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28.02.2011

Seulement les morts – Marcus Sakey

 

sakey.jpgOn se croirait au cinéma avec un film d'action tout plein de gentils héros, de vrais méchants, d'innocentes victimes et une guerre autour de l'argent, des combines, des flics véreux, des politiques bien lâches et plein de scènes d'action et de cascades.

Un vrai film d'action, donc, que ce Seulement les morts. Tout commence par une tentative de kidnapping : Jason, ancien soldat en Irak, est attaqué par deux malabars en plein Chicago. L'ancien soldat arrive à en réchapper mais il a appris que son frère, Michael, avait des soucis. Il n'arrivera pas à sauver celui-ci quand son bar sera incendié, laissant pour seul survivant le petit Billy, huit ans, fils de Michael.

Jason est décidé à découvrir pourquoi son frère a été assassiné, dans quel sombre histoire celui-ci était embarqué. Il sera aidé par Elena Cruz, jeune fliquette latino qu'il embarque dans sa croisade anti guerre des gangs, une guerre des gangs qui fait rage dans ces quartiers pauvres de Chicago et cache des malversations et manoeuvres bien plus dangereuses que les luttes entre bandes rivales.

 

Un vrai livre d'action, donc, dont on pourrait penser qu'il a été écrit avec une arrière pensée, celle d'être adapté au cinéma. Il est certes bourré de personnages attendus : la flic latino et courageuse, le héros blanc vétéran de la guerre d'Irak, les méchants politiciens, l'ancien loubard noir ex taulard reconverti en apôtre des quartiers pauvres, le gamin innocent pris en otage etc.. mais le tout marche plutôt pas mal, on se laisse embarquer dans l'histoire au rythme accéléré et aux chapitres courts, aux scènes d'action qui s'enchainent, sans oublier l'histoire d'amour inévitable entre le héros et la jeune fliquette.

 

Pas original, donc, très attendu, mais correctement fait. Il s'oubliera cependant vite après avoir rempli son office.

 

 

L'avis de Joëlle : "Voilà un thriller rempli de suspense et de rebondissements, des courses poursuites, des fusillades, des retournements de situations, des histoires de gangs, des gens pas toujours comme il faut … enfin bref, tout ce qu'il faut pour ne pas s'ennuyer et pour faire tourner les pages à toute allure ! "

 

 

Seulement les morts, Marcus Sakey

Le Cherche Midi, novembre 2010, 465 pages

 

 

 

17.02.2011

La cuisine des flibustiers – Melani Le Bris

 

« Ils ne croient pas que l'ivrognerie est une crime, mais seulement un divertissement, c'est pour cela que les femmes boivent aussi hardiment que les hommes ».


 

l'abus d'alcool est dangereux pour la santé,parait-il.

 

 

Etonnant voyage au pays des saveurs que nous propose Melani Le Bris. Un recueil de recettes « exotiques » où le piquant d'une rougaille se mélange à la douceur des bananes plantains, le fondant des mangues au gouleyant d'un vin d'ananas ou d'un café brûlot diabolique, le tout étayé d'anecdotes et de références puisées dans l'histoire de la flibuste.

 

Le Père Labat n'est pas seulement une marque bien connue des amateurs de rhum, c'est aussi un missionnaire envoyé en Martinique en 1694. D'une grande partie de sa vie passée aux Antilles, il laisse plusieurs écrits dont s'est inspirée Melani Le Bris en puisant dans les recettes et anecdotes laissées par ce fin gourmet tout comme dans d'autres récits de William Dampier, Oexmelin ou Caroline Sullivan.

 

On se promène des Antilles à Madagascar, les papilles frémissent à l'idée d'une sauce chien qui viendra relever un poisson grillé, on caresse l'idée d'un ragout de boeuf au brandy ou d'une bisque d'écrevisse, le palais se réjouit d'un blanc manger ou d'un sugar-cake. Classées en catégories bien classiques : pimentades, entrées, boucans ragoûts et fricassées, poissons crustacés fruits de mer, tubercules légumes, desserts douceurs et enfin rhums punchs et « autres manières de gagner le paradis », elles mettent l'eau à la bouche et promettent un voyage gustatif aux tonalités épicées et colorées.

