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13.05.2011
La vie financière des poètes – Jess Walter
« En fait, il s'avère que tout à un fond. A part les problèmes dans lesquels je
m'enfonce. »
Il est loin, le temps où Matt rêvait d'un monde meilleur, en tous cas plus poétique, en tous cas plus idéal, un monde dans lequel il pourrait quitter son boulot de journaliste et créer un site de conseils boursiers en ligne... des conseils en vers, en rimes, en strophes, en alexandrins ou en prose, des conseils différents de la prose indigeste et impersonnelle des journalistes financiers. Ce qu'il a fait en créant poesiness.com, avant de se rendre compte que ce monde meilleur n'existe que dans les rêves des poètes silencieux. Et les rêves se sont transformés en cauchemar. Matt doit trouver 30000 dollars dans la semaine s'il ne veut pas être exproprié, sous les yeux de sa femme, de leurs deux fils et de son père sénile revenu vivre auprès d'eux.
Exproprié ou... dealer d'herbe, finalement, car le hasard le met sur la route de Skeet et Jamie, deux vendeurs de beuh avec lesquels Matt va travailler. Au point où il en est, tout est bon à prendre, même les risques insensés que son statut de chef de famille devraient lui interdire de courir.
Autant critique sociale que farce désabusée sur les rêves désenchantés des jeunes cadres, "La vie financière des poètes" recèle quelques trésors d'humour et de dérision. Les aventures de ce jeune quadra déboussolé autant par la menace d'expulsion que par celle d'être trompé par sa femme ou de perdre l'admiration de ses enfants révèlent au delà de l'aspect tragi-comique (et Dieu sait qu'elles le sont, comiques) un satire corrosive de nos sociétés de consommations (« Avec les tapis de sol pour l'hiver, les taxe et le contrat d'entretien de deux ans superflu, cette voiture m'a coûté 31 256 dollars. Et à cause de plusieurs imprévus récents – mensualités oubliées, pénalités de retard, refinancement de la maison, consolidation de prêt, diverses crises familiales et mon licenciement malvenu – après deux ans de versement, je dois encore 31 000 dollars. Pour une voiture qui en vaut 18 000. Telle est ma vie maintenant : endettement maximum. »).
Et la consommation n'est pas la seule cible de Jess Walter : y passent aussi et surtout les rêves et idéaux de réussite (sociale tout au tant que financière) des quadra désabusés et laissés sur le carreau par la vie et ses aléas. Alors que sa femme se cherche une vie qu'elle croit meilleure à travers les réseaux sociaux, Matt fonce tête la première dans ce qui lui semble la seule et unique chance de s'en sortir. Il achète, il vend. Et pourquoi pas aux riches ou aux méchants qui l'ont plumé ? C'est vif, drôle, alerte, on rit plus souvent qu'à notre tour et même si, pour ma part, l'effet de style « listes » et énonciations m'a parfois un chouya fatiguée, je n'en garde pas moins le sourire aux lèvres au souvenir de l'ironie mordante bourrée d'auto-dérision et de lucidité de ce poète malheureux, un sourire plein de tendresse et d'empathie.
Que demander de plus ?
La vie financière des poètes – Jess Walter
10/18, avril 2011, 306 pages
L'avis de Cuné, in love with it.
"Amber dirigeait les ressources humaines du journal à l'époque où je travaillais ici. Maintenant, quatre vagues de licenciements plus tard, Amber est quasiment le service des ressources humaines. Ça aussi, ça doit craindre, la chef des RH qui vire presque tout le monde aux RH. On se serre la main. Sans être très belle, Amber possède un look business woman un peu pute, légèrement déplacé, avec ses tailleurs un peu courts, un peu moulants, et ses chaussures un peu radicales dans un environnement de bureau. (Si Amber doit se licencier un jour, elle pourra toujours se suicider en se jetant du haut de ses escarpins)."
