment propres.
Toute l’activité de Grignan est concentrée autour de l’événement et tous se
mettent au diapason de l’écrit : le restaurant « le Clair de la Plume », par exemple, aux portes du village, propose ses cartes... insérées au milieu de livres anciens. C'est tout bête quand on y pense, mais cela ajoute un charme surprenant à ce délicieux restaurant où nous sommes régalés.
L'hôtel Le Moulin de Valaurie, aux portes de Grignan, est un petit havre de tranquillité, idyllique à souhait (le bonheur d'aller faire quelques brasses à 6 heures, le matin, seule alors que le soleil ne brûle pas encore....)....
Bref, ce fut une week end plein de charme et de sourires. Ceux qui me connaissent savent mon amour du théâtre et des lectures à Haute Voix que je pratique régulièrement... Un week end plein de charme, donc, à refaire sans aucun doute ;)
Je remercie par ailleurs la marque Durance, partenaire très actif et très impliqué du Festival grâce à son dirigeant passionné de lettres et de théâtre, qui nous a invités pour ce week end réussi de bout en bout (j’ai découvert la bougie senteur Cuir & Iris qui exhale un exquis parfum de bibliothèque...:).
Merci également à l'association Pierres et Roses Anciennes de Grignan, et notamment Jean Luchet et sa femme Geneviève qui nous ont fait visiter Grignan en partageant leur passion pour sa sauvegarde et la protection des multiples rosiers qui le fleurissent. Ces deux passionnés marient histoire et botanique pour offrir une visite chaleureuse et instructive à leurs hôtes.
Merci à Alexandra, La fille qui fait des bulles ( Alexandra, des petites bulles de joie et d'humanité éclatent dans ton sillage, grâce à tes attentions, ta gentillesse, ta disponibilité, ton obsession de nous protéger des insolations, les bouteilles d'eau que tu nous forçais à boire, bref, je suis heureuse de t'avoir rencontrée :) merci à Nicolas pour son sourire et sa bonne humeur contagieuse, à Charles qui m'a supporté et accompagné à toutes les lectures, même les plus caniculaires, ainsi qu'à Plastie, Frieda l'Ecuyère, Viinz et Guillaume, les autre bloggueurs invités que j'ai découverts à cette occasion, pour leur accueil et leur gentillesse.
Et pour parfaire ma réputation de quiche en matière de photos, voici un aperçu, en vrac, de ce que nous avons vécu (il n'y a pas de photo des lectures car je me suis contentée d'écouter et de me laisser aller aux plaisirs des mots)......
(cliquer sur la photo)
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| Tags : théâtre, lecture, correspondance, je veux lire madame de sévigné, en pleiade s'il le faut |
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18.05.2010
La seule certitude que j’ai, c’est d’être dans le doute. Desproges
Point de doute, ceci dit, Desproges était et restera un auteur talentueux, qui épinglait avec sa verve cynique et caustique les méchants, les radins, les cons, les esprits petits et les ceux qui se croyaient grands. Des textes qui révélaient aussi une grande sensibilité, parfois cachée mais vraiment présente, une poésie à la fois évidente et maquillée derrière le sarcasme, l’ironie, la dérision.
Entendre ses textes à la Comédie Française, dits par Christian Gonon, est un vrai plaisir.
Plaisir des mots, dits évidemment avec l’efficacité et la précision d’un comédien qui épouse les nuances avec élégance, manie les silences judicieusement et restitue ces textes ciselés à la perfection.
Plaisir du texte, plaisir d’une mise en scène dépouillée (trois chaises, quelques accessoires dont un verre de Saint Emilion, une ampoule, une paire de souliers mis ou enlevés sur scène, une lumière distillée avec parcimonie et toujours très justement) qui n’existent que pour souligner le texte ; des intertextes (« Etonnant, non ? » mélopée presque monacale chantée par des voix off entre les textes) qui rappellent la Minute de Monsieur Cyclopède.
Peut-être un léger manque d’aspérité, une interprétation un poil trop lisse dans les premiers textes, une absence de mordant, essentiellement au début. Mais, en dehors de ce détail, le moment fut excellent, réentendre Desproges est, de toute façon, toujours un vrai bonheur.
Du bel hommage, donc.
La seule certitude que j’ai, c’est d’être dans le doute. Pierre Desproges.