 

Un recueil érudit, qui informe les curieux et régale les gourmets. Quelques anecdotes truculentes ou insolites viennent le compléter (parfois peu ragoutantes (est-ce le cas de le dire ?) comme l'art de tuer une tortue (amis du jour bon appétit) ou comment le Père Labat mangea un de ses perroquets. Le tout forme un ensemble plutôt agréable que les passionnés dévoreront et les amateurs pourront picorer de ci de là.

 

Pour les amateurs de cuisine !

 

La cuisine des flibustiers, Melani Le Bris

Phebus Libretto, janvier 2011, 300 pages

 

 

Amateurs de cuisine ? Il y en a et j'en suis, parfois, enfin, de temps en temps, quelquefois dirons nous. Et je me suis souvenue m'être inscrite, il y a fort longtemps, au challenge organisé par Chiffonnette, A lire et à manger (challenge terminé, mais pas grave, j'honore mon engagement en retard (comme d'habitude murmure certain...). La cuisine des flibustiers a ravivé ma mémoire tout autant que ma flemme et je me suis lancée dans une des recettes du recueil. Une des plus faciles, of course, et surtout une des plus gourmandes.

 

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Donc j'ai réalisé un blanc-manger.

Quezako blanc-manger ? C'est une sorte d'entremets à la noix de coco, dirons nous.

Voici quelques photos : 

 

 

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Je ne vais pas recopier la recette, mais en gros il faut du lait de coco, du lait, du sucre de canne, de la gélatine, une gousse de vanille, de l'extrait d'amande amère, une pincée de sel.

 

 

 

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Fort bon !

(et, pour l'anecdote, on apprend que, "au temps où la gélatine n'existait pas, cet entremets en lait d'amandes, très populaire au Moyen-Age, était confectionné à base d'un bouillon de poule et prescrit aux malades.")

 

Mais puisqu'on y est, autant en tester une autre, me suis-je dit :

 

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Après tout, A lire et à manger, ça peut aussi vouloir dire A boire et à manger, non ?

 

Hips.

15.02.2011

Millenium Stieg et moi – Eva Gabrielson & M.F. Colombani

La saga Millenium c'est 40 millions de livres vendus, une adaptation cinématographique, des livresgabrielson.jpg audio, un succès colossal pour trois romans policiers écrits par un journaliste suédois engagé, Stieg Larsson. La saga Millenium, c'est aussi une polémique qui a enflé rapidement après la mort de l'auteur (Stieg Larsson est décédé d'une crise cardiaque peu après avoir remis les manuscrits des trois tomes de Millenium à ses éditeurs, il n'en aura pas connu le succès). Stieg Larsson et Eva Gabrielson, sa compagne architecte, n'étaient pas mariés : selon la loi suédoise, Eva Gabrielson n'a donc pas touché un centime des droits engrangés par Millenium, le père et le frère de son compagnon ayant décidé de lui refuser tout droit à la succession.

Une polémique bien connue, donc, qui ne cesse d'alimenter journaux ou médias et a poussé maints couple de concubins à passer devant le maire en Suède.

Dans Millenium, Stieg et moi Eva Gabrielson revient sur les 32 années passée auprès de Stieg L, leur rencontre, leurs années de vache maigre et le combat de son compagnon contre l'extrême droite, la collaboration de SL au journal Expo (qui a inspiré Millenium, le journal pour leque travaille Mickael Blonksvit). Ni pamphlet, ni règlement de compte, le document d'Eva Gabrielson, dont les propos ont été recueillis par la journaliste Marie-Françoise Colombani, retrace essentiellement le parcours politique de l'écrivain qui fut, avant d'être auteur, un journaliste engagé souvent victime de menaces de mort. C'est d'ailleurs cet engagement et ces menaces qui ont dissuadé le journaliste et l'architecte de se marier et de fonder une famille. A maintes reprises Eva Gabrielson établit des parallèles entre les activités politiques de son concubin et l'histoire de Millenium, Stieg Larsson s'étant largement inspiré de sa vie ou de la situation politique et économique suédoise. Dans la seconde partie, elle exprime davantage son deuil et le travail effectué pour réapprendre à vivre et à se battre pour obtenir un droit moral sur Millenium, afin que l'oeuvre de Larsson ne soit pas galvaudée par des intérêts purement commerciaux et transformée en machine économique.

