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18.10.2010
Indignation – Philip Roth
D’une boucherie kasher du New Jersey à la guerre de Corée en passant par une université du Middle West, tel sera le court destin de Marcus Messner. L’enfant unique et choyé d’un couple d’américains moyens, qui fuit l’ire paternelle, ou plutôt la surprotection de son père en choisissant une lointaine université où il pourra grandir loin des inquiétudes parentales.
Mais que veut dire grandir ? S’intégrer ? Devenir un jeune homme en observant les conventions sociales en vigueur : intégrer une fraternité, suivre les rites religieux, fréquenter une jeune fille et perdre son pucelage sur la banquette d’une voiture le samedi soir ?
Marcus ne veut qu’étudier et devenir avocat. Le reste, il n’en veut pas, ou du moins n’en veut pas tel que les mœurs de l’époque semblent le définir. Tout comme il refuse de changer, d’accepter le moindre compromis avec ses propres convictions ou de faire le moindre effort d’intégration ou d’assimilation. Tout comme il ne veut pas finir transpercé par une baïonnette dans les tranchées de la guerre de Corée. Ce qui finira par advenir, on l’apprend très rapidement.
Le parcours initiatique d’un jeune homme qui s’indigne et ne veut pas plier. On n’est pas dans l’Amérique riche ou de classe supérieure : on est dans le Middle West, dans une université lambda, pas de l‘Ivy League supérieure et arrogante. Ses étudiants, ses professeurs, ne sont ni riches, ni pauvres. Ni spécialement doués, ni spécialement mauvais, tout comme son personnage principal. Une Amérique de classe moyenne où le jeune Marcus refusera de « s’intégrer », changera deux fois de chambre et de coturne, refusera les relations rapides et inconsistantes que les autres étudiants ont avec les filles, refusera de soulager ses parents en menant une vie normale telle qu’ils l’entendent. Eux par crainte de le voir s’isoler ou se fourvoyer, selon leurs peurs du moment, lui par obstination et entêtement.
Des refus qui, à l’époque, sont perçus comme une difficulté à s’intégrer, comme une impossibilité à se fondre dans la masse et devenir un membre à part entière de la communauté.
Épouser la communauté, se fondre dans le moule, ce refus des conventions, loin pourtant d’une attitude révolutionnaire et provocante, mènera Marcus indirectement dans les tranchées qu’il veut fuir. Marcus personnage touchant et parfois obtus, farci de certitudes auxquelles il ne voudra jamais déroger.
Un roman profondément humain, que Philip Roth écrit avec son style toujours aussi fluide et agréable. Tout s’enchaîne, se suit et l’on accompagne Marcus avec empathie, en souriant parfois de ses indignations tellement légitimes bien que d’une candeur parfois touchante. Mais l’Amérique est vorace. Elle dévorera cet enfant qui n’était, quoiqu’en disent ses parents, amis ou doyens, ni rebelle ni coupable.
Indignation, Philip Roth
Gallimard du monde entier, septembre 2010, 195 pages
« Il y a, semble-t-il, un certain nombre de choses que vous n’avez jamais entendues dire de vous, répondit-il. Mais jusqu’ici, vous viviez chez vous, au sein de la famille de votre enfance. Maintenant vous êtes un jeune adule, indépendant, au milieu de mille deux cent autres jeunes adultes, et ce que vous devez apprendre, ici à Winesburg, à part les matières que vous étudiez, c’est à vous entendre avec les autres et à montrer de la tolérance à l’égard de gens qui ne sont pas une copie conforme de votre propre personne. »
06:00 Publié dans *Litterature Anglo-saxonne*, Rentrée littéraire 2010 | Lien permanent | Commentaires (22) | Trackbacks (1) | Envoyer cette note
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Indignation. - Philip Roth (Gallimard, 2010)
Les Etats-Unis en 1951, pendant la guerre de Corée. Marcus, jeune homme sérieux dans les études, agréable avec ses parents, courageux (il a aidé son père à la boucherie casher toute sa jeunesse), prend la décision de partir loin de sa famille poursuivr...