06:09 Publié dans *Litterature Anglo-saxonne* | Lien permanent | Commentaires (13) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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09.05.2011
L'album de Milo – Carolyn Parkhurst
Ce n'est pas un nouveau roman que va remettre Octavia Frost à son éditrice, mais un recueil intitulé « L'album de nulle part », dans lequel Octavia réécrit la fin de ses sept romans. Pour chacun d'entre eux, elle réinvente un nouvel épilogue. Comment son lectorat va-t-il réagir, elle ne le sait pas, mais Octavia voulait reparcourir ces histoires et les revisiter (« Une fois que l'auteur a fait son boulot, on attend de lui qu'il se retire poliment ; autrement, il est un rappel embarrassant du fait que ces histoires ne sont pas venues au monde spontanément et parfaitement formées. J'imagine que si Shakespeare réaparassait et disait « Je me suis trompé, Roméo et Juliette ne sont pas morts de façon tragique, ils ont vécu si longtemps qu'ils ont eu le temps de se marier, de perdre leurs dents et de se pourrir la vie mutuellement... » eh bien, il en baverait sérieusement. »). Octavia, parfaitement lucide, se doute bien que, n'étant pas Shakespeare, elle risque tout au plus de susciter l'indifférence ou un intérêt vaguement poli, et encore. Si ses romans ont connu un certain succès, Octavia n'est pas un auteur médiatique et son visage, reproduit en quatrième de couverture, n'est pas reconnu dans les rues. Son fils Milo, en revanche, est connu : musicien d'un groupe de rock à succès, il fait régulièrement les unes des magazines et c'est d'ailleurs ainsi qu'Octavia a de ses nouvelles. Ils ne se parlent plus depuis bien longtemps, mais alors qu'elle arrive à New York Octavia apprend que la petite amie de Milo a été assassinée. Milo est suspecté du meurtre. Octavia se rend à San Francisco pour tenter de revoir son fils.
Un mélange de genres intéressant, dans lequel Carolyn Parkhurst s'interroge sur le pouvoir des histoires et la part de soi que livre, même inconsciemment, un auteur dans ses romans (au fil du récit sont insérés les dernières pages des romans d'Octavia et la nouvelle fin qu'elle réécrit). Dans chacun de ses romans, on perçoit l'influence du drame vécu par l'auteur : alors que Milo avait neuf ans, le mari d'Octavia et leur petite fille sont morts dans un accident : Octavia a dû élever seule Milo, dans une relation chaotique mêlée de désespoir et d'incompréhension. Drame familial aussi, donc, dans lequel Octavia tente de renouer avec son fils Milo et de découvrir la vérité sur l'assassinat de sa belle fille (Octavia a reçu un mot anonyme avec les mots « Quelqu'un ment" et se rend vite compte que Milo, ne se souvenant de rien de cette nuit meurtrière, pourrait bien être innocent).
Un roman à plusieurs niveaux, donc, qui mêle intrigues psychologique et policière. Il prend plus de saveur passée l'installation de l'intrigue et des personnages et, malgré un fin un peu rapide (et prévisible), il reste un exercice intéressant.
L'album de Milo, Carolyn Parkhurst
Ed. Philippe Rey, avril 2011, 380 pages
06:26 Publié dans *Litterature Anglo-saxonne* | Lien permanent | Commentaires (14) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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04.05.2011
Les privilèges – Jonathan Dee
« C'est extraordinaire. Qui aurait deviné qu'être maître de l'univers pouvait rapporter autant d'argent ? »
Parfois les a priori sont tels qu'on passe devant une couverture / 4ème de couverture avec une moue et on repose l'ouvrage négligemment. Et puis on s'aperçoit que son libraire le labellise « coup de coeur », on lit quelques critiques dans la presse professionnelle toutes enthousiastes alors on feuillette quelques pages, on se dit après tout pourquoi pas, allez tentons, essayons on verra bien.
Parce que les a priori, j'en avais en découvrant Les privilèges. Une histoire de riches New-Yorkais, très très riches et malheureux. Je ne suis pas du genre à baver devant tout étalage de fortune et j'avais peur que le propos de l'auteur veuille seulement rassurer un lecteur béat qui aurait été ravi d'apprendre que même les riches sont malheureux et que l'argent ne fait pas le bonheur, tout en rêvant devant un étalage de bling bling et de brillant.
