« Elvis sur Seine – Stéphane Michaka | Page d'accueil | Des clous – Tatiana Arfel »

21.01.2011

Les harmoniques – Marcus Malte

 

malte.jpgVera Nad a été assassinée, brûlée vive, exterminée. Vera Nad, la sans papiers, la jeune émigrée venue en France pour oublier Vukovar et les massacres de Serbie, Vera Nad qui voulait devenir comédienne, artiste, juste quelqu'un, Vera Nad qui était l'amie de Mister, le pianiste qu'elle venait écouter dans le bar où il joue. Alors Mister le rêveur, l'amoureux du jazz, le grand noir qui n'accepte pas la version officielle (deux jeunes loubards ont reconnu les faits, règlement de comptes, drogue, affaire classée, dit la police), Mister décide de retrouver les assassins. Mister et son ami Bob, le chauffeur de taxi philosophe et érudit, Bob le chauffeur de taxi qui erre dans les rues sans charger de client, dans son taxi rempli à craquer de cassettes de jazz.

 

Deux bonhommes hors normes qui se lancent à la poursuite d'assassins chimériques, d'hypothétiques bourreaux, deux bonhommes qui découvrent que Vera posait nue pour un peintre serbe, que Vera n'était peut-être pas si virginale et innocente que Mister le pensait. Mais qui était Vera Nad ? Pourquoi la police a-t-elle si vite étouffé l'affaire ? Quelles sont les implications politiques de cette affaire ?

 

Ce pourrait être un thriller, mais ce n'en est pas un. Ce pourrait être un roman policier classique, mais ce n'en est pas un. Et c'est pour ça que j'aime la plume de Marcus Malte : d'un semis classique germe au final un roman noir où personnages hors normes et intrigue a priori banale finissent par former un roman à la fois onirique et troublant. Le roman commence après le meurtre, il n'est qu'un point de départ, un prétexte ; on ne connaîtra Vera qu'à travers les souvenirs de Mister et les entre-chapitres superbement écrits qui font de la jeune femme un fantôme omniprésent qui hante les pages et l'esprit de Mister.

 

On s'intéresse davantage aux personnalités de Mister et Bob, à celle de Josef Kristi le peintre, à Madeleine Stein la professeur de théâtre, à Bullmastik, à Jean-Baptiste, à Karoly, à ces hommes qui cachent leur passé de bourreau, de guerriers, de tueurs. Car c'est là que repose le talent de Marcus Malte à mon sens : les êtres qui hantent ses romans sont riches en noirceur, en fêlures, en grâce ou en poésie. Des êtres gangrenés par leur passé, aux âmes vérolées par la haine, auxquels s'opposent d'autres personnages habités par la grâce et la pureté. Ce sont ces oppositions, ces face à face entre pureté et noirceur qui font la force de ses romans (face à face que j'avais déjà aimé dans Carnage Constellation), ces binômes de héros en marge de la société (comme dans La part des chiens), auxquels on s'attache et que l'on aime dès les premières lignes.

 

Les harmoniques sont les notes qui restent dans l'air quand la musique se tait, celles qui résonnent encore dans le silence qui suit la mélodie. Ces harmoniques là, même si elles m'ont moins touchée que dans Carnage constellation par exemple ou La part des chiens, n'en restent pas moins en suspens dans ma tête et me donnent envie de retrouver Mister et Bob que Marcus Malte a déjà mis en scène dans Le doigt d'Horace ou le Lac des singes.

 

 

Les harmoniques, Marcus Malte

Gallimard Série Noire, janvier 2011, 370 pages

 

Les avis d'Emeraude et de Jean-Marc Laherrere

 

 

Trackbacks

Voici l'URL pour faire un trackback sur cette note : http://www.amandameyre.com/trackback/3072321

Commentaires

Il faudrait que je retente une lecture de cet auteur ... la dernière tentative ne m'avait pas déplu mais ne m'avait pas vraiment convaincue non plus !

Écrit par : Joelle | 21.01.2011

Répondre à ce commentaire

Très tentée par celui-ci, je suis ravie que tu l'aies lu et d'avoir ainsi ton avis !

Écrit par : bladelor | 21.01.2011

Répondre à ce commentaire

Encore un bien bel avis sur ce nouveau polar !

Écrit par : Miss Alfie | 21.01.2011

Répondre à ce commentaire

Je viens de lire "Le lac des singes", tu te doutes qu'il me tarde de tenir entre mes mains ces "Harmoniques"... et peut-être de croiser Mister Malte aux Quais du Polar !

Écrit par : kathel | 21.01.2011

Répondre à ce commentaire

Je me doutais bien voir bientôt un billet sur ce roman ici!

Écrit par : Valérie | 21.01.2011

Répondre à ce commentaire

Très beau billet. Roman déjà repéré, je le garde dans un coin de ma pal.

Écrit par : Hélène | 22.01.2011

Répondre à ce commentaire

je viens de découvrir l'écriture de Marcus Malte, grâce à une nouvelle, et j'espère pour le relire bientôt, donc je note ce titre.

Écrit par : Valérie:) | 22.01.2011

Répondre à ce commentaire

@ joelle : tu peux réessayer, oui :)
@ bladelor : à ton service !
@ alfie : il le mérite :)
@ kathel : si tu as aimé le Lac des singes tu aimeras celui-ci, j'en suis persuadée
@ karine : je le mets de coté pour toi lui aussi
@ valérie : ah bon, vraiment ?!
@ hélène : merci, !
@ valérie : quelle nouvelle ?!

Écrit par : amanda | 23.01.2011

Répondre à ce commentaire

j'ai "garden of love" dans ma PAL... si je commençais par là...
en tout cas, celui-ci est bien en place en librairie !

Écrit par : Lystig | 23.01.2011

Répondre à ce commentaire

Ça fait un moment que je n'ai rien lu de cet auteur, que pourtant j'aime d'amour. Je note, en espérant le trouver à la librairie française de Hong Kong, ou sinon, je le fais commander pour la bib de Taishan (on n'a encore aucun Malte, honte sur nous).

Écrit par : maijo | 25.01.2011

Répondre à ce commentaire

@ lystig : commence par Garden of love, puisque tu l'as déjà (et tente celui-ci aussi:)
@ maijo : j'espère que HK l'aura (zozone ne livre pas là-bas ?)

Écrit par : amanda | 25.01.2011

Répondre à ce commentaire

Écrire un commentaire

NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.