 

Un récit qui ne comporte volontairement aucune révélation exclusive et se défend d'être une énième exploitation de la trilogie pour faire vendre. Etait-il nécessaire ? A son auteur, sans doute, comme un exutoire au deuil.

 

 

 

 

Millenium, Stieg et moi. Eva Gabrielson & MF. Colombani

Actes Sud, janvier 2011, 186 pages

Lu pour les Chroniques de la Rentrée Littéraire

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11.02.2011

Série grise – Claire Huynen

 

huynen.jpgCe n'est pas parce qu'on est vieux qu'on n'a plus le droit de vivre, non ? Notre narrateur décide de rentrer dans une maison de retraite. Pas d'enfants, des amis à qui il ne veut pas confier sa future décrépitude, notre bonhomme organise la veille de son départ une grande bouffe directement inspirée du Festin de Babette et va s'installer à Mathusalem, « maison de retraite pour adultes valides ».

Un court récit délicieusement écrit, où le quotidien d'une maison de retraite est raconté avec un humour caustique. Il est cynique, notre vieil homme, et observe ses contemporains avec irrespect et lucidité, qu'ils soient gros, maigres, édentés, bavards ou mutiques. Ses contemporains ou ceux qui les entourent, de la directrice de Mathusalem ou le personnel soignant, le narrateur brosse un portrait narquois qui passe au crible de ses observations corrosives les journées qui s'étirent et se ressemblent.

Claire Huynen s'amuse dans ce roman tout en finesse. Parce que derrière l'humour acerbe et les provocations de notre narrateur (qui va fumer des joints avec un camarade d'infortune ou même, insulte suprême, picoler un peu), c'est l'univers aseptisé des maisons de retraite qui est passé au crible : la vieillesse n'est pas synonyme d'enfermement, on a le droit au plaisir, aux joies, et même au sexe. Si si, et tant pis si les âmes pudiques et conformes en sont choquées.

Un roman à l'humour caustique et attendrissant, servi qui plus est par un style délicieux.

 

 

Série grise, Claire Huynen

Le Cherche-Midi, janvier 2011, 109 pages

Lu pour les Chroniques de la rentrée littéraire

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« Sa pose semblait la même. Pourtant les livres, serrés entre ses doigt, différaient. Et cet objet, à géométrie infinie, déterminait mille femmes. Dès le premier soir, j'avais aimé sa manière de lire. Avec une concentration pudique, une empathie attentive, elle semblait d'abstraire en une troublante danse avec les mots auxquels elle se mêlait. Parfois, aux langueurs de son regard, l'on devinait un tango. Ses yeux s'éclairaient et cheminaient, vite, de mots en mots, de ligne en ligne, s'alanguissaient un instant et, en une manière de pas arrière, reprenaient quelques lignes plus haut, remontaient le cours de la page. En d'autres moments, c'était une valse qu'elle abordait. Elle se laissait, captive, porter au rythme régulier des mots qui l'entreprenaient en danseur exercé. Elle fléchissait avec concentration et offrait à ses pages une reddition sans combat. J'aimais lorsqu'elle s'invitait à de fougueux cha-cha-cha. Souvent, elle souriait alors. Son regard furetait de mot en mot, facétieux et complice. Elle gambadait entre les pages, légère et insouciante. Ses doigts même s'agitaient imperceptiblement sur la reliure. »

 

 

 

10.02.2011

Citation du jeudi

"Entre deux nappes de brouillard éthylique, le médecin se dit qu'elles étaient toutes cinglées, au contraire du petit tas de voisines convaincues que ma mère seule l'était. Exhumant son stéthoscope, il ausculta longuement le ventre. Se redressant, il déclara "Cette femme va avoir un bébé".

Nouveau hurlement de ma mère.

"Je dirais même que c'est imminent.

- Voulez vous que je mette de l'eau à bouillir ? offrit l'une des voisines ?

- Pourquoi pas, fit-il. Un petit thé me ferait du bien."