Mais point de bling bling et de strass ici, et aucun des clichés qui m'effrayaient : Jonathan Dee évite l'écueil démagogique en basant son roman sur les personnalités de Cynthia et Adam, ce jeune couple qui se marie dans les premières pages du roman. Un couple dont la force réside dans l'amour qu'ils éprouvent l'un pour l'autre. Réussir, oui, pour briller socialement – puisque briller signifie exister – mais surtout pour se protéger.
Car si Adam fait fortune en tant que financier (tout en s'arrangeant parfois avec l'éthique et la justice), il veut avant tout et surtout mettre Cynthia à l'abri et lui donner tout ce qu'elle peut souhaiter. Tout au long des quatre chapitres qui couvrent les étapes successives de la vie des Morey et de leur situation financière (ils deviendront, au final, odieusement riches), Jonathan Dee raconte avec froideur, presque, l'évolution de cette famille. Quatre chapitres qui sont autant d'ellipses sur les périodes intermédiaires de la vie des Morey : le but n'est pas de montrer comment Adam fait fortune ni comment leurs vies se délitent : 1) ils se marient, 2) ils sont jeunes et gagnent bien leur vie, 3) ils sont riches, 4) ils sont extrêmement riches. Point d'explication, de démonstration ou de détails, Jonathan Dee dresse un tableau en quatre volets qui n'en sont que plus forts et encore plus édifiants.
Adam et Cynthia oublieront d'être à force de paraître ou de vouloir être tandis que leurs enfants chercheront désespérément ce qu'ils sont (que ce soit dans la drogue ou dans la musique), sans se trouver ("Personne ne pouvait rien contre sa naissance. Il fallait juste partir de zéro et l'empêcher de déterminer qui vous étiez"). Jonathan Dee s'attache à tour de rôle à chacun des membres de cette famille, selon leur point de vue : tous, malgré leurs privilèges, sont seuls, et ont perdu, à force de ne plus rien désirer, le sens même du mot désir.
Une chronique familiale implacable et pessimiste qui nous emporte du premier mot au dernier mot, dernier mot au cynisme glaçant tout autant qu'admirable.
Impressionnant.
Les privilèges, Jonathan Dee
Plon, mars 2011, 298 pages
L'avis de Cathulu
06:10 Publié dans *Litterature Anglo-saxonne* | Lien permanent | Commentaires (20) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : comparé par la presse à fistzgerald, wharton, wolfe, il y a un peu de ça, oui |
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02.05.2011
London colors
C'est vrai que j'ai toujours dit New York, New York... C'est vrai que London, ok, oui, why not mais en week end.
C'est vrai.
Mais maintenant il serait faux, entièrement faux, de continuer à prétendre que je n'y vivrais pas volontiers. Totally faux.
Et même, soyons honnête jusqu'au bout, j'y vivrais bien tout le temps. En partant, de temps en temps, sometimes, for a while, à New York. Bah oui, quand même... Et puis, un truc en plus : Fifille a décidé d'y vivre, quand elle sera grande. Premièrement parce qu'elle s'imagine déjà aller prendre un verre au pub avec ses copines en sortant du bureau et qu'elle trouve ça over cool (elle est bien ma fille, je trouve, pas vous ?). Deuxièmement parce qu'elle a adoré marcher pendant des heures et découvrir la ville. Troisièmement parce qu'elle a découvert les scones et les noddles bars. Quatrièmement parce qu'elle trouve que Will est un beau mec / prince et que l'époque se prêtait bien à ce genre de fantasmes, vu qu'on ne voyait que lui et Kate, à tous les coins de vitrine / publicités / corners...
Un peu de photos, donc, en vrac et au hasard... et rien d'autre que ça, juste pour le plaisir... (sais pas si mon montage marchera, donc montage ET photos)





















06:20 Publié dans Bric à blog | Lien permanent | Commentaires (38) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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