Textes interprétés par Christian Gonon, Sociétaire de la Comédie Française.
Théâtre du Vieux Colombier, Paris 6
Jusqu’au 19 mai.
« J’en vois d’ici qui sourient. C’est qu’ils ne savent pas reconnaître l’authentique désespérance qui se cache sous les pirouettes
verbales. Vous connaissez de vraies bonnes raisons de rire, vous ? Vous ne voyez donc pas ce qui se passe autour de vous ? Si encore la plus petite lueur d’espoir nous était offerte ! ».
« Peut-on rire de tout ? Peut-on rire avec tout le monde ? S’il est vrai que l’humour est la politesse du désespoir, s’il est vrai que le rire sacrilège blasphématoire que les bigots de toutes les chapelles taxent de vulgarité et de mauvais goût, s’i est vrai que ce rire là peut parfois désacraliser la bêtise, exorciser les chagrins véritables et fustiger les angoisses mortelles, alors oui, on peut rire de tout, on doit rire de tout. De la guerre, de la misère, de la mort. Au reste, est ce qu’elle se gêne, la mort, pour se rire de nous ? Est-ce qu’elle ne pratique pas l’humour noir, elle, la mort ?... Alors : quelle autre échappatoire que le rire, sinon le suicide, poil aux rides ? ».
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| Tags : pierre desproges, comédie française, humour, hommage, christian gonon |
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02.05.2010
Entre ciel et chair, Christine Singer, Christelle Willemez, Clara Ballatore
Je vais vous parler d’un spectacle qui a été créé au Festival d’Avignon en 2004 d’après le texte « Une passion » de Christiane
Singer et qui se joue actuellement à Paris.
Une passion, c’est l’histoire d’Héloïse et Abelard. Héloïse est âgée, à la fin de sa vie elle revient sur la passion qui a régit sa vie, celle qui a bouleversé son destin et a fait d’elle une moniale respectée. L’histoire d’Héloïse et Abelard, nous la connaissons tous, ces deux amants unis par une force incroyable, soudés dans la douleur, la souffrance et l’impossibilité de vivre leur amour. Abelard fut châtré, Héloïse se fit moniale pour vivre à ses cotés.
Dans le spectacle « Entre ciel et chair », le texte de Christiane Singer est dit par la comédienne Christelle Willemez, accompagnée par Michel Thousseau à la contrebasse ou Birgit Yew au violoncelle, en alternance. Avec une voix basse, rauque, la comédienne incarne Héloïse. Elle raconte son amour naissant, la passion jeune et insouciante entre les deux amants, la peur, la peine, la douleur, la violence des sentiments et leur inéluctabilité. Christelle Willemez est tour à tour passionnée, languide, épuisée, les émotions transpirent et viennent envahir le spectateur. Son jeu est à la fois sobre et fort, Héloïse imprègne chacun de ses mots, c’est une vie de passion, de souffrance, d’attente qui vient s’échouer aux pieds du spectateur. Les intervalles de la contrebasse viennent tempérer, adoucir ou mettre en exergue les sentiments, apaiser la douleur.
Entre ciel et chair propose un texte parfaitement écrit soutenu et mis en clarté par une comédienne des plus talentueuses. Christine Willemez illumine son personnage, elle le transcende et réussit à devenir Héloïse sans aucune surcharge, dans un équilibre fragile que jamais elle ne met en péril. Son interprétation est d’une grâce incroyable, chaque mot nous fait frémir alors qu’elle ne bouge pas ou à peine. On frémit, on retient son souffle, c’est juste un magnifique moment de théâtre comme je les aime.
A Paris, à l’Aire Flaguière dans le 15ème arrondissement, Christine Willemez dit le texte en limitant ses mouvements à l’extrême. Elle propose également des lectures privées (à partir de 20 personnes), où elle lit le texte, toujours accompagnée d’un musicien (c’est d’ailleurs ainsi que j’ai eu la chance de la voir).
Entre ciel et chair, texte de Christine Singer, Mise en scène Clara Ballatore, avec Christelle Willemez.
REPRISE au Théâtre de L'Aire FAlguière Paris 15° du 29 AVRIL au 13 JUIN : JEUDI à 20h45 et DIMANCHE à 17H30. Durée 1h05.
Réservations au 01 56 58 02 32
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