 

Pas Sydney Poitier, Percival Everett

(Actes sud, janvier 2011)

 

 

Une idée de Chiffonnette :)

 

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09.02.2011

Mr – Emma Becker

 

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Qu'est ce qu'on peut écrire quand on a vingt ans ou deux de plus, qu'on a envie de se lancer dans le grand raout de l'écriture ? Il faut vendre. Et pour ça, le cul, ça aide. Donc on se lance dans un bon roman où le cul et la baise auront la part belle.

 

Ca, c'est la première chose qui vient à l'esprit quand on entame Mr, de la jeune Emma Becker. Mr, c'est un médecin réputé que Ellie, la narratrice du roman contacte par mail. Grande amatrice de littérature érotique (Calafarte, Sade, Mandiargues…), admiratrice de Nabokov (Ellie avoue d'ailleurs dès les premières pages que son récit sera le point de vue d'une Lolita), Ellie contacte donc le bel homme, ami de son oncle, ami de la famille qui la faisait sauter, petite, sur ses genoux. Un échange de mails, de sms, puis la rencontre et ces mardis matin passés dans des chambres d'hôtels. Une liaison sulfureuse et le récit d'une domination, d'une aliénation. D'une rupture, de retrouvailles. D'une rupture à nouveau.

 

Ames pudiques s'abstenir. Ames sensibles et prudes ne lisez pas ce roman si vous ne voulez pas rougir. Aucun détail n'est épargné, ni les positions ni les réactions ni les désirs ni les dégoûts. C'est cru, archi-cru. On pourrait reposer le roman en se disant OK encore un roman-confession d'une aspirante écrivain en mal de reconnaissance médiatique et pour ça seul le cul marche. Emma Becker n'échappe pas à la règle. Ce qui la sauve, si l'on peut dire, c'est qu'elle manie le verbe avec application, que l'aliénation, la soumission, le manque (de sexe, de Monsieur une fois la rupture consumée) apparaissent derrière l'érotisme sulfureux des scènes de sexe. Emma Becker parle de sexe et de jeunesse, de manipulation, de soumission. Une Lolita, donc, ou une Justine, mais pas vierge, parce que toutes les routes sont bonnes à prendre, d'après Monsieur, et les chemins détournés réservent finalement bien plus de surprises, bonnes ou mauvaises.

OK. Mais bon. Au final, ça reste le roman d'une jeune écrivain qui parle de cul avec des mots crus. Bof.

 

 

Mr, Emma Becker

Denoël, décembre 2010, 477 pages

 

Lu pour les Chroniques de la Rentrée Littéraire

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06.02.2011

La vie sexuelle des super-héros – Marco Mancassola

 

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« On a tous besoin de héros ».

 

 

Moi, quand je serais grand, je serais un super-héros, disent les petits garçons (ou les petits filles). Ou disaient. Parce qu'ils sont où, les super-héros qui ont bercé l'enfance de milliers de gamins fascinés par Batman, Superman, Spiderman, Wonder woman et consorts ? Finis, enfouis dans les limbes des années 80-90, dépassés, obsolètes, périmés, relégués dans un vague recoin des mémoires d'où, de temps en temps, ils surgissent un instant pour mieux s'y retirer.

 

Les super-héros, pourtant, sont encore vivants dans le roman de Marco Mancassola. Ils vivent à New-York et ont pris leur retraite. Leur retraite de super-héros, j'entends. Mr Fantastic est devenu un scientifique reconnu, Bruce Wayne (Batman) cultive ses pectoraux, son ego, son cynisme et sa cour de fans hystériques tout en s'offrant des prostitué(e)s de luxe, l'Homme de Pierre s'est retiré dans le Maine, Mystique la femme polymorphe anime un show de téléréalité tout comme Namor l'homme poisson, Superman est octogénaire et a fondé une école de super-héros à Brooklyn où il vit retiré. Ils sont encore vivants mais plus pour longtemps, tous reçoivent une lettre de menace, il semble d'un gang ait décidé de les assassiner. Pourquoi ? Un inspecteur de police, Dennis De Villa cherche à les protéger, son frère journaliste s'interroge sur l'affaire.