Trackback par : Les routes de l'imaginaire | 21.01.2011
Commentaires
Un auteur qui déçoit rarement même si je n'ai pas tout aimé de lui la plupart de ses romans sont passionnants et portent un regard particulier sur l'Amérique
Mes préférés sont la Trilogie et le dernier paru l'an dernier, il me reste à découvrir celui là, à te lire je sais qu'il va me plaire
Écrit par : Dominique | 18.10.2010
Répondre à ce commentaireBien tentant ton billet ! Et puis, il serait temps que je lise cet auteur ... je dois être une des rares à n'avoir lu aucune de ses oeuvres !
Écrit par : Joelle | 18.10.2010
Répondre à ce commentaireExactement pareil que ma camarade Dominique :-)
Écrit par : cathe | 18.10.2010
Répondre à ce commentaireUn auteur auquel je reviens de temps à autres... je lirai celui-ci, c'est sûr !
Écrit par : kathel | 18.10.2010
Répondre à ce commentairePffft, je me cache les yeux en ne lisant rien de ce que tu en dis, Ph. Roth m'attend sagement sur un coin d'étagère. Vivement.
Écrit par : LVE | 18.10.2010
Répondre à ce commentaireJe n'ai lu que 2 Philip Roth mais c'est à chaque fois un enchantement. Celui-ci est bien entendu noté sur la LAL !
Écrit par : Restling | 18.10.2010
Répondre à ce commentairebonne question ! il me dérange et je ne sais pas trop pourquoi
Écrit par : niki | 19.10.2010
Répondre à ce commentaireJe trouve ton billet superbe. Ca me donne presque envie de m'y mettre (mais j'ai toujours eu peur de cet auteur, n'a-t-il pas un petit côté trop "intellectuel" ? Je me fais peut-être des idées !).
Écrit par : Tamara | 19.10.2010
Répondre à ce commentaireen ce qui concerne roth, je n'irais pas dire que "intellectuel" soit son pire défaut, au contraire - par contre "sous la ceinture" alors là oui
Écrit par : niki | 19.10.2010
Répondre à ce commentaireJe n'aime pas Roth ni Oates et je ne saurais expliquer pourquoi exactement, juste un mauvais ressenti quand je les lis, une absence de plaisir.
Écrit par : Cuné | 20.10.2010
Répondre à ce commentairecuné a exprimé ce que je ressens pour roth, finalement
pour oates, je dois encore la découvrir
Écrit par : niki | 20.10.2010
Répondre à ce commentaireJe vais être très puérile: je déteste la couverture...
Écrit par : Ankya | 20.10.2010
Répondre à ce commentaireBonjour Amanda, c'est ma prochaine lecture. Je me suis précipitée pour l'acheter dès sa parution. Je me réjouis d'avance. Bonne après-midi.
Écrit par : dasola | 20.10.2010
Répondre à ce commentaireJ'aime l'écriture de Philip Roth. Je ne sais pas si le thème me tente vraiment, par contre...
Écrit par : Karine:) | 24.10.2010
Répondre à ce commentaireJe ne connais pas Roth mais j'ai très envie de le découvrir pourquoi pas avec ce titre
Écrit par : zorane | 25.10.2010
Répondre à ce commentaireCe qui est le plus impressionnant c'est la capacité de Philip Roth de faire le portrait de l'Amérique des années 50 à travers le destin de Marcus. tout y est le puritanisme le racisme le patriotisme, c'est le début du maccarthysme...
Ce livre est absolument remarquable!
Mais c'est vrai la couverture n'est pas terrible...on peut aisément la mettre à la poubelle. Ne pas omettre de choisir la poubelle prévue pour le papier...
Écrit par : Carmadou | 12.11.2010
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Écrit par : virginie | 18.10.2010
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