 

N'allez pas chercher un roman policier, une intrigue riche en rebondissements et loufoquerie, non. Ici point d'aventures ni de gadgets, point de suspens, et pourtant on reste rivé à l'histoire, touchés par la mélancolie de Red Richards et son amour pour une jeune astronaute qui, elle, n'a pas besoin de super pouvoirs pour voler dans l'espace, on se moque de ce Batman devenu une sordide caricature de lui-même, on sourit devant les métamorphoses solitaires et nocturnes de Mystique. Nos super-héros sont vieux. L'ère des super pouvoirs est terminée, place à la réalité, la téléréalité, l'argent, le sexe. Les idéaux se sont envolés. On n'attend plus d'eux qu'ils sauvent le monde. On les observe comme des curiosités, des people que les paparazzi traquent. Que reste-t-il d'eux ? Pas grand chose. Des corps qui lâchent plus ou moins, des pouvoirs encore là et qu'ils cultivent par habitude ou par nécessité professionnelle, puisqu'ils servent uniquement pour des shows de téléréalité. Le sexe ? Vécu comme une antidote à la solitude, dans une ultime tentative de se prouver qu'ils existent encore. Le sexe comme échappatoire, seul, tarifaire ou bien désespéré, est la seule chose qu'il reste pour ces héros épuisés, fatigués, démodés. Les héros de nos jours sont des enfants portés aux nues, comme Franklin Richards, le fils de Mr Fantastic devenu l'enfant sacré de l'Amérique, le chouchou des medias, l'enfant rebelle, mais « l'Amérique pardonne tout à ses fils préférés ».

 

C'est un monde aux idéaux déchus, un monde où l'espoir d'un monde meilleur n'est plus que vestige. Chaque partie consacrée à l'un des personnages (la première, réservée à Mr Fantastic est la plus longue et la plus mélancolique), constitue une pièce d'un puzzle qui, le livre terminé, représente un monde où le rêve n'a plus sa place. Qu'en est-il de nos idéaux ? Partis en poussière dans la vaste course de la vie. Gommés par le succès, l'argent, la pantomime sociale des civilisations et du progrès.

 

Un roman à la mélancolie grave et envoutante.

 

 

"J'ignore d'où lui venait tant de mépris. A l'époque, on ne savait rien de la vie privée de Batman. J'ignore même si le mépris de mon père était dû à la possibilité que Batman fut une tapette où à une intuition plus profonde et cruelle. L'intuition que les super-héros ne sauveraient jamais rien. Jamais personne. « Un jour tu seras déçu ». Peut-être qu'en réalité c'était plus simple que cela et que ma passion le faisait enrager. D'une certaine façon, mon père aurait voulu être à la place de Batman. Il aurait voulu être un super-héros ou peut-être tout seulement un héros aux yeux de son fils."


 

 

La vie sexuelle des super-héros, Marco Mancassola

Gallimard du Monde entier, janvier 2011, 545 pages

 

 

 

 

 

03.02.2011

Entre ciel et chair, encore...

 

Il y a quelques mois, je vous parlais du spectacle joué par Christelle Willemez, Entre ciel et chair, que j'avais vu une première fois en lecture privée.

Je ne vais pas redire tout le bien que je pense de ce texte, de l'interprétation de Christelle Willemez, bien que mon avis soit toujours aussi enthousiaste et sincère.

Donc, rapidement, sachez que « Entre ciel et chair » se joue actuellement au Lucernaire, du mardi au samedi à 18h30, et ce jusqu'au 26 mars.


J'ai eu le plaisir d'y retourner, accompagnée de Fashion, et de voir Entre ciel et chair joué, et non pas lu. Ce fut, comme la première fois, un réel enchantement. Christelle Willemez sublime Héloïse, son interprétation est toute en nuances et subtilité : la comédienne semble marcher à pas feutrés sur un fil ténu, celui d'un interprétation toute en justesse où langueur, passion, douleur sont dits dans un équilibre parfait entre passion et retenue. C'est Birgit Yew qui l'accompagnait et ses notes accompagnent parfaitement le texte ciselé de Chistiane Singer.

 

Bref, je n'en (re)dirai pas plus, si ce n'est qu'il faut y aller, que dis-je y courir.

 

 

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Entre ciel et chair

D'après Une passion de Chistiane Singer, Mise en scène Clara Ballatore

Avec Christelle Willemez, accompagnée de Michel Thouseau (contrebasse) ou Birgit Yew (violoncelle)

Le Lucernaire

53 rue Notre Dame des Champs, Paris 6


 

02.02.2011

En censurant un roman d'amour iranien – Shahriar Mandanipour

 

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« Trouve un endroit où on peut être seuls sans avoir peur »

 

Les jeunes gens qui s'aiment, à Téhéran, doivent faire preuve de ruse pour communiquer et se voir. Sara et Dara, deux jeunes iraniens, n'échappent pas à la règle et communiquent pas messages codés laissés dans les pages de romans empruntés à la bibliothèque et par téléphone. Quand ils se rencontrent, ils ne doivent si se toucher ni échanger trop de regards.

C'est leur histoire que raconte Shariar Mandanipour. Leur histoire et l'histoire de leur histoire, car il met en abyme l'écriture même d'un roman d'amour par un auteur iranien. Ces romans d'amour qui pour être édités doivent être validés (et corrigés, annotés, censurés) par le Ministère de la Culture. Un roman à plusieurs niveau de lecture qui jamais ne tombe dans la démonstration ni la lourdeur. Shahriar Mandinipour (qui a été censuré et a dû s'installer aux Etats Unis) raconte avec beaucoup d'humour et d'autodérision l'écriture d'un roman d'amour et les aventures tragi-comiques de ses deux tourtereaux. On suit donc avec amusement les aventures de Dara et Sara (dont les noms sont empruntés à des personnages typiques de littérature enfantine en Iran) et les trouvailles qu'ils imaginent pour échapper à la surveillance dont ils font preuve. Les paragraphes concernant leurs aventures sont en gras (avec quelques lignes barrées figurant les parties que la censure aura rayées), tandis qu'en caractères normaux figurent leurs aventures telles que les a imaginées l'auteur, qui, régulièrement, interpelle le lecteur en expliquant pourquoi il a écrit une phrase d'une telle façon ou pourquoi le Censeur employé par le Ministère de la Culture (nommé Monsieur Porfiri Petrovitch, nom emprunté à Dostoeivski). Et c'est justement ces interludes, ces apartés, ces parties du roman qui ne seront jamais soumises à l'attention du censeur qui le rendent à la fois léger et caustique. Sharhiar Mandapouri critique allègrement la censure iranienne, l'oppression d'un système islamiste (pour qui tout romancier est un criminel subversif en devenir, au mieux) tout en rendant hommage, quoiqu'un peu moqueur, aux poètes perses et aux auteurs qui doivent faire preuve de trésors d'imagination et de chemins dérivés pour suggérer l'érotisme sans jamais utiliser de vocabulaire interdit ou trop suggestif.

Un roman grave dans le fond qui n'oublie pas d'être léger et drôle (« Madame ! Pourquoi ne voulez vous pas comprendre ? Notre malheureux fils souhaite parler de lui-même. Il veut savoir s'il peut se marier ou non. Ce pauvre garçon est aussi dupe que moi ! Mon fils ! Selon les dernières recherches scientifiques, seulement vingt pour cent des hommes ont une cervelle, les autres ont une femme. »), offrant aussi de belles pages (entre autres le dialogue « oculaire » de Dara et Sara (puisqu'ils ne peuvent échanger ouvertement leurs sentiments)). L'autodérision de l'auteur, qui parle tantôt avec tendresse, tantôt avec une irrésistible drôlerie et de son rapport avec ses personnages et des réactions du censeur Petrovitch (la fin, en forme de pied de nez, d'ailleurs est excellente à ce sujet) font ce ce roman d'amour iranien non censuré un roman savoureux, très lisible, truffé de références à la littérature orientale tout autant qu'occidentale.

Une bien jolie découverte.

 

 

 

 

 

En censurant un roman d'amour iranien, Sharhiar Mandanipour

Traduit de l'anglais par Georges-Michel Sarotte

Seuil, janvier 2011, 404 pages

 

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